P. Clément, chap. xr
désordre de son administration,.par son défaut de vigilance et par des profusions insensées.
Ces précédents nous font comprendre pourquoi le roi, à la mort du cardinal Mazarin, ne voulut pas remettre l'administration du royaume entre les mains du surintendant Fouquet, malgré ses talents extraordinaires, et le prestige qu'il exerçait sur les plus grands esprits, comme sur la multitude ; il préféra prendre Colbert, dont il avait apprécié les connaissances, la modération et l’austère probité. D'ailleurs, Mazarin avait su le recommander. On assure que le cardinal mourant avait dit à Louis XIV : «Je vous dois tout, sire, mais je crois m'acquitter en vous donnant Colbert. » Ce qui est certain, c’est que l’on voit dans le testament du cardinal la clause suivante : « Je donne à Colbert la maison où il demeure. et-je prie le roi de se servir de lui, étant fort fidèlet, »
Le premier service que Colbert rendit au roi, ce fut de le débarrasser de Fouquet. Il en était temps pour prévenir de vraies catastrophes. Le surintendant, livré à l'ambition et au plaisir, imposait des taxes excessives, dépensait presque tout en frais de perception, faisait des emprunts ruineux, accordait des priviléges à tous ceux qui avaient sa faveur, retranchait tout sur les services les plus nécessaires, et faisait en même temps des dépenses extravagantes ?.
« Fouquet, dit M. Clément, avait un goût pour le luxe et le faste qui touchait à la folie. » Il avait rasé trois villages pour étendre sa propriété de Vaux, où
1. P. Clément : Vie de Colbert, t. [, chap. v. 2. Eugène Forcade : Notice sur Colbert; Etudes historiques.
ET LE CANADA. g
les bâtiments étaient de Le Vau, l'architecte des Tuileries ; les Jardins, de Le Nôtre; les décorations de Lebrun ; les ameublements, de Boule, et le reste de l’ornement composé des plus riches bronzes, marbres et tableaux de l’Italie. A la dernière fête qu'il donna, l’on vit figurer au repas trente-six douzaines d’assiettes d’or et un service également en or. Qu'on juge de l’irritation de Louis XIV, qui savait son peuple ruiné, ses armées négligées, ses palais en ruines et l’avenir sans issue.
Quelques jours après, Fouquet était arrêté et traduit devant le parlement. Colbert était Libre désormais de réformer les abus suivant ses longues méditations et ses informations.
« Colbert a été un administrateur de génie, » nous dit le plus complet de ses historiens. Il est des temps où les intérêts de l’État ne demandent qu’à être surveillés avec sollicitude; tout marche régulièrement. Si les circonstances le demandent, la sécurité publique permet de préparer avec lenteur les perfectionnements nécessaires. Voilà où en sont arrivés presque tous les États contemporains. Colbert n’a pas rencontré une tâche si facile, l'administration moderne à été créée par lui, il n’a rien trouvé de semblable.
D'abord, il eut à livrer un rude combat contre les bénéficiaires des abus existants!. Fouquet n’était pas le seul à redouter. Paris était rempli de percepteurs et de sous-percepteurs des taxes, qui avaient des agents par toute la France. On prenait les impôts à ferme, on pressurait les populations, presque tout se dissipait en