‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 145 sur 191 · Lines lo a Friend, P. W., o2o · texte numérisé non relu

Lines lo a Friend, P. W., o2o

2b8 S. T. COLKI\lD(iE.

Il est vrai que Coleridge se reproche un peu plus loin (le s'égarer en revenant sur celte route malsaine « cueillant le fruit empoisonné du mal (ju'on se fait à soi-même ». Mais quand on relit après ces vers passionnés, d'une éloquence si désespérée, les pages où Wordswortli a exprimé l'optimisme inébraidablc de celui (jui a trouvé en lui-même la source du bonheur, on comprend assez que l'ami, adoré encore comme un Dieu, ne pouvait plus être d'un grand secours à cette ame blessée profondément.

Sans doute, dans cette espèce d'apologie qu'est au fond et en toute innocence de cœur le Pn-Judc, Wordsworth ne se donnait pas en e.vt'tnple à Coleridge. Mais Coleridge ne pouvait s'empêcher sans doute de sentir ^e spectacle de ce bonheur, comme un reproche à ses plaintes.

Coleridge dut se trouver plus seul, après avoir mis Wordsworth si haut, trop haut pour qu'il pût lui porter un secours qu'il lui auinit enseigné d'ailleurs à n'attendre que de lui-même.

Ladernière note du poème de Coleridge est religieuse, et ce n'est pas Wordsworth qui l'a inspirée. L'a[)pel à la prière n'a pas de sens dans l'àme de NN'onlsw orth, qui attend, plutôt qu'elle ne cherche, la Divinité. Mais la i)rière peut venir avant la fui dans une àme malade et solitaire, car c'est une émotion avant d'être une idée. Psychologiquement, cette élévation de l'àme, ((u'elle soit d'ailleurs poéti(|ue, religieuse ou [iliilosojilii(|U(' dans sa forme, vers un idt'al, est un signe et un .'luxiliairc de la guc'rison.

A défaut d'un conir à (|ui parler, on a li'ouvé ainsi le moyen de rompre le silence (\m i)répare et cause beaucoup de troubles mentaux, quand on a api)ris à se procurer ces moments d'exaltation ffu'on ai)pellera si l'on veut des prières.

Mais, d'ailleurs, nous savons que dès cette époque Coleridge était arrivé à des idées mystiques plus définies que celles de Wordswortli, et plus profondes que le sentiment qui l'avait amené lui-même à se séparer de l'unitarianisme. Dans une longue lettre à Cottle, véritable confession théologique, écrite en 1807, nous avons le résumé et le résultat de ses méditations religieuses à Malte, où il n'était pas encore arrivé jusqu'à l'orthodoxie'. Depuis, il a découvert un des théologiens qui devaient avoir le plus d'influence sur lui, jusqu'à la fin de sa vie, l'archevêque Leighton. Pour lui, dès à i^résent, Jésus ne peut pas être seulement un homme. Quant au dogme de la Trinité, il déclare avec Leighton qu'il est l'objet de la foi et non de la démonstration, ou du moins seulement d'une démonstration morale, qui s'appuie sur la foi en la Révélation. On n'en peut donner que des illustrations tirées du monde sensible, non des explications.

Il y a donc dès à présent dans la philosophie de Coleridge un élément mystique et irrationnel, quoiqu'il ne se l'avoue pas à lui-même, puisqu'il déclare que si on doute de la Révélation, on doit douter de tout et arriver au scepticisme universel, tant l'authenticité et la cohérence de la tradition lui paraissent indiscutables! La profondeur de ses recherches philosophiques peut être mesurée d'ailleurs à l'assertion suivante, telle, qu'on se demande si on a affaire à un texte authentique.

Malgré les arguments de Spinoza et de DoicarLcn et des autres défenseurs de la philosophie matérialiste ou, pour parler plus correctement, de la philosophie athée, il est

1. Cailles Reminiicences, p. 314 sq., ouGilimann, p. 225 sq.; Cf. note de 1805 dans (lillmann, p. 160.

admis par tous les hommes sans préjugés et sans parti pris scepliquo que l'esprit est distinct do la matière '.

