SA VIE INTIME
g 1er. — Les Colberl et la sociétÀ au xvn« siècle. — Fortune de Colbert avant i06i. — Golbert, seigneur et propriétaire. — Le domaine de Seigneiay. — Les droits seigneuriaux de Gotbert. —
— Fourches patibulaires et bastonnade^ — Golbert et ses vassaux.— Colbert établit des manufactures sur ses propre terres.— Colbert fournit des fonds a ses habitants. — Bouté de Colbert pour ses gens. — La terre de Seignelay sous le ministère de Colbert. — Colbert, chasseur.— La légende de rHomme de Marbre,
— Colbert et le gibier. — Les lièvres de Colbert. — Ses perdrix. — Seignelay est érigé en marquisat. — Une réception à Seignelay. — Les autres domaines de Colbert. — La terre de Sceaux. — Splendeur du château de Sceaux. — Fête et réceptions i Sceaux. ,=S5 § IL — Colbert, maître de maison. — Colbert homme du monde. — Colbert danseur. — Une plaisanterie de Colbert. — Colbert et Molière. — Colbert et M. Jourdain. -*- Alceste et Philinle. — Madame Colbert. — Son luxe, son train de maison. — L'écurie de Colbert. — Son argenterie. — Sa cave. — Le vin du Rhin. =§ IH. — Colbert, bibliophile. — Sa bibliothèque, comment il la forme. — Comment il entendait acquérir livres et manuscrits. — Un présent spontané de la ville de Rouen. — Le chapitre de Saint-Gratien refuse de donner ses manuscrits. — Les refus sont l'exception. — La bibliothèque de Colbert, utile à tous. — La bibliothèque de Colbert après sa mort. — Le bibliothécaire : Baluze. = § V. — La reconnaissanee de Golbert. -^ Colbert et las Maza^la. -* Colbert et sa ville natale. — Lettre eiux éohevins de Reims. — Les prétentions nobilîaîres de Colbert. *- L'amour paternel chez Colbert. —
Succès universitaires du marquis de Seignelay. — Golbert prépare le marquis «de Seîgnelay aux ajTfaires. — Les voyages forment-ils la jeunesse? Maximes de Golbert pour son fils. — Golbert, père ambitieux et exigeant. — Seignelay en Italie. — - Itinéraire tracé par le père.— Tendresse de Golbert pour son fils.
— Instructions à Seignelay. — Le marquis de Seignelay rougit de sa naissance. — Reproches à Seignelay. — Il travaille en galopant. — Ne fait point de brouillons lorsqu'il écrit. — II manque d'application. — Golbert et le jeune d'Ormoy. — Un surintendant de dix-sept ans! L'impatience de Golbert. r= § VI.
— Golbert et sa famille. — Golbert, solliciteur. — Recherche les faveurs du pape. — Mariages de ses enfants. — Gomment il furent conclus. -^ Mot cruel de madame de Sévigné. — Un des gendres de Golbert. — Le duc de Mortemart. — Singulière saillie du duc de Vivonne. — Les frères de Golbert. — Ses sœurs. — Ses cousins et cousines. — Pressions de Gojb^rt sur la conscience des juges. — Cruauté de Golbert envers les galé' riens. — Ge qu'on pensait de la bonté de Golbert. — La lettre d'une douairière. — Les petits-enfants du grand Gondé. — Golbert et les enfants. — Golbert et les Tuileries.
g pr
Les Golbert et la société daxvne siècle.
Quelle place les Golbert se firent-ils dans cette société du xvii** siècle où la grande et la petite noblesse, la haute et la moyenne bourgeoisie se trouvèrent beaucoup plus étroitement mêlées qu'on ne le croit ? C'est ce qu'il n'est pas inutile de savoir.
Il est certain que Golbert, intendant rigoureux de Mazarin, ministre économe des deniers de l'État et du Roi, n'apporta point dans sa
maison, dans son train de vie, une parcimonie et une austérité outrées. Il sut rendre au monde ce qu'il lui devait et se maintenir en toute occasion à la hauteur de sa fortune.
Riche, il l'était déjà avant son arrivée aux Fortune do coi-
'^ bert avant 1661.
affaires. *I1 réunissait, avant Tannée 1661, plusieurs charges achetées à grand prix ; sa femme lui av^ait apporté en dot (en 1648) 100,000 livres qui avaient fructifié entre ses mains ; lui-même avait reçu alors de ses père et mère, Nicolas Colbert de Vandières et Marie Pussort, une promesse de 60,000 livres qui fut acquittée en une constitution de rente de 3,000 livres. En 1647, le Roi lui avait fait don de tous les biens meubles et immeubles de Nicolas Pussort, sieur de Gernay, auquel ils avaient été confisqués « pour s'estre retiré avec les ennemis déclarés de la couronne. » En 1657, il achetait la baronnie de Sei^nelay, un des plus vastes domaines du comté d'Auxerre, et se trouvait, dès cette époque, en mesure d'y faire des dépenses considérables pour la restauration du vieux château depuis longtemps abandonné et presque complètement délabré.
Dans l'acte de baptême de son . troisième fils
(Antoine-Martin), né le 2 octobre 1659, mais baplisé seulement le mardi 17 février 1660 (1), Golbert est dit « chevalier, baron de Seignelày. » Il occupait un bel hôtel ayant façade sur la rue Vivienne (2). Il était donc un personnage en vue, recherché, apprécié, courtisé. Les considérants de ses lettres de conseiller d'Etat le prouveraient surabondamment si nous ne savions que Turenné et le cardinal de Retz luimême avaient grand soin, dès ce moment, de s'assurer ses bons offices.
Le désir d'acquérir là noblesse , lin nom plus sonore et un titre de baron décida-t-il Golbert à acquérir un fief noble ? Nous ne le croyons pas. La noblesse, il était certain de se la faire octroyer régulièrement dès qu'il le voudrait, et, s'il la rechercha, ce fut moins par vanité que pour les avantages qu'elle procurait. On a beaucoup raillé, de son vivant même, ses prétentions nobiliaires. F!urent-elles bien réelles, et prit-il au sérieux la généalogie qui le faisait descendre des rois d'Ecosse? Il est per-
(1) Jal, Dioiionnaire critique, p. 396, col. 2.
(2) Après avoir habité successivement rue Coq-Héron (1651) et rue Plâtrière, aujourd'hui rue Jean-Jacques- Rousseau (1655),
mis d'en douter^ surtout lorsqu'on remarque que, tandis qu'il faisait de ses fils des marqui« et des comtes, il se gardait de prendre offlciellemenf; aucun titre : les divers états, depuis son entrée aux affaires jusqu'à sa mort, ne portent, en ce qui le concerne, d'autre mention que celle de- « sieur Golbert » sans aucune addition,
L'aohat de la baronnie de Seignelay fut sur^ ^e1^®;.*p^|l|?rc"' tout pour lui une affaire, un placement. Il avait pour maxime que a les familles ne se peuvent bien maintenir que par des establissemens solides en fonds de terre (1). d Cet amour de la terre, du bien foncier, si enraciné dans le cœur de notre nation, sentiment âpre et presque farouche, est très-développé et tout à fait oarac«téristiqiie chezi Golbert, Il eut pour ses propriétés, surtout pour la première, une sorte de passion tendre qui semble parfois puérile, parfois touchante.
Dès qu'il eut acquis la terre de Seignelay ^e ^^^^;^^ ^« avec tous les droits y attachés, il se préoccupa
(i) Lettre à Golbert de Groissy, ^on frère, ambÉ^ssadeuj» à Londres, 48 avril 1680.
de rembellir, de l'agrandir, d'en faire un domaine vraiment seigneurial et presque princier. La baronnie de Seignelay méritait, d'ailleurs, disons-le, de tels soins. Elle était la première des quatre principales baronnies du comté; son érection datait de plusieurs siècles; elle donnait entrée dans les États de la province ; elle avait été possédée par d'illustres personnages; elle était ornée d'un ancien et fort château, bâti sous le règne de Charles VI, dont la chapelle était desservie par quatre chapelains à la collation du seigneur. Au pied de la colline que dominait le manoir, s'étendait un gros bourg <c fort peuplé d'habitants enclins au négoce, aux manufactures et à l'agriculture (1), » d*où dé-^ pendaient huit paroisses ou gros hameaux dans lesquels le seigneur avait droit de haute, basse et moyenne justice. Elle avait des foires franches et des marchés ; le droit de justice et de pêche sur l'Yonne dans l'étendue de son territoire y était attaché, ainsi que le droit de cens et de banalité ; elle comptait enfin vingt-quatre arrière-vassaux et était d'un revenu considé-
(1) Nous empruntons presque' textuellement cette description aux Lettres royaux portant érection de la baronnie en marquisat.
GOLBERt CHEZ LUI 453
rable. C'était im petit royaume et sans doute Golbert comptait bien y appliquer dans de petites proportions les projets q»i'il n'espérait pas encore pouvoir réaliser sur un plus vaste théâtre.
Maître de €6 fief, Golbert entre rapidement ri^xle GiK dans son nouveau personnage de seigneur haut et bas justicier. Il met' Tordre partout et se hâte d'affirmer ses droits. Il faut l'entendre parlei* en propriétaiie convaincu. Il dit : ^ mes bois, ma rivière, mes moulins, mon écluse ; » il va plus loin, la possession s'étend jusqu'aux gens, il dit : mes habitants!
Il n'entend point raillerie en matière de jus- ronrches patibutice seigneuriale. Il veut qu'on rétablisse ses "'***• fourches patibulaires, signe désagréable mais certain de sa puissance . Il est fort chatouilleux aussi sur son droit de pèche. Il parait que les fermiers particuliers avaient envoyé des gens pêcher dans sa rivière ; à cette nouvelle, il se fâche tout rouge ; il veut qu on avertisse les fermiers généraux qu'il les mettra en procès et « qu'en même temps il fera donner des coups de bâton à ceux qui enverront des pêcheurs . »
154 COLBERT CHEZ Ltll
Des fourches patibulaires, des coups de bâton, c'étaient là, on en conviendra, de sérieux avertissements pour ses habitants.
Il ne néglige rien pour rendre à sa terre son ancienne beauté : il recherche tous les fiefs anciennement attachés à son domaine, il Taugmente et Yarrondit, il fait rentrer sa rivière (1) dans son Ut> y fait construire une écluse qui devra, suivant une expression à lui familière, « durer éternellement. » Pour diriger ces travaux de réparation, il ne lui fautpa^ moins qu'un architecte tel que Le Vau le jeune. Il administre de loin; mais il a Tœil partout : sur ses arbres, sur les vignes de ibop finage, sur ses prés, sur ses murs, sur ses toits, sur ses cheminées, ses ponts-levis, son donjon, sa tour carrée!
coibert et ses II a l'œil aussl sur les gens de sa terre, et
un œil tout paternel. S'il a cru devoir leur rappeler que sa justice pouvait être sévère, s'il a pu parler de pendaison et de bastonnadg, l'exécution était bien loin de la menace, il songe surtout à assurer le bien-être de ses habitants, à
(4) Le Serain.
vassaux.
se les attacher. par des bienfaits, à développer en eux Tamour du labourage et du commerce. Il veut qu'ils soient honnêtes et heureux, nonseulement eux, mais leurs enfants.
