CHAPITRE III
LA SOCIÉTÉ ET LA VIE AU XVI l« SIÈCLE
I 1". — La noblesse sous Louis XIV. — Mœurs de la noblesse.
— Les grandes dames.— Colbert et mademoiselle de la Vallière.
— Colbert et madame de Montespan. — Madame de Montespan chez madame Colbert. — Le roi purifie tout. — Les petites dames. — Une aventurière. = J IL — Les mœurs de la bourgeoisie. — Le type de la bourgeoisie au xvii«, siècle. — Comment parvenait un bourgeois. — François Quentin, barbier. — François Quentin anobli. — Jean Quentin, perruquier.— La question des perruques. — Le barbier-marquis. — Les armoiries du barbier parvenu. = | III. — La vie au xvii» siècle. — Les annonces et réclames du temps. — Les moyen de locomotion dans le Paris de Colbert. — Les carrosses dorés. — Les carrosses de remise. — Les calèches « à Theure. » — Leurs stations. — Les chaises à porteurs, chaises roulantes et soufflets.
— Les tapissières. — L'omnibus de Pascal et la diligence de Leibnite. — Les messageries.— Les bateaux. = g IV. — L'alimentation de Paris. — Le repas des hommes de condition. — Les dîners fins. — Le repas des gens aisés. — Le repas des petites gens. — Les cabarets à la mode. — Le café. — Les melons. = § V. — Le costume au xvii« siècle. — Les tailleurs pour femmes. — Les tailleurs à la mode. — Costume de bourgeois.
— La chaussure : les cordonniers en. vogue. — Les souliers fins. — Les souliers de fatigue. — Le père de J.-B. Rousseau et le père de Voltaire. — La coiffure : les barbiers. — Les coîrreurs. — Los bains. — Les artifices de la toilette, — Les ïhouches. — Les cosmétiques. — Colbert et les parfums. = { VI. -^ La' médecine. — Le médecin de madame de Sévigné.
— L*eau de la reine de Hongrie. — Les bains de Vendange de la duchesse de Pecquigny . — Les célébrités médicales du temps
— Le type du médecin au xvii« siècle. — M. de Blegny à Popincourt. — Une maison de sanlé. — Les panacées eUles grands remèdes. — Ce qu'il en coûtait pour guérir ou mourir. — La pharmacie du temps. — La spécialité pharmaceutique. — L'orviétan et la thériaque. — L'HOtel-Dieu et riiOpital général. — Les plaisirs du pauvre. — Les places dans les théâtres.
u noblesse soas La Hoblesse intrigante, turbulente et souvent
Louis XIV.
révoltée sous Mazarin, était soumise. Les plus indomptés des grands , Condé lui-même, s*étaient faits courtisans. Il ne s'agissait plus de s'emparer du pouvoir et des honneurs les armes à la main ; mais d'obtenir des grades et des faveurs, sinon par des services, du moins à force de flatterie, de complaisance et servilité. A Richelieu il avait fallu du fer pour dompter la noblesse ; à Louis XIY, il ne fallut que de l'or pour Tasservir.
Le grand roi cependant, suivant en cela les traditions de ses ancêtres, préférait employer les hommes de moyenne condition : les premières charges de la magistrature et de Tadministration furent occupées par des bourgeois; toute l'influence poUtique fut aux mains de ceux-ci.
Ainsi, une noblesse limitée aux emplois militaires et qui se perdait dans la prodigalité et dans le luxe , une bourgeoisie active , ambitieuse, qui, enrichie déjà dans les offices, gran- ; dissait encore dans Findustrie et le commerce. Enfin, les dernières classes de la nation, méprisées, souvent écrasées, et presque toujours dé* laissées : tel était le tableau de la société dès les premières années du règne effectif de Louis XIV.
Après la mort de Mazarin, il s'était produit un3 véritable explosion de luxe que rieîi ne put enrayer.
Les règlements somptuaires, nous Tavons Mœurs de la no- VU, ne produisirent pas grand effet ; le droit de porter des habits ornés de galons d'or et d'argent fut le prix de la faveur royale et s'octroya par brevets. La noblesse, excitée d'ailleurs par l'exemple du Roi, se ruina en fêtes, en costumes, en carrosses; ruinée, elle fit des dettes, rarement payées, il est vrai; le jeu devint un véritable fléau; les mœurs s'en ressentirent profondément ; la « filouterie », et la plus vile, se glissa jusque dans les plus grandes familles. Une licence sans frein se déchaîna, et ni les
rigueurs de l'étiquette a outrance, ni la majesté plus extérieure que réelle de la cour, ne suffirent à sauver au moins les apparences. La vérité est que la galanterie la moins avouable se dissimulait à peine en présence du Roi.