Mais le peu de souci (ju'il y a là de la pliilosophie et de l'histoire de la philosophie ne s'accorde-t-il pas avec le besoin de relig-ion qu'éprouvait Coleridge à cette époque'? Il commençait à se refaire une foi et ne voulait pas voir trop d'obstacles sur la route. On a voulu faire de lui un philosophe, mais il est bien plutôt un apologiste qui a lu les philosophics. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que cet esprit essentiellement théologique ne pouvait concevoir sa religion quY^i termes abstraits, alors qu'on l'aurait cru plus porté à la religion du sentiment. Le mysticisme était chez lui surtout dans son intelligence, avide d'infini. Si la philosophie est la recherche désintéressée du vrai, Coleridge ne fut jamais philosophe, car il ne cherchait pas tant la vérité que la paix, et il aimait le mystère pour lui môme, et sans grand espoir de le réduire à l'intelligible. C'est un état d'esprit dont il y a beaucoup d'exemples, mais plutôt parmi les poètes que parmi les philosophes.

Ce qui a pu faire illusion sur la nature de ce seul principe d'unité dans la pensée de Coleridge, le mysticisme chrétien, c'est la variété infinie des formes dont il a voulu le revêtir, des doctrines qu'il a voulu y incor})orer. Comme il le dit quehiuc pari, ses explications noient sa thèse, et ses illustrations font perdre de vue le texte. Coleridge avait trop le sens

1. Collie, p. :{20. CoUle a souvent altéré le texte des Icllrcs (le Coleridge qu'il a publiées, mais plus ordinairement par suppression (pic par addition. Le passage est reproduit sans eoinnientairi'S |iar Gillmann, p. 2'X.\. D'ailleurs, en ce qui concerne Spinoza, Coleridge n'a jamais pu se mettre d'accord avec lui-même; voir II. C. Itobinson's, IHan^. 1. 1, p. -JOS-'J (181'2), et les noies manuscriles de Cideridge à Spinoza (lix. de Hobinson à :dancbeslcr Collège, Oxford), dans VAlhenaeum, IS'J", p. 080.

de la complexité, et trop peu le sens de l'exclusion logique des idées les unes par les autres, pour s'interdire rien de ce qui lui paraissait pouvoir entrer dans un système, qui n'existait plus, à force d'être compréhensif.

De même que, dans la conversation, il perdait de vue le sujet initial à force de digressions, il a souvent laissé caché son but apologétique à force d'éclectisme. Mais, au point de vue sentimental, le mysticisme chrétien était la seule source de vie qu'il connût, la seule doctrine qui lui inspirât foi et amour, et toutes ses autres pensées n'étaient que les esclaves de celle-là.

Mais quoi qu'il y eût dès lors en lui un principe dominateur qui devait peu à peu s'annexer toutes les parties de son intelligence, le plus grand désordre allait régner encore pendant près de dix ans dans sa vie extérieure et visible. Le corps était trop faible pour agir comme aurait voulu l'esprit, ou, pour parler plus exactement, la volonté n'existait plus. A Malte, nous avons vu s'indiquer les premières atteintes à la fonction volontaire de l'intelligence, l'attention. Tandis que ces symptômes ne firent que s'accentuer, le caractère même fut modilié, pendant quelques-unes de ces années de 1806 à 1816, au point de faire croire parfois à ses amis qu'ils ne reverraient plus jamais le Coleridge qu'ils avaient connu. Nous sommes obligés de reconnaître que c'est autour d'une idée religieuse que se fît la reconstruction de cet esprit et que probablement aucune autre idée n'aurait pu l'opérer.

