‹ Colbert et son tempsChapitre 2 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

8 l*^ — Le vieux Louvre; rAcadémie française. — Ariistes et artisans logés au Louvre. — La rue de Richelieu. — La rue Saint- Augustin. — Les maisons de bourgeois. — La rue Vi vienne. — La rue Neuve-des-Petits-Champs. — L*hôtel Colbert. — L'hôtel Lulli. — La rue Plâlpière et la rue du Bouloi. — Le quartier » des hommes d'État. = | H. — Rue Coquillière et rue Montmartre. — Rue Montorgueil. — La Halle. — La rue Saint-Denis.— Une institution qui nouô manque. — Le duc de la Peuillade et la statue du roi. — Le faubourg Saint-Denis. — La rue Saint- Martin. — Le faubourg Saint-Martin et la foire Saint- Laurent. — La rue Saînt-Merry et Evrard* Jabach. — La rue Saint-Ange. — Le Temple et sa juridiction. — La rue du Grand-Chantier. — La rue Vieille -du-Temple. = 2 III. — La rue Saint-Antoine et les fêtes officielles. — La Grève et les feux de joie. — Le quai Lepelletier. — La Beauvais. — L'hôtel Carnavalet. — La Bastille

(1) Nous avens eu la bonne fortune de trouver une description de Paris écrite à la fin de 1683 et publiée au commencement de 1684, c'est-à-dire quelques mois après la mort de Colbert; des estampes de cette époque précise ont pour nous complété ce tableau exact. Plusieurs descriptions ont été faites de Paris avant l'entrée de Colbert aux affaires ou bien longtemps après la mort du célèbre ministre. Bien que le chapitre qu'on va lire paraisse sortir un peu du cadre de cet ouvrage, nous n'avons pas cru devoir laisser échapper l'occasion de donner, en nous plaçant à ce moment même, une vue d'ensemble de Paris tel que l'a laissé Colbert en mourant. Ici, notre langage semblera et sera réellement un peu suranné, mais nous nous sommes trouvé entraîné par l'esprit du temps et, toute réftexion faite, nous préférons ri duire cette impression telle qu$ nous l'avons reçue.

et la Porle- Saint-Antoine. — Les boulevards actuels. — Blondel, l'ingénieur. — Le faubourg Saint-Antoine. — La place du Trône. — Le Cours de Vincennes et les femmes à la mode. — Le château de Vincennes et le sérail. — Les grottes de Picpus. L'Arsenal. — Les secrétaires du roi. — Le pont Marie et les maisons qu'il ne porte plus. — L'fle Notre-Dame. — L'hôtel Lambert., — L'hôtel de Bretonvilliers. — Le quai des Balcons.

— M. de Santeul ; ses devises et le ratafla. — La Pitié. — Le Jardin du Roi. = § IV. — La manufacture des Gobelins. — Saint- Marcel et Sainl-Médard. — Les foires Saint-Marcel. — Le quartier de l'Université. — Les Miramionnes. — Les Carmes. — La montagne Sainte-Geneviève. — Pascal. — Descartes. — La rue ' Saint- Jacques. — Sainl-Séverin. — Le collège Royal. — La commanderie de Saint- Jean-de-Latran. — Les libraires. — Le collège Louis-le-Grand. — L'Observatoire et ses hôtes. — La Sorbonne. — Le palais des Thermes. ^ g V. — Les Académies. — Le Fort. — Le Luxembourg et les tableaux de Rubens. — Les gueux du Luxembourg. — L'hôtel de Condé. — La rue du Regard. — M.Pellisson. — Saint-Suipico et 4a foire Saint-Germain.

— Le café. — La rue de Grenelle. — - Les Invalides. — Rue Saint-Dominique. — Madame d'Aulnay. — Rue de l'Université. .

— Petitot l'émailleur. — La rue Mazarine. — Les quais. — La Cité. — Paris jugé par Montaigne et Vauban.

gl-

Le vieux Louvre; C'est Une viUe curieuse que le Paris de Col-

rAradémie

Française, jjgpj^ curiouse, et par ce qui reste des siècles passés et par les beautés dont Colbert vient de la doter. Elle vaut certes la peine d'être vue et peut-être, si Ton veut nous suivre, ne regrettera-t-on pas la fatigue que cette longue pro menade aura pu coûter. Nous sommes à la fin de 1683. Colbert vient de mourir.

Nouspartons du Louvre, centre de toule vie, d'où tout rayonne, où tout aboutit. A notre gauche, le Palais que Perrault vient de construire. A notre droite, le palais des Tuileries. Devant nous, le vieux Louvre où TAcadémie française siège depuis 1672 (1).

Le vieux Louvre est joint aux Tuileries par *^^^i^„*f ,ogés"a i une longue galerie sous laquelle est la salle des ^°"'^'^' Antiques. Là aussi se trouvent les logements des artistes et artisans réputés lès plus experts dans leur art. C'était Henri IV qui avait ordonné que celte galerie fût disposée de telle sorte qu'on y pût a commodément loger quantité des meilleurs ouvriers et plus suffisants maistres qui se pourraient recouvrer (2). »

C'est là , qu'en ce moment , habitent les peintres Charles Errard, Charles Nocret, Michel Ballin, Benoit Sarazin, Goypel, Claude Mellan, J. Waldor, le sculpteur Fr. Girardon, le géographe Sanson, Vittorio Siri, historiographe, Vigarani, qui fait les machines des opéras de Lulli, puis des tapissiers, des horlogers, des orfèvres, parmi lesquels Bain, fa-

(1) Auparavant elle siégeait chez le chancelier Séguier.

(2) Lettres patentes du 22 décembre 1608. Arch. nat., Z, 3205, fol. 68 et suivants.

meux émailleur, enfin des ébénistes, parmi lesquels BouUe, (( qui fait des ouvrages de marqueterie extraordinairement bien travaillés et que les curieux conservent soigneusement (l). »

Disons en passant comment Tillustre marquêteur se trouve là. Le 14 mai 1671 était mort un certain Jean Macé, très-habile ébéniste qui logeait au Louvre. Ils étaient fort recherchés, ces logements de la grande galerie. Golbert écrivit au roi, lui demandant à qui il fallait donner la vacance de ce Jean Macé, « qui faisoit les panneaux de grenouilles » pour Versailles : Au plus habile! répondit Louis XIV. Golbert jugea que BouUe était celui-là. C'est là ehcore que se trouve Timprimerie royale, sous la direction du sieur Marbre-Cramoisy.

Entre le vieux Louvre et les Tuileries (2), s'élève tout un quartier avec son église (Saint- Thomas du Louvre), des rues nombreuses. Nous y voyons riiôtel de Créqui, Thôtel de Longueville, l'hôtel Montausier; ce dernier n*est autre que le fameux hôtel Rambouillet, où passèrent tant de beaux esprits, tant de belles précieuses.

(1) D, G. Brîce, Description nouvelle de Paris, 1684.

(2) C'est-à-dire à l'endroit oîi s'étendront 170 ans plus tard la cour du Carrousel et le nouveau Louvre.

Gagnons la rue Saint-Honoré.

Voici le Palais-Royal (naguère encore Palais- Cardinal) ; c'est là que se jouent les opéras de LuUi ; un peu plus haut, à droite, on est en train de construire Téglise des Pères de. l'Oratoire ; plus loin, en montant, c'est la Croix du Tiroiier, puis quelques belles maisons récemment construites, derrière lesquelles est le cimetière des Innocents, enfin la rue Saint-Denis.

Sur la gauche du Palais-Royal la rue Saint- Honoré passe devant l'hôpital des Quinze- Vingts, l'église Saint-Roch, le couvent des Jacobins. Ce portail d'ordre ionique , que nous voyons tout proche, c'est l'hôtel du « féroce » M. Pussort, oncle de Colbert. Plus loin le couvent dés Feuillants, celui des Filles de l'Assomption avec son dôme et, vis-à-vis, Thôtel du maréchal de Luxembourg. Un peu au-dessus, le couvent des Capucines, et, près de leur porte, une fontaine avec deux vers de Santeul, qui a illustré ainsi presque toutes les fontaines. Voici les deux vers :

Toi loca sacra inter pura quse labitur unda, Hanc non impuro, qulsquis es, ore bibas.

Entre le Palais-Royal et la butte Saint-Roch, i^ rue do niche-

monte la rue de Richelieu. A rentrée s'élève le Palais-Brionj où siègent les académies de peinture, de sculpture et d'architecture. Au milieu de la cour est un cheval de bronze que Colbert a fait venir de Nancy.

Dans cette rue dont les maisons sont belles, on remarque une fontaine (1) avec les deux

vers obhgés de M. de Santeul, ceux-ci sont assez ingénieux :

Qui quondam tenuit magnum moderamen aquarum Richelius, fonti plauderet ipse hovo.

Voilà le siège de la Rochelle galamment rappelé !

Saluons en passant la maison de Mignard le peintre, celle aussi de Molière au coin de la i*ue de Villedo (Villedo est un entrepreneur des travaux du Roi). Voici l'hôtel de Jarz, puis l'hôtel Louvois, fort riche, comme on pense. En face, de l'autre côté de la rue, règne une longue galerie, qu'en 1683 on a coupée pour faire une petite rue qui porte le nom de Colbert (2).

(1) Le privilège des fontaines avait été donné à un certain Périnet, mousquetaire. V. Pierre Clément, Le/^res de Colbert, 2«v., p. 519.

(^) Où est aujourd'hui la Bibliothèque nationale.

Tout en haut de la rue de Richelieu se trouve une porte par où Ton sort de la ville du côté de Montmartre.

