‹ Colbert et son tempsChapitre 7 sur 41 · VI · texte numérisé non relu

VI

Pfi^l? gV^ive question deg parfums^^ qui inté- «améueciuc; ressait les pHJsspnts de ce monde, touchait de forjr près ^ Ifi médecine du tefpps. Parmi les • essences ^lor^ recherql^ées pour la toilette, il ei^ é);ait une qui, h FappH^ aidant, était deve^ nue une sorte der panacée universelle; c'était la célèbre « eau rouge de la reine de Hongrie. »

Madame de Sévigné, malade d'un rhuma- i-e médecin de

^ ' madame de Sé-

tisme, »'écrivait-eUe p9s ^ sa fille le % sep- ^''*"*'' temb^e i676 :

(c J'avpis, auprès de moi, mon joli médecin (1) qui pie copsoloit beaucoup ; il ne îrc dit pas une parole qu'en italien; il me cont9, pendant l'opération, millp choses divertissantes. C'est lui qui m'a conseillé de mettre mes mains (Ja^s la vendange, et puis dans une gorge de veau(!), e|, s'il en est encore besoin, de la mpelle do cerf (!!) et de Teau de la reine de Hongrie. »

C'est là, donné par une main exquise entre

1) Un certain Domenico Ainmonîo.

li'eau de ia reine (Je Hongrie.

IJC L.V SOCIETE ET lA VIE AU XVII« SIECLE

toutes, un assez bon échantillon de la médecine au XVII® siècle.

^ Cette eau de la reine de Hongrie était donc considérée comme un antidote presque souverain. Mais les bains de vendange étaient aussi fort à la mode et à ce moment guérissaient encore, du moins si nous en croyons nn trèspiquant billet que nous ne pouvons nous défendre de citer. Il est de la duchesse de Peoquigny et adressé à Golbert :

« Triel (près Poissy), 30 septembre 1660.

i.e.b.i,.» de yen- « P^isque VOUS me l'ordonnez, je vous diraj

iiange chesse •laipny

«lange de la du- . , . . « . . ^ i • i

hesse de Pec quc commc j cstpis a mon quatrième bam de

ma vendange, me portant bien, le cinquième jour, qui fut hier, je me fis apporter ïiia vendange pour y mettre mon bras ; mais je fus bien attrapée, car je me trouvay si extrêmement étourdie qu'il m'arriva tous les accidents qui arrivent aux plus vilains ivrognes.

« Pardonnez-moy la liberté que je prends de vous mander une telle chose. M'estant reposée aujourd'huy, je me porte aussy bien que j'aie jamais fait. Je commence à sentir beaucoup

LA SOCIÉTÉ ET lA VIE AU XVlKvSIÈCLE 187

plus de force à mes jambes, j'espère que quatre

jours que je doiîneray à prendre du marc me donneront la liberté de vous aller assurer moymesme de toutes les extrêmes reconnaissances que j'ay de toutes les bontés que vous avez pour moy. ))

Ainsi, d'après le témoignage de deux des femmes les plus spirituelles du temps, les ordonnances de leurs médecins avaient du bon. Elle était pourtant bien étrange, cette médecine du xvn* siècle. Toutes les plaisanteries de Molière sont pâles auprès de la réalité; déjà les « gorges de veau » et les a moelles de cerf » de madame de Sévigné laissent bien loin derrière elles le a pain trempé dans du vin » et presque aussi les « deux drachmes de matrimonium en pilules » du bon Sganarelle ; et les Tomes, les Desfonandrès, les Macroton sont des portraits flattés. Ce serait laisser une large lacune dans ce tableau de la vie et de la société au temps de Colbert, que de ne point donner au moins un aperçu de cette Faculté qui s'entendait à bien vivre en vous faisant mourir selon les règles; ce sujet rentre pleinement dans notre cadre et nous devons d'autant moins le négliger qu'après avoir appris ce que valaient

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les choses de la vje, il est bon d'apprendre

ce qu'il en coûtait pour la conserver ou

pour la perdre.

Il y aurait beaucoup à dire sur Guenault (1), celui-là même qui éclaboussait Boile^u, dont on connaît d'ailleurs ces deux vers :

« 11 compterait plutôt combien dans un printemps, a Guenault et Vantimolne ont fait mourii» de gens. «

médic^^^ei*' du^ Le malicjeux Guy Patij| (2), Antoine d'Aquin, *^"'P'- . cjUQ ^ussy Rabutjp appelle le petjt D^quii], Marin Qt François de la Qhambre, Antoine Vallot, et Fagon, les célébrités médicales du temps, ont p^ut-être eu aussi bien des erreurs dangereuses à se reprocher.

Nqus pardonnerons à Guy patin, en f^ypfir de son esppjt, à François de la Clian|J3re, parce axjf il fut un botaniste distingjaé, à Fagon, tant atj,aqué, en faveur de Fontenelle qui s'est pprtjQ garant de son mjérite ; nous passerons mén^e à Guenault son vin émétique, qui bien employé rendit plus d'un service, jet nous sef ons (?f}pore incjulgpnts pour Helvétius (3) qui, dès l'âge dç

(1) Premier médecin de la Reine, moi*t en 1067*

(2) Mort en 167^.