<c Je vous prie, écrit-il à Poursin, bailli de Seignelay et son homme de confiance, je vous prie de dire à M. le curé qu'il excite, comme il est obligé, mes habitants à estre gens de bien •et prenne garde que les enfants soyent bien instruits,- et que j'auray soin de luy. »
Il veut que Poursin prête en son nom de l'argent à ceux de ses vassaux qui « pourront l'employer utilement » et dont la maison a be^ soin de réparations.
Bien avant son arrivée aux affaires (1), bien- coibertétabmd#8
manafftetnrés
avant qu'il puisse fonder en France de grandes «" uJres''^'^'*' manufactures, il fait installer à Seignelay un moulin à draps, une forge; il faut que ses habitants se livrent à l'industrie, au négoce,
« Ce qui me réjouit le plus, dit-il au bailli Poursin, est l'assurance que vous me donnez que là manufacture des draps commence à s'establir dans mon bourg,
(1) En 4658, quelques mois à peine après Tacquisition du domaine.
Ic6 . COLBERT CHEZ LUI
« Il faut, sur toutes choses, que vous ap^ puyiez ceux qui y travaillent, que vous excitiez mes habitants à envoyer leurs enfans apprendre à filer les laines, leur faisant comprendre qu'il n'y a. rien de si avantageux: pour eux et qui puisse mieux contribuer à les mettre à leur ayse. »
Et que Ton ne croie pas que ce soin des habitants soit une passion purement platonique : Colbert ne se borne point à des vœux et à des désirs : ce ne sont pas seulement ses sentiments qui, ici, sont en jeu, ce sont aussi ses capitaux.
coibert fournit « Au cas, écrit-il au bailli, qu'il ne vous reste
des foods \
à ses habitants, point d'argent pour prester à quelques-uns de
mes habitants qui voudront faire quelque trafic, ne manquez pas de me le faire sçavoir au plus tost, afin que je vous en puisse envoyer, estant bien aysé de faire valoir et augmenter les marchés ; et vous me ferez fort grand plaisir de faire toutes les choses que vous croirez pouvoir y contribuer (1). »
Et cela est écrit au moment même où les dé-
(1) Lettre autographe en date du 28 septembre 1658.
penses qu'il fait à Seignelay le rebutent, au moment où il a grand'peine a à se résoudre à mettre tant d'argent à raccommoder son chasteau (1). »
On le voit, le châtelain de Seignelay est peutêtre un peu jaloux de ses droits, un peu entier, un peu s.évère, mais vraiment c'est un bon châtelain, compatissant, libéral, et qui risque fort, hélas! de faire bien des ingrats. Il est si réellement bon, qu'il s'inquiète de la santé de la femme de son humble bailli.
a Je m'étonne fort, lui écrit-il le 21 janvier Bonté de coibcn
. pour ses gens.
1166, de n'avoir reçu aucune nouvelle de vous cette semaiîie, estant en peine de la santé de vostre femme ; le sieur Marin (2) vous a écrit mardy dernier, par mon ordre et mandé d'envoyer icy un mémoire de sa maladie, afin qu'on en puisse faire une consultation de médecins et voir ce qui se peut faire pour rétablir sa santé; il ne faut pas manquer de le faire et me l'envoyer au plus -tost. »
Une sollicitude, une prévenance si déUcates disent tout.
(1) Même lettre.
(2) Uu des secrétaires de Colbert.
i5g GOLBERT CHEZ LUI
Mais voici Seignelay mis en ordre, le château réparé, la rivière rétablie dans son lit^ récluse faite a pour durer toujours i , les fermiers installés. Tout est prêt, en un mot, pour recevoir le maître.
Mais le maître est devenu ministre, ministre de fait à défaut de titre, et plus ministre que tous les secrétaires d'État ensemble.
Cette nouvelle fortune, qui le surcharge sans l'accabler, le condamne au travail incessant. Elle lui impose aussi de nouveaux devoirs envers le monde, un souci plus grand des convenances, un soin exact de mesurer son luxe et sa vie extérieure à Télévation de son rang.
Laterre de sci- Scignelav ne sera plus fait seulement pour
gnelay sous le " ^ '■ . ^
cXûiîrt'* ''* Colbert, il devra l'être aussi pour les hôtes qu'il y faudra recevoir, La belle baronnîe ne sera plus regardée par l'homme d'État comme une affaire, comme un placement, mais comme une demeure plaisante ornée au gré de ses amis ; elle ne donnera plus de tourment au maître; la soigner, Tembellir, Tagrandir sera pour lui un délassement, non un souci. Il ne la considérera pas uniquement comme une terre de rapport, mais comme un lieu de plaisir. Il
voudra, là» un haras, un6 belle chasse, un logis prêt à recevoir des personnes de qua- . hté, avec de beaux meubles, des œuvres d'art, des tapisseries magnifiques.
La chasse isurtout paraît rintéresser singu* lièrement; elle est d'ailleurs de droit seigneurial, et il n'est pas homme à délaisser un tel privilège. C'est pour lur une grosse et grave question, si grave qu'il croit nécessaire de faire créer une belle et bonne capitainerie des chas- ' ses à Seignelay, et, comme il a le talent de faire servir les gens à deux fins, son capitaine, le sieur de Motheux, est en même temps le gouverneur de son château*
Ici ce pose un modeste problème que l'his- .^^^"^ chment. toire a le droit de dédaigner, mais qu'on nous pardonnera de résoudre en passant, Colbert était-il chasseur?
Eh! grand Dieu! pourquoi pas? Gela peut choquer les austères idées qu'éveille le nom du grand ministre ; mais, en vérité, nous ne pouvons que constater un fait certain.
Il est avéré qu'il était cavalier et avait toujours des chevaux de selle à sa disposition; il avait, sans aucun doute/ d'autres talents mon-'
dains dont nous reparlerons; mais on ne saurait contester qu'il chassait^ lui-même, en personne. Voici d'ailleurs un texte formel, dont les termes, quelque peu plaisants , feront pardonner ce que cette recherche peut avoir de puéril.
C'est le sieur de Motheux , le capitaine , le gouverneur de Seignelay, qui ' écrit à son seigneur (1) : -
a Vous avez dans vos bois une quantité prodigieuse de chenilles, aussy bien que partout ailleurs ; du reste, on n'y fait pas de dégasts, et ils sont bien conservés.
« Vous pouvez courre, Monseigneur, ou donner à courre cinq ou six cerfs, tant dans vos bois que dans ceux du chapitre, dans lesquels il y a des loups qui nous donnent de l'exercice, mais non pas sans fruit, y en ayant toujours quelqu'un qui paye nos peines. »
Il n'est pas dénué de grâce, le style de ce capitaine des chasses. Et il ajoute :
« Ce sera encore une chasse (celle des loups !) à donner du divertissement tant à vous. Monseigneur, quà ceux qui auront F honneur de
(1) Le 15 septembre 1666.
COLBERT CHEZ LUI i6l
VOUS accompagner; je prie Dieu que ce soit bientost, avec uiie parfaite santé. »
Le sévère contrôleur général des finances qui veut courre le cerf et se divertira à chasser le loup, n'est-ce pas une merveille? Vraiment, il eût été fâcheux de perdre ce trait.
Ce sont là assurément les petils côtés d'une biographie, et ces détails peuvent étonner dans un ouvrage où. de si ^arides questions ont été traitées; mais, quoi qu'on puisse exiger de nous, il faut bien que nous fassions enfin connaître Golbert tout entier, le vrai Colbert, Colbert hors de son ministère, hors d\\ conseil du Roi, Golbert chez lui, dans sa terre, se reposant, cherchant des loisirs pour lui et pour les sieos. Il est d'ailleurs des jugements acceptés qu'il faut casser^ il est temps, croyons-nous, La légende de
Viujtmme de mar"
d'effacer la légende de F homme de marbre (1). *'**•
Mais puisque nous avons touché ces mimities, allons jusqu'au bout; aussi bien nous paraissent-elles plaisantes.
Le grand Golbert veut chasser et donner à coiDcrt et le gichasser : il entend donc que ses bois soient
(1) Mot de Guy Patin sur Golbert.
m csQLpERT mm un
^]JOl^c^a^l^le^t pourvus dd gibi^f • S'iU m \^
sont pas, c^ n'esi,pç«ot feute cle yeoommaftcla-
fions ai dépeins.
Le 16 octobre i 671, il écrit à ^^ Motheux (1):
(n J'ay esté bieu ^ise^ d'appi^^ndre qu'il y ayt
beaucoup de gibier eu caes t;erres. Appliquo?-
, vous surtout Ifcaugmeutev le uombre de« perdrix
çt des faisans, ^'il eiBt pos.sibl^, et peodaut .oft
hyverj^ appliquez -vous au^sy plus particuliè-
reiueut que vous u'ave». jamais feiçt à pi-endre
ies bêt^& puanteê. )^
Ces funeste*. « beslQS p^M^gite^ ^ le conlrari^wt seusiblexneut, .
« Il faut, éçrit-il p^ju dQ temps apr^s, il faut que voua vous appUqwa à cbaswr le* iQups ei( les reuarda çt toutes Iça^ ayttrefe J?Q&t^s ]^mni^§f. eft çort^ q^'^ u'y en ayt pois^t» s'^^l est po,ssibla^ $ur i»#a t^Frça (2), )>
Qu çauxpraudv qu'uA propriétaire d#; forêts pwte peu ;4'a.ffeçiiou au^ç loupa Qt auxT(?n^(|*,
qui visitent trop fréqueownent, left UiO* le teoupeau, les autres la basse-cour. Mais ce que
nos. çQ^t^pipor^a auront pewq * expiiser
(1) Michel de Grimaudet de Motheux.
(2) Cette lettre, en date du 19 février 1672, ne figure
pas dans le recueil de i^^\Pieri|i^ C^^V^^V.
€0t^E3IT CHEZ LUI i8B
e'est Tantiparlbie de * Cîalberl poQF les lierres. Il vient de faim une coarte visite à sa terre de Seignelay et il écrit (l) :
« Loi'sque j^ay esté à Seignelay, j'y ai trouvé us iièrres de
Golbctr.
iflie trop grande quantité de lièvres; ainsy il sera bon que tous les hivers vous en envoyiez i€Î. »
Et le mois suivâ^, tant cette quœtion lui paraît graro, il se répète (2) :
« Tout ce que je puis vous dire est que j'ay trouvé trop de lièvres lorsque j'ay ^lé à Seignelay^ et que jusqu'à ce que cette espèce de ^ gibier soit réduite à une quantité raisonnable, il faudra que vous exécutiez toujours les ordres . que je vous ai donnés à ce sujet. »
Voilà de pauvres bêtes frappées d'un ostracisme bien cruel. Tuez-les et en vôyez-en ici, disait Colbert. II aîmaît mieux les lièvres morts que vivants.