Les rues adjacentes ne sont pas les moins "^^ Auçasuî!"* curieuses. C'est d'abord, on commençant par le haut, la rue Saint- Augustin, toute pleine de belles maisons, bâties pour la plupart ^ur les dessins des grands architectes de Colbert. Cette rue va jusqu'aux Petits-Pères. On y voit rhôtel de Grammont, qui a pleine vue sur Montmartre ; rhôtel Grancé, très-proprement disposé et qui appartient à un bourgeois curieux et ama- Les maisons de

* -^ * ^ bourgeois

teur de belles choses, le sieur Thévenin. Ces bourgeois! ils commencent à se faire construire et meubler des hôtels comme n'oseraient en ambitionner les grands seigneurs! Non loin de ce Thévenin, il y a un certain Cotte-Blanche, puis un certain Frémont,qui rivalisent de luxe, de goût, de recherche des beaux meubles et des belles. choses. Il y a encore auprès d'eux plus d'une demeure élégante ou somptueuse, dans tous les cas fort agréable, puisque les fenêtres donnent sur la campagne. Car la campagne est là, tout près de la rue Saint-Augustin (1).

(1) Aujourd'hui rue Nouve-Sainl- Augustin.

La rue vivienne, La Fue Vivien (1) est toiit près ; mais nous

ne nous y arrêtons que pour regarder la maison, . très-confortable vraiment, de Desmarets, Tintendant des finances, le neveu de M. Colbert; et aussi le cabinet du Roi avec la bibliothèque du Roi, collections déjà considérables de livres précieux et de médailles ; c'est là que l'Académie des sciences tient ses séances. On songe déjà à la transporter place Vendôme, qui est en projet.

La rue Neave-des- Au bout dc CCttC rUC VivicU CSt la rUC dcS Petits-Champs.

Petits-Champs Elle mérite de rester célèbre à plus d'un titre; Les hôtels splendides y sont nombreux, les hommes illustres n'y sont pas rares. Voici d'abord l'hôtel de la Vrillière (2); puis l'hôtel d'Emery, que Fouquet a habité, que M. de Turenne habite maintement; l'hôtel de La Ferté-Senecterre, que le duc de la Feuillade veut acheter pour créer une place au centre de laquelle il fera ériger la merveilleuse statue du grand Roi.

L'hôtel Colbert . Mais voici l'hôlel Colbert (3), un des beaux

(1) Vivienne aujourd'hui.

(2) C'est la Banque de France; cet hôtel fut construit par François Mansart.

(3) A Tangle de la rue Vivienne, appartient aujourd'hui à la Bi-

ouvrages de Le Vau; le maître vient à peine de quitter cette demeure presque royale où il avait accumulé tant de livrer précieux, de meubles de prix, de tableaux de maîtres ! Il est mort, après avoir vu peu à peu déserter ce seuil que les plus puissants avaient autrefois franchi avec empressement et souvent avec une secrète terreur. Golbert est mort, et pourtant nous allons le retrouver à chaque pas.

Un peu plus loin c'est Thôtel de Bouillon-la- Marck, puis celui de M. de Ménars, maître des requêtes et intendant de justice dans la généralité de Paris, le palais Mazarin encore plein de meubles rares et de curiosités de tout genre, l'hôtel de Lionne, autre œuvre de Le Vau et qu'habite M. de Villeroi.

Au coin de la rue Saiijite-Anne et de la rue fhôtei luiii. des Petits-Champs demeure LulIi,

Dans la rue des Fossés, qui est tout près de là, s'élèvent l'hôtel de Pompone, le marquis, le neveu du fameux Arnaud ; l'hôtel de Sois sons, qu'occupent la princesse de Carignan et la duchesse de Nemours, l'hôtel Séguier (ancien hôtel Bellegarde).

bliothèque nationale. Golbert avait demeuré rue Coq-Héron et ruo Plâtrière.

La rue Mtrière Ders le voisinage, rue Plâlrière (1), il ne faut

et la fue da ^ ^ "^ "

Bouioy. pas manquer d'aller voir Thôtel de M. de Bul-

lion et celui de feu d'Herval, le contrôleur général des finances ; dans la rue du Bouloy, ne Toublions pas, demeure M. de la Reynie, celui qui tient tant de secrets et peut d'un mot perdre les plus grandes familles ;♦ enfin au bout de cette rue, dans la rue Coq-Héron, est l'hôtel de Gesvres.

homaes d'Etat.

Le quartier des G'cst Vraiment, OU Ic voit, Ic Quartier des

hommes d'Etat.

Roe ^coquiiuère Nous sommcs là sur la paroisse Saint-Eus-

et rue Montmartre, tache ; voici la rue Goquillière, où demeure

M. Berrier, secrétaire du Conseil; la rue Montmartre : presque à l'entrée, TégUse de Saint- Joseph, succursale ou « ayde » de Saint-Eustache, avec son cimetière ; c'est là que reposent les cendres de Molière, en terre sainte, quoi qu'on en ait dit (2).

Rue Montorgueii. A. droitc, scrpeute la rue Montorgueil où se

(1) Aujourd'hui rue Jean- Jacques-Rousseau.

(2) La vérité est qu'il n'y eut pas à ses obsèques de service solennel, voilà tout. V, Jal, Dictionnaire critique, art. Molière, p. 872.

trouve Thôtel de Bourgogne. Les comédiens français n'y jouent plus depuis environ trois ans, car les deux troupes françaises ont été fondues; elle sont maintenant établies rue Mazarine, en face la rue Guénégaud. C'est la comédie italienne qui occupe la salle de la rue Montorgueil ; on y va applaudir Dominique (1), le fameux Arlequin^ Lolli si amusant dans le personnage du docteur Baloardo^ Fiorilli eii Scaramoacbe^ Gostantini en Mezetin{2).

Nous entrons dans le vrai Paris commerçant ; ^ "*"*• nous avons derrière nous la Halle, dans laquelle il ne fait pas bon s'aventurer, tant la presse est grande, l'activité incessante; ne dédaignons cependant pas le monde qui s'y agite ; il y a là des marchands de marée qui font de grosses for-, tunes et dont les fils seront conseillers du Uoy, qualifiés a nobles hommes. » Là- bas sous les piliers des Halles est d'ailleurs le logis de Jean Poquelin, tapissier, frère de Molière, fils de Jean Poquelin, maître tapissier et « porteur de grains (3). »

(1) Biancollelli. Un de ses enfants eut Louis XIV pour parrain. (S) Sorte de Scapin,

(3) Lettre de Guy -Patin à Falconet, 22 décembre 1651. Cette dernière profession n'était qu'une charge qu'on n'exerçait pas soi-même.

La roe st-Denis. GontinuoRS Rotre coursc jusqu'à la rue SaÎRt-

DeRÎs,

Elle commeRce au GraRd-Ghâlelet, qui est devaRt le PoRt au Ghauge, ce PorI au Ghauge où se tieuReRt eRcore les chaugeurs, les orfèvres, ceux qui y veudeut bijoux, vaisselle plate etargeuterie d'église.

Une. inBtitotion Dc ce côté dc la Fuc cst la Graude Boucherie,

qui noas mao-

^"®* puis uue iRétilutioR vraimcRt iutéressaRte, vrai-

meRt charitable (1) : c'est l'hôpital des filles SaiRle-GatheriRe, où sout recueillies pour uue Ruit les pauvres filles a qui sout saRS coRditioR ». Ur peu au-dessus est l'église SaiRte-Opportuue ; la FoRtaiRe des IrroccrIs, au coIr de la rue aux Fers, les églises (elles sout iuRombrables !) . du Sépulcre et de SaiRt-Leu-SaiRt-Gilles. VicR- .RCRt eusuite Thôpilal de Saiut- Jacques, celui de la Triuité, l'église Saiut-Sauveur, les couveuts des Filles-PéRileRtes et des Filles- Dieu (2J.

LcdacdeiaFcuii- Erûr, prcsquc au boutdc la rue Saiut-DeRis,

ladeetlastatoe

da Roi. s'élève l'hôtel de Samt-Ghaumout. G'est là que

(1) Qui nous manque aujourd'hui et dont on ferait peut-être bien de reprendre l'idée en la développant.

(2) Tout cela a disparu, mais quelques noms de rues en perpétuent encore le souvenir.

demeure le duc de la Feuillade. Il y fait élever^ au moment même où nous sommes, une magnifique statue du roi Louis XIV; c'est devant cette statue que, dans son idolâtrie, il fait brûler perpétuellement une lampe. Pour Tinstant on en prépare le marbre, mais il a changé d'avis ; il la veut maintenant en bronze ; bientôt on la verra se dresser sur une place nouvelle, au bout de la rue des Pétits-Ghamps, et elle attirera au grand Roi plus d'une épi gramme.

Devant nous s'ouvre la Porte Saint-Denis si ^'"tef**°*" monumentale : au delà s'étend le faubourg, où ' il n'y a rien de curieux à voif, sauf cependant la maison des Pères de la Mission de Saint- Ladre (i),chezlesquels viennent se perfectionner les jeunes prêtres sur le point d'être ordonnés. C'est là qu'ils acquièrent la pratique indispensable pour la célébration des offices et des cérémonies religieuses.

