‹ Cœurs et homme de cœur [microforme]Chapitre 19 sur 62 · IX. L'AMOUR DE LA JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

IX. L'AMOUR DE LA JEUNE FILLE

Il y aurait encore plusieurs portraits à exposer. Pour n’abuser pas de votre Patience, j’abrège et vous offre le dernier.

C'est une rose que je vous présente,

Une rose ? |

Oui, le cœur de la jeune fille est une rose.

Vous demander si Ja jeune fille aime, mieux vaudrait demander si elle existe. Oui, elle aime et l’univers s'allume au feu tendrement chaud de son Cœur.

La jeune fille, c'est la Sœur, la mère, c’est l’épouse. La jeune fille, c'est l'hier, l’aujourd'hui et le demain de l'existence. Le peuple qui s’appuie sur elle et la respecte comme elle le mérite, quand elle-même se respecte, ce peuple est grand.

Et l’homme a enouillé sincèrement devant elle a [24

ANTONIO PELLE" ER

mr fait ce qu’il y a de plus beau, après s'être prosterné dans la poussière aux pieds de Dieu.

Dix-huit ans ! Vingt ans ! EÉpanouissement du cœur de la jeune fille !

C'est alors qu’elle se confie à celui qui, demain peut-être, l’oublira— et qu’elle-même oublira vite.

Pauvre jeune fille, tu as vingt ans !

C'est alors qu'en des rêves purs d'avenir heureux, elle échauge ses pensées, ses souvenirs, pour d’autres pensées qui caressent, tendres.

Chère jeune fille, tu as vingt ans !

C’est alors que son cœur ne lui appartient plus : il se donne, il s’est donné.

Heureuse jeune fille, tu as vingt ans !

Mais si nous avons souvent les grands amours, nous n'avons pas toujours ceux qui se dévoilent d'emblée, à cause, parfois, d'un doute brisant CEUX que son absence aurait unis : ainsi, deux âmes Sœurs se touchent sans s'étreindre et se regrettent ensuite, quand un seul mot aurait fait des heureux.

Pourquoi ? à

Nous n'avons pas à demander raison à Dieu de

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

la marche des choses ni de l'état des sentiments. Néanmoins, j'ai voulu signaler ce; amours inavoués—aussi forts que bien d'autres connus.

[navoués, pour quel motif ?

Je n'ose résoudre ce problème, mais l'avancé n'est pas moins réel.

Une question.

Cet ennui ne découlerait-il pas d'une ignorance de soi ou d'un Manque d'observation ?

Je dirai donc à la jeune fille :

Cherche sérieusement l'être que tu es et celui? qui te complètera en se perfectionnant, car il n'y a qu'un cœur À l'unisson du tien. Puissestu le rencontrer ! Tu le reconnaîtras à sa générosité, à sa douceur, à sa délicatesse, à son respect pour toi. Il est à ton âme l'air de sa vie, ce qu'est l'espace à l'oiseau.

L'oiseau, ici, c'est ton cœur, jeune fille,

Jen a les chants variés et jolis, la légèreté charmante, le Courage, l'espérance. IH a la force de l'aigle et ses fiertés, les longs roucoulements de la colombe. l’abnégation du pélican qui se déchire les entrailles et meurt pour ceux

ANTONIO PELLETIER

qu'il aime. Ila tout cela et quelque chose encore, et plus il prodigue, et plus il laisse entrevoir, ’?

‘* O jeune fille, sois toujours l'ange que nous rêvons en toi, et, heureux de presser ta main égarée dans la sienne, le jeune homme noble et fier pourra te soupirer sans crainte :

‘‘ Aimons-nous !

Mesdames et messieurs :—

Dans ‘‘ Le meunier, son fils et l'âne 7’, Lafontaine écrit :

‘‘ITest difficile de contenter tout le monde.’

Si ce mot a son application, c'est dans un sujet comme celui-ci, où chaque individu expérimente et peut conclure différemment.

C'est pourquoi je vous prie de croire à la sincérité de mes paroles.

J'ai voulu vous remettre en mémoire certains bonheurs oubliés très souvent Parce qu'on les a : j'ai voulu vous faire prendre un nouvel essor vers le pays de l'amour vrai, vous enlever au terre à terre et vous conduire au but de l'existence—but indiqué dans ces mots :

Aïe Dieu et ton prochain !"”

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