‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 62 sur 126 · Bourg situé au nord-est de Rome · texte numérisé non relu

Bourg situé au nord-est de Rome

*l* COLA DI RIENZO.

coups son cadavre sanglant. Un moment il hésite, se sentant impuissant; il tourne bride et sort même de la ville ; mais son amour paternel reprend bien vite le dessus sa raison s'égare, sans proférer une parole, sombre el résolu, il revient, cherchant, contre tout espoir, à porter secours à son malheureux fils. Il reconnaît bien vite qu'il est trop tard et qu'il ne peut rien pour lui: la populace l'environne menaçante, furieuse, il songe à sauver sa vie et se dirige de nouveau vers la porte; au moment où il la franchit, une énorme pierre, lancée du haut de la tourelle, s'abat <ur *es épaules et sur la croupe de son cheval, il chancelle, les soldats romains se précipitent sur lui et l'accablent de coups; son cheval, blessé au poitrail, se met à mer et finit par le désarçonner. Il succombe en se défendant en face des images saintes qui décorent la porte et son corps reste sur la place, exposé aux risées du peuple et défiguré par d'horribles blessures.

Cette facile victoire enflamme le courage des Romains qui s'élancent en masse contre les barons. Le tribun survient à ce moment, il excite ses soldats; les nobles se retournent et engagent le combat; la mêlée devient générale* les morts jonchent le sol; d'abord les barons semblent devoir remporter; les Romains reculent; deux nobles, dont un Allemand, s'avancent tout près de Rienzo pour le tuer; son étendard est même renversé. Le tribun se civil perdu, il lève les yeux au ciel, comme pour implorer sa protection el s'écrie : « Dieu, m'as-lu donc trahi? * Mais les nobles luttent en désordre; surpris par l'attaque inopinée des Romains, démoralisés par la mort de leurs chefs, ils cèdent bientôt devant le nombre; malgré leurs armures, malgré leur courage, assaillis par une

foule toujours croissante, ils fuient pêle-mêle, jetant leurs armes derrière eux. Quelques-uns s'efforcent de résister encore, mais ils ne tardent pas à succomber à leur tour et les Romains, sûrs de la victoire, peuvent se rassasier du plaisir de tuer.

Douze seigneurs, appartenant aux plus illustres maisons de Rome, perdirent la vie dans cette rencontre ; ce furent : Stefano et Giovanni Golonna, Pietro di Agabito Golonna, Pietro Golonna, Buccio Galligalli, Petruccio Frangipani, Cola Ballo di Gavi, Rodolfo de Palestrine, Carolo Melli, Giordano de' Artusiani, Cola di Tartara, PolodiLibano; un grand nombre reçurent des blessures mortelles : Gola Pâli di Mol ara, Gola Buccio, Gino Gaetano, frère du comte de Fondi, un fils naturel de Stefano Golonna, nommé Gamillo. Bien d'autres, de moindre noblesse périrent également, et les contemporains estiment à quatre-vingts au moins le nombre des barons tués dans ce combat.

Certains d'entre eux se déshonorèrent par leur lâcheté : ainsi messirc Giordano Orsino se sauva bride abattue jusqu'à Marino; Pietro di Agabito, qui, il est vrai, était vieux, gros, et avait plutôt l'habitude de porter la chasuble que la cuirasse, s'enfuit des premiers ; malheureusement pour lui, il tomba de cheval et, glissant sur le sol humide, gagna à grand'peine une vigne où il se croyait en sûreté; mais il y fut découvert presque aussitôt et, malgré ses prières et ses larmes, dépouillé de son argent, de ses armes et même de ses vêtements; puis on le massacra sans pitié. Non loin de là, un autre baron, nommé Pandolfo, de la famille des Bellovedere, subit le même sort.

A trois heures de l'après-midi tout était fini; la vie-

320 COLA Dl [UEfiZO.

toire des Romains était complète; tic l'armée ennemie il ne restait que des débris épars, et la noblesse semblait abattue pour toujours. Rienzo fil sonner ses trompettes d'argent, rassembla ses troupes et, se mettant à leur lêlc, le front ceint de sa couronne iribunitienne, il se dirigea vers la ville, où le peuple entier l'accueillit par de joyeuses acclamations. Il alla droit à l'église du Capitolc et, pendant que le clergé entonnait l'hymne de Salomon qui commence par ces mots : « Le pouvoir est à toi, Dieu puissant », il confia à la vierge Marie, dont l'image élait pieusement conservée dans celte église, son bâton de commandement, ainsi que sa couronne. Les frères mineurs, qui desservaient cette église, en eurent l.i garde. Dès ce moment, soit pour faire preuve d'humililé dans sa victoire, soit par déférence pour les ordres du pape, il cessa de se montrer avec les insignes qu'il avait portés jusqu'à ce jour. H resta tout-puissant comme auparavant, mais il eut soin de ne plus faire montre de son pouvoir.

