VIII. L'AMOUR MATERNEL Er L'AMOUR PATERNEIL
Is attendent, le père et la mère. Ils envient les nids gazouilleurs de la fauvette, et, se mirant aux prunelles l'un de l'autre, dans des regards d'affection anxieuse, ils rêvent d'un bonheur trop lent à venir, plus lent que les autres bonheurs attendus.
Enfin, rose ou pâle, arrive le chérubin des inlassables espoirs d'amour qui s'éternisent. Faible, presque sans vie, une voix qui n'a que es larmes—comme au regret d'être venu—il est k, inconscient de lui-même et des choses amtaites : il est 1à, au berceau moëlleux chez le rite, plus dur chez Je pauvre, mais partout toujotrs attiédi par les caresses d'une mère.
l'est là.
S mère aussi est ]à !
Suriante, elle lui parle comme à son meilleur ami ui saurait la comprendre et deviner ses inquiétdes, ses attendrissements—Jille l'enveloppe deaisers et le réchauffe de son souffle, l'endort d cette voix qui, plus tard, indiquera les
écueïlsle la vie, les moyens deles franchir, Hlle
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CŒURS ET HOMME DE CŒUR
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chante pour l'empêcher de sentir les premières douleurs d'une existence quien sera pleine. Elle chante pour que, dans le futur, aux jours dan- BETEUX pour la jeune fille, pour le jeune homme surtout, la ressouvenance de cette voix de jadis le paralyse sur le bord du gouffre et fasse dire :
” Pourquoi ramper dans la boue ? Pourquoi salir le manteau de: l'amour maternel qui me Couvre de sa blancheur ?"
Cette seule pensée ferme des abîmes entr'ouverts et tue des fautes en germe.
La mère dépense ses jours et ses nuits pour c‘t autre elle-même—et Je regarde grandir, on crérait, tant elle observe et voit tout ce qui surviat dans la croissance et la formation de son ptit ange. Elle est désireuse de saisir un prme regard d'intelligence, et, bientôt, des bégaiensnts qui sont les refrains de ses baisers,
Enfin, qui eXprimera la joie, l'extase une mère, quand les chères lèvres de son ‘* bamino ‘’ ont pu faire couler dans l'air ce mot si dux et si grand—grand et doux comme la femie ellemême :
‘Maman !”’
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ANTONIO PELLETIER
Il a grandi, le mignon : il a vingt ans. C'est alors qu'il faut suivre la sollicitude maternelle. Tout l'inquiète : elle craint. s'alarme, a peur.
Ah ! mon ami, sois bon ! Si tu savais les inquiétudes qui rongent ce cœur de femme ! Sois bon ! Ne fais pas pleurer ta pauvre mère aux jours de tes vingt ans. François Coppée écrit :
‘* C'est le crime des crimes.’
Il a raison ; car une mère, c'est... ou plutôt, comprenez-le par la phrase suivante de la mère de l’auteur de Raphaël :
‘* Mon fils, tu le: is, si les larmes de mes yeux pouvaient se changer Pour toi en or, je les verserais toutes dans tes mains,’
L'enfant vieillit Sa mère le suit toujours :
mais, plus calme, plus tranquille, plus heureuse : car il a détourné l’écueil et s'en va dans la vie, la tête haute, l'honneur au front—]’ honneur qui a sa floraison dans la vertu, sa racine dans le cœur d'une mère ! Cet honneur-là n'a rien À craindre ; celui qui le possède est rarement vulnérabie.
Pendant ce temps, l'amour paternel est-il mort ? Est-il seulement admiratif de l'amour maternel ?
Le père aime aussi. Et ses attendrissements,
CŒURS ET HOMMÉ DE CŒUR
et ses baisers, et ses caresses, quoique plus rares, ne Sont ni moins forts, ni moins saturés d’affection.
Le père a travaillé : il a secondé ainsi la mère auprès de l'enfant, Et ce travail du père, c'est le cœur qui le demande. C'est pour elle qu'il peine et pour leur mignon.
‘Enfant, ‘si tu ne dois pas oublier ta mère, souviens-toi aussi de cet homme, rude en apparence, qui se tenait à côté de ton berceau, près d'elle. Cet homine adorait ta mère ei t’enseignait d'exemple les grands amours paisibles et vigoureux qui caractérisent l'amour masculin. ”?
Mesdames et messieurs :—
Je ne puis me défendre d'une comparaison entre l'amour du père et celui de la mère—ou mieux—entre l'amour de la femme et celui de l'homme ; je ne puis me défendre de les comparer à deux harmonies dissemblables dans leur marche et leur rythme, mais dont le thème fondamental est pareil :
Nous sommes au matin d'un beau jour. L'air a du mystérieux, du vague, du rêve, du ciel dans
ses ailes. Un silence imposant domine. ‘Tout
ANTONIO PELLETIER
à coup, lente, molle, berceuse, une fanfare pleure ses plaintes. Elle approche peu à peu. Les vibrations s’accentuent en se multipliant, éclatent, sont de frénésie, d'emportement, de délire. Vos larmes jaillissent : je vois dans cette harmonie un symbole de l'amour féminin.
La scène change. Soir. Clair de lune. Même silence. Une voix s'élève, grave, sonore, souple, d'une grâce attendrissante t mâle. Vous y sentez de la force, quelque chose qui subjusue. Vous admirez. Aux notes les plus rapides, les plus abandonnées, votre gorge s'étreint, un frisson galope dans vos moëlles. Une larme coule lentement, sans effort, et tombe, et tombe, sereine et chaude comme la voix qui l'attire de votre cœur : je vois dans cette harmonie un symbole de
l'amour masculin,
Que donne l'enfant en échange de ces amours
du père et de la mère ?
T1 gonfle et presse sa petite Âme pour en extraire beaucoup d'amour : car l'amour appelle l’amour, et, seul, un cœur emplit un autre cœur.
Mesdames et messieurs :—
Nous venons de voir l'amour dans la famille.