LIVRE IV
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CHAPJTiaE PREMIER
LES «£Atn(-ARn
iim, — Is i^oAtdie CafttttU'— JMMiÊé tes branx^aHls «tut 70111c tie
jfostin» de OLe Bran.-*- C«U>ert «dmiiiieire sras titre «ffteiel 1« Jbitinnilt niQMftx. «^ Le aêve «te Cett>aBt. -«^ Le vêre -de tewB KiV^ ««-.Bésiateim ^ OofteiK «mK-proj«tt «de Vetrarilles. •« liM.ijMiwe «i V^assmtkw t li aaMSMi i«t le pstÊms. -^ L%«iè ^ l^&BÊaaS^M. — .li>uie JCIV j««é«v Vvrsftilkm. -- Vepwllkft teecA tOètiMlt. ec: S ii, ^ ColbMi, «iHntenteit *étis IbâlÉneMIft. •^ tteoMsUMMA cft.iotfWttMtien ée r«K»4énito .de peintwe ift ^ «eaiptuM* — Lm mwiabpes «de r^caééaie. •«- Mx^Umn 4ft •ectcvis «djMrfs, '«^ ftjiftiaBMra. — PveféMem ndjointft. «^ ^aeneniHer», ^ itoréMii — Sé^ftier pntteeltur. «-^€elbert vio»fntftMÉenrv- Uae «teite 4» Qrifcirt <à raosÉÉMie Je j^cMum. — • iia—Wli— <de Caifca jL '■-^ Ltédaclieii 4Wtt8tin>e« ^<C»>fléwiKWi gÉHIniies. à l'aoBiénoie 4e .|iiiirt«ie, — Le eiluaet des tilUea«s ^.9oî «Bmt rw- pribiio. .» I lU. «^ CMkert^t le l>vr»e. «->
lee imAit«tftoo^'*--'PtoM»4uMain<l8-4Miitwwftitctiet
L«8 pfojslB id« ioi\«liir Somin pour le Louipm. -^
hBfBtmàtn^lwKk é» Bénite copiNisté*— Bemiii^^toit çrésenler «M
nouveau projet : nécessités auxquelles il doit répondre. — Efforts pour attirer Bernin à Péris. — Lettre de Louis XIV au cayalier.
— Bernin en France. — Accueil fait à Bernin. — Echec et profits de Bernin. — Les plans de Perrault. — La colonnade. — Dépenses faites au Louvre jusqu'en 1679. — Le Louvre sacrifié au château de Versailles. — Rien pour le Louvre après Colbert. — Louis XIV avant la mort de Colbert et Louis XIV après Colbert. = § IV. — Colbert résigné aux travaux de Versailles. — Commencement des travaux. — Concours entre les architectes pour les plans de Versailles. — Le plan de le Vau adopté. — Les ouvriers carriers; la moisson et les ouvrages du Roi.— Sollicitude de Louis XIV pour Versailles pendant la guerre de Hollande. — Colbert dans les détails. — Les fleurs pour le jardin du Roi ; essais d'acclimatation. — Importation d'animaux rares. — La faune ornementale. — Les perdrix de Barbarie.
— Les bassins de Versailles. — La grande affaire des cygnes.
— Cygnes de Danemark. — Cygnes de Touraine. — Les œufs de cygnes. — Les cygnes sur la Seipe. — L'fle des Cygnes. — La question des cygnes close au bout de onze ans. = { V. — Les résidences royales et les monuments. — Le personnel des
, arts. — Les collections ,: acquisitions ^à Tétranger. — M. de Bonzi. — Jabach. — Une mémoire de collectionneur. — Les présents agréables au Roi. — La collection du Louvre telle que l'avait créée Colbert. — Visite du Roi à son cabinet de tableaux.
— Le musée du Louvre 60 ans après Colbert. as { VI. — Formation d'une nouvelle génération d'artistes. — Fondation de Ta- <iadémie de France à Romo. — Son directeur et les devoirs qu'il avait à remplir. — Les élèves; leur vie; leurs obligations.
— Objet de cette fondation. Sollicitude de Colbert pour Faca* demie de Rome. — Direction de Charles Errard. — Girardon à Rome. — Errard .et «es pensionnaires. — r L'aoadémie 'do Rome pendant Ja guerre de Hollande. — Succès de Tacodémie de Rome* — Colbert ne veut pas seulement des copies, mais aussi des œuvres originales. — Les académistes à leur retour de Rome. — Première exposition des artistes vivants. = | VIL— Le Brun, premier peintre du Roi. — Autorité de Le Brui^ sur les artistes.— Le Brun aux Gobelins reconstitués. — Les artistes des Crobelins. ^^ Les meubles de la couronne. — Les artistes au Louvre. ^ L'industrie artistique. = | VIIL — Le conseil des bâtiments. — L'académie d'architecture. — Concours pour l'invention d'un nouvel ordre d'arehitecture. — Durée des mo« numents. — Etude et choix des matériaux. — \es embellissements de Marseille. ^- Les académies d'art en province. s=
LES BEAUX-ARTS Hl
I IX. ^ La musique. .-*«' Les opéras. — Jean» Baptiste Lu)li. — Fortune de Lulli. — L'académie Royale de musique.
cr
Une expérience déjà longue des hommes et des choses, une profonde connaissance des ressources du royaume, le coup d'œil perçant du génie qui devinait tout ce que l'on pouvait obtenir du peuple français, de son intelligence, de son amour du travail et de l'épargne, Tamour enfin de la patrie, avaient affermi Colbert dans sa pensée que la nation française était destinée à devenir la plus grande et la plus glorieuse de TEurope. Qu'on ajoute à ces puissants mobiles, son affection pour le Roi^ affection tendre poussée jusqu'à la faiblesse, le soin de la dignité et de la renommée du souverain qui s'identifiait presque avec le pays, et l'on comprendra avec quelle ardeur Colbert dut rechercher tout ce qui pouvait accroître la grandeur de la France, élever son esprit, accroître son ^prestige et, par une conséquence naturelle, illustrer le règne de Louis XIV.
