Sitjphut Schafferi
Fie, 13. — /'riorws obscurus.
Fig. l i. — Hrdatieu» bilineatu.
4 HISTOIRE NATURELLE
divisions pour arriver facilement et sûrement à isoler, à séparer, a distinguer ces nombreuses espèces les unes des autres.
Du temps de Linné, on n'avait décrit que huit cent quatre-vingt-onze espèces, que ce célèbre naturaliste avait facilement et nettement reparties en vingt-neuf genres. Aujourd'hui on en connaît plus de quarante mille, car chacun des genres du catalogue de Dejean, par exemple, qui mentionne vingtdeux mille trois cent quatre-vingt-dix-neuf espèces, est plus que doublé depuis qu'il a été publié. Toutefois, il est juste de faire observer que dans ces derniers temps on a trop souvent présenté comme génériques des caractères qui ne sont que spécifiques, et l'on pourrait réduire assez notablement le nombre des genres créés, sans nuire pour cela aux exigences de la précision classique.
Aussi n'est-il pas nécessaire d'ajouter que nous n'adoptons pas tous les genres dont nous donnerons la caractéristique. En indiquant ces genres, nous avons pensé rendre notre travail plus complet. Nous n'avons pas cru devoir imiter quelques entomologistes, qui démembrent certains grands genres très-naturels, tels que les Cicindela, Car abus, Feronia, Amara, etc., et si nous y avons rapporté les coupes génériques des auteurs, ce n'est qu'à titre de sous-genres.
Beaucoup de Coléoptères sont très-nuisibles à l'homme en attaquant les végétaux dont il se nourrit ou qui sont employés aux usages de la vie. C'est surtout à l'état de larves que ces insectes commettent leurs plus grands ravages; mais quelques espèces continuent à nuire encore à l'état parfait, comme le Charançon du blé, les Altises, etc.
Quelques-uns ont servi et pourraient encore être employés à la nourriture de l'homme. Ainsi, on cite plusieurs larves que les habitants de la Nouvelle-Hollande recherchent beaucoup. Aux Antilles, on mange le ver palmiste, larve d'un gros Charançon, et M. Mulsant pense que le Cossus, si recherché des Romains, n'est pas la larve du Papillon, auquel on a donné ce nom générique, mais bien celle d'un grand Capricorne d'Europe, que l'on connaît sous le nom de Cerambyx héros.
Fig. 15. — Larve du Cerambyx héros.
Les Coléoptères, comme les animaux plus élevés dans la série animale, vivent plus ou moins en société, quand ils ne sont pas obligés de pourvoir à leur existence par la chasse et la rapine. Cependant on ne trouve pas chez eux de ces associations organisées en républiques ou en monarchies, comme on en voit des exemples si curieux dans d'autres ordres, tels que les Abeilles, les Termites, les Fourmis, les Cuèpés, etc. Ceux qui se réunissent en grand nombre pour vivre ensemble appartiennent aux groupes qui se nourrissent de végétaux, et qui, à l'exemple des mammifères herbivores, paissent tranquillement et sans combat. Du reste, comme ces animaux concourent aussi au même but final, au maintien de cette belle harmonie qui se remarque dans toute la nature, et qui est la seule garantie d'un ordre de choses perpétuel, leur rôle est tout à fait analogue à celui que jouent les animaux plus grands. Les carnassiers, et principalement les Carabes, Cicindèlcs et quelques autres groupes, peuvent être, comparés aux Lions, aux Loups, aux Aigles, etc., qui, dans les animaux supérieurs, ne se nourrissent que d'animaux vivants ou morts.
Il y a dans les Coléoptères, comme nous l'avons déjà dit, des groupes entiers destinés à faire disparaître les cadavres, à être les fossoyeurs de la nature (Nécrophores, Sylphes, etc.), comme on en trouve dans les mammifères et les oiseaux (Hyènes, Vautours, etc.).
Fip. 16. — Nécropliores fossoyeurs se disposant à enterrer une Musaraigne.
D'autres nettoient le sol en divisant les fientes et les excréments des autres animaux; quelques-uns façonnent, avec ces matières, des boules dans lesquelles ils déposent leurs œufs, et qu'ils roulent, à l'aide de leurs pattes, dans des trous creusés par eux; ils mettent ainsi leurs œufs à l'abri et assurent la nourriture nécessaire aux petites larves qui en naîtront.
