Voir Appendice, a
14 COLA Dl RIENZO.
même gradation était observée pour les meurtres, etc. Comme tous les partis intermédiaires, la gentilezza ne jouait qu'un rôle effacé.
Le conseil des treize buonuomini, soit un par quartier, qui représentait le peuple, comme cela se pratiquait dans nombre de cités de Tllalie et de la Provence, n'avait qu'une autorité fort précaire et, s'il lui arrivait parfois, après un soulèvement populaire, de saisir momentanément le pouvoir, il en était réduit le plus souvent à faire de simples remontrances et à implorer, au nom du peuple, la protection des papes. Quant au droit qu'avaient les citoyens de décider, en assemblée, les questions d'un intérêt général, de contrôler les actes des magistrats sortants, de participer même à leur élection, ils n'en faisaient plus guère usage et ils laissaient les sénateurs jouir d'un pouvoir presque absolu, quitte, lorsqu'ils dépassaient par trop la mesure, à prendre les armes au cri de : Popolo! popolo! et à les chasser du Capitole. Grâce aux pèlerinages, grâce aussi aux sommes considérables qui afQuaient à Rome chaque année (Je toute la chrétienté, le peuple, surtout lorsque les papes résidaient à Rome, n'avait pas eu autant qu'ailleurs à demander au travail sa subsistance quotidienne. C'est ce qui explique que les corporations, si puissantes dans les autres villes d'Italie, existaient à peine à Rome, et n'exerçaient aucune influence politique; les principales étaient : la corporation de la laine, celle des bouchers et celle des laboureurs. Comme le commerce et l'industrie étaient peu florissants, que presque tous les habitants s'occupaient de la culture des champs, la corporation des laboureurs était de beaucoup la plus importante. Au reste, le peuple, presque toujours tenu à l'écart
des affaires publiques, n'avait pas appris, par l'exercice du pouvoir, ces règles de modération et de prudence, sans lesquelles il n'est point de gouvernement stable, et son inconstance aurait empêché un pouvoir quelconque de s'établir à son profit; prompt à s'engouer des hommes qui semblaient vouloir défendre ses intérêts, il se fatiguait bientôt de les soutenir et laissait aux barons une revanche facile. «Rarement, dit Villani, ce qui avait été fondé en octobre durait jusqu'en décembre » et le reproche, pour exagéré qu'il paraisse, ne fut souvent que trop justifié par les faits.
Ainsi, quatre pouvoirs coexistaient à Rome, qui, par leur antagonisme, s'affaiblissaient réciproquement : le peuple était impuissant, la noblesse incapable et divisée, la papauté éloignée et absorbée par les intérêts de l'Église, les empereurs sans force effective et sans grande volonté d'intervenir désormais dans les affaires do Rome.
Peut-on s'étonner que, dans ces conditions, cette ville n'ait cessé de décroître durant tout le moyen âge en autorité et en importance, tandis que des cités, naguère inconnues, devenaient riches et puissantes, et qu'elle soit restée presque complètement à l'écart de ce grand mouvement intellectuel, d'où devait sortir, deux siècles plus tard, la Renaissance? Rome ne vivait plus que de sa renommée, et si le prestige de son nom imposait encore au loin l'admiration et le respect, une cruelle déception attendait le voyageur ou le pèlerin assez hardi pour franchir son enceinte.
Le temps, le feu, les invasions étrangères et les guerres civiles avaient transformé cette malheureuse cité en un monceau de ruines.
16 COLA DI R1ENZO.
Le Pogge, contemplant Rome du haut de la colline déserte du Capitole, s'écriait 1 : « La roche tarpéienne a repris l'aspect qu'elle avait au temps du roi Evandre, chanté par Virgile; quand vivait le poète, elle était ornée d'un temple aux toits dorés; maintenant le temple est renversé, l'or pillé, la roue de la Fortune a tourné, et le sol sacré est envahi par les ronces et les broussailles. Cette colline du Capilole, illustrée par les triomphes de tant de généraux fameux, enrichie par les dépouilles d'un si grand nombre de nations vaincues, était jadis la tête de l'empire romain, la citadelle de l'univers, la terreur des rois. Hélas! que cetle merveille du monde est étrangement déchue de sa splendeur ! la route triomphale * disparaît sous les vignes et des monceaux de fumier cachent les bancs, où siégeaient les sénateurs.
« Jetez vos regards sur le mont Palatin et cherchez, parmi les ruines énormes qui y sont entassées pêle-mêle, cherchez le théâtre de marbre, les obélisques, les statues colossales, les portiques du palais de Néron ; contemplez les autres collines: on ne voit partout qu'édifices écroulés et champs incultes.
« Le forum est entouré d'une palissade, on y plante des légumes; les pourceaux et les bœufs vont y paître 3 . Les monuments publics et privés, que l'on avait construits pour l'éternité, gisent à terre et l'on dirait, en voyant leurs débris, les membres épars d'un géant redoutable: l'immensité de la ruine de cette cité ap-
1. Bracciolini Poggi, Mit. dc'varietatc fortunœ, cité par Gibbon : The décline and fall of the Roman Empire.