Le goût de Goi- EoTisié k ïée&L& dm Mftnr», ^i étséS mort en
bert.
regrettant ses belles peintures, ses statues et ses livres, chargé très-certainement par le cardinal de négociations pour achats de tableaux, Golbert, dont le goût s'était peu à peu élevé, dut comprendre mieux que personne, lorsqu'il arriva au pouvoir, quelle gloire pouvait procurer à .la Fran^j^! l'asaQ? dâs lâi^nxairts,
Utilité des beaux- . D.oter la uatiou ei pxincipalâmeiiti sa cuftitafe de coibert. dig>toutes le$. riches^^s artistiques ;,ëtâ£fiiserliB souvenir des graodQCF.aatiaB^ du p«iipW &an^ çais» .d€ ces GeséA Dm par Pusmcme emsm^ ]m a{)gelle un anciau chrooiquaiiry pias dâH mmmr menta dign^ d'eUe^;, iaifo^ c^nmark k ivw teUie. oeuvre tout ca q>ire l!Ëi«i«i(mi <NU^plttl> éà . talents illustres, ^uois» Béglig^r d& dà^sak]^f)p«a? daos le pays mèpa^i les. éléas^ata d^à^nioiaheatui d'vm afct. vraiment natioaaL. i ioiim ^Ai%:.\^)mlm qjue; dès sou& entcée; aux affeiaros Goïbcfl. &'mt gcopo^^e.
colbert à ses. dé- Il V étaU^ Douâ. IfavQua^ djt idisurableiarat
buts et les ar-
tistes. préparé. Dès 1658,, c'était déjjài à^ hii qn'oa^ sîa?.
dressait poua: v%s^mmmi(ludik l«Si artiâte^ k^^
plus a0iiiiiiié€k4 £*G)i26 ' 'm^à&*(fdi0 eelto à^ioqm* il fot rintermiàiiairei dâ lUazarin a.uppès' de* Roma^ BôUi ponrtrûia/toîieQ destinées à la rmm' mère.. Ei^ poMesBUia àé^k de !«' terre d^ Beigneiay^ simple baromnieç iI:c8Mifie ]mi t^ravauis eto son nouveau domaine à Le Vau pour les bâtiments, à L@j Nôtm poaF l^si |a9diS6« ïï appréedaifi le
telfttide deux qtu& sa farenfî dcrvuît étever. Le
Brun* était accaiieillî dhea; Cott)e»t:arai^ méAéaa STiH^ î| ^S/anl
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yAcadéuoie :de!pei!ntBre savait se^ faire bien ^mbt
ek n0: mâBAgeaadi poiflyd le^ attentioUB' d^cate^ à
ceElul^ d^ qioî îl dieYBdttoitf atibeiaidir®; Uiie'leMre',
QGtile" SBir moment de to prenaièit^ faveur (fe eis>l-
bert, nous le^ mimtre eàvo|^^ifft^ âr M femme» en
eûDâeiUw <kB jeane Roi ((oel'^c^ ébanïcih^ ow
quelqua dbssih. Cette lettre^ OBf da*^du l^^oc- *
tobre 4861 r
a Mcmsiëfir» éoili Le Btn» ^), e'e^ âvee* cënftuâMii^que ^effrr è iwiibiQïe* ^eiib> efteee 'de sf peu de conséquence ; n«aifi j'ôspèl?0^q!ï^V(59tpe Iwnité SBpp^ra^ à scoft délm<^^ eff' Icry fei^a agréer : pttisq^e^w^ôîwea'dëfjafWsraoîgné qulque^ estîme pour ce sujet, j^^ pr/sodsi dotte^k Hibetté dë^ lEy
(1) Charles Le B^un, né ami§l%««ail'«ife're'4frand) 1& m^tne^ âge* que CoHMrUi
ââ4 LES BEAUX-ABTS
présenter en attendant que l'indispositian où je suis me permette de luy faire quelque chose pluîs digne d'elle, et où je puisse faire voir que je suis, monsieur, vostre très-humble et trèsobéissant serviteur : Lk Bbun (1). »
coiberi •dminis- Bien quo Golbert ne fût pas encore surinlen-
tre sans titre »■ *
m?n1? royaux: daut dcs bâtimeuts royaux (2), cette charge étant occupée par le sieur Ratabon, il est certain qu'il en exerçait presque toutes les fonctions. En effet, dès le 1* mai 1661, Philippe de Champagne écrivait : « Nous avons entièrement achevé l'ouvrage des peintures et dorures que vous m'avez fait V honneur de me commander dedans le département du Roy à Vinaennes, qui montent ensemble à la somme de 35,238 li-* vres 10 sols... (3) Pour mon particulier, je ne vous seray jamais importun, parce que j'ay l'honneur de connaistre vostre générosité par vlestesmoignagesque vous m'avez fait l'honneur de me faire ressentir..... (4) »
A cette époque, en effet, Golbert est déjà en relations avec les plus habiles architectes, avec
(1) Bibl. Nat. Man. ancien. Collection verte. . (2) Il ne fut nommé que le l«r janvier 1664. (S) Environ 175,000 ft'ancs d'aujourd'hui. • (4) BibL Nat. Mas. Mélanges Coiberi, vol. 102, toU 489.
les artistes les plus renommés. De la surintenda,nce des bâtiments, arts et manufactures, il ne lui manque que le titre, il en a tous les pouvoirs. Il a les ressources nécessaires, le crédit, l'autorité, un admirable personnel sous la main ; tout est prêt enfin et Golbert se met à l'œuvre.
