‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 79 sur 126 · Flora, vallée située dans les montagnes de la Calabrc · texte numérisé non relu

Flora, vallée située dans les montagnes de la Calabrc

2. On attribuait à l'abbé Joachim, avec plus ou moins de raison : un livre sur la concordance de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui lui aurait été révélé par Dieu lui-même ; une explication de l'Apocalypse ; une réfutation du traité de Pierre Lombard sur le mystère de la Trinité, dans laquelle on releva plus tard plusieurs propositions que le concile du La Iran condamna comme hérétiques en 1215. Néanmoins, la foi de Joachim ne fut pas suspectée et, par deux fois, Honoré III déclara qu'il était « un bon catholique »; il fut même canonisé. Longtemps après, les moines de Tordre de Cileaux, dont il s'était séparé, l'accusèrent d'hérésie et obtinrent du pape qu'on poursuivît ses disciples.

trois êtres étroitement et indissolublement unis par l'effort de leur consentement et de leur volonté et qui gouverneront successivement la terre. Le règne du Père a pris fin lors de la venue du Christ, et le règne du Saint- Esprit succédera à celui du Fils ; autrement dit, le monde passera par trois états : celui de la chair, celui de la chair et de l'esprit, et enûn celui de l'espritdurant lequel le Saint-Esprit achèvera l'œuvre commencée par le Christ 1 • Chacune de ces trois périodes durera quarantedeux générations, de même que la première pendant laquelle se sont succédé quarante-deux patriarches. Suivant ce calcul, l'avènement du Saint-Esprit aurait dû avoir lieu vers Tan 1260; mais cette transition du deuxième au troisième état ne devait pas se faire brusquement; elle serait annoncée par des révolutions, des guerres et par l'apparition de plusieurs antéchrists, dont l'un monterait sur le trône des papes. « Après ces déchirements, disait Joachim, le Saint-Esprit régnera sans partage sur le monde, et l'humanité pourra se livrer en toute tranquillité à l'ineffable joie de contempler la Divinité dans son essence; ce sera son dernier état; bienheureux ceux qui, par la prière et par une dévotion profonde, peuvent y précéder leurs semblables. »

Joachim eut beaucoup de disciples, qui se répandirent dans toute l'Italie attendant patiemment la venue de l'ère nouvelle, car ces doctrines, pour étranges

1. N'est-il pas curieux de voir l'abbé de Flora se rencontrer avec M. Auguste Comte qui a également proclamé que le monde passerait par trois états successifs, formant, pour ainsi dire, la contre-partie des trois étals de Joachim : l'état théologique, l'état métaphysique, l'état scientifique?

H UENZO.

Ta>Lies n.;»us paraissent , étaient bien en harmonie avec l\<2\ ■>*> esprits dans cette période troublée; longtemps les ; vxhimites crurent que l'empereur Frédéric était le précurseur qui devait assurer Tavènement du règne 2:avYJ: aussi. lorsqu'il mourut, la déception fut-elle zr:- ** parmi eu*. Ouelquesnins renoncèrent publiquem* ni i Irurs. i"u>ion>; les autres, qui étaient fort nomlct--x. esjwant sV-tre trompés dans leurs supputations, c;r:::vjèrent à attendre les bouleversements prédits par ivur j-rv-i-vîe 1 .

Cf -sî i* >rs que furent divulgués, comme nous l'avons ,:;:• «r-vlns ouvrages de Joachim, demeurés inconnus v*:uV..tj: le recain de popularité que celte publica- ;,;- v*"u: à ses doctrines, amena un assez grand r;rr : re ce fi-anei<cains dissidents à se ranger parmi les i;:^::*^ de l'abbé de Flora. Saint François n'avait-il pas pi\\::t des temps nouveaux, comme lui? n'avait-il iv*> exhorté ceux qui le suivaient à vivre dans l'abstir*r\v. le dénuement, le mépris des choses humaines c: «a o;:;:em;\atKui*? Les joachimites et les franciscains avaient pour leurs fondateurs une égale vénération; leurs ùlees étaient communes; les deux sectes ne tardèrent pas à se confondre. Dès lors, la scission dans tordre de Saint-Françoisdevint complète el irrémédiable. Vu in>tant on put croire que les partisans du renoncement absolu allaient triompher: Jean de Parme, un des leurs* fut élu général de Tordre (1247); mais le pape le déposa presque aussitôt et il fut même poursuivi par

