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La surprise et la colère furent grandes à Rome, lorsqu'on y apprit celte lâche agression. Rienzo résolut d'en tirer immédiatement vengeance; il réunit à la hâte quelques hommes, dont plusieurs n'avaient même pas eu le temps de prendre leurs armes, et sortit de la ville à leur tête, par la porte Maggiore 1 . Les soldats de Rienzo parcoururent tout le jour la roule de Palestrine, ils fouillèrent les bois avoisinants et les vastes solitudes qui s'étendaient de ce côté; ce fut en vain; ils ne rencontrèrent ni une bête de somme, ni un prisonnier, ni un maraudeur; le soir venu, ils allèrent à Tivoli. Les ennemis, rompus aux choses de la guerre, avaient eu soin de conduire tout leur butin, par petits détachements, dans la forêt de Pantano, siluée entre Tivoli et Palestrine; ils y passèrent la nuit et, à l'aube, le mirent en sûreté derrière les murs de la ville. On juge du dépit des Romains, quand ils apprirent, le lendemain malin, la ruse des soldats des Colonna. Le sénateur ne put maîtriser sa colère et s'écria : « A quoi bon perdre mon temps à courir deçà et delà? je ne veux plus badiner avec les Colonna, il faut que nous en venions sérieusement aux mains. »
Il demeura quatre jours à Tivoli, où il donna Tordre à sa cavalerie et à ses mercenaires de le rallier. Les troupes arrivèrent aussitôt, étendards déployés, au sondes cornemuses et des trompettes; messire Breton et messire Arimbaud, en leur qualité de capitaines de la guerre, les accompagnaient. La bannière aux armes du sénaleur fut hissée sur la forteresse; mais, chose
i. Elle s'appelait aussi porte Praenestina, parce qu'elle s'ouvrait du côté de Palestrine.
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bizarre, au lien de battre gaiement au vent comme
autrefois, elle pendait tristement le long du mât.
Dans celte circonstance décisive, où il allait de nouïeau se mesurer avec ses adversaires les plus acharnés, Cola dî Rienzo retrouva son ancienne activité : il expédiait des ordres de tous côtés, s'occupait de l'administration de Rome, organisait à la hâte ses troupes et préparait seul ses plans d'attaque. Il avait bien changé pourtant depuis ce jour où il était monté au Capitole pour la première fois, aux acclamations du peuple; sa barbe, qu'il portait entière, son teint fortement coloré, lui donnaient un aspect dur et presque sauvage. Une soif ardente et continuelle, contractée, assurait-il, dans tes prisons d'Allemagne, le tourmentait cruellement; pour l'apaiser, il buvait immodérément et recherchait les vins les plus capiteux; il mangeait outre mesure; son visage était devenu rouge et bouffi , ses yeux roulaient dans leurs orbites d'une façon effrayante et s'injectaient violemment de sang à la moindre émotion. Durant sa longue captivité, l'obésité dont il était déjà atteint avait encore augmenté; la marche lui était devenue presque impossible; il faisait peine à voir. Son humeur était maintenant capricieuse, sa volonté vacillante; parfois il lui arrivait de donner les ordres les plus contradictoires et de se déjuger dans l'espace de quelques instants; de plus, ses manières hautaines et impérieuses, son orgueil, qui avait crû démesurément depuis son retour inespéré, lui créaient chaque jour de nouveaux ennemis. Loin de corriger ses défauts,
idversilé les avait aggravés,ct les Romains ne tardèsà s'apercevoir que leur idole ne répondait guère '"a s'en étaient fait durant son absence.
Une autre cause contribua aussi à exciter leur méconlentement : dès les premiers jours Rienzo se trouva aui prises avec une grave difficulté, le manque d'argent. Les caisses de la ville étaient vides ; des quatre mille florins avancés par les frères de Montréal il ne restait plus rien; cependant il fallait entretenir les troupes, payer la solde des mercenaires, subvenir aux dépenses du gouvernement. Cette situation embarrassée fut la constante préoccupation du sénateur, pesa sur sa politique, entrava ses desseins, paralysa ses efforts, et le força à avoir recours aux mesures les plus vexatoires : création ou augmentation d'impôts, amendes, confiscations même, qui le rendirent promptement odieux à ses concitoyens et provoquèrent sa chute dans une grande mesure.
