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CHAPITRE II

i I*'. -^ Police m«inicipald. •— L'èclaii^e de Paris et l'abbé Laudati Caraffa. — Salubrité de Paris. — Attributions du Lieutenant de Police. — Netteté, clarté, sûreté. — Établissement des lanternes. — La Cour des Miracles. — Les attroupements. — Les laquais. — Les vagabonds. — Les gens du Roi et des Princes. — Réunions non autorisées. — Académies des jeux, tripots. — La fièvre du jeu. — Les carrosses dorés et les règlements somptuaires. — Origine de la fortune de la Reynie. — Craintes étranges que fait concevoir la grandeur de Paris. = ( IL — Édilité. -^ La butte des Moulins abaissée. ^ Voies nouvelles. — Plantations, et travaux d*assainissement. — Les fontaines. — Les rues. — Rectifications et alignements. — L'œuvre du bâtiment. — Plan gétiéral de Paris.

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Nous venons de tracer le tableau dé Paris, poiioeAnaieiittie. tel à peu près que l'eût présenté un contemporain.

Certes, Tinfluence de Golbert apparaît dans

6i POLICE MUNICIPALE

tout ce qui se rapproche le plus de l'art. L'acte vite du grand ministre semblait avoir gagné tout le monde : la bourgeoisie d'abord, qui devait naturellement suivre un des siens ; la noblesse ensuite, qui ne voulait point se laisser dépasser et qui, cependant, en fin de compte, perdit la partie : la fièvre de bâtir fut donc générale.

Mais on se fût assurément moins hâté d'ajouter aux beautés de la ville si les collaborateurs du Roi ne s'étaient efforcés de la rendre plus habitable, c'est-à-dire plus sûre, moins sombre, plus praticable et plus saine.

L'influence de Colbert s'était déjà certainement fait sentir avant la mort de Mazarin, et le peu qui fut fait pour ce Paris, dont la jèopulation est toujours aménager, doit être, pour plus d'une réforme de détail, attribué à Colbert. Quoi qu'il en soit, nous voyons, dès l'année 1662, se poser le gros problème de l'éclairage delà ville. Il y a îà cependant en jeu, tout d'abord, un intérêt privé. •

L'éclairage de Pa- LcS TUCS SOnt étroiteS, tOrtUCUSeS, mal f réris et l'abbé

Laudati caraffa. guentécs; OU y court plus d'un risque ; les gens y sont assaillis, dévalisés; il faut s'y faire conduire aux flambeaux par ses laquais, quand on

Ni

en a,. ou emporter sa lanterne quand on n'a pas de train de maison. Un abbé, un Napolitain, nommé Laudati Garaffa, entreprend, lui, de faire éclairer les Parisiens attardés. Il émet son idée en bon lieu, demande pour elle un privilége et l'obtient: privilège royal amplement motivé et en bonne^forme. Il porte ce considérant:

« Les vols,' meurtres et accidents qui arrivent journellement en notre bonne ville de Paris, faute de clarté suffisante dans les rues, et d'ailleurs la plupart des bourgeois et des gens d'affaires n'ayant pas les moyens d'entretenir des valets pour se faire éclairer la nuit, pour vaquer à leurs affaires et négoce, souffrant une trè&rgrande incommodité et principalement l'hiver que les jours. estant courts, il n'y a pas de temps plus commode à y vaquer que la nuit, et n'osant pour lors s'y hasarder d'aller et venir par les rues faute de clarté, et sur ce nostre cher et bien-aimé abbé Laudati Garaffa, etc.. »

Bref, le cher et bien-aimé abbé fut autorisé à établir à ses frais des porte-flambeaux et des porte-lanternes qui, moyennant salaire, bien entendu, et mieux entendu encore, salaire payé à l'avance, doivent accompagner les gens dans leurs courses de nuit.

/ On reconnaît ici la pensée de Colbert : ce que le privilège vise, c'est surtout rintérêt du commerce.

Mais enfin ce n'est ià encore qu'une entreprise particulière, et Ton comprend bientôt qu'il faut que l'Etat et l'administration municipale prennent une part plus directe à la transformation de la capitale.