Les plus considérables n'étaient point, dans
cette contagion, les plus épargnés .:
« Us ne mouraient pas tous, mais tous étalent frappés, »
Que dire des Nevers, des Lauzun, de tant d'autres aussi bien ou même mieux nés? Que dire des fils même de Golbert? De Seignelay, de d'Ormoy, affolés de cette fièvre de plaisir?
Les grandes da- Que dire aussi des femmes? Et ici, il faudrait
commencer la série par les favorites du maître. Nous n'en parlerions pas, si, de ces larges taches qui souillèrent la splendeur du grand siècle, quelques éclaboussures n'avaient point jailli jusqu'à la face du rigide et austère ministre. Golbert lui-même fut sinon atteint, tout au moins effleuré par la honte du temps. Plus profonde est liptre admiration pour lui, plus complète aussi doit être notre impartialité; il nous faut bien reconnaître que la grande figure du réformateur de la justice pâlit quelque peu en
mes.
présence des faits que des documents authentiques nous révèlent.
Il est certain que Golbert, secondé par sa coiben et mademoiselle de La
femme, Favorisa à deux reprises la délivrance de vaiuère. mademoiselle de La Vallière. Eri 1663, celle-ci mit au monde, secrètement, à Thôtel Brion, près du Palais-Royal, un premier enfant; les gens qui en cette occasion assistèrent mademoiselle de La Vallière lui furent donnés par la femme du contrôleur général ; il en fut de même en 1665, dans une circonstance identique. Enfin, Colbert dut s'entremettre; sur la prière du Roi, pour ramener auprès de son amant la favorite réfugiée à Ghaillot.
Mademoiselle de la Vallière, quelles qu'aient été ses fautes, à trouvé grâce devant l'histoire, et la sœur Louise de la Miséricorde a tout fait pardonner à la maîtresse du Roi. Mais on ne saurait excuser l'inlerventiôu de Colbert en de. telles affaires, et si ces complaisances s'expliquent, rien ne les justifie. On doit être ici d'autant plus sévère pour le confident du Roi que plusieurs années auparavant le confident de Mazafrin avait accepté de son protecteur une mission no» moins étrange. Il s'était alors chargé
92 »LA SOCIÉTÉ ET lA VIE AU XA^II* SIÈCLE
de faire surveiller madame de Pomereii , maîtresse du cardinal de Retz (1).
On a de Golbert un rapport autographe, daté du 11 septembre i656, sur les faits et gestes de cette femme pendant cinq jours consécutifs.
^ùï^Moii^pîS^^ Il n'est pas douteux qu'après avoir prêté les
bons offices que Ton sait à mademoiselle de la Vallière. Golbert se montra en. toutes circonstances fort empressé envers madame de Montespan ; des témoignages nombreux le démon- ' trent et Ton sait d'ailleurs que ce fut par l'entremise de madame de Montespan, que se fit le mariage du duc de Mortemart avec la troisième fille de Golbert.
En juin 1674, tandis que Louis XIV était au camp de Dole, M. de Montespan vint à Paris; il avait un procès pour règlements d'intérêts avec sa femme et,' parait-il, la dot de cette dernière était en jeu. Le procès était un bon prétexte pour rester dans la capitale et M. de Montespan savait à n'en point douter que son séjour à Paris ne devait être rien moins qu'agréable au Roi. Golbert qui le savait aussi se hâta d'avertir
(1) Qui n'était cardinal que depuis un an ot ne pouvait rentrer en France,
son maître. L'émotion fut vive certainement, car Louis intima à Golbert Tordre de presser le procès de telle çorte que M. de Montespan ne pût se prévaloir du soin de ses affaires pour rester à Paris.
Golbert obéit avec empressement, et le 47 juin 1674 il put écrire au Roi :
« J'ay vu M. de Fieubet sur le sujet de madame de Montespan, ainsy que Votre Majesté me Ta ordonné par son billet du 13 de ce mois, que j'ay reçu ce' matin.
a II m'a assuré que M. de Montespan avoit donné les mains à tout, que la procédure estoit desjà fort avancée et qu'elle était en estât de ne recevoir aucune difficulté. »
Un an après, en juin 1675, Louis XIV est au camp de Calais ; il écrit à Golbert :
a Madame de Montespan m'a mandé que vous vous acquittez fort bien de ce que je vous ay ordonné, et que vous luy demandez toujours si elle veut quelque chose. Continuez à le faire ' toujours,
c( Elle me mande aussy qu'elle a esté à Madame de Mon ^
tespan cbezma- SceaUX (d), OÙ elle a passé agréablement la soi- «^•®® coi^en.
(1) Chez Colbopt.
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rée; je luy ay conseillé d'aller un jour à Dampierre et je Tay assurée que madame de Ghevreuse el madame Colbért l'y recevroient de bon cœur. Je seray très-ayse qu'elle s*amuse à quelques choses, et celles-là sont très-propres à la divertir et conformes à ce que je désire ; je suis bien ayse de vous le faire sçavoir, afin que Vous apportiez les facilités en ce qui dépendra de vous à ce qui la pourra amuser (i). ».