Déjà à Tivoli, les troupes se plaignaient, à peine arrivées, de n'avoir pas reçu leur solde; afin de les apaiser, le sénateur imagina un expédient qui fait plus d'honneur à son ingéniosité qu'à sa bonne foi. Il manda messire Breton et messire Arimbaud et leur parla ainsi : « J'ai lu, dans les annales de Rome, qu'un consul, se trouvant à court d'argent pour payer ses soldats, assembla les principaux citoyens et leur dit : « C'est à nous, « qui occupons les plus hautes charges, à subvenir les a premiers, dans la mesure de nos moyens, aux besoins « de l'État. » Les Romains, convaincus, apportèrent tant d'argent, que les soldats purent recevoir leur solde entière. Suivez cet exemple. Les citoyens romains, voyant que vous, étrangers, ne reculez pas devant ce sacrifice, s'empresseront de vous imiter et nous aurons de l'argent en abondance. »
Les deux frères se laissèrent persuader et lui remi-
rent chacun une bourse de cinq cents florins, ce qui permit au sénateur de payer l'arriéré dû aux cavaliers; les fantassins ne reçurent que demi-solde en monnaie de Tivoli. Après les avoir ainsi contentés, Rienzo chercha à obtenir quelques subsides des habitants de Tivoli; à cet effet, il les convoqua sur la place de Saint- Laurent et leur parla de ses aventures pendant son exil, de ses entrevues avec l'empereur d'Allemagne, qui lui avait promis, disait-il, de venir promptement à son secours. « Le pape, ajouta le sénateur, après m'avoir pardonné par haine pour les Colonna, ses ennemis, m'a nommé sénateur de Rome, mais le jeune Stefano, ce serpent venimeux, ce roseau né dans les marais, aidé de tous les siens, m'empêche d'exercer ma juste autorité. Je me montrerai moins clément envers cette famille maudite que je ne l'ai été jadis; il faut cette fois la détruire sans pitié, car c'est à cause d'elle que Rome vit dans la misère, tandis que les autres cités sont riches et heureuses. Je veux attaquer Palestrine, en ravager impitoyablement les environs ; que ceux qui ont bon courage viennent avec moi ; dans ce grand péril vous ne m'abandonnerez pas et vous m'aiderez de tous vos moyens ! » Un petit nombre de citoyens répondirent à son appel.
Le lendemain, il fit partir les fantassins allemands et prit lui-même le chemin de Palestrine avec le gros de l'armée, composé de la cavalerie, qui comptait mille hommes environ, et des habitants de Tivoli; les vivres et les impedimenta suivirent. Au soir on fit halte à Castiglione, village situé à mi-chemin entre Tivoli et Palestrine; Rienzo s'y arrêta deux jours, afin que le reste des troupes et les auxiliaires promis par Velletri
et d'autres cités de la plaine et de la montagne eussent le temps de le rejoindre. De Gastiglione il alla camper au bourg de Santa Maria délia Villa, à deux milles de Palestine.
Cette cité, bâtie sur le penchant des monti Prenestini, défendue par d'épaisses et antiques murailles et dominée par le Castel S. Pietro, où se trouvait une forteresse que venaient de construire les Colonna (1332), était difficile à emporter d'assaut, et de plus les montagnes abruptes et sauvages qui s'élevaient derrière elle en rendaient l'investissement impraticable. Rienzo se vit donc réduit à attendre patiemment au pied de ces murs qu'une occasion favorable lui permît de tenter l'attaque ; il donna l'ordre de ravager la campagne environnante, dans l'espoir que, de même qu'à Yetralla, les assiégés livreraient la ville. L'armée commença donc, le lendemain de son arrivée, son œuvre de destruction et la mena rapidement; mais les habitants de Palestine, qui redoutaient encore plus la colère de leurs maîtres que celle du sénateur, restèrent impassibles.
Les chefs de l'armée se préoccupaient au fond médiocrement de la réussite des opérations. Rienzo seul cherchait avec passion les moyens de pénétrer dans la place; cette pensée l'obsédait; ses regards se portaient incessamment sur la ville et sur la forteresse : « Il me faut raser cette montagne », l'en tendait-on s'écrier. Nuit et jour, on le voyait épier tous les mouvements de ses adversaires; il ne tarda pas à remarquer que les habitants faisaient sortir leurs bestiaux par une porte de derrière et les ramenaient le soir dans la ville; il apercevait aussi des gens qui introduisaient de longues files de chariots et des bêtes de somme. Comme