| % le< a*. *v4 tiques «tout Sé^arvlli, brûlé comme hérétique, était le %brt\ i>arv Liaient Ww$ espérances et leurs erreurs, en les poussant à lY\ti\w; jvwr eut, point de règle, point de vœux, l'amour comme seul bieu* U x;< Je cwKtnphtion comme seul but.

son successeur, Boaavcnlurc, à cause d'un livre qu'on lui attribuait, « l'Évangile éternel », qui n'était d'ailleurs qu'une réunion de plusieurs ouvrages de Joachim de Flora, précédés d'une préface 1 , et qui avait pour véritable auteur Gherardino del Borgo.

Nicolas III, faisant une subtile distinction entre la possession et l'usage, permit aux frères mineurs de jouir, en toute liberté, des biens qui leur seraient donnés, et Mattco de Aquas Sporlas, élu général de l'ordre en 1285, donna lui-même un exemple qui ne fut que trop suivi, en cumulant une foule d'offices et en menant une vie fastueuse. L'opposition des dissidents n'en devint que plus violente; les franciscains y répondirent par des persécutions; ils poursuivirent partout leurs adversaires comme hérétiques et les firent souvent condamner aux châtiments les plus sévères. Néanmoins l'ardeur des frères delà stricte observance ne se ralentit pas; ils faisaient chaque jour de nouveaux prosélytes, tant en France, où ils avaient pris le nom de frérots, qu'en Italie, où on les appelait fralicelli ou spirituels, à cause de leur espérance en la venue prochaine du règne du Saint-Esprit.

A l'avènement de Célestin V (1294) qui, sous le nom de fra Pietro di Sulmona ou de Pielro del Morrone, avait été le chef d'une association de spirituels, les persécutions diminuèrent; on permit aux spirituels de vivre à leur guise, de se vêtir comme ils l'entendraient, car la question du vêtement avait donné lieu à d'ardentes discussions, et de professer en toute liberté leurs doctrines.

1. Liber concordiœ novi ac veteris Testament!; Apocalypsis nova; Psalterium decem chordarum.

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Les anciens disciples de Pietro prirent le nom de pauvres ermites de Céleslin, ou simplement de céleslins', et formèrent une confrérie importante dont libertin de Casai fut le chef.

Le successeur de Clément V, Boniface VIII, se montra, au contraire, fort rigoureux à l'égard des spirituels, qui durent se réfugier en Sicile, en Grèce, dans les îles de l'Archipel ; un grand nombre passèrent en Allemagne, où ils se confondirent avec les béguards qui professaient t sur plus d'un point les mêmes opinions. Louis de Bavière les prit sous sa protection et choisit même parmi eux l'antipape qu'il fit élire à Rome, Pietro dî Corhara. C'est en vain que Raimond de Villeneuve voulut réconcilier les disciples de saint François ; Jean XXII

venait précisément de donner un nouveau prétexte aux attaques des spirituels en supprimant la distinction faite par ses prédécesseurs entre la propriété et la jouissance ; en 1517, il publia une décrélale dans laquelle il ordonnait aux dissidents de faire une prompte soumission, leur rappelant « que la pauvreté est belle, la chasteté admirable, mais que l'obéissance est supérieure à ces deux vertus ». L'année suivante, il déclara hérétiques et apostats ceux qui n'avaient pas voulu se conformer à ses

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