Assurément, tout cela n'est pas bi^n édifiant, et l'on ne reconnaît guère à ces traits le père rigoureux qui interdisait à son fils « les amourettes et les autres fautes qui flétrissent un homme pour la vie. »
Tout ce que l'on peut dire à la décharge de Colbert, c'est que la morale singulièrement élastique du temps passait facilement condamnation sur ces complaisances.
uRoipurifieiont. Napoléou P' fait observer dans un chapitre
de son Mémorial que les femmes de sa no-
(1) Madame Colbert elle-même paraît avoir été au mieux avec madame de Montespan. Un certain Louis Petit, attaché aux travaux de Versailles, écrit en ces termes à Colbert, 6 décembre 1673 .
« Madame de Montespan m'a, ce matin, chargé de dire à Monseigneur qu'elle souhaitoit fort d'avoir de l'eau dans ses nouveHes cuisines, et mcsme en a depuis parlé à madame Colbert pour lo dire à Monseigneur. »
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blesse nouvelle ne se prêtaient pas .volontiers envers rimpér'atrice aux offices qui sentaient leur domesticité, tandis que les femmes d'une race ancienne et illustre les remplissaient non-seulement sans répugnance mais encore avec empressement. L'observation de l'Empereur, fort exacte assurément, marque bien qu'à la cour des rois là pratique constante s'était formulée en principe : la qualité du souverain ennoblissait toutes les actions faites pour lui complaire : se rendre coupable pour le Roi, c'était seulement bien servir.
Telle est sans doute Tunique justification de Golbert. Il convient d'ajouter cependant que là se bornent les reproches auxquels ses mœurs privées ont. pu donner lieu, et qu'on n'a à relever contre lui que deux ou trois insinuations banales qui n'ont aucun fondement sérieux.
Sur ce chapitre de la morale de cour, nous aurions beaucoup à dire. Nous n'avons parlé que dés amours royales. Combien d'autres aventures nous offrirait la vie des plus hautes princesses du temps : que d'anecdotes galantes, que de secrets mille fois contés il nous faudrait répéter une mille et unième fois. Mais descendons un peu.
Les petites da- Voici Une jeune fille de quatorze ans, riche
meÂ. une aven- .
turiére. héritière, orpheline, d'une noble famille de Lor-
raine, Sidonia de Lenoncoiirt. A cet âge si tendre, un ordre de Louis XIV la tire d'un couvent d'Orléans, afin de la marier à Maulevrier,undes frères de Colbert. Malheureusement ou heureusement pour Maulevrier il se trouve que cette enfant, qui ne Taime point et ne se soucie point de l'épouser, recèle plus de ruse en sa petite cervelle que n'en ont déployé les plus habiles frondeuses. Elle a fait tant et si bien qu'eHe défait le projet de mariage sans doute préparé par le ministre du roi. Elle préfère à ce Maulevrier un rieveu du maréchal de Villeroy, le marquis de Courcelles, parce que celui-ci s'engage à ne jamais la mener à la campagne, à ne jamais l'éloigner de la cour ; c'était la fiancée qui avait posé elle-même cette condition sine quâ non. Dès le lendemain de la cérémonie, elle savait déjà qu'elle ne pouvait aimer son mari; huit jours après elle le détestait. « Je crus, dit-elle, qu'ily alloit de ma gloire de ne point paraître entêtée d'un homme que personne n'estimoit, et je donnai un si libre cours à mon aversion pour lui, qu'en un mois toute la France en fut informée. Je ne savois
LAl société, et IA vie au XVII» SIÈCLE 97
pas encore que haïr son mari et pbuvoir'eh aimerun autre n'est presque que la même chose. Dans cette erreur, beaucoup de gens prirent la peine.de me le dire. »
De telles .dispositions pouvaient faire présagèr l'avenir. Mal vue des Golbert qu'elle avait dédaignés, elle eut pu trouver une compensation dans la faveur de Louvois. Elle s'en fit remarquer; mais quelques jours encore suffirent pour la faire revenir du désir de lui plaire. Elle se prit alors à aimer le marquis do Villeroy; puis, d'aventurés en aventures, de vicissitudes en vicissitudes, s'exila, noua diverses intrigues, partout séduisante, infidèle à tous, et finit enfin assez tristement, à l'âge de trente-quatre ariç. Selon le mot heureux de Sainte-Beuve, à qui elle fournit le modèle d'un de ses plus charmants portraits, elle fut la Manon Lescaut du XV a* siècle.
