Extrait du plan tracé par Colbert en
Voyons comment il réalisa ses desseins si longtemps médités à l'avance.
Il commença par réformer lés finances. Sully n'avait pu réussir à débrouiller ce chaos. Richelieu, distrait par d'autres soins, y avait renoncé. Mazarin s'était dissimulé le mal et le danger. Colbert tenta d'y remédier et de les atténuer autant que possible. En arrivant au pouvoir, il trouva le trésor vide, deux années de revenus consommées d'avance, le peuple accablé d’impôts, les frais de perception absorbant le revenu, les domaines royaux aliénés, les charges multipliées, les recettes sans règle, les dépenses sans mesure. Partout fraude ou désordre, malversation où incapacité. Il recourut à des réformes radicales. 11 diminua les gages des émployés, qui étaient arbitraires; il régla les frais de perception; il supprima un grand nombre d'avantages qui étaient accordés à des favoris ; il consacra une partie du revenu à racheter toutes les rentes qui étaient. à un taux onéreux; il engagea les riches familles à renoncer à leurs priviléges pendant un certain temps; il fit contribuer plusieurs communautés religieuses qui avaient un revenu plus que suffisant pour leurs charges ; enfin, il fit exeluré de l’exemption d'impôts tous ceux qui s'étaient attribué faussement des titres de noblesse ; il y en avait un grand nombre‘. Il organisa ensuite les dépenses, il supprima une quantité d'emplois inutiles; il réduisit l'intérêt de l'argent; il créa une caisse d'emprunt pour abattre l'usure ; enfin
1. On sait qu’en France les nobles ne payaient pas drmpotss il y suppléaient par le service militaire.
il s’occupa de chacun des éléments qui demandaient à être améliorés,
Nous ne saurions, dans le cadre que nous nous sommes assigné, énumérer toutes les mesures prises par le grand ministre, mais nous pouvons compléter cet exposé de ses œuvres en en montrant les résultats merveilleux.
Quand il arriva au pouvoir, les impôts étaient de 13% millions, et à sa mort ils n'étaient que de 122 millions, ce que l’on regardera comme une énorme réduction, si l’on considère que la France avait augmenté son territoire de plusieurs provinces; que l'argent avait accru de valeur, et que les denrées avaient haussé de prix. Mais ce n’est pas tout, il faut encore tenir compte à Colbert de ce qu’il avait créé ou amélioré plusieurs services très-onéreux, tels que ceux des troupes, de la marine, etc., ce que nous verrons tout à l'heure.
Enfin, à son entrée au ministère, la dette était de 52 millions, et les revenus de l'État de 80 millions; à son décès, la dette était réduite à 32 millions, les revenus étaient portés à 115 millions.
Or, pour apprécier la valeur de ces réductions d’une part, et de ces accroissements de revenus, d'autre part, il faut considérer les dépenses que Colbert avait eu à soutenir pour tous les départements dont il était chargé. Il avait eu à soutenir trois fois plus de troupes de terre et de mer que son prédécesseur; il avait construit cent vaisseaux de ligne et il avait mis la marine sur un pied qu’elle n’a jamais dépassé depuis; il avait couvert