Dans la rue Saint-Martin, très-commerçante ''"»• si-Mania^ aussi, surtout très-populeuse, nous trouvons, dans le bas, l'église Saint-Jacques de la Boucherie dont la tour est une merveille; puis l'é-

(1) Saint*Lazare. ^

f 8 LÉ PARIS DE GOLBEÂt

glise Saint-Médéric (1); celle de Sàint-JuMen-^ des-Ménétriers : c'était autrefois «n hôpital pour les femmes malades, fondé par deux vio« loneux distingnéâ. A gauche s'élève Thôtel de Vie; presque en face est Téglise Saint-Nicolasdes-Ghamps qui appartient a^ox religieux de Tordre de Saint-Benoît. Ce priéuiré est à M.Fabbé de Lionne, frèfe du secrétaire d'État,, et le re-ténti qu'il en tire est des plus consifdértibles.

ttfenbwitsiârf- En haut de la rue est la Porte Saint-Martin,

Martin et la

JJj[fS*»°^'-*"- et, au delà, dans le faubourg, réglise Saint- Laurent : c'est Isbque se tenait la fameuse -foire qui commence le jour même de la ^aint-Laurent. Elle est^ maintenant, un peu pljus sur la gauche, dans un vaste espace où les bons Pères de Saint-Lazare ont fait préparer pour lesi marchands de nombreuses boutiques et logettes qui rapportent gros à la communauté. Le couvent des Récollets est proche, et, derrière, se trouve rhôpital Saint-Louisr où vont « se réparer » les pauvres convalescents de rHôtel*Dieu. Dans la campagne, qui s'étend au delà^ se trouve Montfaucon, de lugubre mémoire, où Vou exposiiit

(1) Saint-Merry.

LU PAB2S;0&^€QLEERT 19

naguère les supplidés ; cm se conteaati^ makble^ DâBi de les Y entearrer^

Il ne faut pas quitter le quartier Saint'-Martîn La me st-Merry

t^ ^ ^ et Everard Ja-

sans visiter la maison d'Everard Jabach, le ri- ^*^*'che baaquier, rue Saint-Médéric (1). Cet homme de goût, qui acheta tant de belles choses poiir le cardinal Mazarin et pour Golbert, s'était fait une collection admirable^ vraiment unique. Malheureusement, vers 1670, il éprouva quelques revers et dut céder au Roi pour 200,000 livres une grande partie de sa galerie ; mais, depuis, il a réparé ses malheurs, relevé ses affairés, et

reconstitué son précieux musée, qulî montre

volontiers aux curieux de distinction (2). Il y a encore une maison fort proprement La rue saiute-

. ■ ■ • . ' . . ' . . . ■ \ . • . . , i . Avoye.

ordonnée dans la rue Sainte-Avoye, elle est à un sieur Titon, parent de Triton, secrétaire du koi, qui demeure au faubourg Saint- Antoine ; plus haut, dans cette même rue proche la fontaine, on montre un escalier d'une construction tout à fait plaisante et ingénieuse dans

(1) ^le«x«8te eiHX>re; «lie porie la n? 4i à% la ^o N«uvt-Sainl Merry et vaut la peine d'éire jifae.

(â) Everard Jabach était de Cologne* . ../ .^.

une maison qui est à M. de Marillac(l); plus loin encore sont l'hôtel de Montmorency et l'hôtel d'Avaux. Au bout de cette rue est le Temple.

'-e /jjjjjjpj^^** s> Ce Temple (2) est une sorte de petite ville

presque indépendante, ayant sa juridiction spéciale, enclose de murailles antiques, flanquée de tours. Les commerçants et fabricants qui y sont installés font une redoutable concurrence au commerce et à l'industrie des bourgeois de Paris, concurrence que ceux-ci trouvent fort déloyale, car les ouvriers qui se réfugient dans le Temple n'ont point été reçus maîtres et échappent à la vigilance des jurés des communautés de la ville. Ces jurés ne peuvent rien, en effet, dans la juridiction de M. le Grand Prieur de France. Ce Grand Prieur, un petit roi, comme on voit, est, en ce mqment, M. le commandeur de Vendôme (3), qui tire du Temple un revenu de plus de 20,000 écus.

Il n'y a pas que les ouvriers et commerçants non autorisés qui se réfugient dans le Temple .;

(1) p. G. Brice, Description nouvelle de Paris, tomo I. (S) Qui deviendra tristement fameux.

;,3) Philippe de Vendôme.

une foule de gens sans aveu, la plupart ayant eu des démêlés avec la justice, y viennent chercher un asile, presque toujours sûr, puisque les agents de la force publique n'y peuvent pénétrer qu'avec la permission du Grand Prieur ou sur un ordre exprès du Roi.

Le logis du Grand Prieur est fort beau ; niais on admire surtout une maison, située dans l'enclos, appartenant au sieur Frémont d'Ablancourt, qui est de la P. R. R. (1) ; cet hôtel est une petite merveille.»

Devant ce Temple, sont les religieuses de Sainte-Elisabeth. Laportç.par où l'on sortait de la ville a été récemment abattue.

Dans la rue du Grand-Chantier qui vient La rue du Grand-

Chantier. *

aboutir au Temple devant sa grande tour, flanqué de quatre tours rondes, on remarqué, dans le bas, l'hôtel de Guise (2) fort vaste et qu'habite mademoiselle de Guise. Vis-à-vis est

(1) De la Prétendue Religion Réformée. — C'est le neveu de Perrot d'Ablancourt, le traducteur. On a de Frémont un Diction^ . naîre des Rimes, un Dialogue de la santé et une Histoire de Portugal depuis le traité des Pyrénées. Il dut quitter la France après la révocation de l'Edit de Nantes et mourut à la Haye en 1693.

{^) Absorbé en partie par Thôtel Soubise, où sont actuellement les Archives nationales.

2t LE T%mS DE œLBERT

Tif^lise* des Pères de la Merci; plus hmsi Yho^ pitai des ËnÊmts-Raages.

larucvieme-du- ^^^^ la vieillfô me du Temple, s'élèvent Temple. ^Yiètci d'Effiialt, la maison d'Amelot de Bisueil, maître des requêtes, magnifiquement ornée et meublé «vec un luxe rare, -dt l'hôtel à'O qui est, en 1^8, occupée par des religieuses de l'ordre de Saimt-Augtîdin.

Li'Jiôtd d'Estnées est près de là,-da3îs la (rue I Barbette. U y a encore dans la rue de la Couture-Saiut-Gervais , qui conduit de la vieille rue du Temple à la rtïe Saint-Louîs, une splendide demeure, ïort ridie au dedans^ comme au dehors ; c'est la maison Aubert pu loge TambassadeïEP de Venise.

La rue Saint-Louis est certainement une des mieux Mties de Paris; spacieuse et bien tracée, elle jolfre une lon^e suite de belles maisons parmi lesquelles on remarque Thôtel du cardinal Bouillon, grand aumônier de France, autrefois hôtel de Turenne, et l'hôtel de Guénégaud,

On arrive ainsi à la place Royale, très-imposante avec ses trente-six pavillons. La construction de cette place a vraiment renouvelé le Marais ; une partie notable de la noblesse s'y

LE PAWS I>E COi^BjERT ^ 83

est fait construire dç beaux. hôtelô. Les plus r^3aarquables de ceux qui forment ia place sont rhôtel de Richelieu , qui renferme nomlyre dç tableaux de maîtres, de beaux Rubens particu^ lièrement ; l'hôtel du marquis de Dange.au (1), gouverneur de Touraine, chevaher de Madame la Dauphine ; enfin Thôtel du duc de Ghaulnes, gouverneur (Je Bretagne.

Signalons au passage le portail du couvent des Minimes; c'est uue œuvre de Mansart.

§ni

Ne négligeons pas la rue Saint-Antoine; elle ^J"/c tt'îes^fêjoue un grand rôle dans l'histoire pittoresque (Je ce temps ; presque toutes les cérémonies officielles s'y déroulent; la rue Saint-Antoine est, on peut le dire, de toutes les fêtes ; c'est par là que Marie-Thérèse fit son entrée à Paris ; c'est là qu'a défilé çn 1661 le merveilleux cortégè du grand Carrousel; c'est par là encore que les princes et ambassadeurs étrangers font

(1) Celui qui nous a laiseé c$ curieux Journalf tput plein de faits bien petits et pourtant fort bons |i ^^iinaître.

2i LE PARIS DE COLBERT

leurs entrées d'ai)parat; c'est cette rue que suivent les belles dames de la Cour qui vont se promener au cours de Vincennes, comme il convient à toute femme à la mode.

La Grève et les Elle commeuce à la -Grève, où ont lieu tous

fciu de Joie.

les spectacles publics : réjouissances ou supplices, c'est parfois tout un pour le peuple. La . veille de la Saint-Jean on y fait des feux de joie très-plaisants à voir, et le lendemain des victoires du Roi on y célèbre notre gloire.

L'accès de cette place, dont THôtel-de-Ville

occupe tout un côté, n'était guère commode

autrefois, mais, il y a six ans, Colberty a fait

pratiquer un large chemin vers le- pont Notre-

Lequai Le Pei- Dame; uu quai spacieux (1) et très-beau a été

construit le long de la .rivière; des maisons uni-

formes y ont été élevées où les marchands ont aussitôt afflué.

Si, partant de la Grève, nous montons la rue Saint-Antoine, nous passons tout près de l'église Saint-Jean ; un peu plus haut est l'église èainl-Gervais dont le portique est de Brosse et

(t) C'est lo quai Le Pelleliér, qui a gardé le nom du Prévôt des Marchands alors en charge.

de Clément Metezeau : puis Thôtel de Beauvais. Cet hôtel appartenait à cette madame de'Beauvais qa'on appela plus tard la Beauvais lors- i^ Beauvais. qu'elle eut perdu son crédit auprès d'Anne d'Autriche ; les mauvaises langues (1) prétendent que, toute borgne qu'elle fiit, elle avait fait faire au jeune Louis XIV son premier pas dans une voie où il n'obtint plus tard que trop de succès. Laissons dire les méchants; rappelons seulement que ]a Beauvais a marié sa flUe au marquis de Richelieu, que ses autres enfants ont été bien pourvus, qu'elle même resta toujours en . grande considération auprès du roi, qui lui fit servir jusqu'à sa mort une assez grosse pension..