Gomme ou va vite sur cette pente -glissante de la galanterie et de la démoralisation au xvii* siècle! Nous voici déjà un peu^phis bas que cette spirituelle mais trop légère madame
d'Aulnoy dont nous avons parlé. Descendons,
descendons encore, et nous toucherons au crime : nous rencontrerons la fille de Dreux
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d'Aubray le lieutenant civil, la sarobre marquise de BrinvilUers .
Résumons-nous : sous Louis XIV la noblesse eut de la grandeur^ de la splendeur surtout, du courage toujours^ du patriotisme dans les dernières épreuves ; mais elle n'eut jii morale, ni dignité, ni probité : elle n'eut point .même, du moins le plus souvent, celte délicatesse qui est à la vertu ce que la politesse est à la vraie affection. Elle eut cependant le charme, et à un tel point, que l'esprit et les grà es des hommes de ce temps nous aveuglent sur leurs actions. Il faut beaucoup leur pardonner peut-être, il faut beaucoup oublier aussi; mais non pas au point d'être injuste pour ceux qui n'ayant ni les mêmes vices, ni les mêmes encouragements à. rester dans lebien, y restèrent cependant, et jformèr^nt en fin de compte, le noyau de catte nouvelle France, qui, parmi tant de folies, déploya tant d'amour du bien public et de la patrie, ;
Les mœurs de la La bourgcoisie du xvn* siècle échappe-t-elle
bourprcoisic,
à tous les reproches^ auxquels la noblesse, du
temps s^est exposée? On a dit qu'elle en avait tous les vices sans en avoir les qualités. Disons qu'elle en eut quelques vices, toutes les qualités, et qu'elle y ajouta les siennes propres. Sans doute elle donna au siècle sa foule de traitants ^hontes, de concussionnaires, de prévaricateurs. Mais de même que servir le Roi en ses amours tf était point faire métier d'entremetteur, de même voler le Roi n'était point voler. Et la morale, à ce point de vue, ne s'est pas beaucoup modifiée ; en plein xix* siècle, constatons-le avec tristesse, c'est une conviction presque générale que tromper l'Etat, lui soustraire ce qui lui est légitimement dû, est une action sans conséquence et qui ne porte aucune atteinte à l'honorabilité. Sans doute, la bourgeoisie de la Fronde «t de Mazarin nous donne Fouquet et sa meute de concussionnaires, mais elle nous donne aussi toute une génération d'hommes dévoués, purs autant qu'on pouvait l'être en ce temps, probes, désintéressés^ et dont plusieurs n'ont pas même été effleurés par le soupçon.
Çolbert certainement représente complètement ce que fut cette bourgeoisie du grancj siècle; mais s'il nous était permis de nous proiK)nc©r en ôette grave question, le vrai type en
^^loirieoJe aa serait 06 terrible Pus>ort, l'oncle de Colbert, ce xviic siècle, «féroce », ce tf fagot d'épines » toujours à la têle des plus grandeg affaires du royaume ; ce conseiller bourru, dur, rigide, implacable, amoureux de ses chargés, les exerçant avec autant de conviction que de brutalité, au demeurant le meilleur homme du monde.
Nous avons vu comment Golbert, Pussort et les leurs sont parvenus. Il n'est pas sans intérêt de savoir comment un humble bourgeois, dépourvu de tous les mérites et de toutes les qualités qui font les hommes d'Etat, pouvait arriver. Nous en prendrons un presque au hasard.,
^^Mrïn K- Celui que nous choisissons s'appelait^ tout SMÎtir^bSîî d'abord, François Quentin.
hier. ^
François Quentin n était que simple barbierétuviste, lorsqu'il eut, paraît-il, occasion de rendre au Roi, alors dans toute la force de la jeunesse, un de ces services qu'un homme de plaisir n'oublie jainais. Un jour Louis, fatigué, épuisé, se remit entre les mains de François Quentin qui rendit à ses muscles leur force et leur souplesse.
Louis sut reconnaître et au delà ce que valaient de si bons offices. Bientôt François Quea-
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tin, revêtu d'une charge de barbier valet de
chambre du Roi (2:2 décembre 1670), fut attaché
à sa personne, et après Tachât d'un petit fief
put se faire appeler : M. Quentin de la Vienne.
Sa charge de valet de -chambre lui donnait le
titre d'écuyer. On ne le nomma plus Quentin, il f- û»*»"» •»«-
est vrai ; mais, quoi qu'il fît, sa noblesse de
fraîche date et de singulière origine n'entra
pas tout de suite dans le respect du monde, et •
Ton se contenta de l'appeler « La Vienne » tout
court.
Il y avait huit charges de barbiers valets de chambre du Roi. Quentin, ou La Vienne, qui n'en avait qu'une, fit des économies et, au fur et à mesure que son épargne s'accrut, acheta trois autres de ces charges (1676). Il se trouva alors si bien pourvu qu'il put, chaque jour de chaque quartier, approcher le Roi. Celui-ci lui accorda une confiance presque égale à celle qu'autrefois Louis XI avait témoignée à Olivier le Daimi.
