‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 13 sur 126 · On rappelait pour cela : campo vaccino · texte numérisé non relu

On rappelait pour cela : campo vaccino

paraît tout entière devant ces restes grandioses, qui ont survécu aux injures du temps et de la fortune. »

Cet auteur, qui vivait au quinzième siècle, a décrit fort minutieusement Rome. On possède également une autre description , datant du treizième siècle, mais qui est très inexacte ; l'auteur se borne la plupart du temps à y rapporter des légendes relatives aux différents monuments de la ville et auxquelles tout le monde croyait alors aveuglément; à ce point de vue, elle ne laisse pas d'être intéressante. 11 raconte, par exemple, que le Capitole, au temps de l'empire, était couvert de cristal et d'or et surmonté d'un toit orné de la plus riche ciselure ; au milieu, se trouvait un palais en or et en pierres précieuses, qui valait, à lui seul, le tiers du monde entier; on y voyait rangées par ordre les statues de toutes les provinces de l'empire, chacune portant une sonnette au cou; si l'une des provinces venait à se révolter, la statue qui la représentait se tournait vers elle, la clochette sonnait et donnait ainsi l'alarme aux Romains.

En comparant ces deux descriptions, on peut se faire une idée de ce qu'était Rome au temps de Rienzo. Depuis que les papes avaient quitté la ville, toute l'activité s'était concentrée autour du Capitole; d'ailleurs, les aqueducs ayant été rompus depuis les invasions barbares, les Romains étaient forcés de vivre sur les bords du Tibre. Le Ghetto se trouvait à l'extrémité sud de la ville, entre le mont Capitole et le fleuve, tandis que le Campo di Fiore, où se tenaient des foires et des marchés et où se faisaient certaines exécutions capitales, semble avoir marqué la limite nord de la région habitée qui, bornée à l'ouest par le Tibre, ne devait pas s'étendre à l'est

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beaucoup plus loin que le Colisée. Le reste de l'enceinte était occupe soit par des plantations de vignes, soit par les palais des barons qui avaient, comme nous l'avons vu, entouré de palissades et s'étaient approprie des quartiers entiers. Ainsi que l'indiquent ces vastes étendues désertes, la population de Rome avait bien diminué; on rapporte que, du temps d'Innocent III (1198), elle s'élevait à trente-cinq mille âmes et a dix-sept mille seulement sous le pontiGcatde Grégoire XI (1577); en 1513, sous Léon X, la ville ne comptait encore que quarante mille âmes. Il semble donc fort probable qu'à Tépoque de Cola di Rienzo le nombre de ses habitants ne devait guère dépasser vingt à vingt-cinq mille; il ne faut pas oublier que l'absence des papes et le triste état de la ville avaient du en éloigner un grand nombre de citoyens. D'ailleurs on peut déduire approximativement la population de l'ancien Latium du montant de l'impôt de quatre florins par feu (focatico) ; Rienzo l'évalue un moment, il est vrai, à cent mille florins, mais seulement pour les besoins de sa cause; plus tard, il le fixe, avec plus d'apparence de raison, à environ trente mille florins, soit sept mille cinq cents feux, ce qui donne de soixante à soixante-dix mille habitants; si l'on tient compte du fait qu'à cette époque les environs de Rome étaient proportionnellement bien plus peuplés qu'à présent, on voit que ce chiffre concorde avec celui que nous avons donné pour la population de la ville.

Les Romains, loin de veiller à la conservation des monuments qui avaient fait jadis l'étonnement du monde, en hâtaient la destruction : les barons en arrachaient les matériaux pour élever leurs châteaux ou les

tours innombrables 1 dont ils hérissaient la ville, les pauvres y prenaient de quoi bâtir leurs demeures; le sénat voulut même une fois percer une rue à travers le Cotisée, mais heureusement il fut forcé de reculer devant l'énormiic du travail.

De l'ancien Capitole il ne restait que des ruines grossièrement restaurées; la colonne Trajane avait été renversée, puis reconstruite en partie; le temple de la Concorde, encore debout à cette époque, servait de carrière à chaux; le mausolée d'Auguste n'était plus qu'un amas de débris, mais celui d'Hadrien, devenu le château Saint-Ange, conservait son aspect imposant. On ne voyait plus que trois arceaux et une colonne du temple delà Paix; les arcs de triomphe de Titus, de Sévère et de Constantin étaient encore debout et l'on pouvait en lire les inscriptions ; presque toutes les statues de marbre avaient été brisées ou vendues et celles de bronze fondues. Le Septizonium, que Pétrarque a décrit avec tant d'admiration, possédait encore ses sept étages de pierre, de marbre et de porphyre. Le cirque maxime était devenu la forteresse des Frangipani ainsi que l'énorme tour appelée Cartularia. La colonne de Marc- Aurèle était louée à des marchands par les moines qui s'en attribuaient la possession. Il existait encore sept thermes, mais tellement ruinés qu'on n'en pouvait presque plus reconnaître la disposition. La pyramide de Cestius et une autre semblable, près du château Saint-Ange, le Panthéon, le temple de Jupiter Stator et

1. Pogge compte trois cent soixante-dii-neuf tours sur les murailles; il y en avait au moins huit cents dans l'intérieur de la cite, un seul quartier en comptait quarante; un pèlerin, vers la fin du onzième siècle, prétendit en avoir vu dix mille !