Plus haut est l'hôtel de Saint-Paul qu'habite madame de Chavigny, veuve du secrétaire d'État. Les grands Jésuites sont en face de la rue de la Couture- Sainte-Catherine; devant, s'étend une petite place avec une fontaine qu'on appelait autrefois la fontaine de Birague (2), nous ne savons pourquoi.

(1) Voir les Mémoires de Saint-Simon et la correspondance d'Elisabeih-Charlolte Duchesse d'Orléans. ^ L'hôtel de Beauvais occupe aujourd'hui le n» 62 de la rue Saint- Antoine.

(â) Il 7 a même là encore une rue de Birague.

% IM Fitfifô DR COLBËBT

L'hôtel Dang la rue de la Couture-Stinte-^iathe-

CarnavaleL

rioe H\ paasé réglise, s'élève le bel hôtel 4e madame 4& Sévigaé^ ou hôtel Carnavalet, avec de chârmanti^ «mpltures de iemi Gougeon.

C'est Maiisart qui Ta réparé. Un peu plus haut rhôtej d'Angeulême et tout au bout de la rue une fort jolie maison qui appartient à un architecte, le sieur de Vile.

Mais revenons rue Saint-Antoine : Voici Thôtel Sully, le souvent des Filles Sainte -Marie, et devant m^^ la Basitille, qui a une assez sombre figure, avec ses huit grandes tours rondes qui $e couronnent en terrasse.

La Bastille et la A côté de la Gitadelle-Prison est la. porte

toine. Saint-Antoine, construite par Clément Mete-

zeau, mais que Ton vient de réparer. On y a

placé une statue du Roi. Du côté qui regarde la

. Ville on lit Tinscription suivante :

LVJ)OVIGVS MAGNVS

ET YJNDIÇATAS CONJVGIS AYGVSTiE

DOTALES VRBES

VALIDA MVNITIONE CINXIT

ET HOC VALLVM CIVIVM DELICIIS

DESTINARI #VSS1T

ANN. S. R. H. M. DC. LXXÏ.

(i) Ou Clôlure-15aiiile-G«tber1ne, ou Cdhuf^^lBêfSiite^Ga^evIfie.

LB PAJUS BE OOLBBRT W

Le VsJlam cmae Ton doit consacrer aux dé- us Boaievards

^ aetnels.

liées des citoyeos est ua fort beau reinpar4, (4) qui s'ouViTe déjà fdepuis la porte Saint-Antoine jusqu'à la (porte Saint-Denis : il est praeté 4e quatre rangées *d'arbres, bien jeunes eœore en . 1683, mais qui en feront, ^ea «ffet, plue tard, une délicieuse promenade. A mi-chemin, sur OC; boulevard, sairouve la porte Saint-Louis.

Inscriptions latines, porte Saint-Louis, por- *^'^'^^iVeur! "^^^" tes Saint-Denis et Saint-Martin, tout est l'œuvre de Blondel. Ce Blondel (2) est vraiment un des hoHMwes les plus remarquables du temps, d'un esprit élevé, -d'urne science presque encyclopédique. (Test à la fois un ingénieur militaire de premier ordre, un architecte babile, un mathématicien distingué, et, ce qui ne gâte rien, un énwJit de lettres. Colbert l'avait en grande estime", il en avart reçu -des services signalés et nombreux. Blondel a été certainement un des ooUaborsrteurs les plus actifs de Colbert dans

(1) ^tre ligne 4e bouWaré d*^ujourd*hui.

(2) Mort en 1686. La postérité a été .injjusle pour ce «grand homme. Elle le connaît à peine. Bouillet, qui tient registre des décisions de l'histoire^ lui consacre au plus dix lignes qui ne sont pas très-exactes.

tout ce que ce ministre entreprit pour embellir Paris. Golbert fit beaucoup pour Paris, il lui donna deux grandes et précieuses choses, des quais et des boulevards ; il fit élargir bien des rues, agrandir bien des places, achever le Louvre, élever et restaurer plusieurs monuments ; il projetait et voulait faire plus encore, mais Versailles dévorait tout. Versailles a été la grande douleur de Golbert; Paris, au contraire, éveillait en lui un sentiment presque tendre.

Le faubourg st- Lc Faubourg Saihl-Antoine est formé par

Antoine. ^ '^ ■

trois longues rues ; la grande rue Saint-Antoine, à droite la rue de Gharenton, à gauche la rue de Gharonne. G'est dans la première que se trouvent le nouvel Hôpital des Enfants-Trouvés, TAbbave de Saint-Antoine, et l'active (c Manufacture de glaces de miroirs » qu'a créée Golbert et d'où sortent des glaces aussi belles que celles qui, il y a peu de temps encore, venaient à grands frais de Venise. Les miroirs de la fabrique de Golbert ont eu tout le succès qu'ils méritaient : « On ne s'en sert point d'autres à Paris » (1).'

~ (1) Germ. Brice, t. I.

Au delà, s'étend cette vaste place où, lors de upiwedu.Tronc. l'entrée de la Reine (1) fut dressé un Trône (2) magnifique. On y doit élever un Arc de Triomphe majestueux, dont le modèle en plâtre donne déjà une grande idée, mais il est à craindre qu'il ne soit jamais exécuté ; Golbert est mort, le coûteux Versailles et les coûteuses guerres vont sans doute encore dévorer TArc de Triomphe.

Les élégantes, nous l'avons dit, étalent leurs lo cours de vîn-

cennes et les

toilettes et leurs grâces au Cours de Vm-- femmes à \%

^ mode.

cennes. Les Champs-Elysées n'existent qu'en projet ; on vient seulement de les tracer et d'y faire planter des arbres. On va cependant au Cours-lâ-Reine (ou Cours, de la Reine-Mère) "^

qui est ausgi une promenade de bon ton : il y a même, croyons-nous, une ordonnance du roi (3) qui défend d'ensemencer et de labourer dans ces parages.

Les promeneuses du Cours de Vincennes ^'y^^^^\x^ se rendent souvent au Parc du Château ; elles ^^'^***' vont à la Ménagerie, ou, comme on dit, le Sérail de Vincennes. Il y a là une grande pour

(1) En 1660.

(2) De là son nom acluel.

' (3) Elle est de 1667, U août.

Picpu^.

-m LE PAIUS DE GOLBEtVP

OÙ Ton fait combattre ' le» . bêtes féroces (d), spectacle rempli d'émotiond, que les femmes seoâibles peuvent contempler sans danger du

' haut des galeries qm régnent autour de cette arène. Derrière la Ménagerie, sont tes reli-

', gieuses de Saint^Mandé.

Les ^ffroites de II cst encore agréable de s'arrêter au Jardin

de Picpus : on trouve de jolies grottes de rocailles , et, dans le couvent^ quelques bons tableaux de Lebrun; on peut aussi visiter Rambouillet dont le jardin est très-beau,

Reuilly est tout près. C'est là qu'habite M^ de Ghantelou, maître d'hôtel du Roi ; il a une-galerie assez intéressante : on y voit, entre autres belles œuvres, un petit tablea.u du baptême <le , saint Jean^ par le Poussin^ qui fiit un ami du sieur de Ghantelou. .

De l'autre côté du Faubourg, rue de Montreuil, est un hôtel charmant où l'on admij^e un salon décoré de peintures des loeillenrs artistes ; il' appartient à un aœateiir éoiairé,- le sieur Titon, secrétaire du Roi (St).

1[f) £fH 168f e'étaHI tin fionmé î^iH^êin iffâ était gouTomeur dudit Sérail,

(2) C'est le père d'Evrard Titon du Tillet, Tautevr an FÊfMAsse français qui est à la Bibliothèque NAtiOfMde. Le jtPStïé TK«ti avait à peine 7 ans a la fin de 1683.

LE ï>Aft!&DE èOLBËRT Si

De là, Û011S poiïtcxïi» aller à FAr&ei^l et passer vhseui: rue de la Cerisaie : remarquons l'hôtel de Lesdiguières qui renferme quantité de meubles ma-guifiques. Voici le côuv'ent des Gélesfins (1) avec soïi église cm se tiennent les assemblées de la Confrérie des secrétaires du Roi • On appelle ains^i Les ^se^éuires ceux qui dressent ïes ac*es qiti à^'expédieafïl en chancellerie. Lettr s charges, qui codent fort cher,, donnent la noblesse et le titre 4'écuyer. Elles sont par conséquent fort recherchées des riches bourgeois. Aussi cette confrérie est-elle puissante, sinon par la qualité de ceux qui la composent, du moins par leâ bietis considérables qu'ils possèdent. Le siéur Titon, dont nous avons parlé plus haut, en fait partie ; c'est un bourgeois au premier chef, maïs grâce â sa Charge, il est noble et sâ postérité le sera.

A quelques pas, sur les bords de la rivière,' est ITiôtel dé M. Fieubet, conseiller dTÈtat ordinaire et chancelier de ïa feue reine Anne d* Autriche, puis l'hôtel de la Vieuyille, qui ne paye pas de mine au dehors, mais qui est très-bien ordonné à l'intérieur. Nous passons devant l'hôtel de Sens et nous prenons je Pont-Marie.

(1) où est aujourd'hui la caserne.

'^le^miiiÎMqnii ^^ devrait y avoir des maisons sur ce ponl ; il

a e porte pins. e^ ■ • n i < i

y en a eu en effet; mais elles ny sont plus. Pourquoi ? C'est une ti'ès-vilaine aventure advenue il y a bientôt vingt-sept ans. En mars 1657, il se produisit une si grande crue de la Seine qu'elle déborda, causant partout beaucoup de dommages. Mais le pire fut que la violence du courant emporta pendant la nuit deux arches du Pont-Marie, avec tout ce qu'il y avait dessus, les maisons et leurs habitants : ce fut un grand deuil.

i;ric Notre-Dame. Nous voici dans l'île Notrc-Dame. Un étranger pourrait croire que c'est l'île où est l'église Notre-Dame ; il n'en est rien , xî'est celle dans laquelle se trouve l'église Saint-Louis , et on l'appelle ainsi parce qu'elle est la propriété de Téglise Notre-Dame même. Il y a là nombre de demeures princières qui, cependant, n'appartiennent pas à des princes, tant s'en faut.

i/hôtei Lambert. 11 y a d'abord, en entrant, du côté du Pont- . Marie, l'hôtel du sieur de Grandmaison, assez beau et fort solide (1) ; puis celui de M. Lambert de Thorigny.

