‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 105 sur 126 · Le 8 septembre · texte numérisé non relu

Le 8 septembre

prendre de contraire aux intérêts de l'Église. Le préfet, voyant qu'il devait renoncer à tout appui de ce côté, devint plus accommodant et, après bien des pourparlers, consentit à aller saluer le légat à son passage, et à signer un acte par lequel il promettait de restituer à l'Église tout ce qui lui appartenait. Néanmoins Albornoz, qui n'avait qu'une médiocre confiance dans la bonne foi du préfet, choisit avec beaucoup d'habileté, pour y établir ses quartiers d'hiver, la petite ville de Montefiascone, toute dévouée au pape et qui dominait Viterbe, Orvieto, Toscanella et la plaine (15 novembre). De là, il envoya une partie de ses troupes à Rome, où leur présence semblait nécessaire.

La popularité de Francesco était fort ébranlée; sans doute dans le but d'y porter le dernier coup, Innocent VI avait annoncé aux Romains, le 16 septembre 1355, qu'il venait de remettre en liberté leur ancien tribun et qu'il se disposait à l'envoyer en Italie : « Bien que nous ayons été informé, disait-il, des nombreuses actions dignes de blâme, commises par Nicolas fils de Laurent, bien qu'il ait souvent, à vrai dire, outrepassé ses droits et que le cardinal Bertrand de Deaulx ainsi qu'Ànnibaldo Ceccano aient prononcé contre lui certaines condamnations, considérant tout ce qu'il a fait de bien, sa longue captivité, votre désir unanimement exprimé de le voir revenir au milieu de vous, nous avons résolu de l'absoudre de toutes les sentences et de toutes les peines qu'il avait encourues, et de lui permettre de retourner à Rome. Nous espérons qu'animé du même zèle pour le bien public et la justice, du même esprit d'impartialité, du même mépris des dangers, dont il a déjà fait preuve lorsqu'il était au pouvoir, il pourra

mettre un frein à l'ambition et à la cupidité des tyrans qui ne rêvent que votre asservissement, et rétablir, avec l'aide de Dieu, la concorde et la tranquillité parmi vous. Réunissez donc tous vos efforts, afin que, guidés par les conseils de votre concitoyen qui, dit-on, ne respire plus que d'assurer le bonheur de sa patrie, vous soyez en état de réprimer l'audace toujours grandissante de vos ennemis du dedans et du dehors. »

La veille, Innocent VI avait prévenu son vicaire à Rome, Hugues Arpajon, de cette détermination, en exprimant également l'espoir que Rienzo, désabusé de ses rêves fantastiques, ferait cesser l'état de trouble et de rébellion où se trouvait la ville. Pourtant la conduite subséquente du pape envers Rienzo semble prouver que son but était plutôt de renverser un adversaire de l'Église, un allié de Giovanni di Vico, que de rendre aux Romains un chef qu'ils chérissaient.

À peu de temps de là (vers le mois de décembre) le second tribun fut forcé d'abandonner le pouvoir, soit qu'il ait abusé de la patience des Romains, soit que la nouvelle du retour de Rienzo ail provoqué, comme l'espérait le pape, un revirement dans les sentiments du peuple envers le Saint-Siège. Les circonstances qui accompagnèrent cet événement sont obscures. Ce qui est certain, c'est que, contrairement à ce qu'on a cru longtemps, Francesco ne fut point tué dans une émeute ; on a découvert, en effet, dans l'église S. Stefano del Trullo une pierre tombale, où il est représenté en costume de sénateur et dont l'épitaphe porte comme date de sa mort l'année 1555; il y est dit aussi que le pape l'avait reconnu comme chef du peuple, ce que semblent contredire tous les faits.

Après sa chute, la ville retomba dans Tétai d'anarchie qui lui était habituel. Lorsque Àlbornoz arriva à Monlefiascone, les Romains lui envoyèrent une ambassade et s'empressèrent de reconnaître, suivant l'usage, Innocent VI comme sénateur à vie, capitaine du peuple el défenseur de la ville.

Cola di Rienzo venait précisément alors d'arriver auprès du légat'; il lui rappela les promesses du pape et insista vivement pour qu'Albornoz lui fournît soit en hommes, soit en argent, les moyens de rentrer dans sa patrie. Quels que fussent, en effet, l'affection des Romains pour leur ancien tribun, et leur désir de le voir gouverner de nouveau la ville, ils n'étaient ni assez unis, ni assez forts pour le défendre dans les premiers moments contre les nobles. Il fallait donc à Rienzo avant d'entrer à Rome une escorte, si petite qu'elle fût, pour servir de point d'appui à ses partisans et inspirer le respect aux barons. Mais Àlbornoz se refusa absolument à écouter sa prière, soit que, d'un esprit plus positif que le pape, plus habitué surtout à gouverner les hommes, il se déûât du caractère un peu chimérique et des vues ambitieuses de Rienzo, soit qu'il nourrit déjà en secret l'espoir d'imposer à Rome comme gouverneur un de ses parents. Bien plus, il donna momentanément aux Romains comme chef Guido dell' Isola, que le tribun avait nommé jadis podestat d'Arezzo*. Rienzo eut beau l'importuner, le légat se contenta

1 . Certains auteurs pensent qu'il partit d'Avignon avec le légat ; mais, d'une part, le pape dit dans sa lettre du 16 septembre, postérieure au départ d' Albornoz : cito remittemus, en parlant de Rienzo ; d'autre part, Pétrarque, qui assista à la réception du légat a Milan, et qui Ta minutieusement décrite, ne fait aucune allusion à la présence du tribun.

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