Quand cette cérémonie fut terminée, Rienzo réunit le peuple qu'il pria tout d'abord de rendre hommage au courage et à la fidélité de Cola el de Giordano Orsini, puis il déclara qu'il voulait laisser désormais son épéc au fourreau et, la tirant encore toute sanglante, l'essuya sur son vèïemcnl, disant : « Tu as coupé l'oreille à une itMe puissante! ni pape, ni empereur, n'ont jamais pu en faire autant. » La nuit étant venue, le peuple se dispersa après ces paroles du tribun.

Ilieiii» m- siil poinl se montrer généreux dans sa vic-

u'il apprit une des serviteurs fidèles avaient

n> l'église J'anta Maria de li Frati, où se

Itjllt' '1rs Colonna, les cadavres de Stc-

fano, de Giovanni el de Pietro di Agabilo Colonna, après les avoir pieusement recouverts de manteaux tissus d'or, et que toutes les femmes de leur famille, accompagnées d'un grand nombre de parents et d'amis, étaient allées, suivant l'usage, pleurer sur leurs corps, il entra dans une violente colère et donna même l'ordre qu'on les chassât, ajoutant : « Si ces femmes continuent à m'cnnuyer, je ferai jeter dans la fosse des suppliciés ces trois maudits cadavres; aussi bien, les Colonna ont été durant leur vie des traîtres et des parjures et ne méritent pas, après leur mort, d'être ensevelis honorablement. » Craignant que le tribun ne mit à exécution sa menace, quelques amis transportèrent nuitamment les dépouilles des barons dans l'église attenant au couvent de Saint-Sylvestre 1 , où on les enterra sans aucune pompe et en secret.

Les prisonniers, qui étaient fort nombreux, furent enfermés au Capitule, en attendant que le peuple décidât de leur sort.

Le lendemain, Rienzo convoqua tous les chevaliers restés à son service et qu'il appelait son bataillon sacré et leur dit : « Je veux doubler votre solde; suivez-moi. » Les trompettes sonnèrent une marche guerrière, chacun se demandait quel pouvait être son dessein; le tribun se rendit au lieu où l'on s'était battu la veille; là, il fit descendre de cheval son fils Laurent, qui était à ses côtés, et il lui répandit sur la tête quelques gouttes d'eau souillée de sang, qu'il puisa dans ce même

1 . D avait été fondé au commencement du siècle par le cardinal Giacomo Colonna et par son frère Giovanni, pour les filles de leur maison; à la mort de Giacoino, Jean XXH nomma Pierre Colonna protecteur de ce couvent qui contenait déjà douze religieuses.

juuraurr iti i.y.mzi C «.csa «k.aiî tombé sous les •rm^s ri p^utl»:. »;a * ri iisan: : Je te sacre chevalier £« il **-■:• .«JTf a ; puis Ln^i-i :c-cs I** cavaliers présents i m ii-mfr 7hx.':*-u'*î- Fi^zr».- n*via*. ensuite au Capi- :» îtf a :t/tfi:h^Lii -sfc> rar'Lsi::* a**re «*s paroles : « Naos iiUï> Ln"x.. ♦.' ■?•! ^ cn^n: a-x:v devoir à tous est de 30Ofc> a* fî -^r : ?•?* i-: ^-::r* pu ".rie et Je la défendre

■',:'„.,• :~wr '.t r e vU^si ii ir;:\::«J Jooùt aux assisuj ! ^ ft beuio .;.? l't :i«: T »\-:r> rv fusèrent dès lors de

Sa > ;.î • -i s* :r --vk: z-m -moins afTermie tant à Xmc x*.»,' : .rr> ji rf*.: o* *"I..ïI:e par cet éclatant • -i ir iv; . s\ ::-•*. otsni c\rn Éi're part aux cités qui jiiui: ; rfviu:^ le :«"~s c«e c^outnienl à sa cause: No-* r v* îV-*\«~-e* F.*:cv" ce: cuis il comprenait que ce ï»:cL>a JKxrr-.wjvCLv::: i. *es ::n.» ne serait pas sans in- ;v.o -T i^i'v^'cio**. V*v;y„ i- v ~j si susceptible et si déj.ït l;rf< V :c. .îv" *•• nscsurvr sur ses intentions el de V o.vvi vw {** < rrVx: f:;: q :e •îcfniJre \ebon état* ï, * r vn>oi i ^e j —; ïUi.vIi. Orslr» la Litre suivante :