Il rêve la transformation de Paris et l'achève- Le réve de cou
bert-
ment du Louvre. Déjà , sous sa surveillance, s'élève le collège des Quatre-Nations ; déjà les peintres sont disciplinés sôus la direction de Le Brun, les marbres d'Italie sont à grands frais apportés en France, les tapis d'Orient envoyés pour les galeries du Louvre, de merveilleux tableaux achetés, les plus, célèbres architectes italiens consultés sur le projet favori de Golbert, quand tout à coup se dresse un obstacle inattendu, et que rien ne pourra briser.
Louis XIV a fait quelques promenades Le r^ve de agréables à Versailles ; il y a trouvé du plaisir. Il a voulu alors faire réparer quelque peu le petit château, maigre résidence, proportionnée d'ailleurs à sa destination. Bientôt prenant plus de goût encore à cette demeure, il veut parfois y faire séjour ; il trouve utile de l'agrandir ; quel-
qiies bâtiments y sont ajoutés (1). Son idée enfin se fait jouf t ce qu'il veut, c'est un vaste palais, un palais à lui, une ville à lui. Il songe à l'esprit remuant des Parisiens ; il se rappelle les séditions, les barricades de son enfance; il pense, est-ce bien à nous à le lui reprocher? que Versailles est plus calme , plus sûr ; qu'il n'est pas bon que Paris voie son roi de trop près ; et le funeste parti est pris : que Golbert ait sop Louvre si cela lui plaît ; Louis XIV aura son Versailles.
nésistancedeçoi- Pourtaut Colbcrt résiste et se défend. Ce
beri a d\ projets
de Versailles. VersaiUcs, il ne sait au juste encore pourquoi, ce Versailles l'effraie. En 1663 , alors que Le Vau donne ses soins aux nouvelles constructions qui sont aujourd'hui la moindre partie du palais, il semble qu'il soupçonne la pensée intime du Roi, de ce Roi dont Mazarin avait dit • <c II ira plus loin que lâfe autres. »
L'opposition que fit Gôlbert au Roi fut aussi vive qu'elle pouvait l'être! Dans un mémoire qui très-probablement appartient à l'année 1663,
(1) Nous analysons ici le récit de Charles Perrault, d*après ses notes inédites, qui ont malheureusement disparu dans Tinçendje de la Bibliothèque du Louvre sous la Commune.
LES BËÀUK-ARtS 2-21
il ne ménage pas les sévérités sur l'entreprise royale :
a Tout ce que Ton projette de faire, dit-il, n'est que rapeiasserie qui ne sera jamais bien. »
Et il donne cent raisons :
a II est impossible , s'écrie-t-il, de faire une grande maison en cet espace. »
Il parlait d'une maison !
et II n'y a pas d'apparence que le Roy veuille Le Louvre et veroccuper plus de terrain que celuy que cet \l^'^^ ^^ ^'*" endroit peut naturellement produire, d'autant que pour en occuper davantage, il faudroit tout renverser, faire une prodigieuse dépense laquelle il sera plus à propos ou plus glorieux au Roy de faire au Louvre ou en quelques grands ouvrages, et que le Roy se retranchast pour longtemps du plaisir qu'il a en cette maison. »
Gomme cette maison est adroitement rapprochée de ce Louvre !
Peine perdue. Les agrandissements, les modifications, les additions à Versailles continuent, et deux ans après (28 septembre 1665), Golbert est obligé de revenir à la charge. La lettre qu'il adresse à cette occasion, pour être plus agréable
dans la forme, n'en est que plus .amère et plus attristée au fond.
(( Cette maison j écrit-il, regarde bien davantage le plaisir et le divertissement de Vostre Majesté que sa gloire ; et comme elle fait bien connoistre à tout le monde combien elle préfère celle-cy à ceux-là, et que c'est assurément l'intérieur de son cœur, en sorte qu'il y a toute seureté de parler librement à Vostre Majesté sur cette matière sans courir risque de lui déplaire, je croirois prévariquer à la fidélité que je luy dois si je ne lui disois qu'il est bien juste qu'après une si grande et si forte application qu'elle donne aux affaires de son Estât avec l'admiration de tout le monde, elle donne quelque chose à ses plaisirs et à ses divertissements, mais qu'il faut bien prendre garde qu'ils ne préjudicient à sa gloire.
« Cependant si Vostre Majesté veut bien chercher dans Versailles, où sont plus de 500,000 écus(l)quiy ont esté despensés depuis deux ans, elle aura assurément peine à les trouver. Si elle veut faire réflexion que Ton verra à jamais dans les comptes des trésoriers de ses
(1) Plus de 7,500,000 francs d'aujourd'hui.
LES BEAUX- A RTS -220
bastiments que, pendant le temps qu'elle a dépensé de si grandes sommes en cette maison (que ce « maison » est dédaigneux !), elle a négligé le Louvre , qui est assurément le plus superbe palais qu'il y ait au monde et le plus digne de la grandeur de Vostre Majesté. »
Il fait remarquer ensuite qu'en général la postérité juge les rois sur les monuments qu'ils ont élevés, et il s'écrie :
a 0 quelle pitié, que le plus grand Roy et le faune. de verplus vertueux, de la véritable vertu qui fait les
plus grands princes, fust mesuré à l'ausne de
Versailles ! »
Gela lui paraît impossible. Et cependant il ajoute :
(( Toutefois, il y a lieu de craindre ce malheur ! »
L'aune de Versailles ! ce mot sent d'une lieue son drapier rémois, mais qu'il est topique ici, qu'il est juste et profond !
Louis XIV comprit sans doute toute la portée de cette menace, et ne voulant pas être jugé sur a l'aune » du Versailles de .1665, il voulut qu'on lui fît un palais à son aune à lui. Cependant la prophétie de Golbert s'est réalisée : rien ne nous révèle mieux Louis XIV que Versailles.
