‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 21 sur 126 · Il fut un moment syndic de la ville · texte numérisé non relu

Il fut un moment syndic de la ville

2. L'os ti a ire était chargé généralement de la garde des églises, dont les clefs lui étaient confiées. C'était lui qui devait admettre les fidèles et exclure les excommuniés.

laine et défenseur du peuple; enfin de décider que Tannée 1550 serait une de ces années privilégiées, durant lesquelles, ainsi que l'avait institué Boniface VIII, tout chrétien, qui se rendait à Rome et y accomplissait certaines dévotions prescrites, obtenait une indulgence plénière 1 .

La renommée de Pétrarque, son amour pour l'Italie, son titre de citoyen romain, le désignaient pour porter la parole au nom de ses collègues. Dans une harangue en vers latins, il déploya toutes les ressources de son génie pour amener le pape à fixer sa résidence à Rome. Il lui rappela les reliques que renfermaient ses églises et ses litres si nombreux à l'amour et au respect des chrétiens, il fit même intervenir des miracles récents. Mais Clément VI demeura inébranlable. Pouvait-il abandonner sa résidence d'Avignon, si gaie, si paisible, pour Rome, en proie aux factions, dominée par une noblesse dont les papes avaient eu tant de fois à subir les violences? De graves intérêts, au reste, Te retenaient en France. La trêve conclue entre Philippe VI et Edouard, roi d'Angleterre, allait expirer; l'Allemagne était menacée d'une guerre civile, il fallait que partout Clément VI exerçât sa vigilance.

Il fit longtemps attendre sa réponse aux ambassa- ' (leurs et finit par la donner fort évasive : il se rendrait à . Rome, dit-il, dès que les circonstances le lui permettraient. En attendant, il chargea le cardinal Aimeric d'aller en Italie y représenter son autorité. Toutefois il

i . Le premier pèlerinage eut lieu en 1500; Boniface VIII avait décrété qu'il se renouvellerait tous les cent ans. Clément VI réduisit, comme nous le verrons, cet intervalle à cinquante ans; Urbain VI déclara qu'il ne serait que de trente-trois ans, en souvenir du nombre d'années qu'avait vécu le Christ; depuis Paul III, il n'est plus que de vingt-cinq ans.

40 COLA Dl RIESZO.

accepta le titre de sénateur à vie, tout en faisant ses réserves touchant les droits du Saint-Siège.

Les Romains, cependant, commençaient à perdre espoir; ils avaient même, à ce qu'il semble, chassé les sénateurs du Ca pi tôle et investi du pouvoir suprême le conseil des treize buonuomini et les consuls des arts. Rienzo, désireux de se faire connaître et de plaire au peuple, lui insinua que peut-être il serait plus heureux à Avignon que Stefano Colonna et ses collègues. En même temps, il briguait avec ardeur auprès du conseil des treize buonuomini l'honneur d'aller exposer au pape les doléances de ses concitoyens et hâter, s'il était possible, la marche des négociations.

On finit par accéder à sa demande et il partit seul. Quoiqu'il n'eût pas de titre officiel, Clément YI consentit à le recevoir et fut vite séduit parce charme mystérieux et invincible qu'exerçait Cola di Rienzo sur tous ceux qui l'approchaient. Sa taille élevée et élancée, son maintien plein de noblesse, son visage pâle et calme d'ordinaire, mais que la discussion animait aisément et dont un sourire presque surnaturel illuminait parfois les traits fins et réguliers, ses yeux pleins d'un feu étrange, prévenaient tout d'abord en sa faveur. Son intelligence active, ouverte aux idées nouvelles, l'étendue de ses connaissances, surtout en ce qui concernait l'antiquité, sa parole élégante et facile, l'ardeur communicative qu'il mettait à tout ce qu'il entreprenait, étonnaient, puis fascinaient ses interlocuteurs; on ne pouvait lui résister longtemps.

II savait aussi merveilleusement dompter et captiver la foule, lui faire partager ses émotions, ses idées, ses enthousiasmes. Aucun de ses discours ne nous est par-