Salubrité de Paris. Un danger menaçant, qu'il faut à tout prix

prévenir, vient hâter les résolutions. La pfeste est signalée dans les provinces ; elle peut, dans le dédale des rues de Paris, faire des ravages incalculables. Des mesures de salubrité doivent être prises. Mais le Parisien est d'humeur peu complaisante, il regimbe volontiers, et résiste même à ce qui le protège. Colbert le sait, et s'en inquiète : on va encore fronder un peu, pense sans doute Félève de Mazarin. Il n'en est rien heureusement, et le lieutenant civil d'Aubray le rassure en ces termes dans une lettre datée du 7 juin 1666 :

a Je ne puis m'empescher de vous donner avis que les ordres du Roy, qu'il vous a plu me &irô entendre, sur le nettoyement de la ville €l autres. choses concernant la salubrité de l'air, xmt esté

pouGË municipale; 61

reçues avec une joye publique, tous les ordres de la ville estant informés que cette police procède du soin que vous avez du public. Les bouchers, charcutiers; rostisseurs, boulangers, menuisiers et autres personnes ont obéy volontairement; mesme ce règlement s'est esteadu sur de certaines gens qui nourrissoient et faisoient trafic de chiens en différents endroits. Le Parlement a maintenu cet ordre public, et je m'assure, si le soin des hommes peut contribuer pour quelque chose pour garantir Paris des malheurs dont les provinces voisines sont affligées, que la sagesse qui accompagne vos actions aura produit un bon effet En mon particulier, vos bonnes grâces me feront entreprendre l'impossible, et je ne croiray jamais avoir satisfait à moa devoir. C'est ceque je vous prie de croire. »

C'en est fait. Le branle est donné. Colbert s'assure du concours de tous : lieutenant civil, prévôt des marchands, échevin, agents de tout ordre, et se. donne enfin un collaborateur dont le nom est resté célèbre : la Reynie, qui reçut le 12 mars 1667 la charge de lieutenant général de police.

Ce fut, dit M. Maxime Ducamp (1), Louis XIV

<1) PariSj tome HI, p. 85,

qui, le premier, et sur les instances de Colbert, eut ridée de confier à un seul fonctionnaire la mission de pourvoir à la salubrité, à Tapprovisionnement, à la sécurité de la ville,

ff

!^es attributions sont d'ailleurs nettement dé-

AttnbutJOQS

du iieajenani de fl^jgg ^^us Tédit (1) qui Créa la charge de lieutenant de police désunie de celle de lieutenant

a II connoistra, dit cet acte, de la seureté de la ville, prévosté et vicomte de Paris; du port d'armes prohibées par les ordonnances ; du nettoyement des rues et places publiques, circonstances et dépendances ; donnera des ordres nécessaires en cas d'incendie et d'inondation ; connoistra pareillement de toutes les provisions nécessaires pour la subsistance de la ville, amas, magasins qui en pourront estre faits, du taux et prix d'icelles... Aura la visite des halles, foires et marchés, des hostelleries, auberges, maisons garnies, brelans, tabacs et lieux mal famés. Aura la connoissance des assemblées^ illicites, tumultes; séditions et désordres qui arrivetont à l'occasion d'icelles. »

Le lieutenant de police avait encore à con-

(1) Mars 1667.

naître des élections des maîtres et gardes des six corps de marchands eldeTexécution de leurs statuts et ^•èglements ; il devait étalonner les poids et les balances, surveiller Timprimerie, la librairie et le colportage des'liyres.

Dès son entrée en fonctions, M. de la Reynie « Nctieté, clarté,

sûreté. »

reçut pour instructions, ces trois mots : « Netteté (1), clarté^ sûreté. »

La Reynie, stimulé par Colbert, se met bravement à Tœuvre.

Une ordonnance prescrit l'enlèvement des boues de Paris.

Des gardes de nuit sont organisées.

L'établissement des lanternes est ordonné ^^*Vantlr^?!'*^^ (septembre 1667). Ces lanternes ne sont tout d'abord, on le devine, que de simples chandelles dans une cage de verre, pendue par des cordes aux premières fenêtres des maisons. Éclairage primitif, sans doute, mais progrès évident qui dut certainement être assez mal vu par l'abbé Laudati Caraffa.

