I. — TÈTE ET ORGANES DES SENS
La lète est toujours d'une seule pièce; sa partie antérieure, celle qui se trouve en dessus, en contact avec les organes de la bouche [labre), a reçu le nom d'épistome; lorsque l'épistome est très développé, et surtout lorsqu'il se soude avec les autres pièces latérales, il forme alors une grande plate-forme désignée sous le nom de chaperon. Le chaperon est très fréquemment orné de saillies ou de cornes de forme variée, ainsi qu'on peut le voir chez certains Scarabéides, tels que les Gopris, les Oryctes, les Scarabès, etc. [fig. 2).
En ce qui concerne les autres parties de la tête [front, joues), les noms seuls suffisent pour indiquer la situation.
1° Antennes. — Les antennes, vulgairement désignées sous le nom de cornes, sont des appendices d'aspect très divers, implantés latéralement ou en avant de la tète des Insectes ; elles sont formées de segments articulés et le nombre, ainsi que les dimensions et la forme de ces segments, ont servi de base aux premières classifications de Latreille.
Tantôt longues et filiformes, comme chez les Cérambycides
INTRODUCTION
Fig 3.
[Longicomes) (fig. 3), elles sont courte^ et massives chez les Histérides, les Dermesles, les Silphes (Clavicornes) ; formées de lamelles aplaties chez les Lamellicornes (fig. 3), elles sont grêles et moniliformes f chez les Carabiques (fig. 4). V
Quelquefois les antennes présentent trois parties bien distinctes ; on observe ce cas chez les Gurculionides (Charançons) : le premier article est très long, il porte le nom de scape ; les articles qui suivent, ordinairement courts et arrondis, constituent la tige ou funicule ; entin, les derniers articles, généralement beaucoup plus gros et plus serrés que les précédents, forment la massue.
On regarde les antennes comme des organes tactiles et olfactifs ; les variations qu'elles présentent ont une grande importance au point de vue systématique.
2° Organes de la bouche. — La bouche des Insectes est conformée de façon très variable selon le mode de nutrition. Est-elle, comme celle des Carabes, des Libellules ou des Grillons, armée de fortes mandibules et de mâchoires tranchantes, ce sont les Insectes broyeurs.
Est-elle, au contraire, conformée, comme chez les Punaises et les Papillons, d'une trompe ou d'un rostre plus ou moins allongés, on a, suivant
les cas, les Insectes suceurs ou les Insectes piqueurs. Tous les Insectes broyeurs se nourrissent de matières solides;
ils sont presque tous chasseurs et carnassiers ; ceux dont
les pièces de la bouche
sont transformées en une
trompe (Papillons) ou en
un rostre (Punaises) n'ab-
sorbent,généralement,que
des aliments liquides.
Toutefois, il existe tout
un groupe d'Insectes dont
labouche est intermédiaire
entre celle des broyeurs hlg' 3'
et celle des suceurs : c'est le groupe des Insectes lécheurs,
dans lequel il faut ranger l'ordre nombreux et remarquable des Hyménoptères.
Enfin, il faut encore remarquer que, chez certains Insectes, dont le mode de nutrition varie aux diverses phases de leur développement, la conformation de la bouche change également : c'est, par exemple, le cas des Lépidoptères. Sous leur dernier état de Papillons, ils ont une trompe, à l'aide de laquelle ils aspirent le suc des fleurs, tandis qu'à l'état de Chenilles, ils se nourrissent de substances végétales et leur bouche est alors conformée sur le type des Insectes broyeurs.
Insectes broyeurs. — Examinons donc de plus près la constitution de la bouche chez les Insectes broyeurs, il nous sera
ensuite plus facile de comfTTY -Labre prendre les modifications qui
0Vr\aniue se produisent dans les autres (M V| groupes.
J^f) w Prenons, par exemple, pour
\/\\//4 W$\F/y fyPe Ie Carabe doré, si commun
Mâchoire ;F^ W; ^11 ^C partout dans les jardins et dans
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^\s \K infatigable. Nous allons cons-
••--- Q^\$w-lJ# fater que sa bouche est assez
Paraqlosse *^sx~' \^<^^ Languette ^
v^^VaTS fortement armée et que les or-
( \ !•/ ) Menton , . „
\^________i/ ganes dont elle se compose ser-
Fig. 6. vent, à la fois, à saisir les ali-
ments et à les broyer.
Ces organes sont au nombre de six. Si nous les examinons en allant du dessus vers le dessous, l'insecte étant placé sur ses pattes, dans là-position ordinaire du repos, nous trouvons les organes suivants (fig. 6) :
1° Une pièce supérieure impaire appelée labre ou lèvre supérieure; cette pièce est formée par la soudure de deux sclérites symétriques et s'articule, en arrière, comme nous l'avons dit, avec le bord antérieur de l'épistome ;
2° Sous la lèvre supérieure, à droite et à gauche de la bouche, on remarque deux sortes de grosses dents appelées mandibules ; ces orgaues s'articulent avec la tète au moyen de trois apophyses dont leur base est munie.
Dans quelques espèces, comme par exemple chez les Lucanes {Cerfs-volants), ce sont les mandibules qui se développent
INTRODUCTION 5
d'une façon démesurée et forment la pince puissante que tout le monde connaît.
3° En dessous des mandibules se trouvent les mâchoires, également au nombre de deux; les mâchoires, étant disposées de manière à agir comme des ciseaux, chacune d'elles porte, en dedans, une laine coupante garnie de dentelures. En dehors, les mâchoires présentent un ou deux petits appendices, appelés palpes [palpes maxillaires); les palpes servent à flairer les aliments et à les maintenir entre les mandibules.