(1) D. G. Bpice, t. H.

Cet hôtel est certainement un des plus beaux de Paris. C'est le père du propriétaire actuel, qui fut secrétaire du Roi et mourut à la fin de 1644, qui l'a fait construire. Il n'était d'abord qu'un simple bourgeois et s'appelait Lambert (Jean-Baptiste) tout court, mais en achetant le secrétariat, il acheta la noblesse et put signer de Thorigny.

Son flls, Nicolas, président à la chambre des comptes, a singulièrement embelli celte maison; il n'y a rien épargné et l'on y peut voir des peintures de Lesueur, de Lebrun, de P. Patel, de Swanewelt et de Romanelli (1).

A la pointe de l'île, ayant la Seine de chaque ^'^^tOTvut^»?'*' côté, est Vhôtel de M. de Bretonvilliers dont le père, M. Claude Le Ragois, prit aussi la noblesse avec la charge de secrétaire du Roi. M. de Bretonvilliers, qui est maître à la chambre des comptes, rivaUse de luxe avec le président Lambert; sa demeure est des plus riches et renferme des peintures de Lebrun.

Notre promenade à travers Paris nous fait, on le voit, connaître à la fois les mœurs, les hommes et les choses. Allons donc de l'avant ;

(1) Hurtaul et Magny, DieUonnaire Historique de Paria. 1779.

prenons le quai qui longé an sxjâ l'hôtel Brètonvilliers. C'est le quai du Dauphin, ou, comme Le quai des Bal- OU dit Communément le quai des Balcons, ca^ -■ les balcons y sont muUipliés. ir y a là de^x belles maisons, celle de M. l'abbé de Sainte- Croix, qui est maitrer des requêtes, et celle d'uu M. Rouillé, qui est le collègue du précédent. '

Laissons l'église Saint-Louis, qui n'est pas achevée^ et prenons le pont de la Toumelle. Sur le quai, à main gauche, s'élève la porte Sàint-^ Bernard, que Blondel à réparée et embellie. ^ Il y a de ce côté, parmi dé nombreux chantiers, une ruç de Seine (pas la vraie, celle-là est derrière, le collège des Quatre- Nations), il y . a, disons-nous, une rue de Seine qui cbnduit à

r abbaye Saint-Vîctôr. Cette atbaye est à juste titre Tune des plus célèbres; M, de Sanleul, le poète, celui' qui fait dé si ingénieuses devises aux fontaines, est de Saint- Victor.' C'est de lui que l'abbé Belon écrivait aCabar't de Villemont le 12 février 1682 (1) :

M. de santeui, a Si vousiyene^s aujourd'hui ou demain dîner

ses devises et - •

le rataiia. ^^^^ ^ Rouilté ;(2), iious fferoûs la partie pour

' (f ) Bibl. Nalioiwrl, M» Dang«au; Vof. l(J52-lifôl'. Voir Jal, Dictionnaire critique, p. 1101, ; (Z) G*èst k RouiiU éa ^fai^ea Bàbaêos.

avoir un jour de la semaine prochaine M, de Sariteul. Quand nous le tiendrons,, nous luy ferons tant de caresses et nous luy ferons boire tant de ratafia qu'il nous donnera pour M. Bégon les plus belles et lés plus heureuses devises (1), » C'est déjà quelque chose pour l'abbaye Saint- Victor de posséder un poète qui fait de jolis distiques et aime le ratafia ; mais ce qui la re- <x)mmande surtout aux lettrés c'est la précieuse bibliothèque qu'elle renferme, la seule dont l'accès soit ouvert au public ; il y est admis, sans distinction, les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine.

Nous pouvons gagner le jardin du Roi tn La piué. passant par la Pitié. Cet hôpital est une succursale de Thôpital général ; on n'y entretient guère que des jeunes gardons et des jeunes filles, celles-ci sont surtout occupées à faire du point de France, dont la vente rapporte un revenu assez considérable au Trésor royal.

Nous voilà au jardin du Roi où Fagon, nié- Le Jardin du roi. decin ordinaire de Sa M€gesté(2), est « Démons-

^1) Sans doute pour la collection de portraits d'hommes illustres «que liilclNl Béf ott mrêU M«9oml»)é««

(3) U ne devint prwaiar môdAcia du Rai qu'en 16d3. Il y a aujourd'hui près de la place d'Italie «im ma Fagoo,

trateur de rinlérieur des plantes ». Il y a là un beau labyrinthe et de beaux arbres. Cependant il ne faut point oublier que dans le faubourg Saint-Antoine, à Pincourt, on va voir un autre" jardin médicinal qu'entretient le sieur du Blegny. C'est une sorte de concurrence.

Le Jardin du Roi fut témoin d'une scène bien étrange dont Golbert fut le principal acteur. Un jour où il y était venu visiter les cultures botaniques, il s'aperçut qu'une partie du terrain qui devait leur être consacrée avait été planté en vignes pour l'usage de MM. les administrateurs. A cette vue le ministre entra dans une violente colère. Il vit une pioche à sa portée, la saisit et se mit lui-même de grand courage à détruire cette plantation plus agricole qu'utile (1).

Voici l'hôpital général, moitié asile, moitié prison, surtout prison, et d'où les hommes sans aveu, les femmes de mauvaise vie, ne sortent pas toujours facilement. Le trop plein est déversé sur la Pitié, où Ton envoie principalement les jeunes gens. Actuellement cet établissement de salubrité, de santé, de mœurs et de

(1) Ce trait enthousiasma le botaniste anglais Salisbury. U en fat si charmé qu'il donna le nom du ministre à une plante de son eatalogue et l'appela Colbertia,

répression, contient plus de 6,000 personnes. On y fait aussi du point de France.

Le marché aux chevaux est en face.

Nous pouvons, de là, gagner le haut dû fau- La manufacture

des Gobelins.

bourg Saint-Marceau où se trouve la grande fabrique des Gobelins qui doit tant d'accroissement et d'honneur à Colbert. Il y a beaucoup à regarder : d'abord les beaux tableaux de Lebrun, les merveilleuses tapisseries auxquelles travaillent sans relâche les plus habiles maîtres et ouvriers. Il faut visiter lés ateliers des ciseleurs sur cuivre, d'où sortent des pièces d'un fini admirable ; les ateliers de serrurerie, où Ton voit des chefs-d'œuvre de délicatesse; les ateliers d'orfèvrerie, où les sieurs Loir et Villiers façonnent l'or et l'argent en mille formes exquises. On y voit, chez Baptiste, la statue de Turenne; chez M. Coysevox, de beaux groupes très-appréciés; chez M. Audran^ des gravures d'une belle exécution, comme aussi chez Leclerc ; il faut encore assister au curieux et fin travail des brodeurs que le Roi y entretient.

Saint-Marcel et Saint-Médard.

Nous rentrons dans la Ville par le feubourg, en passant devant Téglise Saint-Marcel et le couvent des Cordelières, devant Saint-Médard "où est le tombeau de M. Patru, le célèbre avocat^ qui est mort il y a trois ans. Près de là est la petite église Saint-Hippolyte.

On a accès dans le faubourg Saint-Marceau d^abord par la porte Saint-Victor que Blondel à réparée récemment et qui porte, sur le cintre, les armes de la Ville : un grand vaisseau avec cette devise : Quœ non maria ? et par la porte Saint-Marcel qui est derrière Sainte-Geneviève» du-Mont.

Fossés Saint- Marcel.

Sur le fossé qui unit une porte à l'autre, il ' faut aller voir une maison où sont des tableaux remarquables de François de Troy, le portraitiste à la mode. Les gens de qualité qui veulent c se faire tirer » ne peuvent vraiment s'adresser qu'à lui (1). Ce fut lui qu'on choisit pour aller à Munich faire le portrait de Madame la Dauphine ; mais cette princesse « est bien mieux que le portrait que de Troy » en a fait (2).

(1) Des farmwx portraitistes du temps, Hyacinthe Rlgaud, n'a encore que 25 ans, et Largillière que 28.

(2) Lettre de madame de Sévigné à madame de Grîgnan.

LE PARIS D£ GDLBERT 39

Si Ton veut jouir d'un beau coup d'œil et embrasser tout le pays, coupé de charmantes collines, qui s*étend au loin derrière ce quartier, il faut aller visiter^ sur ce même fossé, la mai-^ son des Religieuses anglaises et celle des Pères de la Doctrine chrétienne.

Mais vçici tout près , un quartier bien pitto- ''^j^ïîîj'rjit^ ^^ resque^ bien intéressant, avec ses vieilles églises, ses maisons bizarres, sa vie bruyante, aux moeurs étranges et diverses, celui de TUniversité. Pour le bien voir, et avec méthode, revenons au quai de la Tournelle.

