LA CHUTE DE RIENZO
la destinée, mais à Dieu ne plaise que je voie cette métamorphose; je volais vers vous, je change de route. Rome, chère patrie, adieu, je ne te verrai point; j'irai plutôt aux Indes, si ce que j'ai appris est vrai!
« Mais dois-jele croire? serait-il possible qu'on agisse si mal, après avoir si bien commencé? Ah ! si seulement on m'avait trompé, avec quel plaisir je reconnaîtrais mon erreur! Celui qui m'a écrit mérite cependant toute confiance ; mais je n'ignore pas les effets de l'envie.
« Vous voyez que je cherche à soulager mon cœur par le doute; sans cela je parlerais avec plus d'amertume encore. Dieu veuille que je reçoive de meilleures nouvelles, qui démentent les premières! Je serais moins blessé par les mensonges d'un de mes amis, que par les crimes d'un autre. Le mépris de la vérité est devenu, par l'usage, un péché ordinaire; mais trahir sa patrie est un forfait que rien ne peut expier.
« Si le souci de votre gloire ne vous fait point reculer, ménagez au moins la mienne. Vous voyez l'orage qui me menace; la foule des censeurs \a m'assaillir! Rentrez en vous-même, je vous en conjure, pendant qu'il en est temps encore, songez à votre origine, à ?otre destinée, au rôle que vous étiez appelé à jouer, et vous verrez que vous êtes le ministre de la république romaine et non pas son maître. » (Gênes, le 26 novembre.)
Cola di Rienzo, est-il besoin de le dire, ne tint aucun compte de ces avertissements. Bien plus, il semble être devenu tout d'un coup aussi indolent qu'il était actif, aussi aveugle qu'il était clairvoyant. Au lieu de poursuivre hardiment les nobles et de les traquer jusque dans leurs châteaux, le tribun, pensant n'avoir plus
r-* COLA M ItENZO.
rien à craindre d'eux, leur laissa le temps de reprendre
coora-je et de se préparer à venger leurs échecs. Avec
un peu de décision, il aurait pu s'emparer de Marîno,
où son implacable adversaire Giordano s'était réfugié;
H «trait entré sans coup férir dans Pales tri ne, que les
quelques survivants de la famille des Colon na, dispersés
et découragés, eussent été incapables de défendre (il le
reconnut lui-même plus tard 1 ). Rome eût été délivrée
a jamais de tous ses ennemis. Comme Annibal après
Cannes dit son historien, mais sans avoir pour excuse
>* wmes raisons que lui, Rienzo ne sut pas proGter de
<a victoire.
ftat-cire était-il entouré de mauvais conseillers ou
vie îiaïîres, p*ut-ètne n'avait-il plus assez confiance dans
$*5 »I Jats pour leur demander ce dernier effort, peul-
r'av er.ûn crut-il la défaite des barons plus complète
entais quVUe ne Tétait. Lorsqu'il revint de son erreur,
îl tuît trop tard. Les nobles recommençaient leurs
ev>cr>*set leurs "péages ; n'osant plus attaquer les Ro-
tw:s> en bataille rangée, ils résolurent de les vaincra
rar les privations,
liîv*r\!ano Orsino. le premier, donna le signal de la nf\;Oe et tança ses cavaliers dans la campagne romaine. laça SjiV.^ et Sciaretta Colonna, à l'instigation du lê^at. imi;erent son exemple. Les Romains voyaient avec dè^^vnr. du haut de leurs murailles, les ennemis dévaster les champs* raser les arbres et les vignes, brûler les mais.*»*, emmener le bétail, intercepter tous les convois de *hn». Les routes redevinrent plus dangereuses que jamais et les brigands, soutenus par les barons, repri-