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que revient l'étudiant, tout en sueur et mortellement bou-
leversé ; en voyant Coupé, il lui demanda si par hasard
il n'avait pas vu une bourse faite de telle et telle manière, qui, avec quinze écus d’or (1), trois réaux de deux cuartos et tant de maravédis en cuartos et en ochavos (2), lui manquait, et qu'il lui dît s'il l’avait prise pendant l’espace de temps où il avait été occupé à faire ses emplettes avec lui.A quoi, avec une étonnante dissimulation, sans se troubler
ni changer de visage le moins du monde, Coupé répondit: « Tout ce que je pourrai dire de cette bourse, c'est.
qu'elle ne doit pas être perdue, à moins que Votre Grâce ne l'ait pas mise en sûreté.
Précisément, pauvre pécheur que je suis,répondit l’étudiant, j'ai dû ne pas la mettre en sûreté, puisqu'on me la volée !
C'est bien ce que je dis, reprit Coupé; mais il yaremède
à tout, sauf à la mort, et, de tous les remèdes que pourra
prendre Votre Grâce, le premier et le principal est de
prendre patience. Car Dieu nous a faits bien peu de chose, les jours se suivent et ne se ressemblent pas, et à bon chat bon rat; et il pourrait se faire, qu'avec le temps, celui qui a emporté la bourse vint à se repentir et la renvoyât à Votre Grâce, toute parfumée.
Quant à la parfumer, je l’en dispenserais! répondit l’étudiant. » |
Et Coupé poursuivit :
« D'autant plus qu’il y a des Lettres d’excommunication, des Paulines (3); et que la bonne diligence est mère de la bonne chance. Mais, en vérité, je ne voudrais pas être le ravisseur d’une pareille bourse, parce que, si Votre Grâce a quelque ordre sacré, il me semblerait, à moi, avoir commis quelque grand inceste ou sacrilège.
(1) L'écu d’or au temps de Philippe II valait 10 fr. 50. /
(2) L'ochavo valait deux maravédis et le cuarto en valait quatre. (3) Ces lettres d'excommunication, ainsi nommées du Pape Paul III, étaient déli-
vrées au profit de communautés ou de personnes morales, et frappaient les voleurs
et les recéleurs.
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Comment! s’il acommis un sacrilège! dit alors l'étudiant désolé ; s’il est vrai que je ne suis pas prêtre, mais sacristain d’un couvent de religieuses, l’argent de la bourse était le tiers d’une chapellenie que me donna à toucher un prêtre de mes amis, et c’est de l'argent sacré et bénit!
Qu'il le mange avec son pain! dit alors Coin. Je ne voudrais pas être dans sa peau; le jour du jugement viendra où, comme on dit, sefera la grandelessive, etalors on verra à qui on a eu affaire (l), quel est l’audacieux qui eut l’audace de prendre, dérober et dissiper le tiers de la chapellenie. Et combien rapporte-t-elle par an? dites-moi, seigneur sacristain, au nom du ciel!
Elle rapporte la coquine (2) qui m'a enfanté! Suis-je disposé à présent à dire ce quelle rapporte? riposta l’étudiant avec un peu trop de colère. Dites-moi, frère, si vous savez quelque chose! sinon, Dieu vous garde! Car je veux la faire réclamer par le crieur public.
Cela ne me paraît pas un mauvais remède, dit Coupé; mais que Votre Grâce fasse bien attention à ne pas oublier le signalement de la bourse, ni la quantité exacte d’argent qui s’y trouve; car si vous vous trompez d’un rien, vous ne la reverrez paraître d'ici la fin du monde, je vous le prédis!
Il n’y a rien à craindre de pareil, répondit le sacristain; je l’ai dans la mémoire mieux que les sonneries des cloches: je ne me tromperai pas d’un atome! »
Il tira en ce moment de sa poche un mouchoir brodé, pour essuyer la sueur qui pleuvait de son visage, comme d’un alambic; et à peine Coupé, l’eut-il vu, qu’il le marqua comme sien. Le sacristain une fois parti, Coupé le suivit etle rejoignit sur les Degrés (3), où il l’appela et le tira à l'écart; et là, il commenca à dire tant de sottises dans
(1). Le proverbe espagnol dit : « On verra qui fut Calleja. »
(2) Il y a dans le texte un terme plus grossier.
(3) Les Degrés étaient une sorte de trottoir, dominant la chaussée à hauteur
d'appui, et entourant la Cathédrale de Séville : c'était une promenade très fréquentée,où se vendaient toute espèce de marchandises non comestibles.