Vers la fin de 1807, nous trouvons Goleridge en meilleure santé qu'à son retour de Malte, après un séjour à Stowey chez Poole, où il était venu passer une quinzaine, et où il resta plusieurs mois. Mais il a toujours autant de peine à travailler, il ne peut se résigner à apporter sa contribution à un volume

262 s. T. COLEIUDGE.

consacré à la mémoire de son Jjienfailour W'cdgwood. mort pendant son séjour à Malte. Il doniie des réponses évasives à sir Ilumphrey Davy (|iii dès 1800 lui avait i>ro|)osé de donner à Londics des conférences ])id)liques, manière nouvelle poiw lui de s'exprimer, et où il devait se montrer d'une façon si caractéristiffue. C'étaient alors « les principes de la poésie )) qui devaient être le sujet, Shakespeare, Spencer, Chaucer, Milton, Dryden et Pope devaient fournir les illustrations. A ce moment il est déterminé à « ne pas donner une seule conférence avant d'avoir mis au net par écrit au moins la moitié de la série entière ». On voit quil se défiait de lui-même, et avec raison. II s'engagerait volontiers à commencer la préparation immédiatement, sil n'était f( entouré d'embarras », La promesse linale ne pourra être donnée « avant la fin du mois » '.

Ces embarras étaientsurtoutdes embarras d'argent. Mais à ce moment apparut dans sa vie comme une providence généreuse un homme qui devait y jouer un rôle étrange, et devenir son mauvais génie après sa mort, après avoir été son bienfaiteur pendant sa vie, un des esprits les plus énigmatiques de l'Angleterre de ce temps, le Mangeur d"o]tium, Thomas de Quincey, qui n'était encore (|u'un jeune homme de vingt-deux ans. Il Minnqiierail (|iie!(iue chose à la vie dcCoIeridge si de Quincey ne l'avait pas connu, il lui mainpierail une partie de sa légende. Il y aurait une énigme de moins à résoudre dans I liishtjre de celle vie, si de Quincey ne nous avait donné sin* lui des impressions, des souvenirs, et des apprt'cialions pleines de cet espi'il [)(''iiétraiil, mais |)erversemenl ennemi de la

1. (:.iiii|iImII, liiliMil., |i. i.xxii; Lcl/rrs, p. ÎJlLi. I.c projet (lalail ili' ISOi {Mi'moriiils o/' ('(it''ijii')n, I. I, p. id).

vérité qui était le sien, tel qu'il était devenu, déformé par l'opium. L'histoir'e d'un esclave de l'opium, par un autre esclave de l'opium, voilà le document, passionnant et décevant, que nous avons à utiliser dans ces articles de Quincey sur Goleridge, où on trouve presque tout, sauf de la vérité, du moins de la vérité de fait, car la vérité morale y est souvent. Mais les illusions de Quincey sont un composé trop complexe pour qu'on puisse toujours faire la part du vrai et du faux ^

De Quincey venait de quitter Oxford, où, comme Coleridge à Cambridge, il avait passé trois ans occupé des éludes les plus diverses mais sans prendre de grade, arrêté au dernier moment par une hésitation incompréhensible, alors qu'il avait déjà passé avec succès la moitié de l'examen". Les rêves de son enfance, les misères noires de son adolescence, ses aventures à Londres et dans le pays de Galles, le Mangeur d'Opium les a racontées dans une autobiographie trop célèbre pour qu'on puisse faire autre chose que d'y renvoyer le lecteur ^.

Dès 1799, après la publication des Ballades Lyriqiii'.s, auxquelles il attribua le développement de son propre esprit, le jeune homme s'était senti attiré vers Coleridge par une sympathie extraordinaire. Plus tard, en 1804 ou 1805, nous dit il, il avait appris que Coleridge s'était absorbé tout entier dans la métaphy-

I. Voir De Quincey pur Alexandcr Japp; radmiraljlo chapitre d'Arvède Barine, dans Neiroséî; Confessions of an English 0/jiuin l'ialer (preiiiiôro édilion, réimprimée avec notes par Itichard Garnett); Cumjtlele Wurks, éd. David Masson, 14 vol.

•1. Japp, p. SI; Con/'es'iions, éd. Garnctt, p. 221), sq.

