SUITE DE LA CAPTIVITÉ DE COLA DI RIENZO
romain. S'il veut se conformer aux injonctions du pape, pourquoi diflere-t-il mon départ, perdant ainsi le bénéfice de son obéissance et tenant sans raison en suspens les peuples inquiets? Mon courage est affaibli par tous ces délais, et la colère du pape ne s'apaisera pas avec le temps, car jamais ses yeux ne s'ouvriront à la vérité ni son cœur à la clémence. Seul de tous les chrétiens, je ne serai pas admis à profiter des indulgences du jubilé ! Mais je me montrerai fort, car Sa 11 us le a écrit que la mollesse est le propre des femmes, et que le courage appartient aux hommes, et Tite-Live a dit également qu'un Romain doit savoir agir et souffrir bravement.
« De même que j'ai voulu m'élever au-dessus de mes concitoyens par mes dignités, de même je dois les surpasser par mes infortunes ! »
Ses évanouissements devenaient de plus en plus fréquents, ses forces s'épuisaient; il supplie Àrnest, dans une autre lettre, de lui faire donner du bois, qu'il payerait au besoin, pour se chauffer le jour et la nuit, car l'hiver est proche et, même en Italie, son état de santé l'obligeait à faire du feu été comme hiver. Puisque tout ce qui pourrait le soulager lui est refusé, il demande qu'on lui accorde au moins cet adoucissement à ses souffrances et qu'on lui permette également d'avoir auprès de lui un compagnon, un prêtre, afin que, si la mort venait le surprendre, il eût quelqu'un qui l'assistât à ses derniers moments.
Si l'on ne veut pas rendre la liberté à ses compagnons, dit Rienzo en terminant, qu'on leur donne au moins des vêtements à ses frais, pour qu'ils ne meurent pas de froid.
L'hiver se passa sans qu'aucune décision fût prise; Cola di Rienzo, voyant que les prélats allemands restaient sourds à ses plaintes, s'avisa de réclamer l'intervention du cardinal Guy de Boulogne, qu'il avait quelque peu connu jadis, probablement à Avignon. Après lui avoir exposé longuement ses malheurs, il lui affirmait que son silence, lorsqu'on instruisait son procès, ne devait être imputé qu'à un mal d'yeux. Son seul désir, puisqu'on persistait à méconnaître la pureté de ses intentions, était de s'enrôler parmi les défenseurs du saint sépulcre, après avoir entendu, si on l'exigeait, prononcer sa condamnation définitive dans la cathédrale de Prague, et il pressait le cardinal, au nom de leur ancienne amitié, d'intercéder auprès de l'empereur et d'Arnest pour qu'on lui accordât cette autorisation, promettant de ne plus s'occuper des affaires de ce monde.
Cette lettre resta sans effet. Cependant une certaine sympathie pour Rienzo commençait à se manifester en Allemagne; ses diatribes contre le luxe et les vices des prélats d'Avignon, ses idées sur une réforme du clergé, qui n'avaient pas tardé sans doute à être connues, malgré les efforts de ses geôliers, ne pouvaient manquer d'être favorablement accueillies dans un pays que les complaisances exagérées de Charles IV envers le pape avaient vivement indisposé contre l'Église : on plaignait en lui l'adversaire malheureux du Saint-Siège plus qu'on ne blâmait l'ennemi de l'empereur. Clément VI crut même utile, pour arrêter ce mouvement, de rappeler aux évêques et aux archevêques de l'empire la procédure suivie à l'égard de Rienzo, « que l'on dit, écrivait-il, caché dans votre pays », ses attentats contre l'Église et la condamnation définitive et sans appel qui l'avait