Mais la ville n'est pas sûre. Dans l'inextrica- ^a cour des mi-

^ racleg.

ble labyrinthe de ses rues elle offre plus d'un

(1) Propreté.

70 POLICE MUNICIPAI^E

refuge aux malfaiteurs. La cour des Miracles compte une nombreuse population que les patrouilles n'osent affronter. Ce repaire n'effraie point la Reynie qui inaugure, pour ainsi dire, sa charge par une vigoureuse expédition qu'il conduit en personne.

Les gueux, les vagabonds, les gens sans feu ni lieu, sont ramassés sur la voie publique et logés à THôpital général, où ils restent plus ou moins longtemps.

Certains palais servent à nombre de malfaiteurs de lieu d'asile ; ce sont entre autres , le Luxembourg et les Tuileries. On y met bon ordre.

Le 8 juin 1671, Colbert écrit de Tournai à Le Pelletier, prévôt des marchands, afin qu'il prenne les mesures nécessaires pour surveiller le Luxembourg; le Roi lui-même fait avertir Mademoiselle, madame la duchesse de Guise et M. le Duc (d'Elbeaf), qui s'empressent de déférer à ses volontés.

Et Ton tient ferme la main à faire respecter les ordonnances. Dès que la police parait s'endormir, dès que la rigueur administrative se relâche, Colbert intervient aussitôt.

Se produit-il des rixes à la porte des théâtres, on lance une ordonnance :

9 janvier 1674.

« Défenses à toutes sortes de personnes» de. Les attroupe

ments.

quelque qualitér coodition et profession qu'elles soyent, de s'attrouper et de s'assembler au devant et aux environs des lieux où les comédies sont récitées et représentées, d'y porter aucunes armes à feu^ de faire effort pour y entrer, d'y tirer l'espée et de commettre aucune violence, ni exciter aucun tumulte, soit au dedans, soit au dehors, à peine de la vie , et d'être procédé extraordinairement contre eux, comme perturbateurs de la seureté ei de Ja tranquillité publique. »

La sécurité des habitants exige qu'il ne soit point laissé d'armes entre les mains de gens qui pourraient en usct hors de propos. Au commencement de Tannée 1676, Colbert apprend que, malgré les défenses portées, les laquais Les laquais. recommencent à se munir d'une épée la nuit ; aussitôt il écrit à la Reynie :

« Sa Majesté m'a ordonné de vous dire qu'elle souhaite que vous fassiez ponctuellement observer les ordonnances sur ce sujet et que c^est un des points de la police auxquels vous devez donner le plus d application. »

i4» T«gabonds. Un peu plus tard, ce sont les vagabonds qui

semblent pulluler; on en voit partout dans les rues de Paris, Les directeurs de THôpital général les reçoivent, puis, encombrés sans doute, les relâchent au bout de quelques jours. Çolbert en écrit à M. du Harlay, procureur général au parlement de Paris (J) :

a Dès à présent, Sa Majesté m'ordonne de vous dire que le seul moyen de multiplier les gueux à Tinfiny estde leur faire connoistre qu'ils ne peuvent avoir l'espérance de sortir de Thospital lorsqu'ils y seront une fois enfermés. »

Certes, voilà des mesures rigoureuses : peine, de la vie pour rixe devant un théâtre, incarcération dés vagabonds sans espoir de liberté. Tout cela paraîtra fort excessif. Mais il faut se reporter au temps et songer qu'il s'en manquait bien que de telles mesures, à cause de leur excès même, fussent régulièrement et strictement appliquées. Ce qu'il nous importe ici de constater, ce sont les efforts tentés.

Les gens du Roi Cependant l'on n'ose guère sévir contre les

gens du Roi coupables de quelques méfaits; Louis XIV veut les épargner souvent, mais souci) De Versailles, 27 juillet 1677. V. le Recueil de M. P. Clément.

vent aussi il les condamne. Golbert est toujours pour quelque chosa dans ces résolutions du RoL

En janvier 1679, il est informé que des soldats au régiment des gardes ont commis dans les environs de Paris d'assez vilaines actions.

