‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 51 sur 126 · IValram, comte de Juliers · texte numérisé non relu

IValram, comte de Juliers

9. Les électeurs, après s'être concertés, laissèrent saus réponse les citations du tribun.

ibO COLA DI RIENZO.

lues devant le peuple romain, assemblé sur la place de Saint-Jean de La Iran, et approuvées par lui, en présence du vicaire du pape, de messire Paolo Conti, demessire Scotto, du père Jacobo, deFrancesco de Vellctri, juge, d'Angelo, etc., etc. »

Quand Àngelo eut achevé la lecture de la précédente déclaration, le tribun tira son épée du fourreau et, frappant l'air à trois reprises, dans trois directions différentes, il s'écria : « Ceci est à moi, ceci est à moi, ceci est à moi ». L'Amérique n'était malheureusement pas encore découverte, sans quoi il n'eût point manqué d'en prendre virtuellement possession, comme des trois autres parties du monde.

Raimond, qui se trouvait à côté de Ricnzo, resta immobile, stupéfait, anéanti, stupide, dit énergiquement l'historien contemporain. Il ne savait que faire; rompre brusquement et ouvertement avec le tribun, que le peuple acclamait et que les ambassadeurs de tant de cités et de peuples divers venaient saluer, eût été un acte téméraire et peut-être dangereux; d'un autre côté, garder le silence, n'était-ce point paraître acquiescer à tout ce qui venait d'être dit?

L'évêque se tira de ce mauvais pas avec assez de présence d'esprit : il formula une protestation motivée qu'il fit rédiger et lire séance tenante par son notaire, Pietro Viscardo. Il y déclarait en termes formels que le tribun avait agi sans le consulter et avec témérité et présomption, qu'il avait excédé son droit et porté atteinte à la dignité de l'Église, que le pape n'avait pas été dûmcntconsulté, et qu'en conséquence il fallait sur l'heure, avant que le peuple se fût dispersé, annuler, abroger et retirer toutes les dispositions et les citations contenues

dans la proclamation de Rienzo. Cet acte fut signé par un grand nombre d'assistants, parmi lesquels Paolo Conti, le chevalier Loffredo, le père Jacobo, Matteo de Rieti, juge. Pietro Viscardo enflait la voix pour dominer le tumulte causé par celle opposition imprévue, mais Rienzo ne le laissa pas finir : sur un signe de lui, tous les musiciens se mirent à jouer ensemble de leurs instruments, et empêchèrent le notaire de se faire entendre.

Raimond se hâta d'en référer à Clément VI et attendit, aux environs de Rome, d'avoir reçu ses instructions pour prendre une attitude plus caractérisée et plus énergique.

Cependant la conduite du tribun était diversement appréciée. Le baptême dans la cuve sacrée de Constantin, le défi jeté aux électeurs et aux deux empereurs rivaux, la prière, qui ressemblait presque à un ordre, adressée au souverain pontife, tout cela paraissait aux plus sensés bien hardi, sinon bien imprudent. Ils jugeaient sévèrement la façon dont Rienzo avait coupé la parole au représentant du pape et se demandaient avec inquiétude si cet homme n'avait point perdu tout sentiment de la réalité et s'il n'allait pas attirer sur la ville et sur lui de terribles représailles; quant au peuple, il ne voyait en lui que le restaurateur de la liberté et de la sécurité, l'auteur d'un bien-être inconnu jusque-là, l'adversaire heureux de la noblesse, et sa confiance était encore entière.

Après avoir rempli les désirs de ses partisans de la première heure, c'est-à-dire de toute la classe moyenne de Rome, il venait de les excéder et de révéler toute l'immensité de son ambition; aussi dès ce jour le doute, puis la crainte, refroidirent l'ardeur des plus

clairvoyants et l'étoile de Ricnzo commença de pâlir.

Certes le tribun eut encore de brillants triomphes et reçut de nombreux témoignages de respect et d'admiration, mais le colosse était ébranlé sur sa base d'argile; fous ses efforts et même ses succès ne devaient plus servir qu'à précipiter sa chute et à la rendre plus profonde.

La messe avait pris fin sur ces entrefaites, et les assistants se dirigèrent en foule vers le palais neuf, où le banquet les attendait.

