ON HUE
de biscuit que l’on donnait à chaque forçat, on n’en donne plus que vingt-six : jene sais quelle en est la cause. Polarte
est malade de deux tours de corde, tous deux avec plongée, parce qu'il s’est souvenu de Dieu et pas pour prier (1). Le Dégingandé, pour la même raison, a reçu le fouet sur toute la coursie. Le patron de ma galère a été transféré sur la Léonte (2) ; vois si tu la verras par là. |
De cette galère de l’Aigle ; ton esclave, captif en tes chai-
nes, où il fera pour toi ce qu'il faisait en liberté, lorsque plus d’un tremblait à ta vue.
À toi jusqu à la mort !
Le nom, tu le sais, et je n'en dis pas plus!»
« Ces derniers mots, ajoute Chaves, remplaçaient la signature; puis on voyait le seigneur Molina, représenté en galérien, avec des fers aux pieds, d’où partait une longue chaine qui aboutissait aux mains d’une femme,
. également peinte, avec quatre lettres dans la bouche qui disaient Anna, et lui, il avait une inscription qui disait Juan. Entre eux deux était dessiné un cœur avec deux flèches ;
et une inscription, sortant de la bouche de Molina, disait : « Les flèches sont d'Anna. — Le cœur est celui de Juan. »
Comment ne pas reconnaître dans ce chef-d'œuvre épistolaire lesavoureux langage des confrères de Monopole, et comment ne pas confesser, avec Chaves, que personne ne serait capable d'inventer des phrases aussi convenables à la vie et à l'intelligence de ces coquins ? |
Il me reste à dire quelques mots des traductions françaises de mes devanciers et de la façon dont j’ai compris
ma tâche.
Ce fut en 1614 que François de Rosset publia, de con-
cert avec Vital d’Audiguier, la première traduction des
Nouvelles sous le titre suivant : « Les Nouvelles de Miguel de Ceruantès Saauedra, où sont contenues plusieurs rares advantures et mémorables exemples d'Amour, de
(1) I a blasphémé.
(2) Nom d'une galère.