‹ Colbert, ministre de Louis XIVChapitre 19 sur 29 · SOMMES · texte numérisé non relu

SOMMES

Francs.

PR

RAPPORT 1P0RTI0NNEL

Pour 100.

PAR HABITANT

Francs.

bois.

Produit net agricole. .... 856,000,000

Dépenses agricoles 644,000,000

Produit BRUT AGRICOLE 1,500,000,000

Dépenses agricoles 644,000,000

Impôts en masse 760,000,000

Revenu net 96,000,000

Valeur totale du produit brut.

« Pour résoudre, sous le rapport historique, les questions les plus importantes de l'économie sociale du siècle de Louis XIV, il suffit de rapprocher les chiffres de ce tableau de ceux qui résultent de la statistique agricole de la France, exécutée officiellement par nos soins en 1841.

« En 1700, les frais de culture s'élevaient à 458 millions de francs, 35 p. 100 du produit brut obtenu des

terres cultivées. De nos jours, ces frais montent à 3 milliards et quelques millions, ou 60 p. 100 de la valeur des denrées agricoles. Pris d'une manière absolue, ils ont sextuplé, quoique la surface exploitée soit à peu près la même. Le travail étant proportionnel en quantité aux salaires , on emploie aujourd'hui sept fois autant qu'autrefois pour rendre productif le même champ. Sans doute, une plus forte rémunération atténue ce rapport; mais tant est-il que si maintenant la terre produit beaucoup plus, elle reçoit aussi une quantité de travail infiniment plus grande. Il est évident que nos aïeux se contentaient, à peu près comme les sauvages, de gratter la surface qu'ils voulaient ensemencer, et c'est pourquoi leurs frais de culture étaient moindres de moitié que les nôtres, comparés à la valeur des produits. Ils étaient encore bien plus bas eu égard à la population ; car chacun pour sa subsistance ne payait, en salaires agricoles, que 24 francs, somme qui est à présent de 90, c'est-à-dire presque quadruplée.

« Les pratiques défectueuses en usage au xvn^ siècle ne laissaient obtenir que de maigres moissons. La quantité et la valeur des semences, jointes aux frais de culture, prouvent que l'exploitation agricole coûtait alors 644 millions, ou 50 p. 100 de la valeur des produits. Elle est maintenant de 66 p. 100. Elle s'est augmentée d'un tiers comparativement à la valeur brute des denrées obtenues du sol. La quote-part de chaque habitant, dans ces dépenses, est montée de 34 francs jusqu'à 100. C'est ce qui explique la cherté de la vie, qui requiert de nos jours, pour se soutenir,

trois fois autant de dépenses agricoles qu'au temps de Louis XIV. Il est vrai que le bon marché d'alors était acheté par des disettes toujours renaissantes.

« La valeur des semences et les frais de culture étant déduits de la somme totale donnée par le produit brut des terres cultivées, restait le produit net de ces terres , — qu'il ne faut pas confondre avec le revenu net. — Il valait 641 millions; les pâturages et les bois y ajoutaient 215 millions, ce qui élevait à 856 la totalité du produit net agricole de tout le royaume. Les choses sont à présent tout à fait différentes. Les dépenses d'exploitation étant prélevées, il reste pour le produit net des cultures 1,731 millions, et pour celui des pâturages et des bois, 930; ensemble, 2,661,000,000 de francs, ou le triple de la valeur que rapportait le domaine agricole de la France il y a cent quarante ans. Jadis le produit net agricole était à raison de 44 francs par habitant; il est aujourd'hui de 180, et l'on trouverait certainement qu'il a pleinement doublé eu égard à la population, si, au lieu des prix de revient, on adoptait ceux des marchés. C'est l'élévation des dépenses, et spécialement des salaires, qui lui donne ces vastes limites. En voici la preuve. Si l'on calcule article par article la valeur du produit ■ brut agricole en masse, cultures, pâturages, forêts, tout compris , il monte à plus de 6 milliards , non compris les animaux domestiques; il n'était, sous Louis XIV, que de 1 milliard 500 millions, il a donc quadruplé. Quand on le compare à la population, on trouve qu'en 1700 il correspondait à 78 francs par personne, et qu'aujourd'hui il s'élève à 180.

« Une dernière opération nous fera connaître le revenu net à chaque époque.

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