CHAPITRE XX
Le cardinal légat et les barons, aussitôt rentrés à Rome, s'étaient empressés de rétablir le gouvernement sénatorial tel qu'il existait auparavant.
Deux sénateurs furent nommés, Luca Savello et Bertoldo Orsino, représentant comme toujours les partis qui divisaient la noblesse; sans tenir compte des enseignements qu'aurait dû leur donner la récente révolte du peuple romain, ils suivirent en tout l'exemple de leurs prédécesseurs. La justice redevint partiale, les coupables retrouvèrent un abri inviolable auprès des barons, les crimes se multiplièrent, les roules furent de nouveau infestées de brigands ; des rixes sanglantes éclataient à tout propos dans les rues de la ville.
Six mois ne s'étaient pas écoulés, que Rome était retombée dans l'état d'anarchie d'où la fermeté et l'équité du tribun l'avaient tirée. Le peuple, plus maltraité que jamais, se plaignait hautement, comme nous l'avons vu. Clément VI, redoutant quelque soulèvement, se décida à nommer un étranger, Olton, citoyen de Milan, sénateur unique. (Avril 1348.)
On ne sait rien sur Otton, si ce n'est que son administration n'eut pas, à ce qu'il semble, le résultat
qu'en attendait le pape, car l'année suivante (1349), Clément VI désigna deux sénateurs romains, peut-être sur la prière des Romains eux-mêmes, qui avaient envoyé à Avignon, comme ambassadeur, un certain Paolo Capoccio. (Janvier 1349.)
Les nouveaux sénateurs furent Niccolô de 9 Xanli et Guido di Francesco ; ils étaient en fonction en juillet, ainsi qu'en fait foi un acte dressé au nom de la corporation des drapiers et contresigné par eux. Le pape envoya en même temps à Rome, pour le représenter, le cardinal Ànnibaldo Ceccano 1 . Le légat passa le 22 février à Modène ; il dut par conséquent arriver à Rome dans les derniers jours de ce mois.
Le 9 septembre, vers neuf heures du matin, un tremblement de terre, tel qu'on n'en avait pas vu de semblable depuis des siècles, désola l'Italie centrale et méridionale 1 : à Naples, la façade et le campanile de l'église cathédrale furent renversés, divers autres monuments endommagés, mais il n'y eut pas mort d'homme; il n'en fut pas de même à Àquila et au mont Cassin; à Averse, également, une foule de fidèles, soldats allemands pour la plupart, périrent écrasés sous les décombres d'une église où ils étaient allés entendre le service divin; TApulie fut bouleversée, et à Pérouse, nombre d'édifices et de maisons s'effondrèrent.
Mais ce fut à Rome que le cataclysme sévit avec le plus d'intensité. « On a vu tomber, disait Pétrarque, ces énormes édifices que les étrangers ne pouvaient