T. IL
870 LES LETTEIES ET LES SGIENCSES
.portait ce$ insciriptions : Regia scientarium Aoademiaiastituta en (exergue, et en 'légende : Natiirse j'nvestigandse et perSoiendis artibus. Le nombre de ses membres s'accrut bientôt ; le «champ de son action s'étendit et son prestige alla toujours grandissant.
On sait que, grâce au progrès du temps, ce corps illustire est de?venu une des gloires de la France, une des plus puissantes lumières de la science tOt de la ^civilisation modernes.
Oia peut mainftenant embrasser d'un seul coup d'œil l'œuvre de Golbert et mesurer l'étendue de ses efforts pour élever le niveau intellectuel de la nation, pour élargir le cercle des hautes études dans les sciences^ dans les lettres, dans les arts, n voulait tenter plus enprojet d'académie corc ; il avait proioté de fondre toutes les «aca-
" générale (Ins- ' r a
titut). démies qu'il avait ou reconstituées ou créées en
iUne académie générale qui fût l'expression fidèle de l'activité humaine dans toutes ses manifestations. Cette pensée a été en gi'ande partie
LES lESriBSSS £T liES SdENOESB 871
TOalifiée lors de i'organisati(m de rinstitut de EranceL, ^m coosomma riaUiaQoe des cdnq académies.
Mais jusqu'ici noius sommes restés sur œs sommets élevés qae les phis ^ivauta, les plus inspirés ou les plms habiles peuvent seuls al- teindre. Nous voyons bien oe qui a été fait pom* les princes de l'art et de" la science^ porir ie& lettrés et les érudits, pour les ralfinés ou les Ctti'ienx. Ge n'est pas là toute la nation et, si lee n'eu est pas la partie la moins Jionor^^ c'en €st ^assurément la moindre à bien des podbiis de vue.
Que faisait-om pour les petits, pour les humbles^ les communs^ la inassa, niCMiis ine disons pas le peuple, mais nous disons oelte classe imoyenne, qui était assez heureuse et riche pour pourvoir apprendre, m pfiu que ce fût?
Jl n'est pas inutile dé tracer rapidement ici le L*in?tracuon putableau de l'isnstructioai pubMque au ivn'' siècle. ^''^^^'
Il n'y avait dans ishaque quartier de Paris qu'un seul maître et une seule maîtresse de petites écoles, tous deux institués par Mon&ieur le 'Chantre, Dans ce^ « petites ^écoles j» on ne «devait enseigner que le catéchisme^ les p?ièitôs diURéti^anes » les .principes éè la ^ramafflâre,
l'aritméthique, la lecture des livres français et Les petites écoles, latins. Il est nécessaire de faire observer qu'il
s'agit là, non pas de l'enseignement de la langue latine, mais seulement des éléments indispensables pour déchiffrer un texte. Les maîtres d'école ne devaient pas aller au delà et ne pouvaient garder leurs élèves que jusqu'à l'âge de neuf ans.
Quand l'enfant, après cet âge, sortait forcément de ces premières études, et que ses pa- I rents avaient assez d'aisance pour le pousser les maures jurés plus loiu, il entrait dans des institutions tenues
écrivains.
par des a maîtres experts et jurés, écrivains » qui le perfectionnaient dans l'écriture, le calcul et l'orthographe. Mais là encore se rencontrait une barrière infranchissable : les privilèges de l'Université. Pour faire ses humanités, il fallait Us maîtres es s'adrcsscr aux maîtres es arts tenant pension
ans.
OU entrer au collège. Alors seulement on pou- , vait apprendre le latin, le grec, la rhétorique, la philosophie et les mathématiques.
i/ense!î?ij.emeni Oommc toutcs Ics réglementations étroites et
trop rigides, celle-ci était, on le pense bien, absolument violée. Les maîtres des «petites écoles », ceux de M. le Chantre^ dépassaient
(la latin*
de beaucoup leurs humbles attributions. Ils gardaient leurs enfants au delà de neuf ans. Ils ne leur enseignaient pas seulement à lire le latin, mais à le comprendre, à l'expliquer, à le traduire ; ils allaient même jusqu'à enseigner la rhétorique. Fallait-il leur en faire un crime? Assurément non. Les parents voulaient à tout prix que leurs fils latinisassent; et ils désiraient naturellement qu'ils le pussent faire au plus bas prix possible. Or les pauvres maîtres d'école étaient modérés dans leurs exigences. Ce que promettaient ces modestes instituteurs, Dieu sait si les « maîtres experts et jurés écrivains » s'en faisaient faute ; si bien, qu'on latinisait plus et, qui pourrait le dire? peut-être mieux, partout ailleurs qu'à la Sorbonne. L'amour du latin était une rage. C'est qu'il donnait, et c'était le rêve, accès aux charges, petites ou grandes, aux offices, humbles ou élevés. Ainsi, des familles d'artisans et de négociants, sortaient de futurs avocats, procureurs, etc.