Il fait écrire par Seignelay, son fils, que « le Roy veut qu'il soit procédé, contre ceux qui en seront reconnus coupables, selon les formes ordinaires de la justice. » '

Un mois après, pendant la durée de la foire de Saint-Germain, on apprend qu'un violent tumulte, sans doute quelque peu arrosé de sang, s'est produit aux représentations que donne un certain AUart dans un jeu de paume. Les coupables sont des gens appartenant à Mademoiselle, à madame de Guise, au duc d'Elbeuf, et, qui pis est, des pages de la grande écurie du Roi. Le lieutenant criminel, M. Délita, n'ose faire main basse sur des hommes qui portent les couleurs royales ou la livrée des princes du sang. Golbert, averti, lui fait dire que les pages de la grande écurie soient envoyés à la Bastille, et que les autres, doivent subir les poursuites nécessaires.

74 POLIGB MUNîCïPALÏÎ

"^"ïtorisées"^" Les minions qui se tiennent sans autorisation régulière sont poursuivies^ quel que soit d'ailleurs leur objet. En 1661, une société s'était formée sous le nom de Compagnie des Œuvres fortes^ elle se proposait uii but louable en luimême : suppléer au silence de la loi sttr certaines actions coupables, etflétrir tout au moins celles que la justice ne poursuivait pas ou ne pouvait atteindre. L'idée était morale et élevée ; mais Ton comprend tout de suite ce qu'une pareille intervention d'un tribunal privé pouvait entraîner d'inconvénients pour un trè&-petit nombre de services douteux. Les assemblées de îa Compagnie des Œuvrer fortes furent interdites sur l'ordre de Golbert,

leuxfSipotôf ^^^ maisons de jeux, dites académies; où se produisaient des scènes déplorables y avaient été interdites par trois arrêts du Parfement en date des 8 juillet 1661 , 16 septembre 166â et 29 mar& 1664. Mais comme toujours en pareil cas^ de publies et libres qu'ils étaient/ les tripots étaient devenus clandestins. On les surveilla de près : surveillance qui n'existait pas sans difficulté, . car nombre de personnes de qualité donnaient à jouer, et un grand nombre même en faisait '

POUCE MîTKlCIPALB 75

métier. Bien cfne Texemple vînt d'en haut et fue la cour fût peut-^lre en cela plus coupable que les particuliers, des poursuites sévères furent exercées à plusieurs reprises. En janvier i678,.Golbert signale commet donnant à jouer le sieur de Bragelonne, une demoiselle Dalidor; un peu plus tard c'est une nommée de Pois qui donne à jouer « à l'abri des livrées du prince de Monaco. » En 16801e sieur de Bragelonne, déjà nom^mé, est condamné à 3,000 livres d'amende pour avair tenu un jeu; dans sa maison. Un nouvel arrêt du Parlement, en date du 16 décembre de la même année, intervient^ mais sans prodmre plus d'effet que les précédents. La fièvre du jeu est devenue générale. On ne se ^^ flèrre au jeui contente plus de jouer au Hoca^ à ta Basset te j à laL^BarbacoIOy au Pharaon^ à la Dupe, à la Banque faillite ; des jeux qui paraissaient avoir été inventés pour enseigner avec agrément la géographie , l'art de la guerre ou la géométrievtels que \QJeu du Monde, \ejeu des Forti-^ âcationSj le Jeu de» Lignes, sont devenus de nouveaux procédés de se ruiner rapidement. En juillet 1682, on est obligé de donner des avertissements réitérés à un protégé du duc de Duras r à la comtesse de Poitiers. On en vient

76 POLICE MUNiaPALE

même aux mesures de rigueur jusqu'aux dames de Ris, de Castelmoron, de Saint- Abre, qui sont condamnées à payer 3,000 livres d'amende. On ne s'en tient pas toujours là et l'on agit plus énergiquement encore contre les joueurs malheureux, auxquels le dépit arrache de mauvaises paroles. Nous n'en citerons qu'un seul exemple. Le 8 janvier 1678, Colbert écrit la lettre suivante à Defita, lieutenant criminel :

« Le Roy ayant ordonné au sieur de la Gapelle, qui jouoit ordinairement chez Frédoc, de sortir de Paris , à cause de ses Jurements et blasphèmes scandaleux^ Sa Majesté m'a ordonné de vous dire qu'elle souhaite que vous alliez chez ledit Frédoc et dans les autres lieux où Ton donne à jouer publiquement , pour y faire sçavoir la raison de cet exil, et que yous disiez que, si ceux qui tombent dans les mesmes fautes ne se corrigent. Sa Majesté les traitera plus sévèrement. »

La Reynie lui-même fut invité à faire de fréquentes visites dans toutes les maisons de jeu.