2aO LES BEAUX-ARTS
La (c maison » devenue merveille , donne l'idée de la grandeur et de la puissance, mais cette demeure, éloignée de Paris et du peuple, isolée en quelque sorte de la nation, reste orgueilleuse et froide : elle dit assez d'elle-même qu'elle n'a été faite que pour un seul, et ses prestigieuses richQ3ses ne provoquent que Tadmiration, Deux siècles plus tard il faudra, pour qu*en visitant le palais du grand Roi, le plus aimé, le plus tendre des poètes trouve à s'attendrir, qu'il rencontre.,., quoi?.... trois msrçhes de marbre rose (1).
Louis XIV jpgé Louis XIV eut beau faire , il eut beau épuiser
sur Versailles. *
le trésor pour Versailles ; c'est sur Versailles qu'il est jugé. Et ici, soyons équitables ; Versailles est au-dessous de Louis XIV, au-dessous de ce Roi qui, dans la douleur des. grands désastres, sentit battre en lui le cœur de la patrie, de cç Roi qui disait à Villars quand tout semblait perdu : a La confiance que j*ai en vous est bien marquée, puisque je vous remets les forces et le salut de l'Etat. Je connais votre zèle et la force de mes troupes ; mais enfin la fortune peut leur être contraire. Si ce malheur
(1) Relire dans les poésies d'Alfred de Musset la pièce iotilulée « Sur trois marches de marbre rose . »
LES BEAU5i-ARTS 231
arrivait, jfi pDinpte aller à Péronné ou à Saint- Quentin, y rsnaasser tout ce que j'aurai de troupes, faire un dernier effort avec vous et périr ensemble ou pguver l'Etat. »
En 1711, à la veille de la bataille de Denain, Louis XÎV comprenait enfin que TÉtat n'était pas tout en lui, et qu'il y avait autour du Roi, et devant lui, et après lui, un juge et une victime tout à la fois : la nation. Mais en 1665, il croyait bien qu'il était tout et qu'il ne pouvait s'^élever d'autre volonté que la sienne.
Golbert, lui aussi, avait sa volonté, volonté opiniâtre ô'il en fut, et tout en cédant à regret aux ordres du Roi, il entendait bien, pour la gloire même de ce maître, mener à bonne fin son projet, ^a lettre sévère que nous avons citée se terminait ainsi :
(( Pour concilier toutes choses c'est-à-dire pour donner à la gloire de Vostre Majesté ce qui doit luy appartenir, et à ses divertissements de mesme, elle pourrait faire terminer promptement tous les comptes de Versailles, fixer une somme pour employer tous les ans... et ensuite s'appliquer tout de bon à achever le Louvre; et si la paix dure encore longtemps, élever des monuments publics qui portent la gloire et
la grandeur de Votre Majesté plus loin que ceux que les Romains ont autrefois élevés. »
Versailles tuera La peusée dc Golbert éclate ici tout entière
Colhert.
avec une singulière éloquence. Ses pressentiments ne le trompaient pas ; le caprice du Roi devait lui être fatal : Versailles ne pouvait tuer Paris ; mais Versailles tuera Golbert.
coiberi surinten- Lc l^*" jauvior 1664, ColbcFt avait reçu « pour
dant des bâti- .
ments. scs etrenucs » (1) la charge de surintendant des
bâtiments. Les provisions de cette charge étaient ainsi motivées :
(n Après la démission qu'a volontairement faite en nos mains le sieur Ratabon (2), de la charge de surintendant et ordonnateur général des bastimens, arts, tapisseries et manufactures de France, et de celle de surintendant et ordonnateur général des chasteaux et bastimens,
(1) a Le Rei a donné pour ses élrennes, à M. Colberl, la charge de surintendant des bâtiments. »
(2) Malade depni? longtemps déjà.
parcs, jardins, canaux et fontaines de Fontainebleau que nous y avons réunie (4) et incorporée. . . ; nous avons cru que pour rentretènement de nos maisons, chasteaux, parcs, jardins, fontaines et autres édifices royaux au bon estât qu'ils doivent estre, et pour la perfection de ceux que nous avons entrepris et auxquels nous faisons incessamment travailler, nous ne pouvous en donner le soin et la direction à personne qui s'en puisse acquitter plus dignement et plus à nostre gré que nostre amé et féal conseiller en nos conseils d'Estat et royal et intendant de nos fmances, le sieur Colbert; les avantages que nous recevons de son zèle, de son expérience et de sa fidélité dans le bon ordre que nous essayons d'establir en nos affaires, ne nous permettant pas de douter qu'il ne nous la continue en ce nouvel employ avec la mesme aMeur qu'il a fait en tous les autres que nous avons confiés à sa diligence et à sa bonne conduite. Nous, par ces causes, etc.. (2). » Revêtu officiellement du titre et de l'autorité
(1) Par provisions du 6 juin 1661, sans doute sur la proposition de Colbert, qui probablement espérait déjà s*emparer du tout.
(2) Arctiives de TEmpire. Registre du secrétadat de la maison du Roy.
nécessaire pour agir efficacement, son activité ne s'arrêta plus.
ReeoDstitotiM et Dès Ic Hiois dc février 1663, il était inter-
onpiDisabou de
ïdStaîT'ct il venu auprès de Louis XIV pour faire cesser le différend qui s'était élevé entre l'Académie de peinture (1) et de sculpture et le corps dés peintrès du Roi, différend qui menaçait de s'éterniser. Le Conseil du Roi avait rendu un arrêt qui portait injonction à tous les peintres du Roi de s'unir à l'Académie et déclarait que ceux qui s'y seraient ralliés pourraient seuls prendre ie titre de peintres ou sculpteurs de Sa Majesté. Le 24 décembre suivant, les statuts et règlements de cette Académie avaient été arrêtés et des lettres patentes les avaient confirmés. Cependant la résistance des peintres se prolongeait. Le nouveau surintendant en entrant en charge enjoignit, au nom du Roy, à M. de Harlay, procureur général au parlement de Paris, d'en finir avec les réclamations des peintres et d'enregistrer les lettres patentes qui confirmaient les statuts et règlements.