Fi.f 17. — Ateuchites ou pilulaires.
is trouvons aussi dans les Coléoptères des quantités d'espèces qui représentent ces nombreux animaux de toutes Ks classes, destinés à vivre de végétaux, et qui doivent devenir la nourriture des tssiers. S;ms les animaux herbivores, les carnassiers ne pourraient pas exister; sans les carnassiers, qui maintiennent l'équilibre, les herbivores muniraient bientôt de faim; car ils finiraient par dépouiller l.i terre de tous ses végétaux.
Les Coléoptères se trouvent sur la terre, dans l'air et dans les eaux. Ils sont répandus sur toutes les parties du globe, mais inégalement, comme tous les êtres.
Les lieux seuls qui sont privés de végétaux sont aussi privés d'insectes, en sorte qu'on peut dire
qu'ils sont subordonnés à la végétation.
6 HISTOIRE NATURELLE
Beaucoup de Coléoptères passent l'hiver sous forme de larve; il y a même un grand nombre d'espèces qui vivent ainsi plusieurs années, comme les Hannetons, les Cerfs-Volants, et plusieurs Longicornes. Un -ranci nombre d'autres passent l'hiver à l'état d'insectes parfaits, et apparaissent au printemps, el même quelquefois en hiver, quand il survient quelques beaux jours.
Les Coléoptères carnassiers et lignivores sont surtout dans ce cas, parce qu'ils peuvent eneore trouver quelque nourriture dans celte saison. Cependant l'anatomie a montre que ces individus doivent avoir beaucoup souffert d'abstinence, car leur tissu graisseux a complètement disparu à la lin de l'hiver, et ils sont réellement très-maigres.
En -encrai, les Coléoptères de grande taille habitent les contrées les plus ehaudes du globe. La taille de ceux qui vivent de végétaux ou de leurs débris est, en gênerai, proportionnée a la dimension de ces végétaux.
Ainsi, les contrées intertropicales, où le règne végétal est dans toute sa splendeur, donnent ces gigantesques Coléoptères, si recherchés des amateurs, tels que les grandes espèces de Scarabées, les Goliatbs, ces grands Capricornes et ces Buprestes, qui font l'ornement de nos collections.
Fig. 18. — Dynastu t]t\
lusqu'ici on n'a guère étudie les Coléoptères que pour eu dresser l'inventaire, et l'arranger d'une manière plus OU moins naturelle.
Toutefois, quelques entomologistes, et surtout .M. Léon Dufour, ont fait l'anatomie d'un certain nombre d'espèces dans la pluparl des groupes naturels. D'autres se sont appliqués à connaître leurs minus, leur utilité et le tort qu'ils peuvent nous faire. C'est en définitive pour arriver à ces dernières connaissances (pie les naturalistes travaillent; c'est vers ce but utile que doivent tendre toutes leurs recherches.
Fig. 4. — Cychrus rostratus.
Iiitroluclion.
Fig. ■). — Mecotartkron buptuL
En effet, si nous connaissions mieux les innombrables insectes qui nous entourent, si nous avions des notions plus exactes et plus détaillées sur leur organisation, sur leur manière de vivre, etc., nous pourrions peut-être tirer parti de beaucoup d'espèces qui nous nuisent ou qui vivent dans les champs sans aucune utilité pour nous. Nous avons bien profité des Abeilles, des Vers à soie, des Cantharides, des Cochenilles, pourquoi n'arriverions-nous pas à augmenter le nombre de ces espèces utiles? Mais si l'homme est intéressé à bien connaître les insectes pour obtenir d'eux des substances utiles, il est encore bien plus intéressé à trouver dans cette connaissance des moyens de se débarrasser d'un grand nombre d'espèces, qui lui nuisent en dévastant ses récoltes et ses provisions. A une époque où nous demandons à la science de nous être immédiatement utile, l'agriculture et l'industrie ne cessent de signaler les dommages que leur font subir les insectes; elles demandent aux entomologistes des moyens de préserver leurs produits de ces ennemis, comme elles ont demandé à la chimie et à la physique des moyens d'obtenir ces produits, plus facilement, en plus grande quantité et de meilleure qualité.
L'organisation intérieure des Coléoptères a été, ainsi que nous l'avons déjà dit, étudiée avec soin par M. Léon Dufour; nous allons en dire quelques mots d'après le résumé même qui en a été donné par ce savant zoologiste, dans la Ve série du tome VIIIe des Annales des sciences naturelles.
