CHAPITRE VI
Ce n'était pas tout d'avoir dépossédé les nobles du pouvoir, il s'agissait pour Rienzo de tenir les promesses qu'il avait faites et de rendre effectivement aux Romains cet état de paix et de prospérité, ce bon étal dont il s'était plu à leur faire de si séduisantes peintures. Tout autre eût reculé devant une lâche aussi rude; mais lui se mit courageusement à l'œuvre et, en peu de temps, il lira sa patrie de l'abîme de misère où elle était plongée depuis tant d'années! Par In, il mérita vraiment les éloges qu'on lui ménageait si peu, car, s'il est relativement aisé à un homme éloquent et passionné de séduire et d'entraîner la multitude en faisant luire à ses yeux de chimériques espérances, rien, au contraire, n'est plus difficile et plus rare que de ne point se rendre indigne, après la victoire, de la confiance et de l'admiration gagnées durant la lutte.
Initié au maniement des affaires publiques, lorsqu'il était notaire de la chambre urbaine, Rienzo n'était pas un de ces révolutionnaires qui arrivent au pouvoir sans avoir la moindre notion de gouvernement ; de plus, il devait à sa connaissance approfondie de l'antiquité des idées larges et justes. La plupart des mesures qu'il
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prit des son arrivée au Capitule sont empreintes d'un remarquable esprit de sagesse et d'équité auquel on ne saurait trop rendre hommage.
Au lieu de profiter de sa popularité pour écraser ses ennemis personnels et s'assurer ainsi pour longtemps la tranquille possession du pouvoir, il ne songea qu'au bien commun. Or, ce qu'il y avait de plus urgent était de faire régner Tordre et l'équité ; il fallait pour cela imposer à tous les citoyens également le respect des lois et mettre un terme aux iniquités qui se commettaient chaque jour sous l'égide de la justice et au profit des barons. Le premier soin du tribun avait été, comme nous l'avons dit, de punir les criminels, et il continua à poursuivre et à châtier, sans distinction de rang, tous ceux qui violaient les lois. « Obéir à la justice, avait-il coutume de dire, est la suprême liberté. »
Il fit emprisonner un moine du monastère de Sant Ànastasio qui menait une vie déshonorante, et ordonna qu'on lui tranchai la tête devant la porte même de son monastère. Peu après, ce fut Marti no, seigneur de Porto 1 , qui expia par la mort une longue série de forfaits, quoiqu'il fût membre de la puissante famille des Gaetani, neveu du cardinal Ceccano* et du cardinal Jacobo Gaetano, allié par sa femme Masia aux Àlberteschi, et qu'il eût exercé, en 1540, les hautes fonctions de sénateur. À l'abri derrière les épaisses murailles de son repaire de Porto, il avait longtemps semé l'épouvante et la dévastation dans la campagne romaine ; entre autres méfaits, on lui reprochait d'avoir pillé, quel-
1 . Porto, sur la rive droite du bras occidental du Tibre, près de son embouchure.