.^rÂSdéîSî ^* ^^ même temps, Çolbert dressait de sa propre
(1) Fondée par Mazarin en 1648.
main la liste des nouveaux académiciens (1). On y retrouve presque tous les noms déjà illustres à ce moment :
Le Brun, Errard, Bourdon, Poerson étaient Recteurs et ree-
teurs adjoints.
nommés recteurs.
Van Ostade et Philippe de Champagne étaient recteurs adjoints.
Corneille (2), Guérin (3), Bernard (4), Professeurs. Sève (5), Testelin (6), Girardon, Paillet (7), Nocret (8), Mignard, Dorigny (9)^ Buirette (10), Qoypel, furent nommés professeurs.
(1) Archives nat. Carton E. 20, 191. — 0, 16, 805.
(2) Corneille (Michel), peintre né en 1603. mort en 1664.
(3) Guérin, sculpteur né en 1509, mort en 1678. On lui doit le groupe des Chevaux et des Tritons qui décorent les Bains d'Apollon à Versailles.
(4) Samuel Bernard, peintre en miniature, né en 1615, mort en 1687, père du fameux flnancier.
(5) Gilbert Sève, peintre d*histoire, morl en 1698.
(6) Henri Testelin, peintre de portraits, protestant, émîgra éh Hollande vers 1681 et y mourut vers 1695.
(7) Antoine Paillet, peintre, mort en 1701 .
(8) Nocret, mort en 1674. Le musée de Versailles garde trois tableaux de ce peintre.
(9) Peintre d'histoire et graveur, élève et gendre de Simon Vouet, mort en 1665.
(10) Sculpteur, né en 1631 , mort aveugle en 1699 à l'hôpital des Quinze-Vingts,
Profc<«car« 341-
Loyr (i), Marsy, dit Gaspard (2), Lerambert (3j, Lefeb\Te de Fontainebleau (4), Moil- Ion (5), Champagne neveu (6), Poissant (7) et Villequin (S) furent nommés professeurs adjoints.
CoisdUers.
Lefebvre de Venise (9), Chauveau (10),Rousselet (11), Yvart, François (12), Tortebat (13), étaient conseillers de FAcadémie.
Aneîeas.
Enfin cette Académie comptait dans son sein
(1) Nicolas Loir, peintre, mort en 1679.
(2) Gaspard Marsy, sculpteur, mort en 16^.
(3) Sculpteur, mort en 1670.
(4) Peintre de portraits, mort vers 1675. Admis à l'Académie en 1663. 11 ne donna qu'en 1666 son morceau de réception : c'était, paraît- il, un très-beau portrait de Colbert.On voit deux ouvrages de cet artiste au Louvre et trois autres à Versailles.
(5) Nous ne connaissons rien de cet artiste.
(6) Jean-Baptiste de Champagne. C'était son oncle Philippe qui avait été son maître et l'avait fait admettre à l'Académie en 1663.
(7) Sculpteur; mort en 1668.
(8) Villequin, frère de M. de Brie, Facteur, mourut vers 1688. On voit de lui au Louvre un « Jésus guérissant les aveugles de Jéricho. » •
(9) Ce Lefebvre de Venise nous est inconnu.
(10) François Chauveau, le célèbre graveur. *
(11) Gilles Rousselet, graveur en taille douce, né en 1610, mort en 1686. On a de lui de nombreuses gravures, parmi lesquelles on remarque pour leur originalité celles de Trivelin, de Polichinell.Q et de Pantalon, faites sur des dessins de Le Brun.
(12) Sur Yvart et François nous ne savons rien .
(13) Tortebat, peintre, élève de Vouet, mort en \690.
LES BEAUX-AHTS 237
un certain nombre démembres désignés sous le titre d'anciens et qui sur la liste de Golbert étaient : les deux Beaubrun (1), Boulogne (2), Mauperche (3), Vignon (4), Le Bicheur, Gérard Gosuin, Bruyster (5) et Regnauldin (6). Si bien constituée que pût déjà paraître cette Académie, il fallut encore que, le 14 mai 1664, le Roi donnât de nouvelles lettres patentes pour la confirmation des statuts de décembre 1663.
Mazarih avait été le protecteur de l'Académie séjçuier, jprotec
leur; Colbert,
naissante ; ce titre passa au chancelier Séguier, vice-proiecteur. qui le méritait de toutes façons; Golbert fut choisi, ou plutôt se fit désigner par le Roi pour
(1) On ne connaît point d'ouvrages authentiques sur ces deux . peintres, qui certainement eurent grande réputation dans le portrait. Henri Beaubrun mourut en 1677 et Charles, son frère, eç 1692. . (2) Louis Boulogne, qui eut pour flis Bon Boulogne, plus renommé que son père. Il mourut en 1674 pendant que Bon était en Italie'. ^
(3) Peintre paysagiste et graveur, mort en 1686.
(4) Eut de la réputation comme peintre, avait surtout, paraît-il, une merveilleuse facilité.
(5) Nous ne savons rien sur ces trois derniers artistes.
(6) Sculpteur habile. On a de lui aie Temps qui emporte la Beauté», aux Tuileries, « la Paix », « la Gloire >» et « l'Amérique », ^ Versailles.
Nous n'avons voulu annoter ici que le nom des artistes qui ne sont point communément connus. Pour les autres nous renvoyons aux biographies courantes, qui sont, il faut le dire, fort inexactes pour la plupart..
en être le vice-protecteur. Golbert tenait, pour la bonne exécution de ses desseins, à avoir pleine autorité sur ceux qui devaient le seconder.
