Rienzo ne spécifie pas autrement la chapelle
SUITE DE Là CAPTIVITÉ DE COLA DI RIENZO. 395
aux prêtres et aux chrétiens habitant ce pays. » Il exprime enfin le vœu que ses deux filles et sa sœur entrent en religion comme sa femme.
Cependant l'empereur hésitait toujours; il se flattait que le tribun finirait par abjurer complètement ses erreurs, et les concessions que Rienzo avait déjà faites à l'archevêque, touchant la nature de sa mission, la valeur des prophéties des spirituels, les droits de Rome à rempire, étaient de nature à encourager cet espoir. D'un autre côté, Clément VI, peu habitué à voir l'empereur résister à ses volontés, réclamait de plus en plus impérieusement le prisonnier.
Enfin Charles IV prit le parti d'envoyer l'archevêque Ârnest à Avignon, afin de se concerter avec le pape au sujet de Rienzo; il lui adjoignit Nicolas, duc de Troppau, et tous deux partirent sur-le-champ, au milieu de l'hiver. (Cette ambassade, qui n'avait pas été signalée jusqu'ici, montre quelle importance on attribuait, tant à Prague qu'à Avignon, au sort réservé à l'ancien tribun.)
Les envoyés de l'empereur arrivèrent sans doute au but de leur long voyage vers le commencement de l'année 1351 ; leur séjour à Avignon ne fut pas de longue durée et dès le mois de février, après avoir pris les instructions de Clément VI, ils se mirent en route pour retourner en Bohême.
Afin de confirmer et d'accentuer les représentations que les ambassadeurs étaient chargés de faire à l'empereur en son nom, Clément VI lui adressa, le 1 er février, une lettre des plus pressantes, par laquelle il lui demandait, « ainsi qu'il l'avait déjà fait tant de fois », de lui envoyer cet homme plus dangereux que la peste et qui»
516 COLA Dl RIENZO.
s'il recouvrait, par malheur, la liberté, causerait au inonde des maux incalculables. Il assurait Charles IV que cette marque de déférence lui serait d'autant plus agréable que les crimes de Rienzo contre sa mère l'Église, contre son Créateur et contre l'empire, avaient été plus grands.
Cette lettre, pas plus que les arguments qu'Àrnest était chargé de faire valoir, ne purent décider Charles IV à livrer Rienzo à la colère de son implacable ennemi ; il se borna à le laisser dans sa prison de Raudnitz.
L'ennui, l'incertitude, l'isolement auquel il était condamné, avaient produit sur le tribun leurs effets accoutumés ; son courage, sa confiance dans l'avenir, l'avaient abandonné; de plus, la privation d'air et d'exercice avait sérieusement affecté sa santé; il ne souhaitait plus qu'une chose : sortir de sa prison, fût-ce pour marcher au supplice. Toutes ses lettres, à partir de cette époque, portent l'empreinte du plus profond découragement mais aussi d'une grande résignation. « À quoi sert, s'écriait-il, de me retenir dans cette prison? ma mort ou mon élargissement serait plus utile à Dieu et aux hommes. Vous ne devriez point me faire subir le même traitement que les païens aux premiers chrétiens, car j'ai la même foi que vous, et je révère la mémo Église. L'empereur redoute-t-il mon ambition, je m'engagerai par serment à ne plus exercer à Rome aucune charge. Au surplus, les honneurs, les dignités n'ont plus d'attrait pour moi. Pourquoi me traite-t-il en ennemi? ne m'avait-il point dès l'abord pardonné généreusement mes paroles imprudentes, parce que j'étais venu à lui avec confiance? Je croyais alors qu'un Romain trouverait un refuge assuré auprès de l'empereur