Sur ce quai se trouve une maison d'assez belle apparence. Elle appartenait autrefois à uri M. Martin ; c'est là qu'habite maintenant la pieuse madame de Miramion, qui fut veuve si jeune (1) et resta si pure, malgré sa beauté qui dure encore. Elle vit retirée au milieu de la communauté qu'elle a fondée, entourée de ses» Filles de la Charité » qu'on appelle déjà Miramionnes. i^<»Miramîonne8, Les Miramionnes ne prononcent aucun vœu religieux, ne portent aucun costume particulier et

(1) Elle perdit, à Tâge de seize ans, son mari, Jean- Jacques de Beauharnais, seigneur da Miramion.

se consacrent librement aux soins des malades. Nous passons devant l'hôtel de M. de Nemond, où se voient quantité de beaux meubles ainsi qu'une Bibliothèque fort riche el curieuse; nous prenons, à gauche, la rue des Bernardins, qui a des maisons de fort agréable aspect, particulièrement celle de M. de Vaurouy. Voici le collège des Bernardins, où descend le puissant abbé de Citeaux quand il est de passage ici. A main gauche est cette église de Saint-Nicolas du Ghardonnet qu'on a récemment reconstruite.

lies Cirnws. Pour trouvcr ensuite quelque chose qui mérite

Tattention, il nous faut aller jusqu'à* l'entrée de la Montagne Sainte-Geneviève où sont les Garmes qu'on appelle Carmes de la place Màubert ; leur égUse est fort fréquentée, et, à certaines époques, il y vient de tous côtés grande affluence de pèlerins ; c'est Notre-Dame du Mont-Garmel que Ton y honore particulièrement et elle y est l'objet d'une dévotion trèsardente et très-suivie.

LaMdntagBc s>e- Gravissous la Montagne Sainte-Geneviève,

nous passons devant le collège de Navarre, le plus vaste et le mieux ordonné de la Ville, et,

LE PARIS DE COLBERT 4i

tout en haut, nous rencontrons Tabbaye de Sainte-Geneviève à côté de Saint-Etiehne-du- Mont. C'est dans cette dernière église qu'est enterré M. Pascal (1) ; «celui qui fit des lettres si piquantes* sur les Jésuites, trouva de si belles pensées sur la religion et montra autant d'invention dans les mathématiques que de génie dans les belles-lettres » ; là encore est le tombeau de notre Eustache Le Sueur (2), Il faut admirer aussi la chaire du prédicateur; elle est ample et belle et tout à fait digne dès grandes paroles qui s'y prononcent.

Derrière cette chaire si majestueuse est une petite porte qu'il suffit de franchir pour se trouver dans l'église Sainte-Geneviève-du-Mont, dont la façade donne sur la place qui s'étend par devant. Dans cette église rien de bien extraordinaire si ce n'est toutefois l'épi taphe de M. Descartes, ce qui a fait tant de bruit, entre les philosophes et les théologiens, avec sa Méthode, ses Méditations et ses Tourbillons » . La philosophie n'était point du goût de Golbert qui disait : « Folie ancienne, folie nouvelle, jecrois qu'il faut préférer

PascaU

Deseartes.

(1) Mort lo 19 août 1662.

(2) Mort lo 30 avril 1655 sur la paroisse de Sainl-Louis-en-rile cl transporté sur cello de Saint-Etienne-du-Mont.

At LE PARIS DE COLBERT

l'ancienne». II faut visiter l'abbaye, son cloître, son vaste jardinet surtout sa bibliothèque, où se trouvent un beau cabinet de médailles et une très-riche collection d'antiquités de tout genre.

Tout près de là est ce fameux collège de Monlaigu, ou des Gapets, que cent cinquante ans auparavant Rabelais appelait < collège de pouillerie » et qu'il eût voulu faire brûler, avec a principal et régens » (1).

Nous pouvons passer ensuite à la rue Saint- Jacques qui commence au Petit-Châtelet, grosse masse de bâtiments assez rébarbatifs, ouverte au milieu, et dressée droite, vilaine et ventrue, au bout du Petit-Pont.

La rue stint-jac5- Eu partant du Petit-Ghâtelet et remontant la

qnes, Saint-Sé-

verin. ^^q Saint-Jacqucs nous trouvons l'église Saint-

Séverin, curieuse sous plus d'un rapport ; et, de Taulre côté, à l'entrée de la rue Galahde, l'église de Saint-Julien-le-Pauvre, qui est bien

vieille ; plus haut, l'église Saint-Yves et, à gauche i la rue des Noyers qu'on vient d'élargir.. Au-dessus et à droite gont les Mathurins, où l'Université tient ses grandes assemblées et se i*éu^it tous les trois mois pour faire ses pro-

(1) Gargantua, l. I, ch. xxxni.

cessions qui sont fort belles; il y a bien longtemps déjà que les solennités universitaires ont lieu dans ce couvent. Le bon Rabelais, déjà cité, nous raconte comment maître Janotus, « glorieusement en plain acte tenu chez les Mathurins^ requist ses chausses et saulcices » (1).

Plus haut se trouve l'église Saint-Benoît et, vis-à-vis le chœur, une petite place, nommée communément la Terre de Cambray, à cause du collège de ce nom qu'on y voit.

Là encore s'élève le noble et illustre collège Le mège Royai. ' Royal (2) où les hommes avides de connaître peuyent, dans des cours publics et fréquentés, apprendre les choses les plus profondes et les langues les moins connues.

Tout en face s'étend la commanderiede Saint- '^^de'^s^SSeanî Jean-de-Latran. G*est une sorte de réduction du Temple, un asile, un refuge, pour les gens qui ne sont pas absolument en règle soit avec la loi^ soit avec la société. C'est aussi une juridiction spéciale, sous l'asile de laquelle viennent s'abriter les gueux, les faillis, les débiteurs traqué», et aussi, comme au Temple, les ouvriers,

(i) Gargtmiuaf ï. I, ch. xx.

(2) Le collège de France.

de-Latran.

non reçus maîtres^ qui font commerce en narguant MM. les Jurés de la Ville.

Les libraires. Voici maintenant le collège du Plessis, ancien collège de Saint-Martin ; la rue Saint-Jacques, rue universitaire par excellence, est pleine de collèges et, par suite, de libraires ; ceux-ci y pullulent et, hâtons-nous de le dire, il en est parmi eux dont les éditions sont estimées, précieuses, célèbres.

''^ ?e^rand?"'^" ^^^^ '^^^* ^^ trouvc le coUége des Jésuites,

naguère encore collège de Clermont, et qu'on appelle aussi collège Louis-le-Grand. Il est fort beau, fort vaste. A la fin de Tannée scolaire on y représente de grandes tragédies, très-habilement montées, dont les élèves remplissent tous les personnages ; ajoutons que dans les intermèdes on y danse les ballets à la mode du sieur de Beauchamps (1), le maître des ballets du Roi,"sHl vous plaît.

Plus loin se trouve l'église Saint-Etienne-des- Grecs (2) et, presque en face, le couvent des Ja-

(1) 11 demeurait rue Bailleul, près « la croix du Tiroûer » et s'intitulait « compositeur des ballets du Roi. » C'était chez lui quo se réunissait TÂcadémie de Danse.

(2) Ou des Grès. Le nom en était resté à la ri;e des Grès, aujourd'hui rue Cujas.

cobins ou Frères Prêcheurs de Tordre de Saint- Dominique. Nous sommes à la porte Saint- Jacques ; le faubourg commence, où, depuis rentrée jusqu'au haut, ce ne sont que couvents, maisons de retraite : les Filles-de-la-Visitation un peu avant Téglise Saint- Jacques-du-Haut- Pas, le séminaire de Saint-Magloire, les Ursulines, que madeinoiselle de Sainte-Beuve a fondées en 1607, les Feuillantines, les Bénédictins anglais, les Carmélites ou Maison de Notre- Dame-des-Ghamps sur la droite, à gauche le Val-de-Grâce, de François Mansart, pui§ les Capucins, les Bernardines réformées de Port- Royal.

Devant nous est l'Observatoire Royal, que ^*^^^']jf^^£Jff ^'^ M. Colbert a fait construire, qui est un trèsample monument, mais dont an critique fort la disposition. Il renferme, outre les salies consacrées aux études diverses, des appartements destinés aux savants. Quatre mathématiciens illustres y sont logés en ce moment : M. Cassini que le Roi a fixé ici par ses bienfaits et qui, depuis plus de douze ans, a reçu ses lettres de grande naturalisation ; M. PhiUppe de la Hire, qui fit autrefois quelques tableaux champêtres

et devint depuis célèbre dans les sciences; M, Couplet, homme très-savant aussi; enfîû M. Huyghens de Zuyiichera, que Colberta comblé et « qui a inventé une nouvelle et très-exacte manière d'horloges à pendules qui peuvent servir à trouver toutes longitudes (1). » Huyghens ne demeure pas ordinairement à T Observatoire, mais ses logements y sont réservés.

Au-dessus de l'Observatoire est la Maison des Eaux, où vient aboutir Taqueduc d'Arcueil que de Brosse a construit pour Marie de Médicis. Cette princesse voulut par ce grand travail amener Teau à son palais du Luxembourg; mais elle ne prit pour elle que les trois cinquièmes de la quantité fournie par Taqueduc, les deux autres cinquièmes furent distribués aux quartiers voisins par quatorze fontaines qu'elle fit construire (2)«

Rentrons en ville par la rue d'Enfer. Voici d'abord l'institution des Pères de l'Oratoire, c'est là qu'ils ont leur noviciat; puis le couvent des Chartreux et un autre petit couvent de Feuillants.

. \i) Supplique dt Huyglifens au Rot* — ' Bibl. N«i, LettM* r«* çuespar Colbert; 5 féy. 1665.

Et qui, ûfoyèns-nous, exîsteni encoi^.

Mais descendons,' sans plus nous arrêter, jusqu'à la porte Saint-Michel, ou plutôt jusqu'à l'endroit où fut cette porte, car on l'a abattue il y a environ deux ans. On y achève en ce moment une assez jolie fontaine, surmontée d'une arcade qui l'encadre, avec un portique d'ordre dorique.