(3) Le grand-père de l'auteur de /'^'spriY, ce livre fastidieux dont la valeur philosophique fut tant surfaite.

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viogt ans, poiivait tuer légalement nos pères, mais qui leur apportait ripëcacuanha. L'esprit de recherche qui paraît avoir animé ces illustres praticiens leur fait trouver grâce auprès de la postérité. Mais que dire du commun des docteurs d'alors ? Que dire de ceux qui, .s*intitulant encore médecins spagiriques, ordonnaient, au grand profit des apothicaires, de ces remèdes bizarres dans la cojnposition desquels entraient le fiel de coq, la poudre de vipère, la mousse de crâne humain, Tesprit de tête hiïmaine, le cœur de lièvre, le sangdp dragon, etc.? Et il faut songer que c'Qlait là la pratique prdinairQ.

fie ce^ fedoHlableg méfificips, les réplames ^"ein^'aS" fvlî^ â» terop§ PQus ont révélé un type curieux, dont la ponuaissanpe uqhs édifiera. Ce doe-teur, qui s'appelait M. de Blegny, ocpupait une position as§i^9 élevpe. Bar pe piaUïie du genre on jugpra des dispiples.

M. de Blegpy était médepiîi du Roi, mais non M-^dc^B^gny a pas médecin soignant pa perspune; ses annoppes dig&ieu^ qu'U r^iait s ppur la publication de§ ppuvelles dfippuvertps ». 11 avait fondé à P incourt, ou, comme nous dispps aujourd'hui,

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Popincourt, un jardin médicinal, sorte de concurrence au Jardin des Plantes. Il y faisait cultiver les végétaux dont il composait ses électuaires. Il avait eu l'adresse d'attirer chez lui la Société royale de médecine, qui y tenait ses séances et donnait un certain vernis scientifique à rétablissement. Ce de Blegny avait établi là Une maison, de ^^ ^£f^j ^^^ maisou de sauté où, bien entendu,

on ne séjournait pas pour rien : nous dirons les

prix tout à Theure. Il avait monté un labo-

Les panacées et ratoire pour la préparation des panacées, des

les « grands re- ^ ri. r ' -

rnèdes-. élixirs, de tous les a grands remèdes » de la médecine. Là aussi il avait des baignoires sèches et des étuves vaporeuses de son invention pour le traitement des rhumatisés et des paralytiques. Dieu sait ce qu'il y avait et ce qu'il n'y avait pas dans ce capharnaûm de Pincourt : jusqu'à une maison d'accouchements.

Tout près de sa maison de santé, où n'étaient admises que les personnes atteintes de maladies ordinaires, il en avait une autre pouf lés traitements compliqués, pour ces « grands remèdes » quMl préparait lui-même.

Ses pensionnaires étaient, c'est la réclame qui s'exprime ainsi, agréablement logés, exacte* nijent traités, et libéralement nourris.

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Maintenant voici le tarif : ' cequMuncoûuu

Pour les fièvres, les pleurésies, et en général "««"'• toutes les maladies courantes qui demandent un régime exact, c'est un écu par jour, ou même, avec une nourriture moins libérale srxïs djoute, 4 sols seulement.

Mais si Ton a des affections extraordinaires, si Ton veut les « grands remèdes », ah ! alors, c'est différent ! Pour les grands remèdes, c'est 4 livres par jour. Quant aux hernies, leur guérison^nfaillible, sans appareils ni breuvage, ne coûte pas plus cher et elle se fait au jardin . médicinal même.

Le docteur de Blegny était un homme actif. ^^ pJ^Jj"*®'® ^" On le trouvait à Pincourt avant 9 heures du matin et après 6 heures du soir. Dans l'intervalle on devait, pour le consulter, aller chez son fils, apothicaire du Roi, à l'entrée de la rue Guénégaud, première porte cochère, à droite, à côté du petit hôtel de Gonti, et cela tous les jours

ouvrables. Les dimanches et fêtes même, les

de Blegny ne chômaient pas : l'officine de la rue Guénégaud restait ouverte de 8 heures du matin à midi.

On comprend que le de Bleguy, Tapothicaire,

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devait prospérer: il avait nalurellemeiit pour chalands tous les clients du de Blegny le médecin. Le père ordonnait et préparait les dro-7 gués ; le fils les vendait* Ce qu'étaient ces drogue$^ on le soupçonne, et ici nous entrons dans le

iJi'JrmaîtuUflit'l P^^^^ P^^ pathos du Charlatanisme : le mercui^e

d'or, les grains balsamiques (contre toute pourriture intérieure), la conserve balsamique, V emplâtre philosophique (?)^ l'essence végétale, Teau générale, la crème de perles, le baume apoplectique d'Angleterre, Teau impériale; Puis un remède merveilleux, uii trésor, celui-là: V antidote universel,, efficace (nous citons textuellement) contre « toutes les maladies des pauvres gens et des bestiaux, » Celte assimilation des bêles et des humains affligés détonne tristement dans cette ridicule nomenclature: cruelle égalité qui révèle bien ce qu'il faudra encore de progrès pour que les malheureux, les humbles, les déshérités dece monde soient enfin traités comme des hommes libres.