Comme il ne pouvait assister aussi souvent qu'il Teùt voulu aux séances de l'Académie de peinture et de sculpture, il chargea deux de ses dévoués, Gédéon Barbier, Sieur du Metz, intendant des meubles de la couronne, et Charles Perrault, commis des bâtiments, de le représenter dans ladite Académie « et d*y porter ses oneYisitcdecoi- ordrcs. » Il v alla lui-même, en 1664, le jour où
bcrt à TAcadé- i . i ,
mie de pein- sc dcvaicut decemcr les prix aux élèves. On a le récit de cette visite. Il examina les tableaux des concurrents, se fit rendre compte de tout ce qui s'était discuté dans les dernières séances; puis, prenant la parole, il exprima ses idées sur la manière dont l'enseignement des arts devait se pratiquer :
AiiociitioEdecoi. Dans les sciences et les arts, disait-il, il y a
deux manières d'enseigner, savoir : par les préceptes et par les exemples ; l'une instruit l'entendement et Tautre l'imagination, et comme dans la peinture l'imagination est la partie qui travaille davantage, il est constant que les exem-
beit.
pies sont très-nécessaires pour se perfectionner dans cet art et servent le plus à conduire sûrement les ieunes étudiants. Ainsi il lui semblait L'éducation anis-
^ ^ tique.
que si dans l'Académie on proposait pour modèle les ouvrages des meilleurs maîtres, et qu'on montrât en quoi consiste la perfection de l'art, cette manière d'enseigner, jointe aux autres exercices qui se pratiquent dans l'Académie, serait d'une très-grande utilité. « Car, quoique la perfection d'un ouvrage dépende particulièrement de la force et de la beauté du génie de celui qui s'y applique, néanmoins on ne peut nier que les observations qu'on ferait ne fussent très-profitables, puisque, dans ce travail, de même que dans tous les autres, l'expérience découvre beaucoup de choses nécessaires à ceux . qui étudient, lesquels profitant des remarques des plus savants peuvent même s'exempter de plusieurs recherches qui emportent bien du temps lorsqu'on est obligé de les faire. C'est ainsi que dans plusieurs autres arts, particulièrement dans la musique et dans la poésie, qui conviennent le plus avec la peinture, l'on a trouvé des règles infaillibles pour s'y perfectionner, bien que tous ceux qui les savent ne deviennent pas également capables de les pratiquer. »
^TirïeTà^'Aca- ^olbert ajoutait que, pour bien instruire la demie de pein- jeunesse dans l'art de peindre, il était nécessaire de lui exposer les ouvrages des plus grands peintres, et il exhortait TAcadémie^à ouvrir des conférences publiques où les professeurs feraient connaître ce qui contribue le plus à la beauté et à la perfection d'une œuvre :
« Cet exercice, observait-il aux académiciens, serait aussi utile que glorieux à leur corps, piiisqu'en traitant de l'art de la peinture d'une manière qui n'a jamais été pratiquée ailleurs, on verrait un jour que, s'ils n'ont pas été des premiers à le découvrir, ils auront au moins eu l'honneur d'être les premiers qui en auront mis les règles à leur dernière perfection. »
Félibien, qui nous a transmis la substance de ce discours où le bon sens et la rectitude d'esprit de Golbert apparaissent dans leur pleine clarté, raconte que l'Académie ayant entendu ces paroles décida incontinent qu'elle s'assemblerait tous les premiers samedis du mois dans
Le cabinet des ta- la grande sallc de l'Académie ou dans le cabinet
bleaax da Koi, ^
ouvert au pu- ^^^ tablcaux du Roi (1), que Golbert mit à la disposition des académiciens et de leurs élèves.
(1) Au Louvre.
Le chancelier (1) et les recteurs devaient faire l'ouverture de ces conférences chacun à leur tour par un discours où ils examineraient le tableau qu'ils auraient choisi.
Ainsi ce n'était plus pour le seul plaisir du Roi, ou pour la décoration des résidences royales, que les chefs-d'œuvre devaient être rassemblés, mais dans un but d'utilité publique, pour l'instruction des artistes français. Dès ce jour, les galeries du Louvre devenaient un véritable champ d'expériences, une école d'appHôation où le goût devait se former et le talent se développer; enfin, pour tout dire en un mot, un tnusée •
Golbert voyait dans ces peintres, dans ces sculpteurs déjà renommés, et peut-être aussi dans les élèves qu'ils formaient, des collaborateurs précieux pour l'œuvre qu'il entreprenait.
Dès 1662, il avait demandé aux plus habiles ^iï"' ^ciS^aîs architectes qui l'approchaient, des plans, des fecîes. ^* "^ *"
(1) Qtti était Le Brun.
242 LES BÊAUX-ARtÔ
projets pour rachêvement du Louvre. En 1664, les deux Le Vau, Blondd, Mansard, Cïaude Perrault, avaient déjà répondu à Pappelde Colbert. Mais celui-ci ne vonlaît prendre parti qu'après s'être entouré de touB los conseils, de tous les avis et seulement lorsqu'il pourrait se prononcer en pleine connaissance de cause. Il se mit en relation avec les architectes les plue Plans demMdés ronommés de Fltalîe. Son rnlermédiaire fiit
anx archiicctes
iutieDs. Tabbé Elpidio Benedetti qui, d'ailleurs, avait
été naguère celui du cardinal Mazarin. Des dessins furent demandés au chevalier RaynaWi, à Gandiani, « genfiluomo assai intendente d'architettura et di un gusto straordinario », écrivaif Tabbé ; à Pierre de Gortone ; enfin à niluslre cavalier Bemîn, dont la réputation était euro-^ pêenne et dont Rome s'enorgueiliissail. Afin de les stimuler, Colbert fil remettre de riches présents aux quatre rivaux, par l'abbé Benedetti. Quel cas fit-on en France des projets de Raynaldi, de Gandiani, de -Gortone? On l'ignore- Quant aux plans du cavalier Bernin^ leur histoire est toute une odyssée .