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de Jupiter Ferelrius avaient seuls résisté aux outrages du temps et des hommes.

« J'ai vu en ruine, dit le Poggc, une partie des murs et j'ai pu m'assurer que les pierres et le marbre qui les composent proviennent des monuments anciens. » Pétrarque confirme ce dire : « Les Romains, écrit-il, ont osé se partager entre eux les temples et les palais ; divisés sur tout le reste, ils ne s'entendent que pour détruire a vcc rage leurs ponts et leurs murailles' ; ils font un c oflimerce infâme des débris de leurs édifices, et de Jours arcs de triomphe*; l'indolente Naples se pare maintenant des dépouilles de Rome, de ses colonnes de marbre, des sépulcres de ses grands hommes; ainsi ^paraissent peu à peu jusqu'aux vestiges mêmes de la puissance romaine. » Le dôme d'Orvieto fut construit, : n si qu'il ressort de documents authentiques, avec des \ierres tirées des monuments de Rome.

* Les églises, nombreuses mais désertes, car la misère |t avait chassé les prêtres, tombaient en ruine : le feu va it dévoré le toit de Saint-Jean de Latran, l'église ponlificalo de SS. Nereo ed Àchilleo menaçait de crouler; lllltf autre église, située sur TÀventin, n'avait plus de couverture; sur plus de trois cents églises', que comptait Rome à cette époque, quarante-quatre étaient cornplôlemonl abandonnées et onze gisaient à terre. Il y

4 ll« acte du qualonième iii«le nous apprend que deux factions riie, sWendi rent pour prendre des pierres au G*», que Ion no

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r ?i F ÎSr lUivllatl de ne pouvoir emporter en France quelques-uns ïetK S « q»o Ci vendait si facilement aux étrange. ..

* 3 U En comprenant celles des couvents. Certains auteurs M quatre cents.

avait quarante monastères et vingt couvents, soixante chapitres ou collèges de chanoines et de prêtres, et cependant le clergé romain était loin d'être riche, car les cardinaux s'appropriaient la majeure partie de ses revenus.

Les Romains, qui prétendaient que l'ancien Latium tout entier, c'est-à-dire le pays qui s'étend entre la mer et les montagnes, depuis le pont de la Paglia 1 au nord, jusqu'à Ceperano* au sud, leur appartenait, avaient bien de la peine à faire respecter leur autorité même des plus petites cités environnantes : Viterbe, Vellelri, Corne to, Tivoli, et bien d'autres avaient recouvré leur indépendance ou luttaient avec Rome à armes égales. La campagne était sous la domination presque exclusive des barons qui percevaient les impôts, rendaient la justice et exerçaient presque tous les droits de souveraineté. Quelques villes seulement reconnaissaient l'autorité de Rome en lui envoyant un tribut annuel qui contribuait, avec la gabelle et l'impôt sur les feux, à alimenter le trésor de la ville.

Au sud de Rome, le royaume, de Naples, après avoir joui d'une paix et d'un bien-être relatifs durant le long règne de Robert I er , était désolé par la guerre civile et menacé d'une invasion étrangère. Robert, dont le fils unique était mort en 1328, avait eu deux filles, Jeanne el Marie, de sa seconde femme Marie de Valois. Redou-

1. Paglia, rivière qui prend sa source dans la province de Sienne, et qui, passant au nord du lac Bolsena, se jette dans le Tibre, près d'Orvieto.

fi. Cèpe ra no, petite fille située sur le Liri, à seize kilomètres sud-est de Prosinone.

±i : Ci K KEM J.

U" . i-'ar.Ss %» m-r. s>a parent Charles Hubert, roi c* H:r T>, •;-• aviit certains droits à la couronne 1 , ne ciencii: à les f::rv t**:«ir par ta force, Robert obtint de cr m nanpr ^ulî d>nniî son second fils André en mari: j* â Jeanne, qui d^ait lui succéder snr le trône de Xi~->>; Anirv n'avait que six ans et Jeanne neuf «:uir. î !a cérvm-»n;e fut célébrée, grâce à une dispense «2e la cjur d\\TÎjn.»n . Iô55 . L'héritier du royaume de Hongrie, Louis, devait ép»u>er Marie, mais le mariage nVul [os lieu 1 . RjU^rt croyait avoir assuré par ce uio)0!i une paix durable entre les deux États, il en fut tout aulrvtnenl.

