LA FEMME
Avant l’origine des siècles, Dieu seul existant, dit :
‘* Faisons l’homme.”
ANTONIO PELLETIER
ee
Il ajouta :
‘* Donnons-lui une compagne.” e
Ëve parut, Adam l’aima.
Serai-je téméraire au point d'entreprendre un essai de description du Paradis-Terrestre, quand ses beautés sont peintes aux Livres Saints ? Seraije hardi au point de vous décrire le paradis de nos pères anciens, et leurs amours en ce lieu de jouissances, après que Milton et l'incomparable Chateaubriand en ont exposé des lambeaux à notre admiration, en ont déroulé les perspectives qui attirent les larmes tant est grande la puissance de ces amours, et tant sont vastes les intelligences qui nous les représentent ?
Inutile de noter la constance de ces deux premiers amants, qui s'aimèrent des siècles, aux jours néfastes, comme ils s'étaient chéris aux instants heureux de leur passage au jardin du ciel.
Eve, c’est la femme, l'épouse, la mère, Adam, c'est l’homme—l’homme qui aime fortement, avec calme et sérénité. Eve est tout cœur.
C'est l'épouse qui ne vit que pour Adam, la mère
qui s'oublie pour le fruit de son union. Eve, c'est
PERL EREERES
CŒURS ET HOMME DH CŒUR
——— l'amour enthousiaste, agité, inquiet, nerveux, lmmour qui se sacrifie, se donne sans restriction, qui s'aveugle de l'aimé, Adam, c'est l'amour immense, un peu rude où grave peut-être, et qui domine par sa force comme celui d'Éve l'emporte en tendresse, it c’est Pourquoi l'amour extrême et délaissé, chez une femme, fait sourdre les pleurs abondants de leurs voies profondes et va : ême jusqu'à l'é- Puiser, la femme, et la faire mourir : ainsi la belle Graziella n'a pu survivre À l'orgueil du poète. Et c'est Pourquoi l'ainour extrême et délaissé, chez un homme, cristallise les pleurs à Son orbite, Moins aPParente, sa peine n’est Pas moins étendue ni moins vraie, Et c’est pourquoi l’amour extrême et délaissé, chez un homme, rive le frein de sa douleur, l'endurcit, l’'homme—et le pousse aux actes d’abnégation héroïque. L'amour délaissé métamorphose l'homme ettue la femme, ou la rend plus langoureuse, plus pensive et plus tendre—s'i] est possible d’ainsi dire. L'homme, au contraire, devient plus rude, douteux, sceptique. La femme est alors
l’hirondelle plaintive qui s'est vu enlever un nid
ANTONIO PELLETIER
débordant de douceurs : et l'homme, un lion qui trouve clos l’antre où il devait abriter ses jours sombres, l’antre où devait se pulvériser, s'adoucir les ensoleillements des midis très chauds,
Amour délaissé, en passant, je t'ai découvert à Contre-cœur ; car le souvenir des malheureux
attriste l'Âme impuissante au secours.
VII L'amour CONJUGAL..
Combien plus agréablement se ressemblent le cœur de l'homme et celui de la femme quand ils se Comprennent ! Chez l'un et l'autre, confiance entière : c’est un don réciproque. L'épouse s'appuie au bras de l'époux ; lui, l’enlace, oublie tout, ne voit qu'elle et l'Auteur de ces intraduisibles extases—car aux bonheurs indéfinis succèdent les reconnaissances sans limite. La pensée laisse la terre, monte à sa Source, Comme si, indi-
gne d'elle, la terre ne pouvait plus la contenir.
Spectacle ravissant et doux de l'homme et de
la femme unis—et qui s'aiment !
La jeune fille d'hier sourit moins légèrement mais avec plus d'expression de vérité et de constance, avec plus de sûreté consolante et de ga-
rantie indubitable.
CŒURS ET HOMME DE CŒUR
Le jeune homme, insouciant hier, a au front a pensée du lendemain qui le fait réfléchir et lui met des feux à l'œil, Il voit près de lui la fleur qu'il aime. Il se sait plus fort parce que celui qui est aimé d’une ferme vertueuse est à l'abri des Coups du sort. Il est plus courageux, parce qu'il sent, chaque jour, une Main plus chaude que la veille presser Ja sienne, un regard plein de ciel où il mire son image tranquille, comme aux ondes d'un fleuve très pur se reflète une étoile—et il entend une voix toujours s'at-
tendrissant lui dire :
Nous sommes deux sur le chemin. Que s'élèvent les tempêtes, je in'en moque : tu es là ! que viennent les obstacles, mon haleine réchauffera ton ardeur ! Et nous irons, de par la vie.
Soutenus par notre mutuel amour.
Nous irons...
Et quand nous serons des vieillards aux cheveux blancs, quand, enfin. nous ne serons plus, les jeunes diront :
‘Is se sont aimés.”
Et nos âmes sœurs continueront leur amour d'ici-bas, continueront de s'aimer sans fin—dans l’'Immensité !
L'amour maternel.
ANTONIO PELLETIER