3. I7es Confessions d'un mauf/eur croi)ium ont été traduites en français par Alfred de Musset en 1SJ3 (réimpr. 1878) et par V. Descreux (sur les dernières éditions), l'Autobiographie et les Sifspirifi de l'ro fini dis, \}nr A. Saviiie.

264 s. T. COLERIDGE.

sique. Nouvelle séduction pour le rêveur dont c'était l'étude favorite, et qui lui aussi avait voulu apprendre l'allemand pour lire Kant et trouver une solution à l'énigme du monde. Il avait appris que Coleridge était à Malte et songeait presque à faire le voyage, uniquement pour le connaître. Comme Hazlitt en 1799, mais sans même avoir vu Coleridge, il était fasciné par ce qu'il entendait raconter plutôt que par ce qu'il lisait, car les poèmes de Coleridge. sauf le Vieux Marin, l'avaient déçu. A dix-neuf ans il avait commencé à prendre de l'opium, comme Coleridge, pour éviter la souffrance! On sait comment presque toute sa vie il devait lutter contre cette habitude, s'y complaisant en même temps infiniment plus que Coleridge, s'en faisant presque gloire, et adoptant comme un titre le nom de l'Anglais mangeur d'opium quand il publia, en 1821, ses Confessions.

Ce sont les souvenirs écrits trente ou quarante ans après les événements par un iiomme déjà déséquilibré quand il connut Coleridge, qui ont créé la légende de ce dernier. Les illusions et les mensonges involontaires se rencontrent à chaque page écrite par cet humoriste démoniaque. Mais certains de ces souvenirs ont un accent indicible de vie et de vérité. Le passage où de Quincey décrit sa première entrevue avec Coleridge est suggestif ' :

On m'avail indiciui' W. cliemin de la maison où Coleridge était alors en visite et passant à clieval dans une des rues principales de nridgewaler, je remarquai une porte correspondant à la description qu'on m'avait laite. Appuyé à celte porte se tenait debout, regardant devant lui, l'homme qm; Je vais décrire. Sa taille semblait être de cinq pieds huit pouces (il avait en n-alilé un pouce et

i. Samuel Trii/loi- ('oleridf/e, p. 150 si]. (Woiks. I. J/.i

demi de plus, mais sa stature était de celles qui font paraître moins grand qu'on n'est», sa personne était solide et massive, et tendait même à la corpulence, son teint était clair... mais ses cheveux noirs. Ses yeux grands avaient une expression douce, et c'est à leur apparence particulière, au brouillard de rêverie qui se mêlait à leur éclat, que je reconnus celui que je cherchais. C'était Coleridge. .Je le regardai lixement pendant une minute ou davantage et je fus frappé de voir qu'il ne m'apercevait pas, ni moi, ni rien autre chose dans la rue. Il était dans une rêverie profonde. Ce fut le son de ma voix, annonçant mon nom, qui le réveilla. Il eut un sursaut et pendant un moment ne sembla comprendre ni ce que je voulais, ni sa propre situation, car il répéta rapidement des paroles qui n'avaient aucun rapport avec l'un ou l'autre de nous. Il n'y avait aucune mauvaise honte dans son attitude, mais simplement de la perplexité, et une difficulté apparente à reprendre sa situation parmi les réalités du grand jour. Cette petite scène finie, il me reçut avec une amabilité si marquée qu'on aurait pu l'appeler de la grâce.

Avons-nous là une scène imaginée ou vraie, il est impossible de le dire, mais c'est bien ainsi que nous nous figurons Coleridge dans ses moments de rêverie. Tout au plus pourrait-on noter une disposition à exagérer son apparence visionnaire. C'est la note constante des souvenirs de Quincey sur Coleridge. Mangeur d'opium il était, et mangeur d'opium il devait rester. Tout en le proclamant un génie, un génie supérieur, et ^u/ durera plus que Gœtlie \i\\ou\ui toujours montrer en lui, et plus absolue encore qu'elle n'était, l'impuissance où se trouvait Coleridge comme Quincey lui-même, de réaliser ses rêves en œuvres. Coleridge a cependant une œuvre, une œ>uvre poétique et aussi une œuvre morale qui commençait à s'ébaucher

i. Même article, p. 225.