Le crédit de François Quentin de La Vienne grandit encore le jour où il put dire que les perruques qu'il peignait sur la tète de son maître étaient d'une façon nouvelle et tout à fait distinguée.
Jean Quentin, Jeaii Quentin, son frèi*e, avait en effet, in-
perruquier.
venté des perruques perfectionnées ti faites au meslier (1) ». Grâce à Tintervention de François Quentin de la Vienne, il obtint du Roi ud privilège qui l'autorisait à faire et débiter seul de ces fameuses perruques.
La quesiioir des Ce privilège soulcva une très-sérieuse et
très-longue querelle. La corporation des barbiers-perruquiers-étuvistes protesta, ses jurés s'opposèrent à l'enregistrement du privilège. Le Parlement troublé hésite et temporise. La Vienne intervient sans doute auprès du Roi, à cette heure favorable où les barbiers sont écoutés ; Louis en parle à Golbert, puis Golbert à Seignelay, et celui-ci invite M. de Harlay à faire a enregistrer ledit privilège sans s'arrêter à ladite opposition. » Nonobstant cette mise en demeure, le Parlement ne croit pas devoir se prononcer aussi légèrement sur une question de cette importance et l'affaire traîne- un an. Nouvel ordre de Golbert, nouvelle lettre de Seignelay : enfin on enregistre. Les deux cents barbiers-perruquiers-étuvistes, dont la corporation avait été réorganisée en 1674, et qui
(1) C'était la coiffe seule qui se faisait au métier.
LA SOCIÉTÉ ET LA' VIE AU XVIP SIÈCLE iOS
avaient payé fort cher leur droit exclusif 'd'exercer, n'euœnt qu'à s'incliner; mais craignant pour leurs perruques moins perfectionnées une concurrence désastreuse, ils se montrèrent disposés à traiter du privilège de Jean Quentin. Un contrat fut dressé. La discorde régnait dans le camp des barbiers et vingt-quatre d'entre eux s'^opposèrent à la conclusion du marché. La Vienne parla sans doute de nouveau au Roi, et celte fois, ce fut Golbert en personne qui, écrivant au procureur général du Parlement, l'invita à faire enregistrer l'acte en dépit des vingltjuatre récalcitrants (1). Les Quentins furent contents.
Jean Quentin poussé par François fît fortune ; il avait, lui aussi, une des charges de barbier' valet de chambre et une autre de porte-manteau du Roi, il se défît de ces honorables emplois et devint seigneur haut justicier de Villiers-sur- Orge, avec divers privilèges tous très-flatteurs ; l'un de ses fils fut plus tard baron de Ghamplost.
François Quentin, plus riche et mieux en cour, alla plus loin que le frère qu'il protégeait.
(1) Bibl. nat, Ms Saint-Germain Harlay, n» '867-4, p. 127.
Il était, dit Saint-Simon, « gros, noir, frais, de bonne mine, gardoit encore la moustache comme le vieux Villars, mais rustre et très-volontiers brutal, pair et compagnon avec tout le monde, • parce qu'il n'en savoit pas davantage, car il n'étoit point glorieux et n'avoit d'impertinent que récorce. Il étoit honnête homme, ni méchant ni malfaisant, bonhomme et serviable. »
Ceci est un éloge à la Saint-Simon qui ne pardonne pas sans doute à ce rustre serviable de Vavoir approché et peut-être de l'avoir a servi », car de qui Saint-Simon ne se seraitil pas servi?
Le barbier mar- Toujours cst-U quc lorsqu'il mourut, François ^"'^ Quentin n'était plus seulement « S^ de La Vienne » ; il est dans son acte mortuaire, qualifié « c/iev^a7/er, MARQUIS de Ghampcenelz, conseiller du Roy en ses conseils et premier valet de chambre de Sa Majesté. »
Son fils fut marquis de Ghampcenétz et ses deux filles étaient, l'une comtesse de DenouviÛe, l'autre marquise de Deuteville.
François Quentin de la Vienne de Ghampcenétz avait eu, bien entendu, le soin de se faire
dcAiner des armoiries aussi belles que possible. Les amoiries da
barbier parvenn.
Il portait c( d'azur à trois pommes de pin d or, deux en chef, une en pointe, accolé d*azur, à la licorne adextrée d'argent, accompagné de^eux inacles d'argent en chef et d'un melon en pointe du même métal. » Ce diable de melon gâte tout ! s'écrie finement un érudit (1) auquel nous avons emprunté les principales lignes de ce portrait. Ce melon est de trop sans doute, mais enfin, on le voit, rien n'a manqué au bonheur du barbier-marquis .