Le tribun et Rai mon d mangèrent ensemble sur une table de marbre spécialement réservée aux papes, tandis que les convives, ambassadeurs et marchands, chevaliers et bourgeois, clercs et soldats, sans distinction de rang, prenaient place au banquet. Les femmes, que présidait l'épouse de Cola di Rienzo, avaient une salle à part dans le palais neuf.

C'était un spectacle saisissant, dit un témoin oculaire, que ces longues tables surchargées de mets de toute espèce et autour desquelles plus de deux mille convives pouvaient prendre place. Il y avait en profusion des faisans, des chevreaux, des esturgeons, poisson fort recherché alors, ainsi qu'une quantité de fruits délicats et de pâtisseries aux formes variées et bizarres ; de mémoire d'homme, on n'avait rien vu d'aussi merveilleux que les apprêts de ce festin.

11 ne fallut pas moins de quatre-vingts chaudrons et de cinquante marmites pour le préparer; on avait construit un énorme château en pâtisserie, car on sait qu'au moyen âge le luxe des banquets consistait principalement dans la confection de pièces montées, en bois ou en pâtisserie, représentant des manoirs, des

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tours, des êtres bizarres ou des sujets allégoriques, qui étaient parfois de vrais chefs-d'œuvre artistiques. De ce château, on retira une quantité incroyable de plats, sans qu'il fût possible de deviner comment on les y introduisait; puis on le mit en pièces et chaque convive en reçut sa part. Les mets, les vins étaient exquis, et il y eut abondance de tout, excepté d'eau. Ceux qui étaient rassasiés, pouvaient emporter ce qu'ils voulaient. Durant le festin t de nombreux bouffons égayèrent l'assistance; la joie et la cordialité ne cessèrent de régner. Lorsque le repas fut achevé, messire Cola di Rienzo s'en retourna an Capitole, comme il en était venu, mais revêtu cette fois du costume d'apparat des chevaliers.

La populace ne fut pas oubliée; d'abondantes distributions d'argent eurent lieu, et depuis le commencement du jour le cheval de bronze de Marc-Aurèle, qui occupait alors l'emplacement où s'élève à présent l'obélisque, et qu'on avait recouvert, pour l'occasion, d'un manteau de fourrures, jetait par ses naseaux d'un côté de l'eau et de l'autre du vin rouge 1 .

Cette statue équestre était de la part des Romains l'objet d'une sorte de culte; une légende curieuse avait cours à son sujet : Un roi très puissant vint mettre, disait-on, le siège devant Rome, et les habitants, vaincus dans plusieurs rencontres, étaient réduits à la dernière extrémité, quand un guerrier aussi rusé que brave s'en fut trouver les consuls et leur dit : « Si je vous

4. Celte statue resta longtemps près du temple de la Concorde ; vers la On du dixième siècle, elle fut transportée sur la place du Latran. Sixte IV la fit restaurer vers 1475 et Paul III en orna le Capitole (1534) où on la voit encore. Elle est d'un travail remarquable et durant tout le moyen âge on crut à tort que le cavalier représentait l'empereur Constantin.

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ô» ^re «ie iip C5au, que me donnerez-vous ? — Tout ce qu'il *ou* plaira, rêpondirent-ils. — Eh bien je vous demin Jerai, si je réussis. d'élever en mon honneur, sur il» des places de La ville, un cheval en bronze doré, tel qu'->a n'en aura jamais tu d'aussi beau. » Les consuls c: !e sénat s'y encadrèrent. Or» le guerrier avait remarqué que le roi ennemi se rendait chaque soir au pied d'ua arbre voisin des murs, et qu'une chouette, perchée sur u:*c des branches, poussait invariablement un cri perçant dès qu'il s'approchait. Après avoir recommandé au\ Résilias de se tenir prêts, il monta, lorsque la nuit fut c!v*se, sur un cheval sans selle, prit pour toute artne une faucille et sortit silencieusement de la ville. KsqVU entendit l'apjvl de l'oiseau, il se précipita vers Fa ri re, se saisit du roi et le ramena prisonnier. Alors les assièges se jetèrent sur le camp ennemi et y firent un crand carnage. Après la victoire, les Romains tinrent leur promesse et un cheval de bronze de toute l<Mu:é fut êrké à l'endroit même où le guerrier avait sau\è Ivune du jvril qui la menaçait.

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