L'appareil nutritif des Coléoptères se compose d'organes manducatoires ,- quelquefois de glandes salivaires, du tube digestif et des vaisseaux biliaires.
Ces insectes sont broyeurs, et, par conséquent, leur bouche est munie d'une paire de mandibules cornées, tranchantes ou dentelées, de deux mâchoires, d'une lèvre, rarement d'une langue, enfin de quatre ou de six palpes, qui sont en quelque sorte des organes de dégustation. Les glandes salivaires, qui ne se présentent que dans quelques groupes, sont à l'état rudimentaire ; elles consistent en vaisseaux pairs, filiformes, plus ou moins repliés, libres à une de leurs extrémités, insérés par l'autre dans l'arrière-bouche, et essentiellement formés d'un canal inclus, enveloppé d'une tunique contractile et renfermant une salive incolore. Le tube digestif a une étendue qui varie singulièrement suivant le genre de vie, et, conséquemment, suivant les familles de ces insectes; dans les carnassiers, il ne dépasse pas de beaucoup la longueur du corps, tandis que dans les herbivores il est beaucoup plus long. On y distingue un œsophage, souvent court, un jabot plus ou moins prononcé, et, dans quelques groupes, un gésier garni intérieurement de pièces de trituration, un ventricule chylifique d'une ampleur variable, un intestin grêle consistant le plus ordinairement en un cœcum dilatable que suit un rectum plus ou moins allongé : ce tube digestif a une structure musculomembraneuse. Les vaisseaux biliaires ou hépatiques s'insèrent toujours à l'extrémité du ventricule chylifique; ils sont longs, très-déliés, repliés sur eux-mêmes et d'une texture celluloso-musculeuse. Leur nombre et leur mode de connexion varient suivant les familles et les genres; mais ils sont constamment pairs; la bile qu'ils contiennent varie, pour sa couleur, depuis le violet foncé et le brun, jusqu'au jaune, au blanc et au diaphane.
Chez les Coléoptères, l'acte de la génération est un véritable accouplement. L'organe générateur mule se compose : I" de deux organes sécréteurs; 2° de deux canaux déférents variables pour leur longueur et parfois repliés en épididyme; 5° de vésicules séminales plus ou moins nombreuses; 4* d'un conduit éjaculateur, tantôt très-long ou au contraire très-court; 5° d'un organe principal rétractile, renfermé dans une armure disposer' convenablement pour les fondions qu'il doit remplir.
Dans l'organe générateur femelle, on distingue : 1" deux ovaires composés chacun d'un calice et
d'un nombre variable de galneaovigères; 2* d'une glandé; 3° d'un oviducte plus ou moins long qui
rmine p;ir une poche vaginale; 4° d'une vulve; 5° d'œufs globuleux, ovales ou allongés; 6" dans
quelques eus rares, d'un appareil sécréteur particulier propre à former une enveloppe commune ou
une coque aux o-ufs.
En outre, chez quelques espèces on rencontre, au voisinage de l'anus, un appareil des sécri lions excrémentitielles. L'organe respiratoire consiste en stigmates placés dans les parties Iaté
Fig. 19. — Organes digestifs fortement grossis de la Cieindèlc des cluimps.
IIISTOIP.K NATURELLE.
raies du corps, el dont l'organisation varie suivant les genres, et de trachées, tantôt tabulaires, tantôt utriculaires, qui distribuent l'air dans toutes les parties du corps.
Le système nerveux se compose d'un cerveau et de ganglions placés dans la ligne médiane, variables pour le nombre, communiquant entre eux et le cerveau au moyen d'un cordon à deux tiges continues; enfin de nerfs proprement dits qui émanent des ganglions.
L'abdomen de ces insectes renferme toujours un tissu adipeux splanchnique dont l'abondance et la couleur varient suivant les genres, et qui ne paraît pas étranger au but de la nutrition.
Indépendamment du travail de M. Léon Dufour, plusieurs travaux anatomiques importants ont été publiés sur divers genres d'insectes, et nous aurons soin de les citer.
11 nous reste maintenant à dire quelques mots de la classification des Coléoptères avant de passer a l'étude de leurs nombreux genres. 11 serait trop long d'exposer les diverses méthodes de classification qui ont été proposées par un grand nombre d'auteurs, et ce travail ne servirait guère qu'à jeter de la confusion dans l'esprit de nos lecteurs : aussi nous bornerons-nous à indiquer la méthode de Latreille (Règne animal de Georges Cuvier, 2e éd., 1829), qui, pendant fort longtemps, a été presque universellement suivie.
