SAINS
ces jours derniers on a donné deux ances (1) à un penson (2) qui avait fait deux bourriquets, et quoique faible et atteint de fièvre quartaine, 1l les supporta sans chanter (3), comme
si de rien n’était; et cela, nous l’attribuons, nous autres
du métier, à sa sincère dévotion, car ses forces n'étaient pas capables de supporter la première brutalité du bourreau. Et comme je sais que vous allez me demander le sens de quelques-uns des mots que je viens de dire, je veux, sans plus attendre(4), vous le direavant que vous me le demandiez: sachez que Le pinson c’est le voleur de bêtes: ance veut dire la torture ; bourriquets, les ânes sauf votre respect ; La première brutalité, ce sont les premiers tours
de corde que donne le bourreau. Nous avons mieux
encore ; Car nous récitons notre rosaire, réparti sur toute la semaine, et beaucoup d’entre nous ne dérobent pas le vendredi, ni n'ont commerce avec une femme qui s'appelle Marie le samedi.
Tout cela me semble parfait, dit Coupé; mais que Votre Grâce me dise : se fait-il quelque autre restitution ou pénitence en plus de celle-là ?
De restitution, il n’en faut pas parler, répondit le jeune warçon ; car c'est chose impossible, en raison du grand nombre des parts en lesquelles se divise ce qui est dérobé, chacun des ministres et des contractants emportant la sienne :
ainsi, le premier voleur ne peut restituer; d’autant plus
qu'il n’y a personne qui nous ordonne de prendre cesoin,
car nous ne nous confessons jamais, et, si l’on publie des
lettres d’excommunication, elles n'arrivent jamais à notre connaissance, parce que jamais nous n allons à l’église au temps où on les lit, si cen’est les jours de jubilé, en raison
(1) Ce mot désigne la question par l’eau : il vient du terme d’argot espagnol ansia, qui a le même sens.
(2) J'ai trouvé ce terme d'argot chez de Rosset, Je l'ai employé bien qu'il semble être aujourd'hui inusité, à défaut d’un autre.
(3) Chanter c'est avouer pendant la torture : « Les rufiens, dit Cristobal de Chaves dans sa Relation, n'admettent pas au milieu d'eux ceux qui ont avoué, et les appellent musiciens (musicos). »
(4) Littéralement : « Je veux me soigner en bonne santé. »
ti DAS
du gain que nous offre le concours de beaucoup de monde.
Et sans en faire davantage, dit Coupé, ces messieurs disent que leur vie est sainte et bonne ?
Eh! qu’a-t-elle de mal? répliqua le jeune garçon. N’est-il pas pis d’être hérétique ou renégat, de tuer son père et sa mère, ou d’être solomique?
C’est sodomite, que veut dire sans doute Votre Grâce,
reprit Coupé.
C’est cela même, dit le jeune garçon.
Tout cela est mal en effet, répliqua Coupé; mais puisque notre sort a voulu que nous entrions dans cette confrérie, que Votre Grâce allonge le pas ; car je meurs d'envie de me voir en présence du seigneur Monopole dont on dit tant de belles choses.
Vos vœux seront bientôt comblés, dit le jeune garçon, car déjà d'ici l’ondécouvre sa maison.Que Vos Grâces res-
tent à la porte pendant que j'entrerai voir s’il est libre : c’est en effet l'heure où ila coutume de donner audience.
C’est bien, dit Coin. »
Et le jeune garçon, prenant lesdevants, entra dans une maison, non de très bonne; mais de très mauvaise apparence, tandis que les deux autres l’attendaient à la porte. Il sortit bientôt et les appela : ils entrèrent et leur guide
leur commanda de l’attendre dans une toute petite cour
pavée en briques, si propre et si bien astiquée qu’elle semblait ruisseler du carmin le plus pur. D'un côté il y avait un banc à trois pieds, et de l’autre une cruche ébréchée, surmontée d’un petit pot àeau,non moins défectueux que la cruche; en un autre endroit se trouvait une natte de
jonc, et, au milieu, un de ces pots appelés macetas à Serie ,
et contenant du RE
Les jeunes gens examinaient attentivement l’ameublement de la maison, en attendant que descendit le sei-
gneur Monopole; voyant qu'il tardait, Coin s’enhardit
jusqu’à entrer dans une des deux petites salles basses
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