Quand il mourut, en 1512, Jeanne avait vingt ans; d'un caractère frivole et dissolu, elle se laissait guider par les conseils des femmes qui l'entouraient et ne songea bientôt qu'à se saisir entièrement du pouvoir et à se débarrasser d'un époux, dont les mœurs encore à demi sauvages contrastaient singulièrement avec le raffinement de la cour de Naples. Plus d'une fois, las du rôle elfacé que la jeune reine voulait lui imposer, il avait laissé échapper contre elle des paroles de menace; aussi, lorsqu'on apprit que, sur ses instances, le pape lui avait permis de se faire couronner et de prendre effectivement le pouvoir, avant l'époque fixée par le feu roi, la consternation fut-elle grande parmi les partisans de Jeanne; poussée par eux, elle n'hésita plus et André périt assas-

I . Kobert, troisième fils de Charles II, roi de Naples, avait supplanté son (Vère ahié Charles Martel ; celui-ci, proclame roi de Hongrie, ne put prendra possession de son trône et mourut à Naples en 1295, mais son tlU Charles Hubert ou Caribert régna effectivement et ne voulut jamais reeonnnttre son oncle comme roi de Naples, bien que l'usurpation de ce dernier eût été* sanctionnée par Clément V.

1 Kilo épousa le duc de Duratio.

sine, à la porlc même de la chambre de la reine, dans le palais d'À versa, la veille du jour où il devait recevoir la couronne (19 septembre 1345).

Bien que la participation de Jeanne à ce meurtre n'ait jamais été complètement établie, tout le monde alors lui imputa la mort de son époux; les nobles prirent les armes, le peuple se révolta. Bertrand de Deaulx, grand justicier du royaume, fut chargé par Clément VI le châtier les coupables « sans acception de rang ou respect de dignités humaines » et de gouverner le royaume jusqu'au rétablissement de Tordre. Pour comble "de scandale, la reine épousa, le 30 août 1346, Louis de Tarenle, son amant.

Le roi de Hongrie, Louis, qui avait succédé à son père, mort le 14 juillet 1342, résolut de venger le meurtre de son frère; il adressa à Jeanne une lettre où il résume laconiquement les preuves de sa culpabilité : « Jeanne, dil-il, les désordres de ta vie passée, ton 'désir de garder la couronne, la vengeance négligée, les excuses alléguées plus lard en faveur des meurtriers, prouvent assez que tu as été complice de la mort de ton époux. »

Arrêté une première fois devant Zara, d'où il voulait s'embarquer et qu'assiégeaient les troupes vénitiennes, il contourna l'année suivante l'Adriatique et envahit le royaume de Naples faiblement défendu par les partisans de la reine qui dut s'enfuir précipitamment à Nice et de là en Provence, où ses barons la retinrent presque prisonnière (20 janvier 1348). Louis ternit sa victoire en faisant lâchement assassiner le duc de Durazzo, qui pourtant avait été un des premiers à prendre les armes contre la reine criminelle et a réclamer l'intervention du roi de Hongrie.

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A Vérone, Cane délia Scala avait eu pour successeur son fils Mastino, qui affermit et étendit son autorité : une grande partie de la Vénétie lui obéissait, mais, vaincu par une ligue formée contre lui à l'instigation des Florentins, il dut céder Trévise aux Vénitiens et firescia au seigneur de Milan.

La guerre, qui sévissait alors en France, avait eu son contre-coup à Florence, où, dans le courant de l'année 1546, les Bardi, qui avaient prêté neuf cent mille florins 1 à Edouard III, roi d'Angleterre', et les Peruzzi, qui lui avaient également avancé six cent mille florins (ce qui est énorme si Ton songe que les revenus de la ville ne dépassaient pas alors trois cent mille florins) se virent forcés de suspendre leurs payements, parce que leur royal débiteur se trouvait hors d'état de tenir ses engagements; celte catastrophe en entraîna d'autres; bien des gens, qui leur avaient confié tout leur avoir, fureut réduits à la misère : « Et voilà, s'écrie Villani qui fut de ce nombre, voilà à quoi mènent des avances faites inconsidérément aux grands! » De plus, la tyrannie du duc d'Athènes, bien que de courte durée, avait porté un coup funeste au prestige de Florence : le trésor était épuisé: les citée, telles que Arezzo, Pistoia, Volterra, qui reconnaissaient auparavant son autorité, profitèrent de ses embarras pour secouer son joug ; et les Pisans occupèrent Lucques, malgré les Florentins auxquels Mastino délia Scala l'avait vendue. Cependant, grâce à l'activité et à l'énergie de ses habitants, Florence reconquit en peu de temps sa suprématie sur les villes voile Voir Appendice, n° I.

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