SCIENCES
cciberteties Lcs geus dc lettres protégés par Golbert n'avaient pas seuls part aux gratifications du Roi. La sollicitude du ministre ne s'étetldait pas uniquement sur les écrivains français qui pouvaient rehausser l'éclat de notre littérature ou sur les auteurs étrangers qui pouvaient louer dighement Louis XIV en leurs écrits, elle allait encore rechercher tous ceux qui honoraient la science, et encourager tout ce qui pouvait ajouter à l'édifice, encore bien incomplet, des connaissances humaines.
Nous voyons figurer sur les états les noms des plus célèbres mathématiciens, astronomes, naturalistes du temps : Gassihl, Carcavi, Huyghehs, Vossius, Hévélius, La Hire, Richer,
Pioart, Duhamel, Bburdëlin, Marchand , Gâyaut, La Chambre, Villioltb^ Perrault, etc.
Dès 1665^ Huyghens est attiré en France et se L'astronomie. fixe à Paris; les astronomes étrjangers sont comblés; Cassini reçoit, outre les gratifications, un traitement considérable et dès faveurs de tout genre.
Le tableau que nous avons tracé ailleiits de la médecine de l'époque siiffitàihotitrer combien de progrès les sciences physiques et naturelles avaient encore à accomplir et de quelle protection elles avaient besoin. Cette protection alla aussi loin que possible, et Golbert né négligea rien pour que la France pût enfin prendre , àJa tête des nations, le rang qu'efie a ]>resquë toujours occupé depuis, soit comme initiatrice, soit comme vulgarisatrice.
Golbert, disons-nous, n'épargna rien : il eût ^"^^^^g'JJi^' ^^^• été pltis juste de dire qu'il prodigua tout aUx savants illustres : Huyghens de ZuyUchen eut gratifications, appointements fixes, logement au Louvre, puis à l'Observatoire, privilège pour ses inventions ; Cassini eut, lui, plusieurs pensions, plusieurs emplois, on s'efforça même de lui
conserver ceux qu'il avait à Tétranger et Tinfluence de Golbert s'exerça même en faveur de sa famille restée en Italie.
Nous avons de Golbert une lettre, en date du 8 mars 1 670, qui invite le duc de Ghaulnes, ambassadeur à Rome, à intervenir auprès du nouveau pape pour que la charge du premier ingénieur du fort Urban soit confirmée à Gassini.
Nous en avons une autre, en date du 80 septembre 1672, adressée à M. de Gaumont, en mission à Turin. Dans cette lettre, Golbert recommande à l'agent français de s'informer du sort des parents de Gassini fixés dans le château où l'illustre inathématicien est né, château qui avait été pris d'assaut par les Génois. D'après les instructions de Golbert, M. de Gaumont dut s'efforcer d'obtenir pour la famille Gassini les plus favorables traitements.
Il est impossible de nier que, dès son arrivée
aux affaires, Golbert eût un plan de réformes
tout prêt et absolument complet dans sa vaste
L'a géographie, étcnduc. Un édit du 26 août 1663 nous prouvé
quelle importance il attachait déjà à la connaissance géographique, topographique du royaume tout entier. En envoyant des maîtres
'de requêtes poiir s'assurer de Tétat de Tadministration financière dans les généralités, iileur recommandait de recueillir partout, en chaque province, des cartes locales bien faites où fussent clairement indiquées les divisions respectives des quatre gouvernements : ecclésiastique, militaire, judiciaire et financier. '
Il conçut et fit exécuter, en partie, le projet canc générale de
d, , la rraDC6«
une carte générale du pays plus complète que
. tout ce qui avait été fait jusqu'alors. Deux mathématiciens, astronomes et naturalistes, furent spécialement chargés de visiter dans ce but la Bretagne, la Guyenne et la Provence : Tabbé Picard etLaHire, qui, après avoir cultivé avec quelque succès la peinture champêtre, s'était exclusivement adonné aux sciences.
En 1669, les ingénieurs Niquet et Duvivier wan de paris. dressaient la carte complète de la générahté de Paris, tandis que Blondel levait le plan de la capitale.
À tous les moments de Tadministration de
Golbert les savants reçoivent dans les pays les
. plus lointains des marques de sa bienveillance.
En 1670, c'est Richer qu'il envoie aux Indes '
Orientales ppur faire des expériences el qu'il reiBommande à la fois à Gôlbert de Terron, son cousih/iatendant à Rochefort, et aux directeurs de la Compagnie Occidentale.
En 1671, c'est Tabbé Picard, chargé de faire des observations astronomiques en Danemark, qu'il place sous la sauvegarde du chevalier de Terlon, notre ancien ambassadeur.
Nous retrouvons ce même abbé Picard installe à Brest en septembre 1679 avec La Hire et du Verney (1). L'abbé fait de l'astronomie, La Hire et du Verney se livrent à des études aoologiques, et Golbert s'intéresse vivement à leurs travaux.