On comprend que la charge de la Reynie ne fût rien moins qu'une sinécure quand on sait qu'il fallait encore veiller à l'exécution des règlements somptuaires. Il faut qu'il fasse reclier-

cher les personnes qui onl trop d'or sur leurs Les farross«^s do-

. rés et le* rè-

habits ou dont les ornements sont trop luxueux, gieacms somp- El; sur ce point, le grand roi est fort strict.

La Reynie s'est aperçu un jour que M. le duc de Bouillon' avait trop de dorure sur son carrosse. Colbert lui envoie aussitôt de la part du maître, un exprès afin de savoir promptemeht de quelle manière est ledit carrosse a et en quoy . il a contrevenu au règlement. »

a Sa Majeslé, lui écrit Golbert, a esté formellement informée que plusieurs de Messieurs de Lorraine et autres ont fait mettre quelques dorures à leurs carrosses, elle veut que vous rin formiez particulièrement de tous ceuXj tant de ladite maison que d'autres, qui ne s'en sont pas tenus exactement à ce qui est porté par le règlement, »

La Reynie répond à cette lettre en donnant la liste des gens à carrosses dorés et reçoit aussitôt l'ordre de leur faire les défenses légales.

Celte question des carrosses s'était d'ailleurs déjà présentée en 1665. A la fin d'une note adressée par Golbert à M. de Gomont, touchant diverses questions à étudier pour les réformes qu'il projetait, nous trouvons ce dernier article :

18 POUCE IfUNiaPALB

a Examiner encore les moyens de réduire ia trop grande quantité d'argent qui se fabrique en vaisselle et la trop grande quantité de carrosses qui sont dans Paris. »

«U organisation de la police avait été en effet une des pièces principales de son grand projet de ^ réformation générale de la justice;. » Dans le mémoire adressé au roi à ce s^Jet, Colbert écrivait :

a A regard de la police du royaume^ comme x^'esi assurément la plus importante partie de la vie civile, et qui produit plus de biens et d'avantages aux sujets^ il faut aussy preaoïdre garde que tous ceux qui seront nommés pour x)ette matière aient plus de force et é& probité qu'aa-^ euns et leur ordonner de commencer par Paris, qui estant la capitale, du royaume donne facilement le mouvemeni à louies les autres, sd

Origine de la for- Rappclous ou^à cctte époQuc même Colbert

tunedeURey- '^^ ^ ^ ^

"*•• avait déjà distingué la Reynie et l'avait fait en-

trer dans le conseil de justice. Il y fut appelé à donner son avis sur les c matières concernadt la noblesse )> ainsi que sur celles concernant <c la justice, subdivisée en civile, criminelle et police. 1» C'est dans ce conseil que la Reynie

POUCE MUNIGIPÂJ^ 7i

fit connaître à Coll>ert sa véritable valeur, et que celui-ci réeoXut de la^ocier à son œuvre. Il est intéressant <le rapprocher des documents que bjdus venons de ci ter ^ la Déclaration du 26 avril 1672 relative aux maisons bâ^ ties au delà des bornes posées en 1638. Cette déclaration qui renouvelle la défense de construire en ddiiors des limites marquées est

ainsi motivée :

a Louis, etc... Les rois nos prédécesseurs craines étranges

qae fait concc-

ont toujours ccMisidéré nostre bonne ville de Pa- j^|[^ Jj pif»»

ris comme la capitale de leur royaume et le lieu

ordinaire de leur séjour. Ils ont cherché tous

les moyens de la rendre non-seulement la plus

belle, La plus i^chQ et la plus peuplée de la

France, mais ils Toot élevée par leurs grâces

et leurs libéralités Jusqu'à ce qu'elle a surpassé

en toutes choses les plus fameuses villes d«

monde. Ils avoient sagement prévu qu^en cet

estent de candeur où ils revoient portée, elle

devoit craindre le sort des plus puissantes villes

qui ont trouvé en elles-mesmes le principe de

Içur ruine* Et estant difficile que Tordre de la

polioe se distribue dans toutes les parties d^un

si grand corps^ cette raison les auraU; portés de

la réduire, el les faubourgs d*icelle, dans des limites justes et raisonnables... »