Nous prenons la rue de la Harpe, qui nous conduit jusqu'à la Sorbonne, devant laquelle est une place spacieuse ; sur notre gauche est le fameux collège d'Harcourt (1) et, plus bas, ceux de Justice, de Bayeux,de Narbonne et de Seez; mais ce dernier ne reçoit plus d'élèves. Voici l'église Saint-Gôme et, tout près, la maison de Saint-Gôme où les chirurgiens opèrent, sur les cadavres humains, les curieuses dissections qui ont fait faire, sous ce règne, de grands progrès à l'anatomie.

Dans la rue des Mathurins, vis-à-vis celle de ia Sorbonne, est lebel Hôtel de Cluny et, y attenant, les restes du palais des Thermes.

Plus loin sur la gauche s'ouvre la rue Saint- ÂRdré-des-Ârcs {^)y avec son église ; tout pro-

(1) Le lycée Saint-Louis.

Saaeias Andréa de Àreuh9S, ^ Régisir» pv^dasial de 1589.

La Sorbonne.

Le palais des Tiermes.

48 LE PARIS DE GOf.BERT

che, dans la petite rue des Poitevins , sont les vastes hôtels de Thou et de Mégrigny. Dans la rue Hautefeuille, rendue plus spacieuse, est le collège de Prémontré, plus loin celui des Cordéliers. -

Deux rues nouvellement percées ont dégagé ce quartier, autrefois si compacte et bâti si dru que Tair et la lumière y pénétraient à peine : la rue de TObservance et la rue de Touraine proche de rhôtel de Tours ; elles aboutissent aux fossés de rhôtel de Condé. Quant à la porte Saint- Germain qui se trouvait non loin de là il y a quelques années , elle a été démolie et remplacée aussi par une fontaine.

Nous entrons ici dans le quartier Saint-Germain, le plus beau de tous et par son étendue, et par les maisons et hôtels remarquables qui s'y élèvent, et par la noblesse et l'illustration de ceux qui y habitent. Les rues y sont larges, l'air y est excellent, tous les plaisirs et toutes les commodités de la vie s'y rencontrent. Tous

les agréments, toutes les connaissances que comporte Téducatioii d'un gentilhomme accompli, s'y acquièrent. On n'y compte pas moins de « six académies d où la jeunesse noble de Les académies. France, des Flandres ei d'Allemagne vient se former à tous les exercices et s'initier même aux premiers principes de l'art militaire. Les fils des plus illustres maisons y affluent, et a Ton: y a compté parfois dans un hiver jusqu'à 12 princes étrangers , plus de 300 comtes ou barons, outre un bien plus grand nombre encore de gentilshommes. »

Ces académies sont désignées par les noms des écuyers qui les dirigent. 11 y a :

1*^ Celle de Coulon, tout près de Saint-Sulpice ;

2^ Celle de Bernardi , près de l'hôtel de Condé ;

3*^ Celle de M. Longprec, au bout de la rue Sainte-Marguerite;

4^» L'académie de M. de Rocfort, qui est rue de l'Université ;

5^ Celle de M. de Vandeuil, dans la rue de Seine ;

6** Enfin, sur les fossés de Monsieur le Prince, celle de M. d'Auricourt (i).

u Fort. Près du Luxembourg, à l'ouest, s'étend un

vaste enclos qu'on appelle le Fort; c'est un véritable champ de manoeuvres où les élèves de l'académie Bérardi s'exercent à toutes les opérations de la guerre. On y simule des combats et des embuscades ; on y exécute des attaques en règle, comme s'il s'agissait d'enlever ou de défendre une citadelle ou une ville fortifiée.

Le Luxembonrg Voici le Palais du Luxembourg qu'habitent

elles lableaux __. ' n tir^ i f . •

de Rubcns. Mademoiselle d Orléans, qui a ses appartements à gauche en entrant, et Madame la duchesse de Guise, sa sœur, qui a les siens à droite. Il faut y voir la belle collection de tableaux de Rubens où ce grand peintre a rappelé les principaux fails qui se rapportent à Henri IV et à la reine Marie de Médicis (2).

Le jardin est splendide. Au bout de la grande allée qui est devant le parterre se trouve la fon-

(1) Ea 1691, on retrouve ces six académies réduites à deux. Les trois premières sont fondues en une seule^ qui est au carre->

four Saint-Benoît.

Les trois suivantes en forment une autre, qui est rue des Ca-^ nettes.

(2) Ces tableaux sont au Musée du Louvre.

taine, qui est presque terminée ; la balustrade en marbre blanc qui borde les terrasses n'est pas encore achevée.

Le Luxembourg ne s'ouvre pas seulement pour les deux augustes personnes qui y demeurent avec leur maison ; souvent il sert de refuge aux gueux, aux vagabonds, aux débi- Leswueuxdu teurs traqués, aux criminels même. Plus d'une fois on a dû inviter la grande Demoiselle et sa sœur à faire expulser ces malfaiteurs de leur résidence ; Golbert a dû écrire plusieurs lettres à ce sujet et le roi lui-même s'en préoccuper (1). Hâtons-nous d'ajouter que Mademoiselle et la ' duchesse de Guise ne sont pas très-coupables ; le Louvre et les Tuileries servent souvent d'asile à ceux que la justice poursuit (2).

Sur la gauche du Luxembourg, en regardant L-hôtei de condé l'Observatoire, on trouve l'hôtel de Condé, autrefois hôtel de Retz, qui est garni de meubles splendides, renferme une bibliothèque considérable et jouit d'un ravissant jardin, ample autant qu'il convient' à une telle demeure, et

(1) V, Pierre Clément. Lettres de Colbert, t. VI, p. 38 et 404.

(2) Vwr dans le recueil de M. P. Clément une lettre de Golbert au capitaine du roi du palais des Tuileries.

U rue du Re< gard.

dans lequel fleurissent à la fin de juin les jasmins et les orangers.

Devant lei Luxembourg s'ouvre la rue de Vaugirard, abondante en couvents; après le petit hôtel de Bourbon, ancien hôtel d'Aiguillon, sont les religieuses du Calvaire, celles du Précieux-Sang, le couvent des Carmes Déchaussées. Ils ont une bibliothèque fort dépourvue de livres, mais une vue charmante sur la campagne ; de là on découvre les hauteurs de. Ghâtillon et les pentes gracieuses qui les environnent.

Vient ensuite la rue du Regard (1), au bout de laquellQ est ce Fort, dont nous avons parlé, où se fait la petite guerre. En face est une rue, avec quelques couvents, qui monte vers Notre-Damedes-Champs (2).

Auprès des Carmes débouche la rue Cassette, où s'élève le monastère de Filles du Saint-Sacrement et, dans la rue du Pot-de-Fer, qui longe le séminaire de Saint-Sulpice, est le noviciat des Jésuites ; ii s'y -trouve une église, qui

(1) Elle existe encore.

(2) Elle porte aujourd'hui ce Dom.. La rue de Fleurus, qui mène au Luxembourg, n'était qu'amorcée, comme on dit maintenant^ et s'appelait le cnUde-sac Notre-Dame'Kies-Champs.

est exiguë, il est vrai, mais commodément disposée. Sur le grand autel est dressé un des beaux tableaux du Poussin, un Saint-François- Xavier, très-digne d*étre admiré ; pourtant les délicats prétendent que ce saint- a une oreille trop, grande ; tant pis pour les délicats !

C'est dans cette rue du Pot-de-Fer que de- ■ m. peiiuson. meure M. Pellisson, si connu pour sa laideur qui ne déplaît point et pour son esprit qui plaît tant.

Nous ne pouvons nous éloigner sans visiter Saint- Sulpice, Tunique église paroissiale du quartier Saint-Germain. Les autres ne sont que des aydes (1). C'est depuis longtemps la plus grande de toutes celles qui sont à Paris, et l'on en peut facilement juger par ce qui reste de Tancienne nef qui n'est pas entièrement démolie. Depuis vingt-cinq ans (2) qu'on travaille à construire l'église nouvelle, on n'a pu achever encore que le gros de l'ouvrage ; le chœur n'est point fini malgré « toutes les libéralités que

les paroissiens ont faites (3) ». Cependant, telle

(1) Succursales.

(S) N'oublions pas que nous sommes à la fin de 1683.

(3) D. Germain Brice, Description nouvelle de Paris, t. II. 1684.

qu'elle est, on y officie déjà solennellement, et devant un grand concours de fidèles. Au-dessus est le séminaire, où les études sont solides et complètes. Dans ces derniers temps les prêtres de Saint-Sulpice ont donné lieu - à quelques fâcheuses affaires causées par leur trop grand zèle à convertir les enfants nés dans la P. R. R. On s'est plaint qu'ils aient pénétré, de force au sein^des familles; ces choses ont été assoupies grâce au Roi, qui veut éteindre peu à peu rhérésie (1), mais ne désire ni violence d'une ^ part, ni éclat de l'autre.

Saint-Sulpice et la foire Saint- Germain.

Les extrêmes se touchent,, dit un commun proverbe ; il est justifié ici ; car, tout auprès de Saint-Sulpice à l'extrémité de la rue de Tournon, se tient la foire Saint-Germain, la plus pittoresque sans doute qu'il soit donné de voir. Elle ouvre le 2 février, jour de la Purification, et doit finir le premier jour -du Carême ; mais il arrive souvent qu'on la proroge jusques aux fêtes de Pâques. Elle s'étale sur un vaste espace

(1) Cela était vrai alors. On recherchait sans bruit la conversion des protestants; tout Tarbitraire, grâce sans douJLe à la sagesse de Colbert, consistait à leur fermer Paccès de toutes charges et privilèges. Le jour de la révocation de Tédit de Nantes n'est pas encore venu.

OÙ régnent plusieurs allées couvertes qui se coupent à angle droit. Le long de ces avenues sont rangées les boutiques, logettes ou échoppes des marchand^. Il vient là des baladins, des musiciens , on y prend en plein vent du café(l), Le café. qui commence à être à la mode et qu'un certain Pascal, Arménien, y débite à son grand profit.