Dans la classification de Latreille, les Coléoptères sont divisés en quatre sections ou sous-ordres, d après la considération du nombre apparent des articulations mobiles de leurs tarses. On voit :
1" Les Pentamères (iwvt«, cinq; tupoc, partie), qui ont cinq articles mobiles à tous les tarses: celle section se compose de six familles, Carnassiers (I), Braehélytres, Serricornes, Clavicornes, Palpicornes et Lamellicornes.
Flg. '20. — i'CUri/tr.v (Jl'Jdi
Fi£. 22. — LoLcophilus
'.-uruijittui.
Fig. 21. — Gohathut torquatm
2° Les Hétéromères (et^g?, différent; (xipc;, partie), qui ont cinq articles aux tarses des première *ît
llj Les Carnassiers se composent de familles bien distinctes : Cicindélètes, Carabiques, Dytiscicns el Gyriniens.
seconde paires de pieds, et quatre articles seulement aux tarses de la troisième paire. Quatre familles : Mélasomes, Taxicornes, Sténélytrcs, Trar-hclydes (1).
Fig. 25. — Adesmia candidipennis
Fig. 24. — Pimelia barbara.
Fig. 25. — Akis Algeriana.
3° Les Tétramères (wTPa, quatre; p*?*, partie), qui ont quatre articles mobiles à tous les tarses. Sept familles : Rhyncophores, Xylophages, Platysomes (2), Longicornes, Eupodes, Cycliques et Clavipalpes (3).
I' g 21) — Cryplocephaluê graoidut.
Fig. 28. — GeonemusCuvieru.
Fig. 27. — Ctenoscelis dyrrachut.
i* Les TrimiTcs i-^v.;, trois; pcpoc, partie), qui n'ont que trois articles mobiles à tous les tarses. Trois familles : Fongjcoles, Aphidiphages, Psélaphiens (4).
(1) Ce* diverse* bmillca Hml généralement peu naturelle*.
m' - rormenl dei division* peu naturelle*, et les insectes qui y entrent seraient mieux
(7.) Les Eopodes, Cycliques et Cbvipalpi ovenl n'uni ou la dénomination générale de Cliryaomélines.
i l'u IVi •niMc de leur* caractères, le Ptélaphicn* doivent être placé* à la uite de* Brachdlylre*
HISTOIRE NATURELLE
Fis. 29. — E. coccmeits.
Fig. 30. — F. marginatus.
Fig- 51. — C. seplempumtata.
Cette classification reposant exclusivement sur un caractère artificiel, unique, et non sur un ensemble de caractères, n'est pas naturelle, et rompt à chaque instant les affinités les plus grandes.
Une autre méthode a été proposée, dans ces derniers temps; et, dans celle-là, que l'on peut appeler véritablement naturelle, les Coléoptères sont groupés par familles, comprenant chacune tous les genrçs et espèces qui présentent un grand nombre de caractères analogues. C'est en entomologie quelque chose de comparable aux familles botaniques de de Jussieu. MM. Westwood, en Angleterre, Redtenbacker, en Allemagne, Motschoulsky, en Russie, E. Blanchard, en France, ainsi que plusieurs autres entomologistes, ont suivi cette dernière méthode de classification, que nous adopterons à notre tour dans cet ouvrage. Néanmoins nous conserverons les familles et tribus de Latreille toutes les fois que nous le pourrons, et, quand nous parlerons de divisions qu'il n'a pas fondées, nous aurons soin d'établir la concordance.
Nous ne croyons pas devoir donner maintenant les noms des principaux groupes que nous adoptons; nous commencerons donc immédiatement l'étude des diverses familles et des genres qu'elles renferment. Le tableau de notre classification nous semble mieux placé à la tin de l'ouvrage, qu'il résumera complètement; il nous servira en même temps de table de tous les genres que nous aurons cités.
Fig. 52. — Cetonin auraUi.
Fig. G. — Omus Californiens.
Introduction
Fîg. " . — Scarabœus Jupiter.
— Procerus Olivieri.
Introduction.
pjg, y, — Scarabaus Hercules.
COLÉOPTÈRES. li