L'ART
visage fardé, les lèvres pleines de peintureetla gorge pleine de céruse; elles étaient couvertes de manteaux de serge pliés en deux{1), etpleines de sans-gêne et d’impudence : marques claires auxquelles, en les voyant, Coignet et Coupillé reconnurent qu’elles étaient de la maison publique; ce en quoi ils ne se trompèrent pas. À peine entrées, elles s’en furent les bras ouverts, l’une à Scieur-de-long (2) et l’autre à Main-de-fer (3) : c'étaient les noms des deux braves, et celui de Main-de-fer venait de ce qu’il portaït une main de fer, en place de celle que lui avait coupée la justice. Ils les embrassèrent avec de grandes marques de joie et leur demandèrent si elles apportaient quelque chose pour s’humecter le grand canal
« Eh! ilne manquerait plus que cela, Spadassin de mon cœur! répondit l’une d'elles, qui s'appelait la Gagneuse (4). Sifflotin (5), ton goujat, ne tardera pas à paraître avec la
corbeille à lessive remplie de ce que Dieu a bien voulu nous
donner. »
Et c'était vrai; car, à l’instant, entra un garçon avec une
corbeille à lessive couverte d’un drap de lit.
Tous se réjouirent à l'entrée de Sifilet, et aussitôt Monopole commanda de tirer une des nattes de jonc qui étaient.
dans la chambre et de l’étendre au milieu de la cour. Il ordonna de même que tout le monde s’assit alentour, car, tout en apaisant leur faim (6) ils pourraient traiter de ce qui conviendrait le mieux. À ces mots, la vieille qui avait prié devant l’image dit :
« Monopole, mon fils, je ne suis pas bonne pour les
fêtes, car j'ai depuis deux jours un vertige qui me rend.
folle, et, de plus, avant qu'il soit midi, je dois aller remplir mes dévotions et mettre mes cierges à Notre-Dame.
(1) Parordonnance de police ces femmes devaient porter leurs manteaux pliés
pour se distinguer des femmes honnêtes.
(2) Chiquiznaque.
(3) Maniferro.
(4) La Gananciosa.
(5) Diminutif de Siflet employé plus bas. En espagnol Silbatillo et Silbato. (6) Le texte dit « en coupant leur colère ».
ÉRTER