Ainsi l'on craignait pour Paris trop étendu le sort des grandes villes antiques, .et Ton tremblait déjà de ne pouvoir administrer cette capitale remuante si elle venait à déborder les enceintes qui Tétouffaient. Cette manière de prendre parti peut paraître au moins singulière;

sans doute la Reynie, qui avait déjà tant d'affaires sur les bras et ne se souciait pas de voir agrandir son domaine, fut pour quelque chose dans cette décision. Toujours est-il qu'on trouvait Paris fort bien tel qu'il était et que cela suffisait. L'œuvre de la Reynie, d'ailleurs, satisfaisait Colbert, et lui-rnéme en faisait le plus bel éloge lorsque, écrivant à M. d'Ormesson, intendant à Lyon, il rengageait, pour organiser la police de Lyon, à prendre modèle sur celle de Paris.

Voici d'ailleurs comment quelque temps après la mort du grand ministre, c'est-à-dire au moment où il était le moins populaire, un nouvel académicien crut devoir louer Colbert :

a Si l'on considère l'ordre admirable de la police dans toutes ses parties; l'air devenu plus pur par la netteté^es rues ; la nuit presque

aussy claire que le jour; la seureté publique dans la ville et à la campagne, au lieu qu'autrefois à peine on estoit en seureté dans sa maison : c'est luy qui, par son application- à exécuter les ordres du Roy, a fait cet heureux changement, que tant d'autres ministres avant luy avoient toujours promis de faire (1). »

EDILITÉ

On vient de voir quel obstacle insurmontable Éduité. l'autorité royale venait d'élever au développement de Paris. Bon gré, mal gré, à dater de 1672, la ville ne sortira pas de ses limites ; les habitants excités à bâtir devront, s'ils le veulent absolument, ou se faire construire des maisons des champs, ou élever leurs nouvelles demeures dans l'intérieur de l'enceinte même. Cette réflexion semble nous révéler la vraie

(1) Eloge de Golbert, prononcé 'à l'Académie française, par Barbier d'Aucour, le 19 novembre.

pensée de Golbert, dont la prédilection pour Paris ne saurait plus être mise en doute. Son souci d'une exacte police n'a pas dû, seul, le pousser à faire adopter par Louis XIV une mesure aussi radicale. Il trouvait évidemment qu'il y avait assez à faire dans l'intérieur de la ville sans qu'on allât songer à l'embellir au dehors. Et nous sommes d'autant plus fondé à croire cette assertion exacte que c'est en 1670 qu'ont commencé les principaux travaux d'édilité et que cette année 1672, en dépit des préoccupations que fait naître la guerre de Hollande, est une des mieux remplies dans l'intérêt de la ville.

Une rapide ^numération des travaux entrepris de 1666 à 1680 nous édifiera sur les intentions de Colbert à cet égard.

u batte des Mou- En 1667, la grossc butte des Moulins ou butte

lins abaissée. ^

Saint-Roch est abaissée ; les fameux moulins , disparaissent et douze rues nouvelles sont ouvertes ; les abords de Saint-Germain-rAuxerrois sont dégagés afin de faciliter l'achèvement du Louvre.

Voles DOBYeiies. On décide le percement de grandes avenues

qui doivent réunir les Taileries à Ghaillot et le

Roule au Gours-la-Reine. Défense est faite de labourer et d'ensemencer dans les terrains qu'enclavent les nouvelles voies.

Pendant les années 1668, 1669 et 1670, on pmnuiion et plante les Tuileries, on ordonne de combler <»'»«'»*n»»««"^«n« sous les Gobelins un bras de la Bièvre, dont les exhalaisons sont malsaines; on projette la création d'un canal entre Saint-Maur et la porte Saint-Antoine pour amener les eaux de la rivière d'Ourcq.

