‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 91 sur 126 · CAPTIVITÉ DE COLA DI MEMO · texte numérisé non relu

CAPTIVITÉ DE COLA DI MEMO

« Si avant la Pentecôte prochaine mon œuvre n'est pas accomplie, s'écrie-t-il , si César n'est pas maître de toute l'Italie, excepté la Provence et les îles (Sicile, Sardaigne, Corse), Lien qu'elles fassent réellement partie de l'empire, je consens, à ce que l'on tranche la tète à tous mes compagnons, et, moi-même, je reviendrai ici me livrer à lui. L'empereur ne doit pas entrer à Rome comme ses prédécesseurs, la nuit, par une porte dérobée, ainsi qu'un malfaiteur, mais au grand jour, aux acclamations de la foule, avec toute la solennité et toute la pompe qui conviennent à son titre. L'Italie qui n'était pour l'Église qu'une auberge deviendra sa maison et nous serons les enfants légitimes et chéris du pape. »

Au reste, certain qu'il combat pour la cause de Dieu, il mourra l'âme tranquille, et ce qui le rassure, c'est que tout ce qui se passe a été prédit par des hommes inspirés. Saint Cyrille 1 a annoncé fort clairement la venue d'un tribun qui triompherait d'abord, puis serait jeté en prison l'année du jubilé.

En terminant, il s'excuse de n'avoir pu mieux écrire par suite du manque de livres et de la mauvaise qualité de l'encre, de la plume et du papier mis à sa disposition, et supplie l'archevêque de songer aux maux sans nombre qui assiègent les hommes et à leur cause première. « Il dépend de vous, dit-il, de vous seul, que l'empereur entreprenne une œuvre dont la gloire sera pour lui, et l'honneur pour Jésus-Christ. Le temps presse; bientôt, il sera trop tard. »

Ainsi Rienzo était devenu un aussi zélé gibelin qu'il

i. Saint Cyrille, surnommé l'apôtre des Slaves, vivait au neuvième siècle.

les prérogatives attachées à ce titre; troisièmement, sa confiance illimitée en des prophéties auxquelles un bon chrétien ne peut, ne doit même pas ajouter foi.

« Les prédictions de saint Méthode* et de saint Cyrille peuvent contenir de bonnes choses, si l'on sait en pénétrer le sens caché, mais il faut une base plus solide pour avancer d'aussi graves accusations que les tiennes contre le clergé et contre son chef. D'ailleurs, ajoute Arnest en conclusion, si tu étais véritablement un envoyé de Dieu, les hommes n'auraient pas pu entraver ton œuvre, quelque étonnante qu'elle ait pu paraître. » Néanmoins l'archevêque le prenait sur un ton très doux avec Rienzo, ne lui ménageant pas les louanges, et reconnaissant qu'il avait gouverné Rome avec équité et sagesse.

Le tribun se hâta de lui répondre, les arguments ne lui manquaient pas : l'empereur l'avait-il repoussé lorsqu'il était venu se jeter à ses pieds, en le suppliant de lui pardonner sa témérité et sa présomption? Moïse et David n'avaient-ils pas péché, eux aussi, par orgueil? Et cependant Dieu s'était montré clément envers eux et leur avait même confié son peuple.

En ce qui concernait les droits revendiqués par lui pour les Romains et pour les cités italiennes, il faisait observer à Arnest qu'il n'en avait pas poursuivi l'application et même qu'il y avait formellement renoncé, sur

•. | y a eu deux sainls de ce nom: le premier vivait au quatrième

on lui Cl fUl . évô 5 ue de T * r et d ' 01 y m P e î >1 mourut martyr vers 502 ; Ariens * attr ^ u ® ^cs prophéties sur l'antéchrist, ii prit parti contre les converti* b* 1 e *'^ ^ ar eux cn ^halcide. ^ e second, évéque de Pannonie, palais 1 • ans > ro * des Bulgares, en peignant dans une salle de son Bulirar#»fi^ U ^ eïnent dernier î il évangélisa avec saint Cyrille les Slaves et les * res > et fit également des prophéties.

CAPTIVITÉ DE COLA DI RIEîiZO. 507

les instances du légat apostolique; il s'engageait, en outre, à ne plus soutenir désormais celte prétention. Bientôt même nous le verrons traiter de supercheries ses fameuses citations 4 . C'était là une importante concession que pouvaient faire pressentir ses précédentes déclarations, mais qu'il n'avait pas encore faite d'une façon formelle ; bien plus, Rienzo avouait qu'il n'ajoutait pas une foi entière aux prophéties citées dans ses lettres et qu'elles étaient pour lui un encouragement plutôt qu'une raison déterminante. Il terminait par une prière en faveur de ses compagnons d'infortune.

Dans une autre lettre, qui suivit de près celle-ci, Cola di Rienzo va plus loin encore ; il renonce au titre de « Soldat du Saint-Esprit », qui lui était si cher. « Je reconnais avoir voulu, dit-il, qu'on me nomme le défenseur vêtu de blanc du Saint-Esprit; mais vous n'ignorez pas que les sénateurs, les préfels et les tribuns assistaient en vêtements blancs aux triomphes des Césars; le vicaire du pape, le peuple, le clergé, tous les chrétiens souhaitaient que je prisse ce titre, mais il était loin de ma pensée de prétendre que je possédais le Saint-Esprit et que j'avais été spécialement désigné par lui. Je voulais simplement montrer que c'était grâce à lui que le peuple vivait dans la paix et le repos. Ceux qui arrivent aux honneurs n'ont-ils pas coutume de dire qu'ils en sont redevables à Dieu? »

Puis, il se défend vivement d'être, comme on le lui reprochait, le suppôt du diable. « Comment aurait-il pu se faire, dans ce cas, s'écrie-t-il, que toutes les vertus aient fleuri à Rome sous mon tribunat et que,

Page 1