C'est ainsi que les familles s'élèvent. Étonnezvous après cela des sarcasmes de Molière sur les marquis, sur Arnolphe qui s'est fait appeler de la Souche, et sur ce Gros-Pierre
a Qui n'ayant pour tout bien qu'un seul quartier de terre, *
a Y fit tout alentour faire un fossé bourbeux
c< Et de monsieur de i'isie en prit le nom pompeux. »
Eu somme, laissant en dehors les gens de finances promptement corrompus, ce que la bourgeoisie parvenue apportait à la cour, c'était sa brusquerie , sa franchise et son honnêteté. Elle y apportait bien aussi, comme dit Saint-
(1) M. ' Jal. DIclioDDaire critique de biographie el d'IiistoirOt p. 1014.
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Simon, quelque impertinence, mais -seulement parce qu'elle était vaniteuse et... a qu'elle n'en savoit pas plus long. »
Quant au luxe, les bourgeois illustres le connurent, et le plus raffiné ; ils se formèrent le goût à l'exemple de ce Golbert qui fut leur vrai maître en toutes choses ; qu'il nous suffise de rappeler ce qu'étaient en 1684 les hôtels des Lambert , des Bretoavillier5> de Jabach , djes Titon et de tant d'autres qui rivalisaient de splendeur avec les plus grands princes.
Quant à la petite bourgeoisie, elle prenait leçon de ses chefs : travaillait, tâchait de s'enrichir dans le commerce et l'industa-ie, puis achetait de petites charges et de petites terres pour que ses fils pussent sortir de sa condition.
•Plus bas dans l'échelle sociale, c'est la misère, même avec le travail, et de plus c'est l'impossibihlé de s'élever. Les corporations sont fermées à l'ouvrier habile qui ne peut devenir maître. L'émancipation de la classe laborieuse n'est pas même soupçonnée. Il ' n'y a que des manœuvres et des gagne-deniers.
Telle est la société en général et particulièrement la société parisienne au xvii® siècle, à la mort de Colbert.
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Gomment cette société vivait-elle, subsistait- La >ic aa xvne
' siècle.
elle dans ce Paris ci plein d'or et de misère » , quel était son train quotidien, son ordinaire enfin ? Il semble que ce soit une question à laquelle il soit facile de répondre. Les mémoires du temps sont nombreux et à défaut de mé-
moires on a les gazettes : le Mercure, la Ga- Défaut de documents.
zetle de Leyde. Les mémoires abondent en détails précieux.; les gazettes, sont prolixes. 11 suffit, d'y puiser, croit-on. La vérité est que ni mémoires, ni gazettes, ne nous domient même un seul et unique élément qui nous permette d'apprécier ce qu& pouvait être la vie matérielle du temps. On a bien les comptes de la maison du Roi, mais quoi! ce sont descomptes royaux, pour une maison, une vie royale, et ce n'est point là 'l'existence de tout le monde.
Ce qu'il faudrait avoir, ce sont les comptes journaliers de chacun : du noble, du bourgeois riche, de l'artisan aisé, du pauvre. Que ne payerait-on pas le livre de dépenses de madame de
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Sévigné, qui fut une femme presque toute d'intérieur, ou celuide madame Golbert, cette bourgeoise parvenue, si vaillante que le grand ministre l'appelait a son lieutenant »? Qui ne voudrait lire, et cela dans le seul intérêt de l'histoire, le carnet de la baronne d'Aulnoy, cette spirituelle déclassée, celui de « mademoiselle Quentin », la femme de ce marquis de Ghampcenetz dont nous parlions tout à Theure? Qui ne voudrait savoir ce que dépensait la . femme de Molière, et cette « Ghampmeslé » que Racine aima tant? Et, sans de si hautes curiosités, que de révélations ne contiendraient pas les menus registres des plus minces boutiquiers du temps? Ces minuties sont d'un tel prix pour l'historien ,que lorsque nous rencontrons dans quelque ancien ouvrage un de ces détails que l'auteur a donné par hasard et sans s'en soucier, le prix du blé, par exemple, c'est une . merveille que nous accueillons avec joie et que nous saluons avec empressement.
Ainsi les mémoires se taisent sur les choses de la vie quotidienne et les gazettes sont muettes , Comment suppléera ce silence? Il faut pour cela descendre dansées bas-fonds de la librairie du temps : s'adresser aux almanachs, aux « Bot-
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tin » de l'époque, à ces livres où Tannonceet la '^^/^çJUJJJ^^I^ "^^ réclame payées florissaienl tout comme à noire **"''• époque.
Ce voyage n'a rien de relevé, mais - il n*cn est pas moins agréable et piquant, tout rempli de surprises et d'enseignements. Au point de vue historique il offre, outrB le pittoresque, un intérêt considérable : nous aurons occasion de contrôler en route cette vérité, déjà acqutee et démontrée que la valeur relative de l'argent ' \ était à celte époque cinq fois plus forte qu'aujourd'hui; c'est-à-dire que, dans le Paris tel que l'avait laissé Golbert, on avait pour Une somme déterminée cinq fois plus des choses nécessaires à la vie qu'on n'en aurait aujourd'hui.
