Pelliciaro signifie pelletier
2. Nous avons, dans ce récit, suivi de point en point le biographe.
sénateur! » La situation de Rienzo devenait critique, d'autant qu'il entendait, tout près de lui, les cris et les menaces de messire Breton, dont la prison était voisine, et qui pouvait d'un moment à l'autre profiler de l'absence des geôliers pour reprendre sa liberté et venir venger la mort de son frère. Les émeuliers, voyant que les portes du palais défiaient tous leurs efforts, résolurent d'y mettre le feu ; un bûcher fut promptemcnl dressé devant chaeu ne d'elles, on y répandit de la poix et de l'huile, et les flammes ne tardèrent pas à entourer le Capitole. Rienzo voulut encore une fois adresser la, parole au peuple; l'escalier, que le feu atteignait déjà, était impraticable ; il se fit descendre au moyen de cordes, dans une nappe, jusqu'à une terrasse, située tout près du sol. Mais là un nouveau danger l'attendait, car sur cette terrasse donnait la prison commune où étaient enfermés une foule de malheureux qui, voyant l'incendie les gagner, faisaient des efforts désespérés pour briser les portes et poussaient des clameurs effroyables. C'en était fait de Rienzo si les prisonniers parvenaient à s'échapper; il prit les clefs, de peur que quelqu'un ne voulût les délivrer, et se relira au fond de la terrasse. La, le peuple ne pouvait plus le voir et peutêtre se serait-il calmé de lui-même, si Locciolo, demeuré dans la salle du haut, n'était apparu plusieurs fois sur le balcon, faisant signe que le sénateur se disposait à fuir par derrière. Puis, il se tournait vers lui et l'engageait à avoir bon courage. Du moins c'est ainsi que le biographe explique ses gcsles; d'après lui ses funestes conseils auraient poussé Rienzo à rester inactif au début, à résister, quand il n'était plus temps, à se sauver enfin sous un déguisement indigne de lui.-
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Cependant le jour s'était lève. L'incendie faisait rage ; la galerie, qui menait à l'entrée, était en flammes; les poutres, les planchers, les murailles s'effondraient de tous côtés avec fracas; une des portes était en partie consumée; une autre commençait à brûler, mais la chaleur était si intense que les émeutiers n'osaient se risquer dans l'intérieur du palais.
Celte circonstance aurait pu sauver Ricnzo. Si. n'écoutant que son courage, il était resté sur la terrasse où les flammes ne pouvaient l'atteindre, ses amis pouvaient se rallier, courir à son secours! Mais le destin en avait décidé autrement. En proie à une terrible indécision, le sénateur allait et venait, il enlevait son casque et le remettait, saisissait son épéc, puis la rejetait loin de lui. Enfin, la crainte de tomber entre les mains de ses ennemis l'emporta ; il ôta son casque, son armure, ses vêtements sénatoriaux, eufin tout ce qui pouvait le faire reconnaître, se coupa rapidement la barbe, se teignit le visage en noir, jeta sur ses épaules un manteau grossier, tel qu'en portaient les bergers dans la campagne de Rome et qu'il trouva dans le réduit où habitait le portier; enfln pour mieux cacher son visage, il se chargea d'un matelas. Apres avoir donné l'ordre qu'on ouvrît toutes les portes du palais, afin de distraire l'attention de la populace, le sénateur descendit l'escalier près de s'écrouler, traversa la galerie au milieu des flammes, parvint à la première porte, qu'il franchit sans difficulté, puis à la seconde, et s'élança enfin sain et sauf sur la place du Ca pi tôle. Grâce à la confusion, personne ne le remarqua. 11 s'éloigna rapidement à travers la foule, criant, dans le patois des paysans : « Sus, sus au traître; allez piller le palais, il est plein de richesses! »
Rienzo était déjà parvenu au bas de l'escalier du Capitale, il se croyait sauvé, lorsque soudain, au moment où il allait traverser la dernière enceinte, un homme du peuple, qu'il avait offensé jadis, lui barra le chemin, le dévisagea, et s'écria, en le saisissant par le bras : « Ne passe pas, où vas-tu donc? » En même temps, il arrachait le matelas sous lequel Rienzo cherchait à se dissimuler, et les bracelets dorés qu'il portait au bras achevèrent de le trahir. Se voyant reconnu, le sénateur ne tenta pas une résistance d'ailleurs inutile; résigné à son sort, il se laissa ramener au bas de l'escalier des Lions, où lui-même avait prononcé la condamnation de tant de coupables.
Les Romains accoururent autour de lui, mais un reste de respect les retenait, et ils le regardaient curieusement, silencieusement. Son visage était souillé de sang et du noir qu'il y avait mis; ses cheveux flottaient en désordre; sous son manteau d'emprunt il avait un petit pourpoint de soie verte, serré à la taille, une légère cuirasse dorée, des jambières roses comme celles des barons* Les bras croisés sur la poitrine, muet, immobile et comme anéanti, il regardait avec des yeux où se lisaient la terreur et le désespoir la foule qui se pressait de plus en plus nombreuse autour de lui. Ah! si dans cet instant suprême, surmontant son effroi, il avait parlé, peut-être la colère des Romains se fût-elle apaisée! Les moments s'écoulaient 1 , personne n'osait porter la main sur lui. Enfin un homme du peuple, Cecco del Vecchio, s'avança et lui porta un violent coup d'estoc
1. Le biographe dit une heure, mais dans de tels moments les minute semblent longues, même aux assistants.
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dans le ventre; presque en même temps un notaire, appelé Treio, lui fit avec son épee une profonde blessure à la tète. Cola di Rienzo tomba mort sans pousser un tri ; il était environ neuf heures du matin.
Les Romains, comme pris de fureur à la vue de son sang, se précipitèrent alors sur lui ; chacun voulait le frapper; la populace forcenée se ruait sur son cadavre, le piétinant avec des cris féroces; ce ne fut bientôt plus qu'une masse informe. On attacha une corde aux pieds de Rienzo, car sa tète avait été arrachée, et ou le traîna par les rues, avec force quolibets; de larges flaques de sang et des lambeaux de chair marquaient son chemin. Quand les Romains furent fatigués de ce jeu, ils le pendirent à un balcon, devant l'église S. Marcello 1 , près du palais des Colonna. Sans nous appesantir sur ces détails qui montrent que la foule, lorsqu'elle n'a pas de frein, se livre, dans tous les temps et dans tous les pays, à des actes qui la ravalent au-dessous des bêles fauves, qu'il nous suffise de dire que le cadavre du tribun demeura suspendu ainsi deux jours et une nuit, en butte à toutes sortes d'outrages; que le troisième jour il fut transporté, par ordre de Giugurta et de Sciaretta Colonna, au camp d'Auguste, où les Juifs*, accourus en grand nombre, élevèrent un immense bûcher de chardons, sur lequel ils le firent brûler. Heureux sans doute d'assouvir sur lui leur haine des chrétiens 5 ,