Gillinann, p. 22-2i
2. Voir Canipbell dans son ('dilion des Poelical Woiks, notes 178, 197 et 207.
24 s. T. COLKHIDGE.
insupportablemeiit les vers de Dura Navis, Ail pcj^'x est coelihe vila, le Sonnet à la lune dniitomnc.
On comprend que plu.s lard (>olcridire ait pu être tenté de relever un peu le niveau de ses premiers poèmes en introduisant discrètement (pielques vers de son àp:e mùr parmi ceux de son adolescence. Mais nous sommes tenus de dire la vcrité : les premier? vers de Coleridge sont aussi mauvais cpie ceux de Victor Hug'O.
On ne trouve un accent personnel (|ue dans les vers d'amour adressés vers l'âge de dix-sept ans à « Geneviève » qui était, suivant la tradition, la fille de sa garde malade. Il était de tradition à Christs Hospital den tomber amoureux.
« J'ai vu votre sein soulevé d'un mouvement de pitié. Et c'est pourquoi je vous aime, douce Geneviève! » Le pauvre garçon avait sans doute fait ces confidences pendant une longue maladie qui occupa une grande partie de sa dix-huitième année, la dernière (pi'il passa à Christ's Hospital. 11 avait, racontc-t-il, passé une rivière à la nage tout habillé et avait laisse ses vêtements sécher sur lui. Le rhumatisme probablement latent chez lui (par suite de riiéivdilé paternelle et de son escapade d'enfance), était apparu sous forme de fièvre rhumatismale, et il eut aussi la jaunisse, (îeci est intéressant, parce que le médecin qui a écrit sa vie, (îillmann, croit pouvoir faire dater de cette époque les sonlTrances (|ui contribuèrent beaucoup à faire de lui un n('iirasthéni(|ue, comme nous dirions aujourd'hui. Mais il ne faut |»as se représenter dès cette époque le Coleridge gémissant de l'âge mùr. Dans sa jeunesse le rêve s'alliait chez lui avec celte vivacil('' (hnoiiinini of s/;i;'//.v) (jui ne le ([uitlait pas, même dans la souffrance, et le reiulait très séduisant. Il avait beaucoup de camarades, et, dès l'arri-
vée à Christ's Hospital, il eut un ami, Charles Lamb.
En effet, quoique nous ne sachions rien de leurs rapports, comment supposer que Lamb, qui devait être Tami de toute sa vie, et qui l'a si bien représenté dans ses souvenirs, ne l'ait pas compris, dès ces premières années passées ensemble? Toute sa vie il devait lui rester fidèle, le perdant de vue quelquefois mais suivant de loin, autant qu'il pouvait, toutes les aventures de ce Faust, dont il connaissait bien les faiblesses secrètes, mais qui lui apparaissait toujours entouré d'une auréole de génie, (( un archange — un peu endommagé », écrivit-il une fois avec cette ironie qui, dans cette génération de romantiques, faisait de lui le seul clairvoyant.
Le petit Lamb, lui-même un peu étrange et différent, comme Coleridge, avec sa sensibilité si moderne qu'il n'a jamais été mieux compris que de notre temps, dut se sentir attiré, dès les premières années passées ensemble, par l'étrange garçon, si rêveur et si gai, qui venait de si loin, qui n'avait à Londres ni parents ni amis, alors que Lamb, avec sa famille vivant à côté de Christ's Hospital, était au moins nourri par elle, et ne souffrait pas de la nostalgie. Plus tard, quand il a voulu rassembler ses souvenirs de collège, c'est la figure de Coleridge qui est venue naturellement en former le centre, c'est lui le « pauvre garçon sans amis » de son essai '.
De sa famille Coleridge recevait de temps en temps une lettre (plus souvent, semble-t-il, de ses frères que de sa mère). Deux morts survinrent, celle de son frère Luke et celle de sa sœur Ann. Ces tristesses, le bruit du monde, l'écho delà Révolution française qui commençait à passer les murs du collège, enfin un