Il faut bien entendre qu'il ne s'agit pas ici des choses de luxe^ dont le prix varie suivant la mode et l'engouement.; il semble même que le prix de ces objets et de tout ce qui constitue le superflu se soit élevé dans une proportion moindre que celui des choses indispensables.
Nous avons vu qu'une des préoccupations de Les moyens de Golbert avait été de diminuer le nombre de car- le Paris dJ-coî-
bert.
rosses dans Paris. Mais par carrosses, il entendait ces voitures luxueuses, couvertes d'or,
ilO lA SOCIÉTÉ ET LA. VIE AU XVII* SIÈCLE
que le riche bourgeois anobli par Tachât d'un petit fief se hâtait d'offrir à « mademoiselle » son épouse (1). Golbert ne visait que le luxe, et rembarras de la circulation dans Paris ne parait pas l'avoir jamais inquiété, puisqu'il favorisa l'établissement de diverses stations de voitures à l'usage de tous dans l'intérieur de la ville.
Les carrosses dfl- Lcs carrosses dorés, on le sait, n'étaient
permis qu'aux princes, ambassadeurs et grands seigneurs étrangers. Ces hauts personnages en trouvaient, lorsqu'ils n'avaient pu se faire suivre de leur train, chez un certain Ghampot, rue de Seine; chez Ferrât, rue des Boucheries; chez d'Alençon et la veuve Ghavanon,rue Mazarine: ces braves gens en avaient, parait-il, d£ superbes-
Les carrosses de' Gcux Qui u' avaient point. le droit ou qui n'é-
Remues,
prouvaient pas le besoin d'avoir des dorures à leur carrosse, trouvaient des carrosses « de remise » ( le mot est de Tépoque et nous l'avons gardé ) qui se louaient au jour ou au mois. Il
(1) Les femmes de bourgedis s'appelaient, quoique bien légitimement marriëes : « madentoiselle. »
y en avait ce poiir toutes les fortunes » et oh les trouvait rue des Vieux-Auguslins, rue Neuve-des-Petits-Camps, rueGît-le-Cœur, rue des Grands'-Augustins, rue Mazarine, rue de Bussy. II est bon de v noter qu*on ne louait qu'à Fheure ou au jour et qu'il n'est nulle part question de «la course». Sans doute on traitait, pour les petits parcours, de gré à gré, avec ' l'entrepreneur ou le cocher.
Pour ce l'heure » nous savons exactement le Les caiè.îhes « à
Iheure »» leurs
prix de la location. En tout temps, à tout in- '*^^*'^** slant du jour^ on trouvait des « calèches attelées » sur le quai des Augustins, place du Pa- ' lais-Royal, à la Croix du Tiroûer ( ou du .Trahoir)„ rue de la Ferronnerie, rue Mazarine errue Saint-i^ntoine. (devant les Jésuites ) (1).
Ce qu'étaient ces « calèches attelées »^.nous l'ignorons, mais nous le soupçonnons facilement : de m calèches y> elles ne devaient avoir que le nom. Toujours est-il qu'elles coûtaient vingt sols par. heure : oe serait environ la valeur de cinq fi^ncs d'aujourd'hui.
Pour les moindre trajets, pour les menues visites qu'on! ne devait point faire à pied, on
^i) Oîl tsft aujourd'hui le Lycée Gharlemag4)f .
avait sa chaise et quand on ne Tavait point on en louait une.
Les chaises à por- L^g statlons de voitiïres et celles de chaises
teors, ebaiscs
î^souffletr».*^ étaient aux mêmes lieux (1) ; cependant on trouvait de ces dernières dans divers autres carrefours et places. Celles à deux porteurs coù- • taient un écu par demi-journée. Il y avait aussi des chaises roulantes et à ressort qui étaient traînées par un seul homme. Celles-là ne coûtaient qu'un écu pour toute la journée, ou dix sols à l'heure.
Il y avait encore une autre sorte de chaises, dites <c soufflets » ; mais comment elles étaient faites, c'est ce que nous serions bien embarrassé de dire ; toujours est-il que les unes et les autrjes se fabriquaient au faubourg Saint- Antoine.
Les upissières. Enfin , tous ics dimauches et fêtes et aussi tous
les mercredis et samedis on trouvait, à la porte Saint-Denis, des charrettes couvertes ( ce que nous appelons des tapissières ) qui conduisaient les Parisiens aux villages voisins où ils allaient s'ébattre : Auteuil où demeuraient les poètes ;
(1) Abraham du Pradel, le Livre commode, Paris, 4691, p. 51.