4° Enfin, on appelle lèvre inférieure ou simplement lèvre, une pièce impaire, comme le labre, et placée à la partie inférieure de la bouche; elle porte une paire de palpes labiaux [fig. 6).
La lèvre inférieure se compose de plusieurs parties, qu'il est nécessaire de connaître parce qu'on les utilise fréquemment dans les tableaux de détermination. La pièce la plus importante est le menton, servant à protéger plus ou moins, en dessous, les organes buccaux; au-dessus du menton est fixée la languette, pièce médiane, de nature membraneuse ou cornée, sur les côtés de laquelle existent souvent deux filaments ciliés désignés sous le nom de paraglosses.
Insectes suceurs. — Chez les Insectes suceurs, les divers appendices de la bouche se modifient tellement que, pendant longtemps, on ne les a pas crus construits sur le même plan que chez les Insectes broyeurs ; c'est J. Savignyf1) qui a démontré l'analogie de conformation dans les deux cas.
Ainsi, par exemple, considérons les Papillons. Tout le moude sait que la bouche de ces Insectes est prolongée par une trompe qui s'enroule en spirale à l'état de repos et qui s'allonge en un tube flexueux, quand ils vont chercher leur nourriture au fond de la corolle des fleurs. Cette trompe est formée de deux demigaines cylindriques qui correspondent aux mâchoires des autres Insectes ; on retrouve, en effet, à leur base, des palpes velus et de petits filaments représentant les autres pièces de la. bouche profondément modifiées.
Insectes piqueurs. — Chez certains Insectes, comme la Punaise des bois, la Cigale, le Cousin, la bouche est encore
(1) J. Lelokgne de Savigny, naturaliste français, né en 1777, murt en 1851 (Mémoire suites Animaux sans vertèbres. Paris. 1816).
conformée d'une autre façon ; les parties qui offrent le plus grand développement sont les deux lèvres ; la lèvre inférieure, surtout, s'allonge en formant une sorte de tube ayant l'aspect d'une aiguille creuse. A l'intérieur de cette aiguille, que l'on désigne sous le nom de rostre, on trouve quatre petits stylets garnis de dentelures et d'épines à leur extrémité.
Le rostre sert à percer la peau des animaux ou les tissus des végétaux dont les Insectes se nourrissent.
Chez les Mouches, la trompe représente aussi la lèvre inférieure modifiée ; cette origine est attestée par les palpes qu'on observe encore à sa base; mais cette trompe est terminée par deux tampons charnus qui fonctionnent comme des ventouses et au centre desquels se trouve l'entrée du tube digestif. Chez d'autres Diptères, les Cousins par exemple, le suçoir n'est pas dilaté, à son extrémité, en un disque charnu ; il contient plusieurs soies rigides qui servent d'arme vulnérante à l'Insecte.
Insectes lécheurs. — Dans les Insectes de ce groupe, où nous rencontrons l'Abeille, la Guêpe et, d'une manière générale, toute la famille des Hyménoptères, la bouche présente, comme nous l'avons dit précédemment, une conformation intermédiaire.
La lèvre supérieure et les mandibules sont constituées comme chez les Insectes broyeurs, mais les mâchoires, et surtout la lèvre inférieure, s'allongent beaucoup ; cette dernière forme une sorte de gouttière désignée sous le nom de langue et qui sert à aspirer les aliments liquides.
En résumé, les Abeilles ont donc la moitié supérieure de la bouche conformée pour déchirer lés aliments et la moitié inférieure pour les aspirer. ^
On voit, par ce rapide exposé, l'importance des caractères tirés de l'appareil buccal pour la classification des Insectes; ils permettent d'établir une première, subdivision que les autres caractères, ceux tirés notamment de la conformation des ailes, viennent affermir et compléter.
Le tableau suivant résume tout ce qui précède sur cet intéressant sujet :
INTRODUCTION 7
CLASSIFICATION DES INSECTES D'APRÈS LES CARACTÈRES DE L'APPAREIL BUCCAL
1° Appareil buccal conformé pour broyer les ( Coléoptères.
aliments (type : Carabe) Broyeurs. ) Orthoptères.
{ Névroptères.
11° Appareil buccal conformé à la fois pour la
mastication et pour la succion (type :
Ahellle) Lécheurs. ) Hyménoptères.
111° Appareil buccal conformé pour perforer les
tissus (type : Punaises) ...... Piqueurs. > Hémiptères.
( Diptères (en partie).
IV0 Appareil buccal conformé pour la succion
(type: Papillons) Suceurs. [ diptères (en partie).
' Lépidoptères.
3° Organes de la vision. — Les yeux, lorsqu'ils existent, sont toujours au nombre de deux ; ils sont placés sur les côtés de la tête; chaque œil est généralement formé d'un grand nombre de petites facettes hexagonales dont l'ensemble présente l'aspect d'une mosaïque; à cause de cette disposition, on dit que les yeux des Insectes sont composés.
Indépendamment des yeux composés on trouve encore quelquefois, chez les Coléoptères, des yeux lisses, dits ocelles ou slemmates, qui ne présentent jamais de facettes ; ce fait, très rare, ne s'observe que dans quelques Staphylins de la tribu des Omalldes. Dans les autres groupes d'Insectes, l'existence des ocelles est beaucoup plus fréquente : c'est même la règle chez les Hyménoptères.
Les larves de Coléoptères ne présentent jamais que des yeux
lisses.
La disposition des facettes permet aux Insectes de voir dans toutes les directions, bien que leurs yeux soient immobiles. Dans l'œil composé du Hanneton, par exemple, il n'existe pas moins de 8 500 facettes; chez les Libellules on en compte plus de 12 000.