.v ta rvwci: -\v **:us a sa:: s ô;-ute appris ce qui s'est jiv*N>e ;cvc:< I i: rwv iu *• ça: : comme on voyait à Rome e( jM^.^ci i lV*^v:r rvvrter :i piîx. la justice et la Ubcru\ wur.ue V* chemins «:j:ent sur* el les tyrans hunu'te*; te *e:vu ùe Por^ue:! é;ait si caché, qu'il ne pou>uit uu;re *ju % i ceux qui le portait en eux. Cet état nautique* ce $< m cf :f, qui était né et avait prospéré sous la £at\tc oe Pieu, a été troublé par des hommes : niâmes* Stefamo el Gio\anui Colonna, parjures et insti- ^: ruvs vlo tous les troubles qui ont ruiné notre patrie;

^ v s iv i eux que le* temnles saints, les monastères,

les hospices et les châteaux ont été livrés aux flammes; c'est grâce à eux que les voyageurs et les pèlerins sont journellement dépouillés et maltraités sur les routes, et pourtant Dieu sait si nous les avons provoqués! Non contents de porter la ruine et la mort autour de Rome, ces traîtres ont poussé l'audace jusqu'à vouloir bouleverser la ville de fond en comble et la priver de ce bon étui, que Dieu a daigné lui accorder; ils avaient comploté notre ruine avec Giovanni di Vico, qui était venu à Rome sous prétexte de nous secourir, en réalité avec l'intention de trahir le peuple romain. Mais ses intrigues nous étaient connues et nous avons pu nous emparer de sa personne sans verser une goutte de sang. « Toutefois, nous avons dû employer la force pour repousser les rebelles qui tentaient de pénétrer dans la ville les armes à la main, dans le but avoué d'y imposer de nouveau leur tyrannie au peuple. Ils prétendaient qu'ils préféraient mourir que de voir notre gouvernement durer plus de six mois; ils sont morts en effet. Voyez, maintenant, combien était peu sincère le zèle qu'ils affectaient pour les intérêts de l'Église : non seulement ils ont pillé sur leur passage l'église et le monastère de Sainte-Marie de la Grotte, mais même ils ont saccagé et en partie brûlé le monastère de Saint- Laurent, où reposent le corps de ce saint et celui de saint Etienne. Ces sacrilèges ont été punis; mais quelle que soit la joie que nous ressentions à voir la liberté sauvée par la main de Dieu, nous éprouvons une certaine compassion pour ces égarés. Car, tel est notre caractère que. même pour défendre nos droits, nous aimons mieux employer la douceur que la force. Six membres de la famille des Colonna ont péri en ce jour.

il ne reste plus que le malheureux vieillard Stefan o qui est à demi mort ; ainsi le ciel a voulu égaler le nombre des tyrans tués aux couronnes que j'ai reçues le jour de F Assomption. »

Pétrarque, parti le 20 novembre d'Avignon, se trouvait à Parme quand il apprit du podestat la catastrophe qui venait de Frapper les Golonna. Il commença par se refuser à y croire, car la nouvelle en avait été transmise par des moines d'Orvicto à Florence, de Florence à Bologne et de Bologne à Parme. Mais il lui fallut bientôt se rendre à l'évidence, d'autant que d'Avignon son ami Soc rate lui confirma la victoire de Rienzo. Longtemps il hésita à écrire au cardinal Colonna, car si, d'une part, il lui répugnait de donner si penser par sou silence qu'un tel malheur le laissait indifférent, il ne savait, d'au Ire part, comment exprimer à Giovanni une douleur qu'atténuait singulièrement la joie de voir son héros triompher définitivement de ses adversaires. Après bien des hésitations et des délais, il finit par lui écrire une lettre pleine de maximes creuses de morale et de froides consolations, dans laquelle on ne voit nulle part l'effusion d'une Ame vraiment affligée.

Quand on annonça au vieux Stefano Golonna que sa famille venait d'être décimée, il pencha la tête, s'abandonna quelque temps à une douleur muette, puis décria : « Que la volonté du Tout-Puissant soit faite, mieux vaut assurément périr que de subir plus longtemps le joug de ce paysan! » Il prit néanmoins résolument la direction des débris de son parti et eut une grande part dans les événements qui suivirent 1 .

1. S!t»lann mourut» dit-on, l'année suivante, après avoir joui du plaisir de voir succomber l'ennemi de sa famille.

Page 1