‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 46 sur 126 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Tous les peuples aiment les fêtes, et les Romains plus que les autres; ils eurent toujours un goût fort prononcé pour les spectacles et les cérémonies pompeuses. On se souvient que, dans l'antiquité, les jeux du cirque passionnaient les citoyens romains et que, pour les consoler de leur liberté perdue et se les rendre favorables, les empereurs n'eurent qu'à leur prodiguer ce genre de divertissement. Dans l'adversité, ce goût ne les abandonna pas et, malgré les calamités sans nombre qui les accablèrent durant tout le moyen âge, ils célébrèrent assez fréquemment des jeux.

Le christianisme ayant fait disparaître les luttes sanglantes des gladiateurs, ces jeux se bornaient à des courses à pied ou à cheval et à des combats burlesques.

De bonne heure il est fait mention de joutes auxquelles les habitants des cités, même assez éloignées, étaient convoqués ; le sénateur en exercice les présidait et distribuait aux vainqueurs des anneaux d'or et des manteaux de laine ou de soie. Peu à peu pourtant, les coutumes du nord s'infiltrèrent en Italie et l'on vit des nobles descendre dans l'arène et y prendre part à des tournois. Charles d'Anjou le premier, vers 1250, intro-

duisit ces divertissements, qui dégénérèrent bientôt en lattes meurtrières. Kené d'Anjou, roi de Sicile, fut même forcé plus tard de porter des lois destinées à rendre les tournois plus humains (1455). Le 5 septembre 1552, on célébra au Cotisée des jeux dont la magnificence rappela les plus beaux jours de Rome; l'Italie entière y fut conviée 1 . Stefano Golonna offrit également aux Romains, quelques années ensuite, des fêtes splendides.

Il semble donc bien naturel que Rienzo ait pensé à donner à ses concitoyens un de ces spectacles qui leur étaient si chers. D'ailleurs réunir à Rome les représentants de toutes les villes de l'Italie pour y célébrer, avec les Romains, leur délivrance commune, n'était-ce pas le meilleur moyen de rendre éclatante, aux yeux des plus incrédules, cette miraculeuse union qui était l'œuvre du tribun? Il devait songer aussi que la splendeur de ces fêtes, où Rome apparaîtrait dans sa gloire nouvelle, rejaillirait en partie sur lui et que, le voyant entouré d'honneurs quasi impériaux, les Romains, les Italiens et même les étrangers l'accepteraient ensuite plus volontiers pour leur chef, leur maître, et, qui sait? pour leur empereur peut-être.

Afin de mieux atteindre son but, il eut soin d'être le héros des fêtes qu'il préparait : il leur donna comme prétexte son admission dans l'ordre de la chevalerie.

Outre que le titre de chevalier était fort en honneur à cette époque et donnait droit à bien des prérogatives enviées, il avait, au point de vue de Rienzo, l'avantage de le mettre sur une sorte de pied d'égalité avec les

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