Ne restons point sur cette mauvaise impression; ajoutons un simple détail qui en révèle plus, sur les médecins et les apothicaires les . mieux posés du temps, que nous n'en saurions dire. De Blegny fils vendait le fameux orviétan

original d'Italie « dont la dispensation lai avoit été communiquée par le signor Hieronimo '^'''^ifr-J^tte. ^^ Cei, dernier héritier du secret. » Ce signor Gei, dernier héritier de Torviétan, confiant sa recelte à rapothicaire, n'est-ce pas un chefd'œuvre ?

S'étonnera-t-on ensuite d'apprendre qu'un autre apothicaire du Roi, le sieur de Rouviêre, , établi près de Saint-Roch, débitait <r une prépara lion. ptfWi^^e (!) et jadiciaire (! !) de la thériaque d'Andromachus avec un applaudissemejil général (1)? » Qu'on vienne maintenant fulminer contre les annonces plus ou moins étranges qui s'étalent à la quatrième page de nos journaux 1

A ce tableau de la médecine et de la pharmacie du xvif siècle, il manque un derniel* trait; il n'est peut-être pas inutile! de dil'e à quel prix on pouvait venir au monde plus ou moins régulièrement dans ce grand chaos parisien. Les dames de province dont le cas était embarrassant, et qui venaient à Paris faire leurâ couches, pouvaient entrer comme pensionnaires, moyennant un écu par jour, chez « la

(1) Abraham du Prudel, ie Lîvvc commode, Uibl. Nal. IG91.

lii LA SOCIETE ET LA. VTE AU Wli^ SIECLE

directrice en chef honoraire et perpétuelle des jurées sages-femmes, qui demeurait, elle aussi, au jardin médical de Pincourt. »

L'Hotei-Diett et II CH coùtait, OU Ic rccounaît, assez cher pour

rHdpitàl géné-

'*i- se faire traiter dans ces cavernes du charlata-

nisme légal. Que restait-il donc au pauvre? . L'Hôtel-Dieu pour les malades ; THôpital général pour les malheureux infirmes. Ainsi parfois, trop souvent hélas ! le spéciale magique de ce grand siècle si éclatant s'assombrit et la vue s'ouvre sur un abîme.

Les plaisirs da Qucls étaient donc les plaisirs de ce. pauvre

si déshérité? Mon Dieu, il n'eu avait guère: les cabarets, les jeux de paume, les parades du Pont-Neuf et de la foire ; c'était là à peu près ses seuls divertissements^ peu faits pour le moraliser. Que pouvait devenir l'ouvrier, et comment pouvait s'augmenter son salaire, quand les corporations n'offraient qu'un travail limité et un asservissement sans issue? Une misère supportable était tout ce que pouvait espérer l'humble journ:alier, « que l'on ruinait en fêtes » et que Golbert s'efforça du moins de soulager en réduisant le nombre des jours

pauvre

chômés. Ce qu'il y avait de plus heureux et de plus insouciant au milieu de ce peuple, c'étaient le laquais et le soldat. Pour ces derniers encore, comme pour le bourgeois, pouvait s'ouvrir la porte des théâtres. Un aperçu du prix des places sur lés grandes scènes du temps suffira à donner une idée du public qui pouvait y pénétrer.

A la Comédie-Française (1) les pteces sur la scène coûtaient 5 livres 10 sols, celles des loges 4 livres, celles de Tamphithéâtre 3 livres, celles des loges hautes 1 livre 10 sols, celles des loges du troisième rang et celles du parterre 15 sols. ;

A rOpéra, ou Académie Royale de musi- ^®fes^{Jéâtrel*"* que (2), les places des premières loges coû- ,taient un louis d'or, celles des secondes loges un demi-louis, celles du second amphithéâtre et du parterre 30 sols. A la porte de ce dernier théâtre on vendait les libretti et les partitions. Les premiers se vendaient 30 sols, lès secondes un louis d'or, reliées en basane, 12 livres 10 sols seulement reliées en veau.

(1) Arch, de la Comédie. Registre des Recettes. Année 1672.

(2) Année 169! .

T. II. Id

Fermons ici cette étude déjà trop longue. D'ailleurs nous avons à peu près embrassé Tensemble de la vie quotidienne au xvii* siècle.. Nous connaissons Paris et ses rues^, son administration et ses habitants : nobles, bourgeois, artisans, pauvres hères ; nous savons comment ils subsistaient, comment ils souffraient: noua avons vu leurs mœurs, leurs costumes, leur luxe, leurs plaisirs, leurs besoins, leurs dépenses. Tout cela n'a sans doute pas Tinlérêt des grands faits historiques, mais nous croyons qu'un tel examen permet d'apercevoir plus clairement et sous son vrai jour une époque dont les splendeurs des premières années et les profondes tristesses de la fin nous éblouissent également.

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