Ainsi pas de « bestes puantes, » peu de lièvres, mais en revanche beaucoup de faisans, -
beaucoup de perdrix.
(2) Lettre du 4 mars 1672, que ne figor* pas luiii pbm
sk perdrix. Colbcrt avait un faible pour les perdrix. Il s'occupa sérieusement de leur multiplication. Il fit à cet égard (J6S recommandations nom^ breuses, ordonna qu'on recueillît des œufs, qu'on les fît couver; qu'on tuât les vieilles mères, moyen excellent, paraît-il, pour encourager . les jeunes. Lui-métoe en envoya, par coche, à Seignelay et se préoccupa de leur sort, et nous avons à ce sujet des lettres de sa main, écrites au moment même peut-être où il venait de signer quelque déclaration importante, capitale; qui intéressait le royaume tout
^ entiet*, des millions d'hommes !
<■ ■ . • seîgnday éiîgé Le domainc de Seignelay, d'ailleurs, à ce mo-
ea marquisat . ^ *" '
ment, n'était plus une simple baronnie; c'était un, bel et splendide marquisat, dont le titre devait passer au fils aîné de Golbert (1). A l'occasion, on y étaii reçu comme. chez un prince. Nous tenons pour précieux le témoignage d'une femme fort spirituelle, amie de madanie Golbert et de son .mari, leur parente par alliance (2), la duchesse de Pecquigny, aimable et fine entre toutes.
(1) L'éreètioii de Id' baronnie. de SeigOBlay eh mal^quisat date daniois d'avril 1668. : /
(2) À cause du duc de ChevreUse. Jéanii6*fMarie-»Thérèée
Madame de Pecquigny va à Lyon, avec sa unj réeeptro»
SfiiSTDfil&T
fille, abbesse de Saint-Pierre de Lyoïr. Elle doit passer par Auxeri^, dont un frère de Colbert est évêque, et par Seignelay. Les gens de Seignelay reçoivent toutes les instruclions nécessaires ; la duchesse arrive à Joigny et y trouve une belle escorte de gardes à cheval qui raccompagne jusqu'au château de Colbert. Elle y est servie par les officiers de Tévêque, dans la vaisselle du prélat ; est visitée et complimentée par toutes les créatures du châtelain de Seignelay, puis heureuse, ravie, se retire, laissant son portrait comme souvenir, après avoir écrit au maître de céans la lettre suivante :
a Je suis charmée, monsieur, des beautés de votre maison. La réception qu'on m'a faite par vostre ordre. est tout ce que Ton peut faire à une véritable Altesse. J'en suis de la dernière confusion. Me pardonnerez-vous , monsieur, la liberté que j'ay prise de vous laisser une copie d'un original qui est entièrement à VOUS? Trouvez bon que je vous dise, s'il vous plaist, que c'est pour vous demander la mesme
Colbert avait épousé le duc de Ghevreuse, le .3 fé* vrier 1667.
chose de vous, monsieur, poar Magny (1). » Deux aR6 api^ès, c'était le (As aioé de Colber t, à qui son père avait abândûiiné le titre de marquis de Seiguelay, <;ui laîsait à de nouveaux hôtes les honneurs de cette demeure presque royale. ^ Il y recevait (2), avant de se rendre, avec le Roi, à Besançon : M. de Gréquî, le duo de Lude, grand maître de rartillerie. Le
Tellier, archevêque de Reims, M. de la Feuil-
lade^ le duc de Caderousse^ Sanguin, médecîa dû Roi, Rose, secrétaire du Roi, enfin le mar-. quis de La Baume le Blanc de la Vallière.
Les autres domai- Ce cue Golbcrt fit au début de sa carrière
nés de Golbert. '■
pour son bien de Seignelay, il le fit plus tard pour tous les grands domaines qu'il acheta. Il n*y a pas eu, croyons-nous, de caractère qui présentât plus d'unité que le sien; tel il était avant 1661, tel on le retrouve à la veille de sa mort, à quelques illusions près, celles qu'il avait eues sur Tesprît, Tâme et le cœur de ce Roi en Taffeclion duquel il avait cru et qui ne fut pour lui qu'un maître exigeant et ingrat.
(1) Terre de la duchesse de Pecquigay, près de Noyon (Oîse>.
(2) Le 24 avril 1674.
COLBÉRT CHEZ LUt if*
El ûê que nous avànçorts est si Vrtlî* (Jtfil suffit de rapprocher des îtistractions dohttéeë. en 1658 par Gôlberl à PoursiA, bailli de Seigttelay, célled qùll donnait en juillet 1682 à un sieur Genouilié, son homme de confiance:, chargé d*âdmiAistrer son beau fief de Chàteduneuf-sur-Clier (1) :
« F'aitéë^moi savoir, écrîVait-il â Genouilié, si le travail de la forge s'avance et en quel temps elle pourra estre eii estai de travailler'.
<t Appliquez-vous surtout à augmenter le gïhier, et faites-moi sçavoir quelle quantité il y' en a dans Testendue de mes terres.
« Comrtie les réparsftiotis des chemins, depuis Bourges jusqu'à Châteauneuf et à La Ghàtre, sont considérables, faites-mo^ sçaVôir si cela y attirera plus de passages de coches, de messagers él d'autres personnes, et si le* nîarôhés et les foires en deviendront plus abondons.
« Faites^ moi sçavoîr aiissy, tom les ttois mois, ou au moins tous les six mois^ si le^
{\) Ëii 1619, il ATail acheté eu utie seule fois pour 165,000 livres la seigneurie de Châteauneuf- sur- Gher^ l'hôtel de Jacques-Cœur à Bourges et Thôtel de Limoges, avec quelques autres lôrfre^*
babitâns de mes lèvres paraissent un peuplas à leur ayse; si ceux qui peuvent travailler travaillent, si le nombre en augmente et s'il se fait quelques bastiments dans la ville de Cbâteauneuf. »
Est-ce un méchant homme au cœur sec, ce seigneur qui s'enquiertdu bien-être de ses vassaux et qui veut voir sinon tout le monde, du moins tout son monde heureu'x autouc de lui ?
Cette libéralité, cette bonté, ce soin d'assurer la prospérité des siens, se manifestèrent partout où il passa. Et quand sa main puissante, active et sage eût été glacée par la mort , ces villes, ces bourgs, ces villages, perdirent leur travail, leur gain, leur vie. Seignelay, Cbâteauneuf, n'ont plus ni moulins, ni forges, ni La terre de manufactures, ni commerce sérieux. Sceaux a
Sceaux.
seul gardé le marché de'bestiaux que Colbert y avait créé. Encore est-ce un miracle, car, deux ans après la mort du grand ministre, tous les bouchers désertaient celte petite ville pour retourner à Poissy.
Splendeur dnchâ- Ce fut à Sccaux surtout qu'il déploya un
leaa de Sceaux. . . , i
luxe pnncier; une demeure presque royale remplaça l'ancien château. Le Nôtre dessina les
jardins, que le célèbre La Quintynie embellit encore et entretint. La terre de Sceaux fut un Versailles en miniature, elle eut ses bosquets, ses grottes, ses fontaines jaillissantes. Des peintures de Le Brun, des statues du Puget décorèrent cette magnifique résidence, que Colbert se plut à remplir de chefs-d'œuvre. Il y donna de grandes et somptueuses fêles auxquelles assistèrent Louis XIV et sa cour. . Madame de Montèspan v vint fréquemment vi- fêtes et récep-
f tions i. Sceaux.
siter madame Colbert, dont le commerce n'était point sans agrément. C'était là encore que le ministre, pendant les quelques instants de relâche que lui laissaient ses nombreuses charges, se délassait parmi les poètes, les gens de lettres, les savants, ne souffrant pas que les importuns et les curieux vinssent le troubler en cette plaisante société.
g II
L'intérieur de Colbert n'était donc point si coib€rt,mafirede
^ maison.
triste, ni si délaissé qu'on serait tenté de le croire. Lui et sa digne compagne, « son lieu-
110 OOUBlSRt CHEZ LUI
tenant » ^ comme il disait^ «avaient rendre leur maison agréable et n'e^sayâoient point de se soustraire atix exigences de la vie mcndainei. l\ê donnaient, boH à Paris, soit à 8çeaax, la comédie ehez eux ; ils eurent à plusieurs reprises MoUère et sa troupe. Ils donnaient à jotior, et Colbert qui fit agir avec tarit de rigueur la Reynie contre les joueurs, Colbert non-seule* ment leur fit une place dans ses salons, maii^ Joua probablement lui-même à la bassette et au hoca : à sa mort, on facouva chez lui vingts neuf jetons d'or (1) et vingt-trois bourses de velours de diRërentes couleurs, garnies dé cent jetons d'argent chacune (S). Il aimait la musique, tes ballets, les opéras. On chantait chez lai, à Paris, rue Vivienne, on y jouait du clavecin « A Sceaux, il eut des orchestres.
Il ne «piioit pas toujours du soufre, *> comme disait le commandeur de Jars au grand Condé, Le commandeur de Jars sortait de chez le ministre, non point de chez le maître de maison. Colbert était « honnête homme » dans
(1) A 12 livres la pièce.
<2) PÉMftt ensemble 64 marcs 47 onces (816 livres). Voir aux pièces justificatives riûveataii'e dj^essé après leàéeè» de Colbert. Ces bourses étaient de petits sacs servant à serrer tes jetotié destinés aux jeux.
aouBBRnr orax lui m
loute raecepiion /attribuée alors à ce mot.
Use parfumait vdlontietô,,nous l'avons vu, et ^^^J^^^^^^^"" recherchait les fines essences étrangères. Il dut être affectueux avec La Valiière, galant avebla Montespan> que lui et sa femme^ hélas I courtisèrent trop. D'ailleurs, qui peut le aavoirf peut-être aussi madame de Montespan, qui eut besoin de tant de monde, courtisa-t-elle, elte* même, et Golbea^t et madame Colbwt; quelques lettres, dont Tune de Louis XIV même, semblent Tindiquer. Il est certain que le Roi^ fort jaloux parfois, çtait bien aise que sa favorite allât chercher d'innocent» distractions dans la maison du ministre. Ne disait-on pas à^ cette époque que pour pénétrer jusqu'à lui il fallait la protection du Roi ? Madame de Sévîgné n'invitait-e-lle pas naadame de Coulange, qni sollicitait une intendance pour son marina demander à Louis là faveur de l'introduire auprès: du ministre? >
Colbert cha^seirr, Colbert mondain, Colbert galant, v(»là qui, dérange bien des idées ! Se récriera-^t*an si nou^ ajoutons qu'il dansait volonstiers? Nous avons à cet égard le témoignage de deux de ^ès contemporains : Carpentier et d'Ormesson. - . /
coibcrt dtas€ur. « M. Garpenlicr m'a dit, raconte Olivier
d'Ormesson, que . M. Golbert dansoit fort bien (1), et que c'estoitsa plus forte passion. i'&Y appris que le soir des fiançailles de sa fille (2) il avoit dansé, dans son domestique (en famille), deux courantes, ai /br/i&ie/2. »
Gel homme, que madame de Sévigné appelle le Nord, tant elle le croit inflexible et glacé, dont Guy Patin affirme qu'il avait l'esprit pesant, eut cependant de singulières saillies et des boutades burlesques.
