‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 63 sur 126 · LA CHUTE DE RIENZO · texte numérisé non relu

LA CHUTE DE RIENZO

Trois semaines s'étaient à peine écoulées depuis cet éclatant succès, que Cola di Rienzo, abandonné de tous, tremblant pour sa vie, fuyait le Gapiloleet se voyait contraint de solliciter un asile auprès de ses anciens serviteurs, les Orsini du château Saint-Ange. Les barons, plus arrogants que jamais, étaient de nouveau maîtres absolus de la ville, et de l'œuvre du tribun il ne restait plus rien .

Son indolence, sa présomption, non moins que la ténacité de ses adversaires, avaient amené cette catastrophe soudaine.

Les défauts de Rienzo, en effet, étaient allés en s'aggravant à mesure que son pouvoir semblait s'affermir. Enivré de son récent triomphe, se croyant désormais à l'abri de toute attaque du dehors, ébloui par les flatteries dont il était l'objet de la part de ses courtisans, et par les témoignages d'admiration dont l'entouraient ceux qui le regardaient encore comme le sauveur de l'Italie, son orgueil devint immense et l'aveugla complètement.

Ses vêtements somptueux et efféminés rappelaient ceux d'un satrape; il s'était fait faire une cassette d'un

travail précieux, qu'on portait devant lui dans les cérémonies, ainsi qu'un bonnet élevé, comme ceux des sénateurs, surmonté d'une colombe et richement garni de perles. Il se livrait sans modération aux plaisirs de la table; son teint devint coloré et son embonpoint extraordinaire. De fréquentes défaillances l jetaient la consternation parmi ses amis; le sommeil lui était revenu, mais, quand il dormait, des visions sinistres venaient l'assaillir; parfois il s'éveillait en sursaut, criant : « Le Capitolc croule! » ou bien encore : « Les ennemis accourent en armes ! » « Une chouette, racontet-il encore, vint se poser durant douze nuits de suite sur le faîte de mon palais, et me priva de tout sommeil et de tout repos; les efforts de mes serviteurs ne parvinrent pas à l'en chasser. Ainsi, celui que n'avaient pu faire trembler ni la fureur des grands, ni leurs armées, était sans cesse troublé par des songes et des oiseaux ! »

Cette vague inquiétude et cette agitation fébrile du tribun, causées peut-être par ses excès ou par le labeur surhumain auquel il se livrait, étaient accompagnées d'accès d'abattement inexplicables: certains jours il s'enfermait, refusant de voir qui que ce fût et de s'occuper d'aucune affaire. Peu à peu , il devint capricieux, ombrageux et parfois même cruel. Ses concitoyens, qui venaient naguère avec empressement lui soumettre leurs différends ou solliciter ses bonnes grâces, s'abstinrent désormais de paraître au Capitole, qui devint bientôt aussi triste et aussi désert qu'il était naguère

1 . Rienzo semble avoir élu atteint d'une maladie de cœur ; voir auss i •chapitre xxin.

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