Lesprojcisduça- Bcmin avait reçu à titre de renseignement et ïônrle Louvre! pour Ic guider, le travail fait- par Le Vau; il
LES BEAUIL-^ARTS 24â
s'était mis aussitôt eia ibesuire de répoiulf e aux désirs de Colbert. An mois de Juia 1664 il lui envoya son dessin. Le pï-ojet de Bemin fut «xamine, discuté, revoi at i^ns doute it^mmenté peu avantageuBeaauBnt à Paris; bref, il déplut- On ' ne voulait point cependant mettre en dcmte les grandes facultés de' Berràn. ^Goibert lui écrivit d*uBe jfaçon Saf*enee, avec fon^ îélicitationjs, mais, en fin de compte, il lui idosmait à entendre qu'il ëtail; besoin d'un fi0uv^:u % travail 5ur une teuvre sussy graode » {!)-
• Bernin,troîssé dans son amour-propre.résista. le premier pUa
^ *^ ' «e Bernin re-
Entre temps, il avait appris (yu'on s^était adressé p°"^^-
à d'autres qu'à lui pourolïtenir des projets. S'il
l'avait su auparavant, observait-îl, il ne se serait
point mis a l'œuvre, îl ne voulait pas «travailler
à concurrence. » Il fallut longuement négocier
auprès de lui pour le décider à revoîr ses plans;
on dut avoir recours à l'entremise du cardinal
Ghigi, et du duc de Gréquv, alors ambassadeur Bemin doît pré-
^ Mnter un aoa-
a Rome. Enfin, maïs non sans peine, on fléchit If^^s&U Tombrageux cavalier. Il promit de dresser un réponitl
(1) Lettre de Colbert «u cavalier "Bernin, 3 octdbre 1661, iRecuefl ém iC. jP. ate»^ 4. % «p. «t£i.
nouveau plan, dans lequel il tiendrait compte des observations de Golbert.
Ces observations portaient principalement sur quatre points : il fallait , disait Golbert, 1^ que le Louvre fût sur ;\2'^ qu'on considérât la différence du climat ; 3^ qu'on choisît prudemment les matériaux qui devaient servir à la construction; 4"* que l'on songeât au service de l'entretien du palais.
La première de ces observations est curieuse à relever. Elle semble en effet révéler une des préoccupations de Golbert et corroborer l'un des arguments que Louis XIV devait fournir pour justifier sa préférence pour Versailles. Golbert la formula ainsi :
ce Ge superbe palais doit estre regardé, nonseulement pour sa magnificence et pour sa commodité, mais mesme pour sa seureté, estant le principal séjour des rois dans la plus grande et la plus peuplée ville du monde, sujette à diverses révolutions.
« Il est nécessaire de bien observer que dans les temps fascheux , qui arrivent presque toujours pendant les minorités, non-seulemènt les rois y puissent estre en seureté, mais mesme que la qualité de leur palais puisse servir à con-
tenir les peuples dans Tobéissance qu'ils leur doivent, sans toutefois qu'il soit nécessaire de construire pour cela une forteresse, mais seulement d'observer que les entrées ne puissent estre facilement abordées et que toute la structure im'prime le respect dans l'esprit des peuples et leur laisse quelque impression de sa force. »
Suivait une longue série de remarques de détail qui faisait dire à Bernin que l'on avait élevé sur ses dessins plus d'objections qu'il n en fallait pour construire le Louvre. Toutefois Bernin,comblé d'éloges et de flatteries, s'exécuta. Au mois de janvier 1665, le nouveau projet était prêt.
On comprenait à Paris, où l'on gardait encore une entière confiance dans le talent de l'artiste italien, que la distance accroissait singulièrement la difficulté des choses et que Bernin luimême ne pouvait bien comprendre les conditions de l'ouvrage à entreprendre que sur les . lieux mêmes. On s'efforçait donc de le décider Efforts wuratiL
^ rer Bernm a
à venir. Bernin , tout d'abord, allégua des travaux ^*"'* en cours d'exécution à Rome, demanda des délais; d'autre part, les Romains le chérissaient et ne voulaient point qu'on le leur enlevât. Peut-
2IS LHS^ BEMJX-ARTS
être aussi l'^orgmilleux Italien, qui parfois savait se reiïdre si* humble, ne trouvait-il pas digne de lui rinvitationt de Colbert* Louis XIV coupa court aux hésitations du cavalier eu le pressant Itii-même det venir en Fcance. Le H avril 4665 il lui adres9» le billet suivant r
Lettre de « Scigneur cavalier Bernin, je fais une es-
Louis XIV au CI- . ^ ^
T»uer, time si grande? de vostre mérite^ qiœ j*ay un grand désir de voir et de connoistiret ud© personne aussy illustre, pouarvu qo» ce cpie je sonhaite- puisse accorder axiec le service que vous devez à Nostre^ Saint-Père- le Pape, et avec votre commodité particulière,. Jie voua envoyé, en conséquence, ce courrier exprès,, par lequel je* vo^us pri« de me donner ceiidte: satisfiac- ISbn, et devoirib^ eBtreprendre l& voyage* de Franc», prenant l'occasion- favorable qui sec présenta* ^ pettMfiT èe^ mê» cousin, le (&ifî de Gréqai, ambassadeur extraoirdtkiaire, quivouBJbca sçavoir plus partin^ulièirenient lie m^et opm m& fait désrrep de* vous- ^toii? et de von» eio^etaair des- beaux dessins que» vou»' m'avesi? envoyés pour le bastimenfc âki Louvre ; e% du? rester me rapportant et ce* que» mondlt ceusia vous fera^ «niteftdt^ à^ mèB bonnes int^ntionsy j^ prie^ Dieu
LES BEÀUX-ikRTS Ul
qu'il VOUS tienne eu sa sainte garde, seigneur eavalieir B^min. >
Louis XIV ne crut pas même cetta iovitation suffisante, il écri'vit au pape, le priant d'autoriser le voyage de Bemin. Alexandre VÏI répondit que, bien que la présence du cavalier fût nécesssâre à Rome pour la construction des Porti^ ques du Vatican, il lui permettait de séjouiner trois mois à Paris.