Une plaisanterie Un jour uuc grande damo, admise à son au-
deColbert. "^ ^
dience, le presse, lé supplie de lui accorder une faveur. Golbert hésite, cherche une fin de non-recevoir poHe, se prononce nettement. La soUiciteuse alors emploie les grands moyens. La foule qui encombre la salle ne lui cause aucun embarras. Elle fond en larmes, tombe aux pieds du ministre, en s'écriant : a Je prie Votre Grandeur, au nom de Dieu, de ne pas me refuser cette grâce ! » Golbert, alors, comme troublé par cette comédie et gagné par cette
(1) Joséphine-Marie-Thérèse Golbert, mariée au duc de Chevreuse, le 3 février 1667.
(2) Voir son Journal, H, 488-495.
émotion, tombe à geooux lui-même devant elle et, d'une voix lamentable :. « Je vous conjure, dit-il, madame, au nom de Dieu, de me laisser en repos !»
Est-il rien de plus bouffon et ne retrouvet-on pas un souvenir de celte belle plaisanterie dans la fameuse scène (qui est jouée de tradition) de Tartufe et d'Orgon?
Molière , assure-t-on , lui dut plus d'une ins- coiben ci mo piration. Golbert, d'ailleurs, vit sans doute d'un œil assez favorable le Tartufe, qui servait ses projets, en démasquant les faux dévots, ainsi que le Festin de Pierre et \% Misanthrope, qui rendaient la noblesse de cour odieuse ou ridicule. Le grand comique montrant Don Juan' infâme et les marquis, courtisans, fourbes, avilis et sots, essayait à la vil^e ce que Golbert tenta en province : la purification des Grands Jour$^ qui, on l'espérait du moins, allaient faire rentrer les forts dans le devoir, les faibles dans la sécurité (1).
Molière dut à Golbert Tune de ses plus heu- coibenatM.jour
dain.
. reuses bouffonneries : la cérémonie d'invesli-
(1) Michelet, Histoire de France, t. XIII, p. 69.
174 OQÎ.BCIIT CHEZ LUI
/ ture de Biamamouishi Jourdain dans le Boar-geois gentilhomme. ^
Un ambassadeur turc était venti à Versailles. On lui avait montré des merveilles. Il ne s^ëtàit pas contenté de les considérer avec une impassibilité tout orientale : il les avait trouvées fort inférieures à celle que son maître^ le sultan,
pouvait étaler. Golbert fe trouva ridiculement vain et sottement orgueilleux; il voulut qu'on se moquât de lui. La tâche fut facile pour Molière, qui nous donna l'amusant intermède du Muphti et du Bourgeois : « se ti sabir, ti respondir, se non sabir^ tagir, tazir, etc.
Aieeste et Phi- . Lo caractèro d& Cûlbert lui^fuiéme dut fournir
linte.
plujs d'un trait a^ grand comique^ et il m'y a pas ,k>in du froid ministre, toKit de noir vêtu, avec « l'homme aux. mbamè verta ». Cependant le Colbert mandaîii^ le Colbert de la rue Vivienne et de Sceaux, sa rapproché bien plus dePbilinte* Il est indulgeiA; il n'a pas
Q9& haioâs ^igoocensea Que doit donner le vice Bl\x% âmes vertueuses.
Il s'accommode trop volontiers de certaines intriguée et de eestâitts scandales^ U eouvre
avec jtiôp de <vOitApiai8aAç$ 4» atm mw-teiax
austère les adultères du HoJl» lea ndij^santi^as furtives, les. amoupfi .claudestineft, at rinterveutiou d^ madame Oolbert dans les affiiire9 de C0lte sarte j^te vm ombre sur la figuifo^ de ç^t0 vaiUaute femme que oui autre soupçon n'a effleurée.
Elle aussi sut se hausser jusqu'à la fortune ^^^^^^ coibori. de son mari, ordouaer avec soin sa maison, élever se» enfants x^oinrae il çouvenait qii'Us le fussent. Elle aussi, si puissante qu'elle fût. par la grâce de son mari» par l'amitié du Roi, par le commerce des favorites ^ n'oublia pas son origine bourgeoise. Toute sa vie elle resta madame Colbert tout court. Une seule fois, noœ lui voyoxis donner le nom de maxquise de Seignelay, et c'est ua <cdes domestiques » (1) de Colbert, M. de Garsault qui, le 1" octobre 1674,
écrit de Paris, au^ ministre ;
n L'équipage de madame la marquise de Sei- ^"JJai^îJ^f*'* gnelay est faict^ et il doit arriver aujourd'buy & FoniaineblQau^ qui «st un carrasse et huit
: (1) l>a»^ali|[Uft AMgnif tei 9ft boam» aAlHoliA i Ja ipaison de Colbert. ^ >
176 COLBBRT CHEZ LUI
chevaux gris que j'ai assemblés du mieux qu'il m'a esté possible, eslant rares à Paris de ce poil pour les faire pareils. »
Voilà certes un équipage qui ne devait poi«t être déplaisant, et qui, évidemment, ne fit point tâche parmi les plus beaux et les plus riches de la cour.
rôcnrie de Col- Golbcrt, d'aiUcurs, se connaissait en che-
bert.
Vaux, lui l'organisateur des haras. Il avait une écurie bien garnie qui, au moment de sa mort, se composait de a onze chevaux hongres servant,au carrosse, sous poil noir; deux chevaux de selle, un noir et l'autre bai clair , quatre chevaux servant au fourgon. » Quand son fils aîné, le marquis de Seignelay, suit le Roi aux armées, il lui donne un train de quarante chevaux. Tout cela n'est ni petit, ni mesquin.
Sou argenterie. U y a chcz madame Golbert pour plus do
100,000 livres de vaisselle d'argent, pour plus de 10,000 livres de vermeil, pour plus de 120,000 livres de bijoux. Le cabinet de toilette de la femme du ministre contient pour 15,000 livres (1)
(1) 1&,000 livres da temps représentent en valeur relative 75,000 francs d*aujourd*hui.
d'objets de prix; on y voit deux clavecins, façon de Flandres.
Observons toutefois qne la cave de Golbert sa ctve. était fort mal garnie et peu proportionnée à une telle existence. Mais il est utile de dire qu'à cette époque, presque tout le vin con- . sommé dans les maisons les plus riches était apporté au fur et à mesure des besoins par les fournisseurs do la ville : les Crenet, les Boussingault. A la mort de Golbert, on ne trouva dans sa cave qu'un foudre de vin blanc du Rhin. Chose étrange, ce goutteux avait une prédilection pour cette sorte de vin, qu'il faisait venir à grands frais. En 1679, il écrivait à un sieur Dupré, résidant en Allemagne :
(( Vous me ferez plaisir de faire choisir Le vin du Rhin, le meilleur vin qui soit sur la Moselle et Hochheim (1), etdem'envoyer troiademy-pièces de chaque sorte, chaque demy-pièce contenant trois aulnes et quelque chose de plus, et chaque aulne contenant 184 pots de vin... Mais observez que ces demy-pièces soient bien
(1) Cru fort estimé encore de nos jours.
emballées à fin que Ton ne les perce pas en chemin. »
Ces barriques de vins de Moselle et du Rhin traversèrent la Hollande, et vinrent par mer jusqu'à Rouen, où Golbert les fit prendre.
Nous connaissons déjà les goûts intimes de
Colbert, ceux' qu'il a quand il n'est ni chez le Roi, ni avec le Roi, ni dans son cabinet. Nous connaissons presque sa maison, ses innocentes actions, ses menus plaisirs. Nous ne pouvons encore connaître ce grand homme tout entier. Ne croyons pas, comme Garpentierni d'Ormesson, que « sa plus forte passion ». fût de danser, si bien qu'il dansât. Il en eut d'autres plus nobles, plus viriles, plus âpres ; il n'employa pas toujours pour les satisfaire les moyens les plus honorables et les plus dignes; mais si la morale et la délicatesse ne furent pas toujours sauves, l'honneur du moins resta intact.
Colbert, bibiio- H ^ut uu aRiour, uon pas aveugle, mais très-
clairvoyant, éclairé, intelligent, exquis, pour
les raretés jarchéologiques, historiques. Il fut peut-être le bibliophile le plus curieux de son temps ; il en fut assurément le plus avide, et, risquons le mot, le plus féroce.
Quelques lignes écrites par lui à l'intendant de Riom (1) expliqueront suffisamment tout ce qui pourra suivre :
« Le plaisir de former ma bibliothèque ^V.omminî^Sl"fi estant joresqrwe le seul que je prenne dans le ^^^^' travail auquel la nécessité du service et les ordres du Roy veulent que je sois attaché, je sçais
par expérience qu'il se trouve quelquefois dans les monastères et les abbayes considérables des provinces, d'anciens manuscrits qui peuvent estre de considération et qui sont souvent abandonnés dans la poussière et dans l'ordure des chartriers par F ignorance ou le défaut de connaissance des religieux.
a Vous me ferez sur cela un singulier plaisir, dans le cours des visites que vous faites dans la généralité de l'Auvergne, de vous informer, sans affectation, si vous en pourriez trouver et, en ce cas, d'en traiter ou vous en
(i) De Versailles, le 29 novembre 1672.
180 goblp:rt chez lui
accommoder aux meilleures conditions qu'il s^ pourra.
a- Vous jugerez facilement que cette recherche consiste plutost en quelque sorte d'adresse et de considération que les religieux auront pour vous qu'en dépense considérable ou de prix. Et où il y aura quelque religieux qui les connoistra, il y a quelque apparence qu'ils ne voudront pas les vendre. Mais comme ils sont presque toujours àerns Ir ipoussiève des chartriers et inconnus, on peut les avoir avec plus de facilité. Je vous prie de vous en mettre un peu en peine et de me donner une marque de vostre amitié. »
Celte lettre, quoique assez claire par elle* même et dans laquelle Colbert, un peu cauteleux, n'a écrit que ce qu'il voulait écrire, demande à être lue entre les lignes. On pourrait donner de la pensée de Colbert une traduction très-libre et cependant très-fidèle. Au vrai, voici ce qu'il eût désiré pouvoir dire:
Comment il en- « Mou chcr intendant, je sais qu'il y a dans
tendait ac livres et nnscrits.
tendait acquérir ' ' va ' i j x '
livres et ma- votrc généralité nombre de communautés
composées de moines absolument illettrés, fort ignorants, et tout à fait simples, en tout
GOLlîERT CHEZ LUI 181
cas très-indifférents à ce qui a pu être pensé, écrit ou imprimé avant nous. Cherchez dans leurs chartriers, et surtout trouvez. Une fois le précieux manuscrit découvert, ne laissez paraître nul semblant de l'importance que vous y attachez ; faites qu'on vous le donne pour rien en considération de votre autorité ou de la mienne. Si vous trouvez par hasard quelques moines qui malheureusement s'y connaissent, tenez-vous sur la réserve. Ou ils ne voudront pas vendre ou ils vendront fort cher, ce qui n'est point mon fait. Vous m'entendez bien. Donnez-vous donc beaucoup de peine et comptez sur ma protection. »
De notre temps et en notre style familier, c'est bien ainsi qu'il eût écrit; c'est ainsi d'ailleurs que se pourraient traduire les nombreuses lettres qu'il écrivit en vue d'obtenir des communautés, congrégations et chapitres, des manuscrits, des chartes et des livres précieux pour sa chère bibliothèque.