venu en entier, et les lettres, les écrits que Ton possède de lui nous semblent parfois d'un style trop orné, voire même un peu ampoulé; mais puisque de son temps on les considérait comme des chefs-d'œuvre, nous devons en conclure que ce défaut est imputable à l'esprit de l'époque et ne peut lui être reproché; au demeurant, on y trouve une logique serrée, une grande habileté pour présenter les faits, une force d'argumentation peu commune, de beaux mouvements d'éloquence. Pétrarque dit que son langage brillait plutôt par la richesse des images et la douceur que par l'abondance des idées; selon son biographe il était « bon grammairien, meilleur rhétoricien, excellent écrivain ». Caractère bizarre, plein de hardiesse à son heure, plein de timidité parfois (quelques-uns ont même dit de couardise), la modestie et l'ambition, le désintéressement et l'amour des choses de ce monde, la douceur et la cruauté, la grandeur d'âme et la petitesse d'esprit, s'alliaient en lui d'une étrange façon. Il rêvait le bonheur de Rome, de l'Italie, du genre humain et sa propre gloire, dût-il, pour atteindre son but, renverser ces deux pouvoirs augustes : le pape et l'empereur. Mais, lorsqu'il se trouva face à face avec la réalité, quand il eut à lutter avec des difficultés qu'il n'avait pas su prévoir, ses forces trahirent son ambition ; il succomba dès l'abord. 11 savait concevoir, mais non pas exécuter. La fortune servit bien Rienzo, car, peu de temps après son arrivée, le pape, « considérant la brièveté de l'existence humaine », se décida enfin à accéder aux prières des Romains, en ce qui concernait l'indulgence. Le 27 janvier 1343, il annonça cette résolution et publia la bulle « Unigenitus Dei filius », où étaient formulés

les devoirs imposés aux fidèles qui se rendraient à Rome en 1 année 1350. H y compare ce pardon au jubilé des juifs et de là Tint le nom qui est resté à ce pèlerinage.

a Tous les peuples, et principalement les Romains, dit malicieusement Yillani, se réjouirent grandement à cette nouvelle, - 11 se peut que l'habileté de Rienzo et que son récit trop réel des souffrances qu* éprouvaient les Romains» aient vaincu les derniers scrupules de Clément YI : nous ne saurions raflinner : quant à Rienzo, il n'hésita pas à s'attribuer tout le mérite d'une décision qui allait être pour ses compatriotes la source d'immenses proGts; il leur adressa une lettre, dont le début rappelle de loin une bulle de Clément Y, commençant par ces mots : * Exultet in gloria «.

Nous en extradons les passages suivants : ** Que nos

montagnes, nos collines et nos plaines se réjouissent,

que Rome et ses fécondes campagnes voient renaître la

paix et l'abondance. Relève-toi, ville sacrée, de ton long

abattement, rappelle ta splendeur passée, dépose les

voiles de veuve et revêts la robe de pourpre des Gancées;

mets sur ta tète le diadème de la liberté et reprends

enfin le sceptre de la justice! car voici que les cieux se

sont ouverts et que la gloire et la lumière de Dieu,

père du Christ, vont l'éclairer. Le Saint-Esprit, qui a

répandu ses bienfaits sur nous jusque dans les ombres

de la mort, nous a préparés à cette grâce inattendue.

L'agneau de Dieu, le saint pontife romain, notre père

plein de clémence, touché de nos malheurs sans

nombre, de nos lamentations, de nos prières, promet

la rédemption à l'univers et consent à nous venir en

aide.

« Après notre humble ambassade, s'inspirant, non des hommes, mais de Dieu même, il a annoncé devant un grand concours de peuple celte heureuse détermination; il s'est engagé à revenir à Rome dès que les troubles qui désolent la Gaule auront pris fin. Nous vous supplions donc, avec des larmes de joie, de déposer vos armes meurtrières et de mettre un terme à vos luttes intestines, afin que vous puissiez recevoir ces dons magnifiques, ces dons infinis avec des chants de triomphe, des hymnes d'allégresse et des actions de grâces pour Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour son successeur, notre souverain pontife, qui vient de nous tirer de l'abîme et de nous sauver pour toujours. Élevez-lui une statue d'or dans le Capitolc ou sur l'amphithéâtre, pour que la mémoire du père, du libérateur, du fondateur de notre cité, ne périsse jamais. Les Scipions, les Césars, les Marcellus, les Fabius, ne doivent leur gloire qu'à des victoires qui ont coûté des torrents de sang et de larmes, et lui, d'un mot, vient de mériter vos louanges et celles de vos descendants; car il a assuré voire salut et la sécurité de l'Etat. N'est-ce point là un beau triomphe? Peut-être, si le souverain pontife apprend que vous vous êtes purifiés et que vous êtes entrés dans le chemin de la vertu, viendra- t-il à Rome plus tôt qu'on ne le pense ».

« Nicolas, fils de Laurent, consul romain, seul envoyé des orphelins, des veuves et des pauvres auprès du souverain pontife romain, a écrit ce qui précède de sa main. »

Le conseil des treize buonuomini s'empressa de faire part de cette heureuse nouvelle aux différentes villes voisines, entre autres à Modène (12 mai).