Berniûi, touché de tant d'honneur, se mit donc ^«"^"'n «" ^'*"«®ea route, gagna Turin ^ et de Turin, détail bien inattendu, se rendît en chaise à porteurs (I) à . La Verpillière, où Tattcaàdaâent des officiers en- , voyés par le Pwoi pour veiller sur sa précieuse piersonna. On eut pour lui mille atjtentioas ; il put choisir le mode de locomotion le plus à sa convenance ; on avait tout préparé sur son passage, jusqu'à de la glaœ aux différents relais afin <c que toute la route fui fraîche » *
Le Roi, Colbertjtoute la cour, firent à Bernin Accneit m à
le plus magnifique accueiL On le combla d'hon-
neurs et de prévenances. Enfin on le pria de travailler vTartiste ne s'en souciait guère. On lui demanda une statue du Roi. Lçs marbres qu'on
lui apportait n'étaient point, disait-il, propres à ce travail; à peine lui permettaient-ils de faire un buste. On lui trouva un bloc de sept pieds de haut. Bernin prétexta alors qu'il lui en fallait un de huit. On le pressa de modifier ses plans du Louvre; de nouvelles observations lui furent faites avec toutes les précautions possibles.
Malgré toute son obséquiosité italienne, Bernin prit assez mal les objections qa'on lui soumettait ; il montra même quelque hauteur. Cependant le temps s'écoulait. Le pape réclamait son Bernin ; ce rappel tira tout le monde d'etnbarras. Gomme on avait assuré l'artiste de l'adoption de son projet, on posa solennellement, le 17 octobre 1665, la première pierre du nou-
Kchey^t^proiiis de ycau touvrc, et Bemiu partit. Le Roi lui
donna une pension de 6,000 livres et une gratification de 3^000 louis. Et tout fut dit. Bientôt les plans du fameux cavalier furent
Les plans de per- abandonnés pour ccux de Pcrrault. Les travaux
ratait; la eolon- ^
"•^®' commencèrent et furent poussés avec une ac-
tivité que les dépenses toujours croissantes de Versailles durent souvent enrayer. Pourtant dix ans après, en 1676, on put découvrir cette superbe colonnade qui ne lasse point l'admiration.
Golbert n'eut point la joie de voir achever son Louvre; les coûteuses fantaisies et le gigantesque caprice de Louis XIV ne le lui permirent point. Ce qu'il en souffrit, on le devine aisément. Dès Tannée 1679, les travaux furent suspendus presque complètement et Golbert ne leur consacra que les sommes nécessaires à l'entretien. Les Dépenscsraitesaa
Louvrejasqa'en
dépenses faites au Louvre jusqu'à cette époque *^'^ne dépassèrent pas 10,608,969 livres, environ 53 millions d'ai:gourd'hui ; de 1661 à 1670 Ver- ' sailles,Marly et leurs dépendances avaientcoûté, d'après Eckard (1), 116, 238,893 livres, plus de 580 millions de notre monnaie !
Ce n'est rien exagérer de dire que les douleurs de Golbert nous sont en quelque sorte révélées par des chiffres :
En 1672, quand la ffuerre de Hollande com- lc Louvre sacnaé
^ ^ au château de
mande des économies nécessaires, on dépense ^®'***"**pour Versailles 2,802,718 livres (plus de 14 millions d'aujourd'hui), tandis qu'on donne à peine aux travaux du Louvre 213,653 livres (1 million d'aujourd'hui).
Il y a des exemples plus criants encore :
(1) Etats aavrai\ etc., p SI.
2i0 LUS' BËIUX- ARTS
En 1676 on àéjpenae pour Versailles 1,248,222 livres (6,740^000 firam» d'aujourd'hui) et Ton accorde, avec regvet aam» doute, 96,000 li^es am Louvre (pas même 500,000 fr. d'aigourd'hui) !
ËB 1679 Versailles eoûte ô,667,â31 livres (plus de 28< milliema de K)4re temps) ; Mariy; dont il ne reste que d'inutiles vestiges, ft^Iaely coôte 470,764 Imes (2,350,000 fcaûca d'aujcMird'hui). On comfêicra au LowrFe 16â,58l livres, un peu plus de âl5,OÛO francs de notire temps t
Rien pour le Lou- En 1685, moius^ d^ douK. SEKSi aprèd la mort
Yre après Col-
*^«"- de Colbert, quand rien n'arrête plu» le Roi et
que Louvoisapour premier'scdneelmide satisfaire à tous les capriœs du maître,. Versailles coûte 11,414,281 livres (56 millions d'aujourdhui) ; Mariy, 676,046 livres (â,350,000 francs) ; — et fe Louvre ?i^*. Rien !
Ces: chiffres sont aussi éloqtieasfs que les faits mêmes de Fwdre politiquéi. Ils marquestl bien, fà. on les. suit jusqu'au bout^ les deux {orties nettement tranchées de la, vie^ de Louis XIV. Ils les bornent mieux que ne Ta fait Michelet, historien puissant, plein d'imagination, de profondeur d'idées et de vues nouvelles, plein de vie
snrtaoXj mdSê qm, matérialisant partoiit Vid»foire,, fil cette âistiùGlion brutale en sa forme; et inexacte ani toad : « Loms XI V avant la fistule, Louis XïV après fa fistule » (1).
Four être vrai, pour être juste, il fau* dire '^lïmortVïfoï avec les forts, apvec les chiffres : Louis XIV xiv ,^Mt
beit.
pendant Colbert, Louis XIV après Golhert. Un peu plus nous dirions que Louis XIV n'a vraiment r^né que sous Golbert.
Après Tanifôe 1688, c^est Louis XIV régnant avec le premier et ïé plus glorieux de» cominis, Lawvoi». Un peu pln& tard eneote, c'est Louis XIV régnant avec les sous-commis,, c'est àniire avec tes complaisants sams- gvaoïdear et les flatteurs; sans^ talents.