La grande affaire, on le comprend de reste, n'est point d'acheter à beaux deniers comptants ces pièces- antiques et rares, mais de se les faire offrir gracieusement, même en forçant un peu la main aux donateurs.
*")/«'/?' i/^iiî; Une délibération du Conseil municipal de
de Rouen. t^ ^ / à\ • a ••!»
Rouen (1) nous renseigne en termes assez naifa sur ce point ; il n'est pas inutile de la citer textuellement :
« Le sieur Dufour a remontré à la compagnie que M. Pellot, premier président au Parlement, estoitvenucesjours derniers à THostel de ville et avait demandé à entrer pour voir plusieurs livres qui y estoient, notamment ceux qui avoient esté vus par le R. P. Commire, jésuite, qui leur avoit fait connoistre que M. Golbert^ ministre d'État, faisait une bibliothèque, ce qui estant venu à la çonnoissance de plusieurs communautés religieuses, chacun s'empressoit de luy envoyer ce qui estoit déplus rare dans leurs bibliothèques et que la ville ayant tous les jours besoin de sa protection, elle ne se pourroit dispenser de luy envoyer ceux que M. le premier président demsindoit de sa part^ et leur avoit dit d'en parler à la première assemblée pour avoir pouvoir, si la compagnie le jugeoit à propos, d'en faire un présent, au nom de la ville, à M. Colbert.
(1) Eu date du 23 mars 1682.
« L'affaire mise en délibération, jl a esté arresté que Ton ferait porter à la maison de M. le président les livres oy-après nommés, sçavoir : une ancienne Bible, Boccace en deux tomes, Valère-Maxime, etc., etc.
a Lesquels livres seront présentés à M. Colbert, au nom de la ville. »
Est-ce assez clair et peut-on être plus explicite ?
On voit le procédé. C'est une douce extorsion, une violence tout à fait gracieuse, un abus de prestige, d'influence et de pouvoir. Les agents du ministre n'allaient certainement pas ordonner avec arrogance qu^on eût à livrer tel ou tel manuscrit à M. Colbert ; mais ils faisaient entendre, comme le président Pellot à Rouen, que lesecrétaired'Etat montait une bibliothèque, qu'il serait bien aise a si on jugeoit à propos » de l'y aider, que l'on pouvait tous les Jours avoir besoin de lui, que nul prçsent ne pouvait lui être plus agréable .
Qui eût osé refuser?
Une fois pourtant Colbert essuya un refus.
On avait fait au chapitre de Saint-Gratien de î^e, chapitre de
*■ Saint - Gratien
Tours les insinuations ordinaires, et sans doute Ms"nîalJuS!
I8i CO(.BERT CHEZ LUI
on avait lieu de penser que les chanoines étaient disposés à offrir leurs manuscrits à Golbert ; celui-ci du moins le croyait sur les avis qui lui en avaient été donnés. Il avait même chargé l'intendant do Tours, Tubeuf, de remercier le généreux chapitre. Mais il se trouva que, toute réflexion faite, Messieurs du chapitre ne voulurent rien donner, et Colberl, un peu confus à cette nouvelle, écrivit:
a S'ils avaient cru que leurs manuscrits eussent esté dans ma bibliothèque aussy bien que chez eux, ils m'auroient fait plaisir de me les donner, mais puisque cela n'est pas, je vous prie de ne leur en rien tesmoigner du tout. »
Cette phrase n'est- elle pas un pur chef-d'œuvre? Les chanoines de Saint-Gratien, qui sans doute s'y connaissaient, étaient-ils bien ^oupables de penser que leurs beaux manuscrits étaient aussi bien chez eux que chez Golbert? L'aventure est piquante.
Les refa<? sont Mais, hâtons-uous dc le dire, les résistances
l*exception.
de ce genre furent l'exception (1). Les villes, les abbayes, les congrégations, les amateurs
(1) Golbert éprouva une déconvenue semblable auprès du chapitre de SaintrMartial de Limoges.
GOLBKRT CHEZ LUI 185
mêmes s'empressèrent de répondre au désir du ministre tout-puissant.
Ce fut un immense drainage des bibliothèques, des archives et des chartriers de province.
Et il faut regretter, si fâcheux parfois qu'aient été les expédients employés par Colbert, que cette longue et ardente chasse aux livres précieux et aux manuscrits anciens n*ait pas donné de résultats plus vastes encore. Car Colbert ne ^^ bibliothèque
.,,.,.,-, , .,, de Colbert utile
recueillait point seulement ces merveilles pour àtoas. la seule satisfaction de son amour-propre de bibhophile; ri n'entendait pas jouir lui seul de ces richesses acquises, les unes comme nous savons , les. autres à beaux deniers comptants. Il voulait que tous les gens de lettres en pussent profiter et il ouvrait sa bibliothèque au public comme il avait ouvert celle du Roi, comme il avait livré à l'admiration universelle le musée du Louvre vraiment créé par lui.
Il ne peut à cet égard subsister aucun doute.
En mars 1682, il écrit lui-même à' M. de Rignac, conseiller à la cour des aides de MontpelUer :
« Je prends plaisir d'amasser des manuscrits dans ma bibliothèque pour les rendre utiles au public. »
Le savant Baluze, prieur de Beauvais, son
bibliothécaire, lui écrivait, dès Tannée 1671, touchant l'achat des manuscrits enfouis dans les églises et abbayes :
« J'ay prié de mes amis de voir si on voudroit les vendre ou troquer contre des livres imprimés... Si celapbuvoit réussir et que monseigneur eust un nombre considérable d'anciens manuscrits dans sa bibliothèque, les gens de lettres y. viendroient autant plus apprendre quelque chose, comme par curiosité^ ce qui la rendroit célèbre parmy les étrangers. »
Ainsi ce que Golbert et son collaborateur recherchaient en créant cette admirable collection c'était bien moins sa a curiosité » que son utilité.
La bibiiothèqne Cette bibliothèquc fut vendue en 1728. Les
deColbertaprës ^
sa mort.
livres seuls comprenaient dans le catalogue 18,219 articles. Les manuscrits furent acquis par Louis XV pour la bibUolhèque royale moyennant 300,000 livres payées au comte de Seignelay, arrière-neveu de Colbert.
Le bibiiothé«aiw, Ajoutous, OU passaut, quo Golbert ne s'oc-
Baloze.
cupa pas seulement de sa bibliothèque, mais
aussi du bibliothécaire, et que cet homme érudit, fort considéré de son maître, jouit de bénéfices importants, fat compris dans les états de gratifications accordées aux gens de lettres, et reçut à diverses reprises des sommes assez élevées à titre de récompense et d'encouragement.
La reconnaissance fut, en effet, une des qua- La reconnaissan
' ' ^ co de Ck)lberi.
lités maîtresses de Golbert; il la poussa envers le Roi jusqu'à la plus entière abnégation, jusqu'au complet renoncement de lui-même.
Il ne fut pas ingrat envers Mazarin, son premier maître. Du vivant du cardinal il voulut affirmer hautement les sentiments de gratitude qu'il gardait pour lui.
zarin.
a Je supplie Votre Eminence, lui écrivait-il, coibertet lesMade trouver bon que je ne paraisse pas insensible à tant de faveurs qu'elle a répandues sur moi et sur ma famille, et qu'au moins, en les publiant, je leur donne la seule sorte de payement que je suis capable de leur donner. » Et
dans cette lettre, admirable vraiment de simplicité, il retraça avec modestie les services qu'il avait rendus au cardinal, s'efforçant de les atténuer et faisant ressortir, dans une énumération exacte et complète, les bienfaits qu'il avait reçus de Mazarin et les grâces que celuici lui avait fait obtenir.
En adressant ces remerciements au cardinal, Golbert saisissait en même temps l'occasion " de bien préciser la situation de sa fortune et d'en faire connaître Forigine. Cette lettre d'actions de grâces était en quelque sorte un inventaire de ses emplois , de ses biens et de ceux qui, grâce à lui, étaient entrés dans sa famille. Et, après avoir dressé cet état de ses services et des récompenses qu'ils lui avaient values, il ajoutait en terminant :
(c Voilà, Monseigneur, en abrégé, ce qui se peut exprimer et connoistre des bienfaits dont je suis comblé par la bonté immense de Vostre Eminence, étant infiniment au-dessus de mes forces d'exprimer la manière avec laquelle vous en avez su rehausser la valeur, etc. ja
Golbert n'oublia de toute sa vie ce qu'il devait à la mémoire de son puissant protecteur.
Le 3 novembre 1661, quelques mois après
la mort de Mazarin, il fonda en l'abbaye de Saint-Denis un service perpétuel, qui devait
être fait, le 3 novembre de chaque année, pour
le repos des âmes du cardinal et de Paul de Mancini,
Et la reconnaissance de Colbert ne se borna pas à de respectueux et affectueux souvenirs, à de platoniques protestations. Mazarin mort ne protégeait plus les siens ; ce fut Colbert qui les protégea. Ce fut à lui ^ue s'adressèrent tous les membres de cette famille, que Tindifférence du Roi pouvait laisser retomber dans le néant. Chaque fois qu'un des Mazarin fut éprouvé par la fortune, fut jeté ou se jeta dans quelque aventure fâcheuse, ce fut Colbert qui intervint pour Taider, pour le secourir, pour le préserver. Ici les documents abondent et les témoignages certains se multiplient. Le duc de Ne ver s, la connétable Colonna, le duc de Mazarin, furent tour à tour assistés, conseillés, défendus par l'ancien intendant du cardinal, par ce ministre toutpuissant à qui il était si facile, si commode d'être ingrat et qui, ayant tant à se défendre lui-même, tant à défendre ses proches, eût si bien pu se dispenser d'embrasser la cause de ces fous, de ces folles que la fin de son pre-
t90 • COLBERT CHEZ LUI
mier maître avait laissés livrés à eux-mêmes. Le 18 décembre 1682, neuf mois à peine avant sa mort, nous voyons encore Golbert peser de toute son influence sur M. de Harlay, procureur général au Parlement de Paris, afin que le mariage d'une Mazarin (1), mariage qui soulevait de graves difficultés , pût être favorisé.
coibert et sa viue S'il était reconnaissant envers le cardinal
natale.
de l'avoir, en quelque sorte* fait naître à la' vie politique, au grand jour des affaires et du pouvoir, il se souvenait aussi de son pays natal, de ceux qui l'avaient vu tenter ses premier^ pas. Les oublier, c'était rougir de sa naissance, renier son origine bourgeoise, et cela Golbert, quoi qu'on en ait dit, ne l'a jamais fait. En toutes les circonstances importantes, il se crut obligé d'annoncer à la municipalité de sa ville les bon-^ heurs, petits ou gt^nds; qui lui survenaient. Lft lettre suivante en fera foi. Le 14 janvier 1667, quand il est en pleine faveur, il écrit aux échevins de Reims :
(1) Marie-Charlotte dé la Porte-Mai^arin^ fille <l*Armand« Charles de la Porte, duc de La Meilleraye, et d'Hortense Manciiii.
