CAPTIVITÉ DE COLA 1)1 RIENZO
opprimés, pour rétablir partout la concorde et la paix, pour grouper autour de lui, dans une union sainte et pacifique, tous les peuples de l'Italie. S'il a convoqué à Rome les princes, les électeurs, les grands, c'est dans l'espoir de les supprimer tous, pour être agréable à Dieu. En ce qui concerne les citations, il se défend énergiquement d'avoir ordonné à Clément VI de paraître devant son tribunal, s 'étant borné, dit-il, comme bien d'autres avant lui, à le supplier, dans une ambassade solennelle, de revenir à Rome, alors que les circonstances le lui permettraient. C'est injustement que le pape l'a appelé rebelle, hérétique, schismatique, blasphémateur, sacrilège, suppôt des esprits immondes, car il professe la foi chrétienne dans toute sa pureté et se conforme scrupuleusement aux préceples de l'Église evangélique et apostolique.
« Le Souverain Pontife, poursuit-il, et les cardinaux ont prétendu que j'étais un ennemi de l'Église, parce que je me suis élevé contre eux ; mais c'est précisément parce que j'ai dénoncé leur œuvre de destruction que je suis un ami de l'Église; si j'ai tour à tour revêtu le personnage d'un idiot et d'un histrion, si je me suis montré tantôt grave, tantôt léger, tantôt ardent, tantôt timide, si j'ai simulé et dissimulé bien des choses, c'est dans le seul but d'extirper les erreurs et de rétablir la concorde. Jusqu'à mon dernier souffle, je consacrerai tous mes efforts à arracher des mains du pape ce glaive néfaste, ce glaive qui a causé tant de malheurs et de divisions, et je le rendrai à César, à qui seul il appartient, afin qu'il rétablisse la paix dans le monde, dussé-je succomber en accomplissant mon œuvre. Si le pape me demande : « Pourquoi prends-tu
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mon glaive? » Je répondrai : « C'est pour sauver la foi chrétienne, c'est pour sauver le Christ! » Car le Souverain Pontife est entouré de flatteurs et de parasites qui le trompent sans cesse et qui crient : a La paix règne sur le monde ! » alors que l'univers est en feu ; car FLgJise n'a plus de protecteurs, les infidèles plus d'ennemis, les païens plus de missionnaires, car la foi décline et ceux dont c'est le devoir de la relever, passent leur existence dans la mollesse et dans l'oisiveté. »
Telle était encore la confiance de Rienzo dans l'avenir qu'il fixe par avance au 45 septembre le jour de son entrée à Rome. Afin que l'empereur n'ait pas d'inquiétude, il l'assure qu'après avoir confondu ses ennemis et rétabli la paix dans le monde il renoncera à toute gloire humaine, se fera admettre parmi les défenseurs du saint sépulcre 1 , et s'en ira en pèlerinage. Comme gage de sa bonne foi, il renouvelle son offre de lui donner en otage son fils unique et tous ceux qui l'ont accompagné jusqu'à Prague.
S'il avait eu réellement quelque tort envers l'empereur, poursuit-il, serait-il venu de son plein gré s'offrir à sa colère? N'aurait-il pas plutôt envoyé un de ses amis pour le sonder, ou ne se serait-il pas présenté lui-même comme un des serviteurs du tribun? Si l'empereur ne peut lui accorder un secours efficace, il se contentera d'un signe d'approbation et se rendra à Rome pour réunir, sous l'étendard invincible de la Croix,. tous les peuples en un faisceau ; il n'y aura plus alors ni Guelfes, ni Gibelins, ni partisans de l'empire, ni partisans du pape, et la multitude des croyants ne formera qu'un corps.
1 . Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ordre fondé eu 1048 et d'où sortirent plus tard les chevaliers de Rhodes et de Malle.