Vanves où Ton faisait de si bon beurre ; • Vincennes où était a le sérail des bêtes »; Meudpn où l'on se souvenait encoredu trop joyeux curé. .
A ce propos, qu'on nous permette de faire remarquer ici combien est grande la force de l'habitude et des traditions ; les moins jeunes d*entre nous ont encore pu connaître ces tapissières et ces a coucous», stationnés à cette
même porte Saint-Denis. (Tétaient ces humbles véhicules qui conduisaient nos pères à Romainville, à Noisy, à Vincennes, à Saint-Denis. Ces modestes entreprises n'ont disparu que depuis trente ans à peine.
Nous serions incomplets, dans celle nomen- L*onmibus dcPas-
cal et la dili-
clature du système de la locomotion parisienne, ^^^ ^^ ^'^^^' si nous ne mentionnions un essai heureux d'omnibus, tenté par Pascal, mais avec un trop petit nombre de places qu'il fallut augmenter. Presque à la même- époque, Leibnitz invente, sans qu'on sache au juste en quoi consistait^ l'invention, des diUgences rapides, faisant, en . moitié moins de temps, le même trajet que les
autres.
Quant aux messageries, dont l'industrie était lcs messagcrif $. encore dans l'enfance, elles occupaient un espace
iU LA SOCIÉTÉ ET LA VIE AU XVIP SIÈCLE
l'elativemenl restreint : on ne voyageait giïère et c'était affaire grave qu'une excursion en province. Oes voitures se trouvaient en quelque sorte ramassées dans le quartier Saint-Honoré^ et, de l'autre côté de l'eau, rue de la Harpe, rue -Contrescarpe (1), rue Mazarine, rue Saint-Andrédés-Arcs, rue Serpente, rue Saint- Victor.
Pour parfaire ce tableau de la circulation dans Paris, il nous faudrait parler de la mule de M. Tomes qui allait « premièrement tout contre l'Arsenal, de l'Arsenal au faubourg Saini- Germain, du faubourg Saint-Germain au fonddu Marais, du fond du Marais à la porte Saint- Honoré, de la porte Saint-Honoré au faubourg Saint- Jacques, du faubourg Saint- Jacques à la porte Richelieu et de la porte Richelieu à la place Royale (2)* » Il y a aussi le cheval de Guenaut, qui fait tout ce chemin et « va encore à Rueil voir un malade », cette fameuse béte qui éclaboussait l'irritable Boileau. Mais l'on ne sortait guère plus monté, à celte époque : il y a lieu de croire que ce n^était pas de fort bon goût, et l'on ne voyait à cheval que les médecins, les soldats et les laquais. On ne lit point
{D Aujourd'hui rue MazaU
(2) L'Amour Médecin, acte H, scène HI.
. LA SOCIÉTÉ ET LA VIE AU XVH» SIÈGI^E ' ii5
^1 effet dans les comécbtas: du. temps qu'auxmn de leurs persomnages ait dû qmitter Téinrier poar entretenir un fâcheux ; mais on a le témoignage d'Acaste (1) sur ûamot» kr rais<»ineiir^
« Qui l'a, ne vous déplaise, ce Une henre au grand soleil, tenu hors de sa chaîée. »
Ain^i le carrosse conËo^r table, rkumble calèche, la dura «c charette couverte » „ la cb^e , . roulante ou non, teJis sonl tes véhicules que Ton ▼oit au temps de Colbert circula dans la viUe, soit pour ksailaixes et les. visites^ â^Lpour les plaisirs.
Il y avait encore, id est bon d'en parler, un Les bateaux. autre moyen de locomotion pour les promenades. « On trouve, dit le a Bottin (2) » de Tépoque, qu'il faut fréquemment consuTter, on trouve en tous temps, aux environs du pont ftoyaT, des batelets couverts qui conduisent où Ton veut à la descente de la rivière. » Faut-il conclure de là quHs ne conduisaient pas où Fon voulait à la montée de cette rivière? Non, assurément ; mais il en coûtait sans doute un peu
(1) Le Misanthrope, acte II, sqjene V.
(S^ iUirehnii <iu Bntdtl, p.. 5f , W&^ 4 -
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plus. On s'en allait en aval, au Point-du-Jour, à Auteuil, à Sèvres ; on s'en allait en amont à Charenton et au delà ; mais en descendant, on s'arrêtait à la Grenouillère, où étaient les chantiers de bois et aussi un certain Lognon , à l'enseigne du Milieu du Monde^ qui était renommé pour ses matelottes.
Ces bateaux et ce traiteur nous font entrer de plain-pied dans une question qui ne fut sans doute pas la moindre de celles qu'eut à résoudre l'habile La Reynie : l'alimentation de Paris, de ce Paris qui se soulève dès qu'il a faim.