Sciences natu- « Jc suis feicn aysc d'apprcudre, écrit- il à Pi-^
card, que vous ayez fait de bonnes observations
qui pourront estre fort avantageuses. Continuez vostre travail avec grand soin. Gepepdant j'ay estimé bien nécessaire pour tous nos ouvrages d'envoyer le sieur du Verney vous trouver, mon intention estant que le sieur de La Hire demeure avec luy et qu'ils recherchent ensemble tous les poissons qui se' pourront trouver sur la côte de
(1) Qui était membre de l'Académie des sciences et professeur d'anatomie au Jardin des Plantes.
relief.
Bretagne et sur celle de Normandie, pour en faire les dissections et les dessiner, estant certain que ce sera un travail fort agréable et fort curieux et qui apportera mesme de l'utilité. » Cette recherche lui semblait en effet si utile qu'il revient plusieurs fois à la charge pour exciter La Hire à la poursuivre sans relâche, (f II n'y a pas de temps mieux employé que celui-là, » lui écrivait-il un peu plus tard.
L'intérêt de Colbert ne s'attacha pas seulement aux travaux de ses collaborateurs, mais aussi à leurs personnes : l'abbé Picard se casse une jambe pendant sa mission ; le ministre l'apprend et il envoie lettre sur lettre afin qu'il soit partout pourvu aux nécessités du blessé. Il savait se servir des hommes et en tirer tout ce qu'ils pouvaient donner : mais, lui aussi, les servait volontiers et leur donnait tout ce dont il disposait : ^honneurs, profits et, ce qui sans doute vaut mieux, témoignages d'estime et marques d'affection.
Ce fut ce même abbé Picard qui commença sur Tordre de Colbert les travaux de la Méridienne, poursuivis au Nord par La Hire, au Sud par Gassini et qui ne furent interrompus que par la mort de Colbert. Il semble eu vérité
que, SOUS Louis XIV, tout ce qui fut grand ou tout ce qui devait l'être ait eu cette date fatale pour barrière ou pour terme, car, si bien des entreprises laissées inachevées alors ont depuis été continuées, il en est d'autres qui attendent encore leur pleine et complète exécution.
iMaiériei des Mais cc n'était pas assez de posséder des
sciences.
savants, encore fallait-il qu'ils disposassent de tous les moyens nécessaires pour mener leurs travaux aussi loin que possible. Des instruments de précision furent commandés à l'étranger. Sur ces modèles, d'autres furent fa- LObservaioire et briqués cu Frauce. iJn Observatoire fut coii-
le Jardin des '■
Plantes. struit à Paris, sur les plans de Cl. Perrault et les conseils de Gassini. Le Jardin des Plantes fut reconstitué et enrichi ; l'enseignement des sciences naturelles y fut organisé : des cours réguliers y* furent ouverts : la botanique et la zoologie commencèrent à prendre corps ;
irtnaiomic, Ics disscctions s'y firent régulièrement; on étudia sur la nature même; des cadavres furent mis à la disposition des maîtres et des élèves : tout enfin, dans la mesure possible, fut tenté par Colbert pour que les savants pussent élargir de plus en plus les sentiers en-
core si étroits et si obscurs de la science. , Pour ces études, pour ces travaux, Golbert avait voulu aussi créer une sorte de conseil de direction, comme il avait fait pour les lettres en affermissant l'Académie française, comme il avait fait pour lés arts en fondant l'Académie de peinture et de sculpture, comme il fit plus tard pour les bâtiments en fondant l'Académie d'architeo-
FondatioQ
ture. L'Académie des sciences fut instituée, de rAc°démie des
A ^ 1 science".
Elle eut, comme ses amees et ses cadettes, des commencements assez humbles. Le 22 décembre.1666 huit savants se réunirent àla bibhothèque du Roi, rue Vivienne ; c'étaient : A. Perrault, Gureau.de la Chambre, Pecquet (1), Louis Gayaut, Glande Bourdelin, du Gios (ou du Glos), Nicolas Marchand et Mariette (2). Gette nouvelle création fut constatée d'une manière durable par une médaille frappée à cette occasion et qui
(1) Jean Pecquet, anatomisle, né à Dieppe en 1622, mort en 1670. On lui doit plusieurs découvertes importantes, entre autres celles du canal thoracique et du réservoir du chyle, dit réservoir de. Pecquet, Ha laissé plusieurs écrits scientifiques, dont le principal renferme l'exposé de ses études et découvertes.
(2) Mariotte (Edme), le célèbre physicien, né en Bourgogne en 1620, mort en 1684, était prêtre et possédait le prieuré de Saint- Martin-sous-Beaune. Les expériences de Mariotte sont restées célèbres et on lui doit la loi qui se formule ainsi : le volume d'une masse de gaz à une température constante varie en raison inverse de la pression qu'elle supporte.