Les arrêts relatifs aux travaux d'utilité publique à partir de juin d670 sont nombreux. Ils ont pour objet :

La construction du rempart de la porte Saint- Antoine à la porte Saint-Martin ;

La plantation des Champs-Elysées (juin 1670);

La construction d'un hôtel des Mousquetaires à la place du Marché- aux- Chevaux, des remparts et des fossés voisins ; celle des portes Saint- Antoine et Saint-Denis ; l'acquisition par la ville de trois pouces d'eau de la rivière de Rungis (aquQduc d'Arcueil) pour alimenter trois fon- Lesfonuines taines à créer; l'acquisition par la ville de l'île

Louviers (1) pour la constraction d'un pont; Télargissement des rues de la Verrerie et des

Arcis (1671) ;

i^rocs. L'ouverture d'une rue entre la rue Saint-

Denis et la rue Saint-Martin par l'hôtel Saint- ' Chaumont; le pavement de la rue Jean-Beausire; réiargissement des rues des Noyers, Galande, de la Vieille-Draperie, des Mathurins ; l'ouverture d'une place devant les Cordeliers ; le bornage des faubourgs (1672) ;

La construction du Quai neuf à l'extrémité du pont Notre-Dame ; l'ouverture de la rue des Tournelles ; Télablissement d'un nouvel abreuvoir; le pavement des ports de Grève; la^con- - struction sur la rive gauche de la Seine du rempart entre la porte Saint-Bernard et la porte Saint- Victor; la suppression de la porte Dauphine (1673) ;

L'élargissement du carrefour de la rue de la Tisseranderie, des rues du Ponceau et des Mathurins (1674) ;

Le dégagement des abords du pont Saint- Michel (1675) ;

(1) L'île Louviers n'existe plus. Le bras de la Seine qui la séparait de la terre ferme a été comblé il y a peu d'années «

L'élargissement des rues du Martroi, du Pont-anx-Tripes ; le pavement des rues de la Roquette, de Lafosse, Basfroi et Popincourt ; la mise à l'élude du canal de Saint-Maur à la porte Saint-Antoine (1676) ;

L'élargissement de la rue Bar-du-Bec et de la ruelle de la rue de la Tisseranderie au Cloître Saint-Jacques (1677);

L'ordre aux propriétaires des maisons à re- '^^^f'angnemenu^*^ trancher ou reculer dans Paris de faire travailler d'office aux. murs mitoyens des voisins qui s'y refuseraient après sommation; l'élargissement des rues Saint-Séverin , des Arcis, Saint- Roclr(1678);

La suppression de l'égout de la rue Neuvedes-Petits-champs ; le détournement de celui au delà du. Calvaire ; l/alignemént de l'avenue dd Château de Vincennes; l'élargissement des rues Aubry-le-Boucher, Saint-Honoré, Saint- Victor, Saint-Nicolas-du-Ghardonnet, Hautefeuille, de la Gordèrie du Heurpoix (1679).

Nous omettons à dessein, bien entendu, tous les autres travaux d'éclilité dont nous avons eu occasion de parler. dans le tableau de Paris que présente le chapitre précédent.

On en sait assez pour embrasser l'ensemble du Paris de Colbert : des palais, des arcs de triomphe, des boulevards, des promenades, des quartiers nouveaux, des ports, deux lignes de quais, des égouts, des fontaines; tout ce qui donne la beauté, tout ce qui assure la santé publique : le grand ministre n'a rien oublié.

LanMf da bâti< ment.

Il importe d'ajouter que ce qu'il ne pouvait faire par lui-même, il tenta de le faire exécuter par les autres; qu'il communiqua à tous son « amour du bâtiment » et que nobles et bourgeois rivalisèrent dans cette carrière, funeste pour quelques-uns d'entre eux, mais utile à la plupart, fructueuse pour le peuple, honorable pour le Roi et son ministre, glorieuse pour la nation.

Plan général de Paris.

Colbert d'ailleurs appréciait bien la valeur des travaux entrepris par son ordre ou sous ses auspices; il ne voulait pas que le souvenir s'en effaçât ; aussi fij-il ordonner par un édit daté du mois de juillet 1676 qu'un nouveau plan général de la ville de Paris serait dressé avec soin par les hommes les plus autorisés et les plus habiles.

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