On en avait bien averti Colbert lorsqu'il prenait avis pour la réformation de la justice. Le conseiller anonyme qui l'éôlairait à oe sujet lui disait:
à Ce n'est pas assez de détruire là chicane,
â74 ÎJES LirrTRBS ET LIS a(3SNGBS
si on ne détruit aussy tes chàcasieux ; ik est aisé de cmre gme les eolt^esy f^ soiili eii^ tFopi grand nombre^ exr sont M pé|>àaà^e et qm^'il) enî. faut retFanefaer une ipwpiàBs parce que quicouffias; a lïïie feès appris à maxdser urne plume» troavev. par après, trop pesante (1) les instrumente des anlres meskiers qui mnâ nécessaires à. EEtaft;* Sï bien que tant de fa^éàn(i^s(miBXÉa^dlhQmr mes perdus pou^ le pabficv
Danger des collé- « Les colM^ia& de lâtHi Wit fstH des procp-^
rewrs, des girefiiers, des^ sasugeniSr des clercs d^^ palais, des prétrese efc des moi&e$. Si on. conr ¥ertissoit quelques -tms e» collèges de comr mercey de cartes marines^ de p^es, d'hydrograr pMe, etc.,, le royaume seroit dans peu de temps aussy savant es^ marine et en "^oyag^s de toog cours^ est commerce €à arts libër«^ïx q^u'il Uest à pcéMfit en cMcane (S), m
Ceci n'était pas trop mad dit et dut entreir d'autani plus proiondéraeiii dans Fesprii de Colba^t qu'il y ëtaib mieuîSL préfiaré „ kii. <|ui cherchait uu^ remède à cette fièvre inextînginîlaile. d'offîc^B ({ui l^mlaiï la bourgeoisie.
(1) Ne croirait-on pas entendre parler Montaigne? ^Ma^CkimiMA XM. ms^ M., ttt.
IMSk LETETRBS ET LES SCIENCES STS^
Aussi quand T Université vint se plaindre à ^Veîwigîîcment!^ lui fue les msatres d'éeole enseignassent le latiji; le groe et tout ce qu'eUe seule devait eusetgngr, fut-€ille fort bieft accueillie par Goibert.
n convint volontiers que tes maître» d'école étaient e&upable», cviminel^ même; qu'il étaitt urgent de les £aire lentrer dans^ le devoir ; qu^il n'y avait dans l'Etat que trop de personnes enseignant le latin à trop d'autres ; mais il fit observer en termes formels qu'il fallait que l'UniveFsité, elle,, enseignât autre chose à se& élèves. Il voulait lui rendre son ancienne splendeur; mais elle devait se reformer : dans ses, collèges on était censé apprendre un peu de latia ; il fallait toute autre ekose : la géographie^ l'histoire, a les sciences qui servent dans le oammerce de la vie^ b II fallait, en un mot, entrer dana la voie des études professionnellesi>
Voilà ce que voulait Colbert. Ceci se passait ^%^SliiS/' enL 1675.. Put-ife réaliser son projet? En partie, mais par' des. eréations* isolées qui toutes rele^ vaîefit da s», charge de la marine. Il n'avait pas. d'influence m. delà i il se heurtait aux privi^léiges, au lanancFpele de l'Université. Elt comment s'en étonncar ? C'e^ à peine si, depuis vingt ai^
nous avons commencé à mettre en œuvre Tidéc même de Colbert. Vers la fin du règne de Louis^ Philippe s'est créée la première école professionnelle sérieuse; elle a recule nomdeTurgot ; mais il faut dire que ceux qui eurent le mérite de cette fondation voulurent tout d'abord l'appeler école Colbert et qu'elle garda ce titre au moins pendant ses premiers jours.
La di/fusion des Colbcrt sc montra favorable à tout ce qui put
études.
encourager la diffusion des études, et nous en avons un témoignage bien frappant dans un exemple qui emprunte aux récents malheurs de notre chère Alsace un puissant intérêt :
En 1666, un imprimeur de Bâle proposa^ d'installer ses presses dans cette Alsace que la paix de Wesphalie nous avait donnée. A cette ' occasion le ministre adressa à cet autre Colbert, qui était intendant d'Alsace (un triste intendant !), la lettre que voici :
(( La proposition qui vous a esté faite par un bourgeois de Bâle, d'élever une imprimerie à Ensisheim et d'avoir toujours une bibliothèque bien fournie, est fort bonne, et ainsy, on peut sans difficulté la recevoir, pourvu que ce par ticulier soit catholique, et non autrement.
(('Gomme il est de conséquence d'accoutumer La langue fran-
^ çaise en Alsace.
les peuples des pays cédés, au Roy par le traité de Munster à nos mœurs et à nos coustumes,il n'y a rien qui puisse y contribuer davantage qu'en faisant en sorte que les enfants apprennent la langue françoise, afin qu'elle y devienne aussi familière que l'allemande et que, parla suite du temps, elle puisse mesme, sinon abroger Tusage de cette dei'nière, du moins avoir la préférence dans l'opinion dès habitants du pays. »
Quelle leçon pour nous ! Et si les maximes
de Golbert eussent été mieux appliquées dans les deux cents années qui ont suivi cette lettre, peut-être n'eût-on plus eu à invoquer l'argument de la différence des langues pour nous arracher nos belles provinces de l'Est ! A chaque pas que Ton fait dans l'histoire du grand ministre de Louis le Grand, tout : actions, instructions, lettres, jusqu'aux simples billets, jusqu'aux moindres paroles , tout nous fait apparaître, dans ce vaste génie, la splendeur du bon sens.