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de lui faire accorder, parla cité de Pérouse, une pension suffisante pour vivre, mais avec laquelle il lui était impossible de solder des troupes.
Se voyant ainsi abandonné du légat, Cola di Rienzose décida à agir par lui-même : il alla trouver les habitants de Pérouse et sollicita leur appui ; mais tous les efforts de son éloquence, ses plus brillantes promesses, ne parvinrent pas à les ébranler : le tribun n'obtint pas d'eux le plus léger subside. Cependant, comme au fond ils désiraient le voir rentrer en possession du pouvoir, ils écrivirent au pape, le suppliant, dans l'intérêt du peuple romain et de leur propre cité, de procurer au tribun les moyens de retourner à Rome. Innocent VI leur répondit qu'il avait, lui aussi, fort à cœur le rétablissement de Rienzo, car il espérait trouver en lui désormais un serviteur aussi dévoué qu'énergique des inlérêts de l'Église (26 mars 1354). Quelques jours après (6 avril) il informa Àlbornoz de la démarche faite auprès de lui par les Pérousins, mais sans insister pour qu'il donnât suite à leurs vœux et en lui laissant toute latitude pour agir selon les événements et les conseils de son expérience.
Après avoir attendu quelque temps, Rienzo comprit qu'il devait renoncer à tout espoir d'obtenir le concours des citoyens de Pérouse, et il s'en retourna au camp du légat.
La guerre venait de reprendre, car le préfet, malgré ses engagements, s'était emparé de deux châteaux; il disait dédaigneusement : « Le légat n'a avec lui qu'une cinquantaine de prêtres, dont mes soldats feront bon marché » ; à quoi Àlbornoz répliquait : « On verra bien que mes cinquante prêtres battront le préfet et tous ses
braves ». De fait, la situation du légat n'était rien moins que bonne : les vivres commençaient à manquer; les navires et l'argent promis par le pape n'arrivaient pas, les troupes étaient découragées. Albornoz dut mettre en gage tout ce qu'il possédait, jusqu'à son argenterie; il envoya à Avignon l'évêque de Badojoz, pour solliciter des secours ; mais son énergie ne l'abandonna pas et il poussa les opérations avec plus d'activité que jamais. D'ailleurs le pape, s'il ne lui envoyait pas d'argent, ne lui ménageait pas les exhortations et les encouragements.
Albornoz excommunia de nouveau le préfet (14 mars 1554), le déclara rebelle et jeta l'interdit sur Orvicto, dont il avait fait sa résidence. Mais ce n'était pas, comme le dit Villani, avec le bruit des cloches et la cire des cierges qu'on pouvait venir à bout d'un tel adversaire; Albornoz le savait bien, aussi mit-il tout en œuvre pour le réduire par la force des armes. Le 10 mars, il attaqua Orvielo, dont il ne put enlever que quelques ouvrages avancés; quelques jours après, un coup de main hardi le rendait maître de Toscanella ; ce fut le premier succès de la campagne; peu après, il acheta la défection de la petite place forte de Corsidium; un de ses lieutenants battit un corps de sept cents cavaliers, commandé par Giovanni en personne. Plusieurs cités, qui avaient jusque-là reconnu la suzeraineté du préfet, firent leur soumission au légat; d'autres le suppliaient de les délivrer des tyrans qui les opprimaient; grâce à l'énergie et à l'habileté d'AIbornoz, les partisans du Saint-Siège devenaient chaque jour plus nombreux. Seuls les habitants de Corneto professaient hautement leur attachement pour Giovanni di Vico, et déclaraient qu'ils ne
reconnaîtraient jamais d'autre maître que lui. Albornoz résolut de faire un exemple sur cette ville.
Il venait de recevoir enfin un renfort de trois cents cavaliers que le pape lui avait envoyés, ainsi que quelque argent; Giordano Orsino alla, sur Son ordre, à Rome, pour en ramener les troupes qui y avaient passé l'hiver; le légat rappela également son neveu Gomez, auquel il venait de confier les fonctions de sénateur 1 , car Guido delT Isola avait dû se démettre promptement de sa charge. Les Romains, par haine contre .Viterbe plutôt que par déférence pour le légat, fournirent un contingent de dix mille soldats, commandés par Giovanni, comte de Vallemonte, et par Rainero Bufia. Alhomot avait avec lui treize cents cavaliers; il se dirigea d'abord vers Viterbe, dont le territoire fut ravagé sans pitié, puis vers Corneto, qui subit le même sort. Les Romains, satisfaits de s'être ainsi vengés de leurs ennemis, retournèrent chez eux, malgré les prières du kvat. On a prétendu que, durant cette campagne, le préfet, profitant de ce que Rome était dégarnie de troupes, y avait pénétré et s'y était livré à toutes sortes de cruautés envers les habitants; le fait parait peu probable.
L'abandon des Romains ne découragea pas Albornoz; ses lieutenants couraient sans cesse le pays, ne laissant
i. Le pape ea avait accordé explicitement le droit à Albornoi (lettre du 21 mars); il autorisa également son légat à envoyer de nouvelles troupes a Rome, si besoin était. En informant les Romains de cette double décision (27 mars), Innocent YI leur annonçait, sans doute pour atténuer le mauvais effet qu'elle ne pouvait manquer de produire, que les sommes léguées à la ville par le cardinal Ceccano leur seraient incessamment remises et que le vicaire, Poncio Perotto, recevrait Tordre de icteuruu sans délai à Rome.
aucun répit à Giovanni, qui n'osait presque plus sortir d'Orvieto ou de Viterbe; de plus, les habitants de ces deux villes supportaient mal les maux que leur causait la guerre et commençaient à murmurer; pour se débarrasser de quelques citoyens plus turbulents que les autres, le préfet provoqua un soulèvement à Viterbe, qu'il réprima ensuite avec la dernière rigueur. Mais cette trahison ne servit qu'à accroître le mécontentement de ses sujets et sa position devint fort critique. C'est alors qu'il chercha de nouveau à s'allier avec Montréal, qui Tenait de faire son apparition, non loin du théâtre des hostilités, plus puissant, plus audacieux que jamais.
Il avait passé l'hiver sur les terres de son ancien ennemi Malatesta di Rimini * , et les avait complètement dévastées '. Une foule de mercenaires étaient venus se joindre à lui; son armée grossissait chaque jour; elle comptait, à la lin de décembre, deux mille fantassins, quinze cents cavaliers, dont un grand nombre étaient des barons allemands. Montréal lui donna alors une organisation fort bien conçue : deux conseils, dont les délibérations étaient secrètes, partageaient avec lui la responsabilité du commandement; l'un était composé de quatre capitaines de cavalerie 3 , l'autre de quatre capitaines de fantassins. Il consultait aussi, dans les affaires d'importance, un conseil de quarante membres, pris parmi les principaux officiers de son armée. Des juges étaient chargés de trancher les querelles qui s'élevaient entre les soldats ; un trésorier avait pour office