« Messieurs, je ne reçois aucune grâce de la ^Jf^d^Retmr magnificence royale de Sa Majesté sans vous en informer, parce que je suis persuadé que vous y prenez part et que vous êtes bien ayses des avantages qui arrivent à ma famille.
(c Le Roy, qui est le prince qui récompense la fidélité de ceux qui ont l'honneur de le servir au delà de ïeur espérance, après toutes les grâces dont il m'a déjà comblé, a voulu faire le mariage de mes deux premières filles, sçavoir : de Taisnée avec M. de Chevreuse, fils unique de M. le duc de Luynes; et de la seconde, qui n'a que dix ans, avec M* le duc de Saint - Aignan, reçu en survivance de la charge de premier gentilhomme de la Chambre. Et, comme si ce n'estoit pas assez de m'avoir procuré deux alliances si grandes et si considérables, Sa Majesté a voulu leur servir de père, en leur donnant à chacune 200,000 livrés, ce qui fait la plus grande partie de leur dot.
<c J'ay estimé que je devois à l'amitié que vous avez pour moy et à celle que j'ay pour vous, de vous écrire ce détail, et par mesme moyen vous confirmer que personne ne sera plus que moi, Messieurs, vostre très*humble serviteur. »
Le grand personnage qui écrit de ces choses à des bourgeois qui ne peuvent avoir de doute sur sa naissance, n'est certes point hoijteux d'avoir grandi dans la boutique du drapier de Reims, à l'enseigne du Long-Vêtu.
Les prétentions Nous savous bicu cc qiic d'Ormcsson écrit coibert. dcs prétentions nobiliaires de Golbert :
«Lemardy 19juin(l),jefusdisnerau Temple avec M. le Grand Prieur. G'estoit le jour de la closturede son chapitre, dans lequel M. Golbert iavoit fait recevoir chevalier de Malte un de ses enfants (2), et, quoyque sa naissance soit connue, il n'a pas laissé de faire paroistre les plus belles preuves de noblesse de la France ; il se fait descendre d'Ecosse. G'est Taveugiement ordinaire à tous les gens élevés. »
Gé que raconte d'Ormesson, peu favorable à Golbert, ne saurait être article de foi. Nous savons déjà, à' n'en pas douter, que le contrôleur général ne se prévalut jamais officiellement non-seulement de sa prétendue noblesse aur cienne, mais de ses titres nouvellement acquis
(2) Antoine-Martin Colbert, appelé tour à tour le che- • valier, le bailly ou le commandeur.
et qu'il resta toujours sur les états, sur les or- • donnances, édits et lettres patentes, le sieur Golbert. Mais il est probable qu'un généalogiste courtisan, — il u'en devait pas manquer, — lui découvrit cette belle descendance des Kolberg d'Ecosse. Que le jour où Golbert songea à faire entrer un de ses fils dans un ordre où Tancienneté de la noblesse comptait pour beaucoup, il ait invoqué, lui, père, pour son enfant, l'autorité de cette filiation plus ou moins authentique, c'est là sans doute un expédient d'une moralité un peu douteuse : mais qui de nous songera à lui en faire un crime?
D'ailleurs il parait certain que de tous les fils de Golbert, ce fut le marquis de Seignelay • seul qui eut la triste prétention de faire prendre cette descendance écossaise au sérieux.
Que Golbert ait tenu à assurer les privi- ^^^cJ(Sm^^ léges de la noblesse à ses enfants, il n'en faut pas douter. Quel père fut plus père que lui ? Il eut pour ses fils, pour ses filles, avec toutes les tendresses, toutes les ambitions. Et de son vivant, son amour paternel était bien connu.
Quand son fils aîné Jean-Baptiste, plus tard saccèt universi-
'^ • taire« du mar-
marquis de Seignelay, passa, après de bril- ,fljys <>e seigne-
Tm II. ^13
lantes éludes, ce que Tou appelait son acte, o'asi-à-dire un examen couronnant la fin de sfis huipanités, ce fut un concert de louanges et de félicitations ; parents, amis, flatteurs s'empressaient à complimenter le ministre ; ils savaient ainsi le prendre par son faible. Quand ce même enfant, venant d'accomplir sa seizième année, subit la dernière épreuve universitaire (1), qui pqr(ait sur toutes les parties de la pt^ilQSophie, sou père reçut les plus hautes et les plus vives marques d'amitié et de sympathie-
Un tel succès obtenu à cet âge dut rendre Golbert singulièrement fier de son aine. Aussi le orviHl appelé à parcourir beaucoup plus rapidement que lui-même la carrière des affaires d'Etat ; il lui était si facile de la lui ouvrir I II vit en lui son successeur-né et le fit pourvoir dès l'àgQ fie vingt et un ans de la survivance de 9es cj^arges les plus importantes.
coibert prépare le polbcrt savait qu'ou xi^ ppuvait aborder ces
marquis de Sei- -, ^ . 'j x* ' • i
pneiay anx af- grauds cmplpis saus uuc cducation spéciale,
qu'il s'était donnée liji-même pt qu*il avait mis bien des années à acquérir . Il crut que son
(1) Le â9 août 1668.
COLBEHT CHEZ LUI 195
flls, brillamment doué comme il Tétail, devait en un laps de temps relativement très-court s'infuser toute sa science. Il apporta à cette prépapation d'un futur secrétaire d'État une impatience si violeijte qu'elle exaspère parfois. L'éducation de Seignelay fut vraiment une éducation en *serré chaude ; tout en lui fut prématuré, le talent, disons le génie, puisque Voltaire (1) a prononcé le mot, I-expérience, la sûreté de vue, tout jusqu'à sa mort, hélas ! L'ambassadeur de Venise en France, Marc- Antoine Giustiniani, écrivant vers cette époque à son gouvernement, disait du marquis de Seignelay:
« G 'est un jeune homme de beaucoup d*es- Les voyages for-^
mrni-ils U jeu-
prit et de distinction ; ayant terminé lo "®**®* cours de ses études aux applaudissements do tout le monde, il attend un emploi convenable et il aura peut-être la survivance de son père. « Son Excellence est dans le doute si elle lui fera entreprendre quelque voyage; elle m'a dit que c'est une question pour elle de savoir si les voyages conviennent ou non aux jeunes
(1) n avait uft génie plus vaste encore que celui de son père. (VoLTAiHK.)
196 œLBERT CHEZ LUI
gens, car souvent ils les empirent au lieu de les amender. »
Golbert pourtant se décida pour les voyages, et sans doute il crut les rendre sans danger pour son fils en entourant celui-ci de guides surs et de conseillers graves.
Il l'envoya tout d'abord à Rochefort, après lui avoir tracé, dans un mémoire admirable de netteté et d'élévation, les principales règles de sa conduite :
Maximats de Col- « La principale et seule partie d'un hon-
bert pour ^oa
"**• neste homme, disait-il à son fils, est de faire
toujours bien son devoir a l'égard de Dieu. ... Je lui ay cy-devant bien fait connoistre que ce premier devoir envers Dieu se pouvoit accommoder fort bien avec les plaisirs et les divertissements d'un honneste homme en sa . jeunesse. )>
Le père, on le voit, fait la juste part des ardeurs de l'âge.
« Je désire, dit-il encore, qu'il devienne autant et plus honneste homme (1) que moy^ s'il est possible, et que, en y travaillant comme
(1) Nous avons dqjà fixé le sens de l'expression c honnête homme » 'à cette époque.
je le souhaite, il satisfasse en mesme temps à tous ses devoirs envers Dieu, envers moy et envers tout le nîonde et se donne les moyens seurs et infaillibles de passer une vie douce et commode^ ce qui ne se peut jamais qu'avec estime, réputation et règlement de mœurs. »
C'est là une morale très-pure, formulée avec mesure et qui n'a vraiment rien de rigoureux.
Ce que Golbert demande, ce n'est pas un effort surnaturel d'austérité et de vertu, c'est ' un effort énorme de travail.
Il sait que son fils a tout ce dont, il a manqué , lui , dans son jeune âge : une éducation remarquable, la fortune, l'accès facile à toutes les carrières ; peul^étre aussi le trouve-t-il plus prime-sautier, plus prompt d'entendement et d'esprit qu'il ne Fêtait lui-même à vingt ans. Et il veut que ce jeune homme apprenne en quelques mois ce qu'il a mis, lui, qui a presque tout deviné, trente années à apprendre.
Il a des exigences folles, que la violente am- ^^i^j^J^jjP^ç''j*' bition d'un père pour son enfant peut seule excu- ^*'*"^' ser. Lui, qui a vu l'Italie à loisir, qui a pu l'étudier longuement, quia séjourné plusieurs mois
exi
198 tlOLBERT CHEZ LUI
à Rome (1), qui a pu visiter à son aise et sans se hâter Florence j Gênes et Turin, lorsqu'il . . envoie Seignelay parcourir la Péninsule, il lui impose vraiment un itinéraire formidable a effectuer en quelques semaines.
soiîfitqav en lia- u ycut quo, sur sd route, il voie tout : hommes et choses, bêtes et genë; qu'il s'enquière des lois, des mœurs, des coutumes, de la prospérité, de Tindusttie et de la puissance des ^ peuples ; qu'il tienne de tout cela un journal exact, détaillé ; qu'il fasse des visites et en reçoive; (}u^'il prenne goût à la peinture, à la sculpture, à l'architecture; qu'il fasse dessiner les sites et les objets qui le frapperont. Et, pour faire tout cela, il lui accorde :
uinèrairo tracé Deux jours de s^our à Gênes!
liar le père. -r^ . » t-h
Deux joufs a Florence!
Deux semaines à Rome 1 1
Trois ou quatre jours « à Naples et ses en-
virons! »
(1) M. Jal, dans son Dictionnaire de biographie et d'Jjistoire , a affirmé que CollDert n'avait point connu rilalie <p. 1120, article Seignotay). L'émiuent et infatigable érudit oubliait que Tintcndant du cardinal avait. été envoyé par celui'Ci en mission à Rome, à Florence, à Gênes, à Turin (1659*1660).