44 COU m RIENZO.

Clément VI voulut voir à plusieurs reprises le jeune ambassadeur, s'entretint en particulier avec lui et ne lui ménagea pis les marques de sa faveur. Alors, tous les familiers du palais, tous les courtisans, s'empressèrent autour de lui; c'était à qui le verrait, à qui lui parlerait, à qui lui montrerait le plus de sympathie. Et lui, ignorant la vanité de semblables démonstrations, crut pouvoir profiler de cet engouement pour tirer sa patrie de la misère où elle gémissait et se venger des grands. Il parla avec véhémence dans le consistoire contre les barons romains et dépeignit sous les plus vives couleurs leur licence effrénée, leurs rapines, leurs cruautés. Clément VI conçut une violente colère contre les auteurs de tant de forfaits et se montra disposé à les châtier sévèrement; mais le cardinal Golonna prit leur défense auprès du pape, sut l'apaiser, et Rienzo porta tout le poids de sa généreuse témérité.

Chassé du palais pontifical, abandonné de ses amis, laissé sans ressource par ceux qui l'avaient envoyé, il errait dans les rues d'Avignon, en proie h la faim et h la fièvre. Peu s'en fallut que le futur tribun ne se vît forcé de demander un asile dans l'hôpital de la ville; « il rampait à terre comme un serpent », dit son historien. Ce brusque revirement de fortune aurait dû servir d'avertissement à Rienzo pour l'avenir; mais il n'en tint aucun compte, quand la prospérité lui revint.

Les autres ambassadeurs étaient partis, comblés de présents; Pétrarque avait reçu, à cette occasion, le prieuré de San Nicolo di Migliario, dans le diocèse de Pise(6 octobre 1342).

Heureusement pour Rienzo, le cardinal Colonna ne lui tint pas rigueur et la main qui s'était appesantie

sur lui, l'aida à se relever. Touché de son malheur, non seulement le cardinal lui pardonna, mais même il plaida sa cause auprès de Clément VI et le fit rentrer en grâce.

Cependant les ennemis de Rienzo n'étaient pas demeurés inactifs à Rome, d'autant plus que ses protecteurs ne pouvaient plus le défendre, car les sénateurs nommés par le Saint-Siège, Paolo Conti et Malteo Orsino, venaient de chasser du Capitule le conseil des treize buonuomini. Ils publièrent que Rienzo avait tenu dans le consistoire un langage outrageant envers la noblesse et traité d'imposteurs les ambassadeurs romains. On décréta contre lui des mesures de rigueur et ses biens furent confisqués. Sur sa prière, le pape intervint et, par une lettre adressée aux sénateurs en date du 9 août 1545 1 , il recommanda Rienzo à leur bienveillance comme un de ses familiers; « il s'est borné, disait le pape, à exposer avec modération et habileté les réformes qu'il jugeait convenable d'apporter à l'organisation de la ville et les moyens de délivrer le peuple de l'oppression des grands. » Grâce à cette intervention, Rienzo put s'en retourner à Rome sans craindre les représailles de ses ennemis ; il y rapporta contre les nobles une haine que ses malheurs avaient encore aigrie.

1. Cette lettre, dont Papencordt et ses prédécesseurs avaient ignore l'existence, met fin à la controverse élevée sur le point de savoir si Rienzo faisait partie de la première ambassade ou s'il avait été envoyé postérieurement à Avignon. En effet le pape dit : Cum autem per aliquos ipsiux ISicolai emulos vobis, ut atserit, suggettum extiterit, licet falso, eumdem Nicolaum dixisse coram nobis aliqua que in vestrorum et ciusdem Romani populi ambassiatorum dudum missorum ad nostram presenciam preiudicium ac vituperium redundabanl, etc. Theincr, t. Il, n° cxxx. Voir aussi page \o.

46 COLA H RŒLNZO.

11 semble probable que Pétrarque el Rienzo, faisant pour ainsi dire partie d'une même ambassade, bien qu'à des titres différents, lièrent connaissance 1 dès celte époque; animés tous les deux d'une égale passion pour l'Italie, ils durent s'entretenir sans doute plus d'une fois de leurs pensées et de leurs espérances sur son avenir. Cependant, bien que le poète ait passé tout cet hiver à Avignon, sa liaison avec Rienzo se borna à cet échange de sentiments, car, lorsqu'il parle plus tard du tribun, il se plaint de ne l'avoir que vaguement connu. Tout au plus est-il permis de supposer que les prières de Pétrarque ne furent pas complètement étrangères à la réhabilitation de Rienzo.

4 . Lettre de Pétrarque à Francesco di Nello : De me qusesivit infelix, an in Curia essem, seu opem forte atiqnam ejr me sperans, que in me % quod ego quidem nocerim, nulla est, seu sola veteru eisque ipsis in locis contracte olim amicitie memoria.

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