266 S. T. GOLERIUGE.

dans /'.l//y/(jiinii(l Oiiiiicey le connut. Si on l'en croyait, il n'aurait été qu'un causeur de génie. (Juincey prête à (loleridge beaucoup de sa propre personnalité et c'est ce qui rend illusoire la recherche de ce ({u'il y a de vérité exacte dans son portrait.

(Joleridge, dit Quincey, lui lit dès la première entrevue la (confession de son esclavage. Quelle invraisemblance manifeste, alors que les meilleurs amis de Coleridge ignoraient encore son malheur, qu'il fît cette confidence à un jeune homme qui ne lui avait pas avoué qu'il connaissait, lui aussi, la (( maudite drogue » ' .

Nous retrouverons les histoires de Quincey quand nous aurons à parler de ce qu'on a appelé les plagiats de Coleridge. C'est son humble admirateurde Quincey qui a porté un des premiers cette accusation, excusant le fait comme il excusait tout, par l'habitude de l'opium. A mesure qu'il a vieilli, Quincey est devenu plus extravagant sur le sujet de (loleridge, inventant sans doute à mesure qu'il oubliait. L'article sur Coleridge et l'opium, publié dix ans après la mort de Coleridge, est un tissu de fantaisies plus extraordinaires encore que celui dont nous venons de parler'-. C'est un compte rendu de la Vie de Coleridge, (lar son médecin et ami Gillniann. Quincey y attacjue sans aucune raison la véracité de cet huniiéte homme, nous apprend que Coleridge l'a converti à l'opium, alors (ju'il était venu chez lui pour s'en guérir. (( Ceci est curieux, dit-il, et nous fait rire horriblement. » Nous apprenons encore que Coleriilge avait des antipathies de mania(|ue (comme Quincey) et des préilileclions absurdes, par exemple pour (( l'infernal »

i. Siniiitrl Tai/lor C'jleridf/r, p. Hio, 102 ( U'or/,vs-, l. II).

•2. Col('rii/;/n itnil O/iiuiii lùi/iiii/ (\Vor/,:s. t. V. j). \1\) si].).

Boyei' (que (Juincey n'avait pas coiinii). Qiiincey sait encore que sir Alexander Bail, dont Goleridge ne se lassait pas de faire l'éloge, « a gouverné Malte comme Sancho l'île de Barataria )). Tout est perpétuellement ramené à cette haljitude de lopium dont nous n'arrivons pas à savoir si pour Quincey il a été le bon ou le mauvais génie de Goleridge, car s'il l'a « tué comme poète », c'est à lui qu'il devait « toute son animation dans la conversation ' ».

Tel était l'étrange ami que Goleridge se fît dans l'année 1807. Il manquerait un trait à son caractère si l'on n'ajoutait pas que le Mangeur d'Opium fut toujours le plus doux, le meilleur et le plus généreux des hommes. Ayant appris que Goleridge était sans ressources, il lui fit offrir trois cent livres (7.500 fr.) par l'intermédiaire de son libraire Gottle et sans se faire connaître. 11 voulait d'abord lui en donner cinq cents et c'est Gottle qui, connaissant le désordre de Goleridge, le dissuada de lui en offrir autant ^ Goleridge accepta, comme il accepta toute sa vie les services de ses amis, avec l'espoir de rendre, et comme il aurait donné. Mais l'heure du succès ne vint jamais, et si Goleridge sut plus tard d'où lui était venu le secours, il n'eut jamais l'occasion de se libérer de sa dette. Mais Quincey n'attendait rien, espérait seulement tirer d'embarras un grand homme, misérablement accablé par les nécessités de tous les jours. Il n'était pas si riche que sa générosité ne fût pour lui un sacrifice, et cette impulsive magnificence est bien de lui.

Il ne put sauver Goleridge de lui-même, du désordre et de l'incohérence de son esprit. Le projet du moment,

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