GOLBEHT CHEZ LUI im
Unô demi-journée dans Dhaciine des villiBe curieuses de la Romagne !
Deux ou trois jours à Venise I
Un ou deux jours à Milan!
Un ou deux jours à Manloue et Tiirih!
On croit rêver en lisant cela !
Quelle puissance de vue, d'intuition 6t (l*âssimllaiion croit-il donc à âori fil6?.0 orgueil^ ô aveuglement paternels !
Mais comme l'amour et la tendresse rachètent tout cela t qiie de soucis la santé de soti fils lui inspire ! quelle gratitude il a pour ceux qui accueillent Seignelay sur son passage, qui raccompagnent et le guident!
Il n'a pas assez de remerciements pour les Tendresse de coi-
* bcrt pour son
hôtes du jeune- homme, pour leUrs attentions, "**• leurs prévenances. Mais ce n'est phs assez qu'on Tait bien traité ; il veut encore savoir ce que Ton pense de Seignelay et quelle opinion celui-ci a laissée de lui :
a Vous m'auriez fait un fort grand plaisir, écrit-il au premier président Fieubet (1), si ' vous aviez pris la peine de m'averlir des dé*
(1) A Toulouse, où Seignelay s'était arrêté, se rendant de Rochefort en Italie.
GOLBEUT CHEZ LUI
fauts de sa conduite et de ce qui peut n'estre pas assez poly à un jeune homme qui commence à entrer dans le monde; et je veux espérer que vous voudrez bien en cela satisfaire ma curiosité. »
Au cavalier Bernin, à Rome, il écrit (1) :
(( J'ay esté bien ayse d'apprendre le soin que vous avez prjs de faire voir à mon fils tout ce ce qu'il y avoit de beau à Rome.
a Le sentiment que vous avez du discernement qu'il en a pu faire luy est fort avantageux, et je serois bien satisfait s'il avoit profité des lumières que vous luy avez communiquées, »
Goll/ert est un père excellent ; mais c'est un maître difficile. A tout, prix il veut faire de son fils un ministre, et cela en deux ou trois ans! Tâche écrasante pour l'un et pour l'autre.
Il faut lire le recueil des instructions dressées par Golbert pour Seignelay. Il en est une, donnée sans doute au retour d'Itahe, dont le préambule est bien caractéristique :
Instruction à SeU gneUy.
a Comme il n'y a, écrit Golbert, que le plaisir que les hommes prennent à ce qu'ils font
(l) D'Ath, le 28 juin 1671
OU à ce qu'ils doivent faire, qui leur donne de l'application, et qu'il n'y a que l'application qui leur acquière du mérite, d'où vient l'estime et la réputation qui est la seule chose nécessaire à , un homme qui a de l'honneur, il est nécessaire que mon fils cherche en luy-mesme et au dehors tout ce qui luy peut donner du plaisir dans les fonctions de ma charge.
« Pour cet effets il doit bien penser et faire cette réflexion sur ce que sa naissance Vauroit fait estre, si Dieu n'àvoit pas bény mon travail, et si ce travail n'avoit pas esté extrême. » '
Cette phrase n'est-elle pas bien touchante et presque douloureuse ? Ne révèle-t-elle pas tous les maux soufferts, tous les obstacles brisés, tous les labeurs, toutes les peines ? Et quelle leçon elle contient ! Gomme elle renvoie le jeune marquis à , la . boutique du drapier de Reims ! '
Aussi le marquis, en recopiant Tinstruction ^^seigné?a"y%ol!i-
^ * ., . fifit de sa nais-
OU se trouve cette phrase, eut-il un triste et s>nce. lâche mouvement. Celte naissance, ce travail béni, ce travail exlréme, que Colbert le fils de bourgeois, son père, lui rappelait, lui firent
20S GOLBERT OIIKZ LUI
honte. Il copia cette phrase sublime» poigoantet et, après l'avoir écrite, il eut l'ingrate faiblesse de l'effacer, de la biffer. La preuve matérielle de cette méchante action subsiste encore. La Bibliothèque nationale garde la copie faite par Seignelay (1) et raturée par lui, un jour sans doute où il songeait trop au Koltjerg d'Ecosse.. Colbert eût voulu que son fils lui .fût supérieur, qu'il fût parfait. Aussi n'épargne-t-il ni les encouragements, ni surtout les reprochesi les réprimandes, les admonitions sévères :
Reproches à Sel- (( Lcs mémoircs que vous écrivez au Royi lui
observe*t-il un jour, ne sont point assez polis (2); travaiiteen ga- VOUS Ics faitcs eucorc cu galopaut ( galoper
lopant.
est un des mots familiers à Colbert). Ils sont confus et les matières sont meslées l'une avec l'autre ; il y a mesme des fautes de diction, ce qui prouve clairement ce que ^e vous dis. Ne fait point de « Vous uc faitcs poiut dc minutcs de vos
brouillons lorsqu'il écrit. dépêches (3), ce qui^ entre nous, est une chose
honteuse, et qui dénote une négUgence et un défaut d'apphcation qui ne se peut excuser, ni
(1) Mélanges Colbert, volume LXXXIV.
(2) Lettre datée de Sainl-Oemàih, il ayril i6l2.
(3) Même lettre.
COLBEFrr CHEZ LUI 203
exprimer^ vu qu'il n'y en a aucun de tous ceu5$ qui servent le Roy, en quelque fonction que ce soit, qui, ayant à écrire à Sa Majesté, ne fasse une minute do sa lettre, ne la relise, ne la corrige, ne la change quelquefois d'un bout à Taulra; et cependant vous qui n'avez que vingt ans faites des lettres au Roi sans minute .y>
Eh ! c'est là ce qui explique tout : c'est parce qu'il n'a que vingt ans que Seignelay ne fait point de brouillons !
« Mais, écrit le père (1), il faut que vous sur- montiez ce défaut que la jeunesse vous donne,
et je vous ay dit tant déraisons qui vous y doivent obliger; qu'il me semble qu'elles doivent forcer votre Jeunesse et vous donner par es* prit la mesme application que la nature vous h manqae d-ap
^ ** * plication.
portera à donner dans ua âge un peu plus avancée »
Forcer la jeunesse, forcer la nature! Etre à vingt ans ce que le père est à cinquante! C'est là ce que voudrait Colbert. Son impatient amour le rend parfois cruel. Sentiment plus digne d'éloges en lui que de blâme : ne sentaitil pas, ce père, souvent malade, dévoré par la
(1) Le 23 avril 1672.
-204 GOLBERT GHÉZ LUI
goutte, que la mort l'enlèverait trop tôt pour assurer la fortune de ses cinq enfants ?
coibertetiejeune Tel il fut pour Soiguelay, tel il fut pour ses
d*Ormoy. i i*i-v
autres fils. Il faut Tentendre gourmander d Ormoy, à qui il veut faire- remplir, à Tàge de dix-sept ans, les fonctions de sa charge de surintendant des bâtiments.
<c Tout ce que tu m'envoyes est si fort galopé^ et tu continues à t'appliquei* si peu à Texécution ponctuelle et exacte de tout ce que je t'ordonne, que je commence à désespérer de pouvoir rien faire de toy (1) .
<( Le Roy a admiré le barbouillage du plan des bois de Verrières que tu m'as envoyé, et Sa Majesté a dit que cette saleté sentoit bien son écolier et ne sentoit guère un surintendant des bastiments qui auroit de l'esprit. . . Mais, ou tu changeras ou tu souffriras beaucoup (2). »
Et quelques mois plus tard (3) :
« Je te dis que tu es un homme perdu, si cela ne change du blanc au noir, et je te dis encore que je te vois une si prodigieuse inap-
(1) Lettre du 10 août 1681.
(2) Lettre du 12 août 1681.
(8) Lettre du 25 mars 1682.
plication et l'esprit si éloigné de penser et de faire ce que tu dois^ que c'est un miracle si tu en reviens. »
Sans doute Golbert est un bon père, et sage, un surintendant
de dix-sept ans.
et prévoyant ; mais comme on est porté à l'indulgence pour ce malheureux garçon de dix- sept ans qui, bon gré mal gré, doit faire un surintendant !
C'est là une des parties du caractère de Col- •''Xii'eîîf''* bert, « l'impatience : » il veut des fils qui le remplacent et qui le suppléent tout de suite . Il veut improviser des secrétaire d'Etat. Aingi, et ce fut le vice de son système, le défaut de son œuvre, il voudrait transformer la France entière, la réorganiser, lui donner des mœurs, des lois, un commerce, une industrie en quelques années à peine. Il voudrait pouvoir dire : ce que la , marine soit » et que la marine fût ; et vraiment il accomplit presque ce miracle, tant cette création fut rapide, instantanée, foudroyante.
g VI
coibcrt et sa b- Sa tcndresse pour ses enfonls, son amitié
pour ses frères, son affection pour ses moindres parents, éclatent partout. Il n'épargne pour eux ni les démarches, ni les recommandations.
coibert soilid- Pour cux il dcsccnd au rôle de solliciteur.
leur.
Certes, si homme au monde eut l'amour de la femille ce fut bien lui, et ce sentiment l'entrainait parfois au delà des bornes de la justice et de la dignité.
Il recherche les Lui, dout assurémcut Ic Saint-Siège n'eul
farears do pape.
guère à se louer, ne se fait aucun scrupule de demander du pape mille faveurs. C'est un jour le gratis des bulles pour la coadjutorerie de Tarchevêché de Rouen donnée à son second fils; un autre jour, un bref autorisant son troisième fils à tenir jusqu'à 16,000 livres de pension sur bénéfices ; plus tard, pour le même, un nouveau bref afin qu'il puisse tenir en con^ mande un prieuré ; une au tre fois, c'est le gratis des bulles de l'abbaye de Bonpor pour Louis
CÛLBERT CHEZ LUI 207
Cûlbert, son quatrième fils, qui n'a encore que quatorze ans }
Pour Seignelay , f)our d'Qrmoy, pour ses *'Ynfams \&^' trois filles il prépare lui-mpme les plus riches "lîîlas.^ ^"*"* mariages et recherche les plus plus hautes alliances. En 1B75, Seignelay épousa Marguerite d'Alègre, grâce à Tintervention dp Roi qui brisçi toutes les volontés qui s'opposaient à cette union et déclara que lui seul savait « ce qui convenoit au bien de la fille. » Ce fut à Toccasion de la mort de cette première femme du marquis de Seignelay (1) que madame deSëvigné écrivit ce mot cruel : « La fortune a fait un coup Mot craei de mabien hardi d'oser ainsi fâcher M . Golbert (3). n ««^
Plus tard Seignelay épousa en secondes noces Catherine-Thérèse de Matignon, marquise de Lonray, fille de Henri de Matignon. En 1682, d'Ormoy, qui dans la suite prit le nom de marquis de Blainville, épousa Marie-Gahrielle de Roohechouart de Tonnay-Gharente, Nous savons par une lettre déjà citée do Golbert aux échevins de Reims que ses deux premières filles épousèrent. Tune, de Ghevreuse,
(1) Le 16 mars 1678.