Les marchands affluent de toutes parts pour cette foire; les plus belles et les plus curieuses marchandises de France et de l'étranger .y sont exposées ; les objets d'art rares et précieux s'y rencontrent et les amateurs de peintures . peuvent aller acheter, à grand prix, chez le sieur Hérot, qui y tient boutique, de vrais tableaux de maîtres.

Ne quittons point les alentours de Saint-Sulpice sans citer l'hôtel de Léon, dans la rue Garance (2), derrière l'église. Il appartient à M. de Sourdiac et est l'ouvrage de Robellini.

A l'entrée de la rue de Sève (3) , à ce carrefour formé par la rencontre de six rues, se trouvent les Prémontrés et, un peu plus haut, l'Abbaye-

(1) Et le café, pas plus que Racine, ne passera, en dépit de ma-^ dame de Sévigné. • (â) Rue Garancière.

(3) Ou de Sèvres.

aa-Bois (1) ; puis l'hôpital des Petites-Maisons, où quelques-uns sont mis à tort, où tant d'autres méritent d'entrer ; enfin l'hôpital des Incurables*:

^* "neifet ^'^' Daus la rue de Grenelle, qui commence aussi

à la Croix-Rouge, on voit Tancien hôtel de Beauvais, maintenant hôtel d'Auvergne et que le comte d'Auvergne habite. Plus loin est l'hôtel deNavailles, inoccupé, car le duc de Navaillés demeure « en son hôtel de Méluzine, rue des Bons-Enfants » (2).

n y a là aussi une maison très-riche et qui est parée de beaux meubles vieux et rares , elle appartient au sieur Roland.

Les Invalides. En suivaut, uous arrivous jusqu'aux Invalides, une des plus nobles créations du Roi. On achève l'église; elle sera sous le vocable de saint Louis ; on doit la surmonter d'un magnifique dôme, qui, disent ceux qui en ont vu le dessin, sera plus merveilleux encore que celui du Val-^de-Grâce. Ce dernier a été fait, on le sait, par Jules Hardouin Mansart, mais sur les

^1) Elle y est toujours.

(2) Registres de Saint-Euslaclie, cités par M. Jal, dans son /}/ctionnaire critique.

plans de François Mansart, son oncle. Le dôme des Invalides est tout entier du neveu, car l'oncle est mort depuis plus de quinze ans.

Derrière les Petites-Maisons, dont nous venons de parler plus haut, est l'hôtel de M. le commandeur Texier d'Hautefeuille, ambassadeur de Malte ; il a chez lui nombre de tableaux remarquables et de curiosités diverses.

Dans la rue du Bac, il n'y a guère à voir, si ce n'est la voûte de l'église des Missions étrangères ; cette église vient de s'achever ; elle est de Dubuisson, l'architecte.

On trouve, nie Saint-Dominique, 1er noviciat Rue saint-Domi des Jacobins réformés et l'hôtel de Luynes, qu*on appelait naguère hôtel de Chevreuse, et dont les appartements sont des plus luxueux. Tout près de là, rue Guillaume (1), se trouve la maison, très-bien ordonnée, vraiment, de M. l'avocat général Talon ; sa bibUothèque est une des plus belles qu'il y ait à Paris.

Un peu plus loin est l'hôpital de la Charité et, auprès de la rue Taranne, une très-jolie fontaine. Au bout de celte rue,^ presque devant Saint- Germain-des-Prés , est la rue Saint -

(1) Aojourd'hui rue Saint-Guillaume.

Benoît. C'est là que demeure la très-spirituelle Madame d'Auinoy. et trop aimable madame d'Aulnoy (1), qui écrit

de jolis contes dont on la loue et commet nombra de galants péchés dont on la blâme. Aussi, comme on pense bien, son mari, qui ne mérite, pas -d'ailleurs de grands éloges, est depuis longtemps séparé d'elle. Il demeure rue de Condé, vis-à-vis l'hôtel Gondé, car il est contrôleur de là maison de M. le Prince. Il a soixante-quatre ans, sa femme n'en a pas trente-trois, ce qui explique bien des choses. Madame la baronne d'Aulnoy est des plus avenantes, et a cette juste mesure d'embonpoint qui est si rare et qui la rend désirable. Aussi est-elle fort recherchée; il est grandement à craindre que ses filles (2) ne le soient autant qu'elle et ne suivent volontiers son exemple.

Dans la rue des Saintg-Pères, qui est voisine, sont l'hôtel de Brissac et l'hôtel Saint-Simon (â), ce dernier vis-à-vis la rué Taranne.

Rue deruniver- La Tue dc l'Uni vcrsité est assurément une

.' site.

des mieux bâties du quartier et renferme une

(1) Elle a laissé, outre ses Contes, qui sont encore lus^ des Mé^ moires historiques (1672-1679) et plusieurs romans.

(2) Elle en avait quatre, dont trois non reconnues par son marî.

(3) C'était le vieux duc Claude qui rhabitait. Louis de Saint- Simon, l'auteur des Afémo/res, n'avait pas neuf ans à la fln de 1683.

suite de belles maisons tout récemment construites et qu'habitent nombre de personnes de qualité. C'est dans cette rue que demeure M. Blondel, rarchitecte, Tingénieur, le conseiller d'Etat, le maréchal de camp, celui qui a fait tant et 'de si grandes choses. Il possède un cabinet qui est un des plus curieux et des plus variés : antiquités, peintures, curiosités, collections d'histoire naturelle, c'est un véritable musée.

Plus loin est un hôtel très-digne d'attention qui a été bâti sur les dessins de Le Vau et appartient à M. Tambonneau, conseiller au Parlement, grand ami de la Quintinye, le célèbre a directeur des jardins fruitiers et potagers du Roi. > Tout en face demeure Petitot, f< le Petitot,^j'émaiiplus habile émailleur qui soit en Europe-» (1) et dont les ouvrages soiit recherchés par les riches amateurs^. Malgré son talent, il commence à n'être plus aussi bien vu qu'il l'était en haut lieu, car on sait qu'il est Genevois et, partant, huguenot endurci ; le Roi cependant l'aime beaucoup, dit-on ; mais on sait qu'il a fort à cœur la conversion des religionnaires

(1) D. G. Brice, Description nouvelle de Paria, t. II, 1684.

et Petitot ne paraît guère disposé à abjurer (1).

La rue Mazariae. On peut de là gagner la Seine par la rue des

Petits-Auguslins (2). Eu débouchant sur le quai on a à sa droite le collège des Quatre-Nations,

derrière lequel montent la rue Mazarihe, où est la Comédie-Française, et la rue de Seine, où s'élève l'hôtel de La Rochefoucault. En suivant le quai à gauche, on trouve d'abord l'hôtel de Gréqui, puis l'hôtel de la Bazinière que Mansart a construit et que madame la duchesse de Bouil- Ion a acheté il y a quelques années (3).

Les qoais. Plus loiu enfin sont 'les Théatins et l'hôtel de Mailly d'où l'on a une fort belle vue sur lès Tuileries et le Cours-la-Reine. Cet hôtel est habité présentement par le marquis de Mailïy, de Nesle et de Montravel, « prince de l'Isle sous Montréal. »

La Cité. Il no nous reste plus guère à visiter, pour

compléter notre promenade dans la grande Ville,

(1) Il ne céda pas en effet. Le roi l'en ût solliciter d'abord en 1686 par M. de la Reynie, ensuite par Bossuet lui-même. Tout fut inutile. On sévit alors et Petitot dut s'enfuir à Londres, puis à Genève où il mourut. '

(2) Aujourd'hui rue Bonaparte.

(8) En 1676. — Cet hôtel est celui qui porte aujourd'hui le nM7 du quai Malaquais.

que rile-du-Palais, ou, si l'on aime mieux, la Cité, épais fouillis de rues étroites, tortueuses, toutes grouillantes de peuple et où, sans compter le Palais, l'Hôtel-Dieti et Notre-Dame, on ne rencontre pas moins de quinze églises : Saint-Jean-le-Rond (1) , Saint-Christophe , Sjainte-Geneviève-des-Ardents, Saint-Pierreaux-Bœufs , Sainte- Marine , Saiiit - Landry , Saint-Symphorien, Saînt-Denis-de-la-Ghartre, Sainte-Magdelaine, Sainte-Croix, Saint-rPierredes - Arcis , Saint - Martial , Saint - Germain le- Vieux, l'église inachevée des Bàrnabités attenante au couvent, enfin celle de Saint- Barthélémy.

Telle est, en gros, cette ville dont Montaigne Paris jugé par disait : a Elle a mon cœur dez mon enfance : ' ^*"***"et m'en est advenu comme des choses excellentes ; plus j'ay veu, depuis, d'aultres villes belles, plus la beauté de cette cy peult et gaigne sur mon affection. Je l'aime par elle mesme, et plus en son estre seul, que rechargée de pompe estrangiere ; je l'aime tendrement jusques à ses

(1) Sur les degrés de laquelle fut trouvé, trente-trois ans plus tard, Tenfant abandonné par madame de Tencin 6t qui eut nom d'Alembert.

verrues et à ses taches. » Malheureusement, ou heureusement, plus d'une de ces taches, et verrues, que Montaigne aimait, ont disparu sous Colbert, mais elle est assurément devenue plus grande, plus belle, plus saine et plus sûre. Le Paris de Golbért mérite qu'un homme de .génie (1) puisse écrire : a Celle ville est à la France ce que la tête est au corps humain. C'est le vrai cœur du royaume, la mère commune de la France, par qui tous les peuples de ce grand Etat subsistent; et dont le royaume ne sauroil se passer sans déchoir considérablement. »

(1) Vauban.

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