(2) Lettre u Bussy-Rabulin, ou date du 1^ muia 1618.
Fautre, le duc de Saint-Aignan ; la troisième^ iiBdesgeiidmde Maria-Anne Colbert, épousa en 1680 le duc de de Nortinart. Mortemart, auquel elle avait été fiancée un an auparavant. Colbert aima ce gendre comme un lils ; le duc avait à peine seize ans au moment des fiançailles ; le ministre voulut achever son éducation ; il le fit d'une façon toute paternelle, lui prodiguant ses conseils, l'entourant des soins les plus vigilants, des attentions les plus délicates.
C'était madame de Montespan qui avait préparé cette union. On eût préféré sans doute un autre' patronage pour le fils du duc de Vivonne. La paternité de ce dernier était d'ailleurs contestée ; on affirmait même que Vivonne la reniait absolument. Saint-Simon conte à ce sujet une singulière anecdote (1) :
singrniièrc saillie a M. de Vivonuc, dit-il, était brouillé avec
du duc de vi-
le duc de Mortemart son fils, que j'ai vu regretter comme un grand sujet et un fort honnête homme aux ducs de Ghevreuse et de Beauvilliers, ses beaux-frères, et à qui le Roi donna des millions, avec la troisième fille
(1) Mémoires, année 1709, t. VII, ch. v.
Tonne.
COLBBRT CHEZ LUI
de Colbert dont nqadame de Montespan fit le mariage. A rextrémité du duc de Mortemart^ M. de Seig^elay fit tant qu'il lui amena M. de Vivonne ; il le trouva mourant, et sans en approcher se mit à le considérer. . . Toute la famille étoit là, désolée. M. de Vivonne, après un long silence, se prit tout à coup à dire : « Ce pauvre homme-là n'en reviendra « pas, j'ai vu mourir tout comme cela son a pauvre père. » On peut juger du scandale que cela fit (ce prétendu père étoit un écuyer de M. de Vivonne). Il ne s'en embarrassa pas le moins du monde, et, après un peu de silence, il s'en alla. )>
Colbert n'avait pas seulement pensé à ses fils et à ses filles ^ tous ses frères étaient pourvus : Colbert de Croissy, dont il avait commencé la fortune sous Mazarin, avait été nommé ambassadeur à Londres et devint secrétaire d'État pour les affaires étrangères. Nicolas Colbert, d'abord évêque de Luçon, était devenu évéque d'Auxerre. Colbert de Maulevrier suivait avec faveur et distinction la carrière des armes.
Les sœurs de Colbert, elles aussi, se ressentirent de ses bienfaits : l'une, Cécile Colbert,
Les frères de Colbert.
Ses sœurs
2ie COLBBRT'.CHEZ'LUr
étaîl abbesôe^duLys; uae autre-, Gïaire Colbert, abbess© de Sain-te-GIaire de Reims, où elle fût remplacée par Agnès Golftert; ner^tix, cousins germains, petits-cousins», tous- furent aMés, encouragés, poussés. Les GelBert encombrèrent littéralement toutes tes* avenues du pouvoir, toutes les carrières*
L'afPection que* Gilbert portait aux' siens lui fit perdre souvent le soiii de sa propre- dignité et le respect de la justice ; il est vrai que ses parents n'étaient pas peu avides et voulaient être contentés. Une de- ses cousines germaines,. Marie Golbert , mariée à uo sieur Ghertetnps,. écrivait à Golbert :
Les coustos et (( ftL Peiitpiô,, cbjanoixie d^ Nostrer-Dame de
Reims^, e^t malade à . Ve^ivémiii^^ d*uiw apoplexie et pgiraljjaiQ*' Je vou& d^oaaodje. la grâcs da vouloir obtenir, s* jlace po^r. \m, de. mesenfants,, et. coaime,, moa$ieur„ aous. subsistons par, 1m gJtâQe. de vQ^trte pi:Qt&itiDU^ j'espère que VOUS; j^rdponejrea. à. une mèi-e. ^pi a dix. garçons ^ àqjxl il m. ay ewfitjrci 4^ au logis, qu'il faut tascher de pousser à quelque
H' y avai« vraiment de quoi remp&r bien de»
eoasines.
CÔLBURT CHEZ LUI 211
isib&&s avec? des foimlles miSj anrâît dfx: gar- ÇQS& f Les Goiibert pallukienfi.
Et, pcMar satislaire^ aux désîrs', aux sollîcf tatîoiisr de tcwat ce mondev Gollwrt, nous regrettcFns d*a\r<^r h 1» coatesser, lï^hésitait: pas parfofe à foira flédiiir les plus ri^id^s principes de sa rkL Pouruaa© ©gaisinej peuruflie* amie' même, il pression de coi-
bert sur la eon-
&'eiilaremet aaapnSs^ des magrslrats chargés' de science des ju-
îmgerieuirpxticèa; il insiste auprès d'enxet ne
paraît point éprouver de scrupule à jeter, d^ns
un des plateaux de la balancç de Thémis, le
paid^deso&noniicidissottatiforité; '
. Et Q'e3t MF mteie^ honrnMA^ indulgent:; ctkri-
pati66ant^ dc^aila bonté poisr les^ ^ener vsr pai>
SiÂSi jitisqa'às lai faiibfefiset^ c^est lui qm mviterk
osa xuBTueai oiagisIratiB: m ccmdâfmneF Ih pltts
pQfi$ibli^ dâ-. pafliroes gensi aux gsdèfes; p^r^e
^% a be^itt i^rBvamm; Im qui re«îend!ra sut *^^'"'"••
ces» saleras pendaiiÉ. taiibi Ibm^ vte« dtes' côndàm-
fiéiftà wbteo^wiviitiiieiB^ se'coni&ntaTtt
âa nei^Q>^ ks iin^alides dâRmnus? mutUes'; lui
^MMW^ qui pouMeRai Im vigooiBr jusq^'^êe infliger
te cawoQAtaiyiiL aBlÎBfems<pi-ii^aur6fi« pas* ôSserrë
les tyranniques règlements sur la dimeusioa et
la (qualité d^s étofGÊSi; a'e^t râiuxma dos» cûBtara-
dictions humaines.
Graauté de Colbert enrers les
Ce serait une erreur de croire que les qualités de l'homme furent en lui complètement méconnues de son temps et que tout le monde vit Ce qu'on pensait cu lui uu maître dur et froid, le Nord, comme
de la bonté de
coibert. rappelait la marquise de Sévigné; on savait bien comment faire fondre ses glaces et ses neiges, et les habiles savaient par où le prendre. Elle le savait bien, cette spirituelle douairière de Lavardin qui lui écrivait la lettre suivante (1) :
I^a lettre d*Dne doaairière.
a Personne de la famille , monsieur , ne veut vous apprendre que madame de Lavardin (2) est accouchée d'une fille. Je suis la seule qui n'en fais pas dé difficulté, sachant combien vous aimez l'augmentation des sujets du Roy et approuvez que les jeunes dames donnent bien des enfants à leurs maris. La nostre s'est si heureusement tirée de sa première affaire qu'elle
est résolue de recommencer bîentost pour nous donner un garçon. Elle veut se rendre digne de vostre adoption, en vous fournissant bon nombre de petits-enfants. La façon de son premier ne l'a
(1) Le 2 septembre 1668.
(2) La fille du duc de Luynes, belle-sœur d*une des filles de Golbert.
pas rebutée ; elle déjeuna très-bien à neuf heures, disna encore mieux à midy et, à trois heures, nous fit son petit présent. La demoiselle sera une personne" extraordinaire, car, trois jours après sa naissance, elle a eu une dent.
« Je vous rends compte, monsieur, de toutes ces particularités comme à notre bon père de famille , que nous respectons et aimons chèrement, et à qui nous sommes obligés de donner connaissance de tout ce qui se passe dans une maison qui luy appartient. Gomme la plus ancienne, je parle pour tous ceux qui en sont. »
Ecrit-on de telles lettres à un homme qu'on sait avoir le cœur sec ou n'en avoir point? Le grand Condé lui-même connaissait bien le cœur de Golbert, quand il lui écrivait d'Utrecht, pour le remercier d'une visite faite à Chantilly :
<c J-ai vu ce que vous m'avez écrit de mes us petiis-enfanu
*■ du grand Gondè.
petits-enfants. On voit bien par là que vous sçavez par expérience combien cela touche. J'aurois bien de la joie si vous les aviez en effet trouvés à vostre gré; mais j'ai bien peur que ce que vous m'en avez écrit ne soit un effet de
UA «GOLBfiBT OHiZ LiSI
vostœ complaisQiice. Je oa laime pas «le vqsb
eu £slra fort ixbljga. v
coibertet les en. Qui, GoU^rt, oozztfoe loiifi.Jas ^miitôs
bots.
meiitlions^,aÙQaitle6 eafante, nfmxjpfmtmAesOÊaat les ^06 et ceux 4d ms pnûcfaes^ ntais itoas les «QJEants. Il .suffî^aét de lui w parier ^eur Je loucher, le vMt mâcae Talteodrisfiait J
Couvert etiesTni- Ou Sait qu'il avâit Mt £ïq)primOT ia raa^iim
leries.
séparaît \e jardin, des Tuileries du palais (1); il ftyaLt chargé La Nôtre de Iranfiforaiar le Jaodtii» de le replanter, de Tembellir, de le rcndne aalU tel à peu jpirès gtjfe noujs ia vciycpis^ajouiHiUiui. Quaod 4>e& travaqx lareat aQfaB¥és, GollNsrt «tt à PerraulL» hou principal callabomteur dans la surinteadanoe das bàtimeats ^ c Alkaas amx Tui^ leries «ea ^^ooàamuejr ies poilasL » Ckdbert voslait que ce jardin fût réservé aux rois et redoutait les dégâts que les promeneurs pourraient y iaire. Cliàarlas Perrault, qui .sav^ait ooiabîen cette proxnenada éiaiX chèra aux ParisiaBS, OM cowibaUTe ce pngat. Il éleva diuerae^ abjeotioas. c U ne viaut ici (pia das IwncRnts disait iCol**
(i) O&.rétidbia<€»ttBi0oeMftflem«BntKâixril tô77V.
bert. — Non , répondait Perrault , il y vient .aussi des personnes qui relèvent de maladie ; beaucoup de gens s'y donnent rendez-vous * pour causer d'affaires, de mariages, de toutes les choses qu'on traité plus convenablement dans un jardin que dans une église. » Colbert résistait, hochait la tête, ne goûtait point toutes <5es raisons. Enfin Charles Perrault eut une heureuse inspiration. Il dit que sans doute les jardins des rois n'étaient si vastes qu'afin que tous leurs entants pussent s'y promener. A ce mot, Colbert sourit. Les Parisiens gardèrent leur jardin des Tuileries.
Ce sont là de ces traits qui peignent Colbert tout entier. On le connaît maintenant, et, ca chapitre épuisé, il nous semble que la légende de V homme de marbre n'existe plus.