Leitet's, |). 5i;i
2. Il.-C. Uol)inson. Dianj, l. I, p. liO: liraiidl, p. :ili; .\u/rs and Lectures ou S/iahespeai-e, \XV.K
pensée allemande. Lui n'y voyait qu'un moyen de gagner quelque argent pour réaliser un nouveau rêve qui était en train de se préciser dans son esprit, celui d'une Revue philosophique qui devait donner des principes moraux et religieux au peuple anglais. Mais il était si malade qu'il espérait à peine vivre assez longtemps pour accomplir son projet '.
En même temps, il s'occupait de politique dans le Courier, aidait avec de Quincey à la revision de l'ouvrage de Words\Aortli sur la convention de Cintra, insistait auprès de Jeffrey, le tout puissant rédacteur en chef de VEdinbiirgh Heciew, pour obtenir un compte rendu favorable du livre de son ami Clarkson sur l'abolition de l'esclavage. Ceci est digne de remarque, car la lievue d'Edimbourg, qui venait d'apprécier sévèrement les Poèmes de Wordsworth, allait devenir pour Coleridge une de ces calamités publiques sur lesquelles il devait gémir pendant le reste de sa vie. Il s'humilia presque, parla de son grand respect pour le talent de Jeffrey, obtint de faire lui-même le compte rendu du livre de Clarkson, sur ce sujet de l'esclavage qui le préoccupait depuis sa jeunesse-. L'article fut modifié, Jeffrey fît dire à Coleridge le contraire de ce qu'il avait écrit sur Pitt et il n'osa protester, il soumit même à Jeffrey le prospectus de cette Revue qui allait entreprendre de réformer le monde, VAmi, annoncé pour paraître en 1809 ^
La mode en Angleterre était aux Revues nouvelles.
1. Memorials of Coleorlon, t. II, p. 3o-30, 44 (leltre de Coleridge). 48 (lettre de Wordsworth).
2. Il est amusant de constater que dans ses conversations avec des tiers, Coleridge assurait que Jeiïrey avait peur de lui. II.-C. Robinson, Uiary, t. I, p. 150.)
3. Juillet 1808 (non réimprimé); Letters, p. 527-30, 536-37. Letters from the La/ce Poets. p. 180.
270 s. T. COLERinGF,.
VEdinbunjh /{eview, fondée en 1802, avait pris une grande influence, et Coleridgc était oi)ligé de compter avec son directeur. Fille n'était pas, à ses débuts, l'organe d'un parti et Waller Scott y écrivait à côté de Sydney Smilh et de JefTrey. Au moment même où Coleridgc présentait son Ami, paraissait le premier numéro de la QtKirlerl;/ lip.vroii\ qui devait être le grand organe conservateur '.
Mais combien son entrepr^ise était dilTércnte! Au lieu de se servir de la forme du compte rendu des ouvrages nouveaux pour atta(|uer des adversaires, il se proposait de « donner des principes ». C'est le mot qui revient constamment dans ses lettres et il n'en est pas de plus caractéristique. C'est un idéologue qui va parler au peuple. Le prospectus, écrit en décembre 1808, est un curieux morceau, le plus étrange peut-être (jui ait jamais été soumis au public, même avec les changements que Coleridgc y apporta sur le conseil de Jeffrey.
Le futur rédacteur en chef parle de sa « dépression d'esprit métaphysique » [spccnlalxve (jlooin), de ses longues absences, de la manie qu'il avait de i>rendre des notes sur tous les sujets et du désir de les utiliser. 11 fait les plus belles promesses. En même temps que (( les vrais et seuls principes de la moralité, leur origine et leur développement; l'intluence des habitudes morales sur le goût, la nature du goût littéraire expli(|ué par l'exemple des grands auteurs », il expli(|uera l'aflinité des Heaux Arts entre eux : rarchitcclure, le jardinage, la danse, le costume, la musi(iue et Ja poésie, la peinture, l'histoire et l'étal présent des littératures suédoise, danoise, allemande,
\. LrAlers frum l/ie Lnkp l'oe/s. [i. 1(I7; IlaïU'V, lùtrh/ Kcvirvs^ p. XXVII.
PHILOSOPFIIE POLITIQUE. 271
et italienne et, « avec l'aide d'un ami », des littératures espagnole, portugaise et française '.
Il y mettra encore « les personnages et anecdotes connus au cours de sa propre vie et de ses voyages, la théorie de l'éducation, au sens le plus large. Enfin des (( sources de consolation aux afdigés par le malheur, la maladie ou abattement d'esprit ».
Certaines parties de ce programme encyclopédique effrayèrent quelques amis de Coleridge. Un Quaker, consulté, fit des objections à la danse et à l'art du costume. Coleridge eut beau se défendre et dire qu'il ne voulait parler que de « la danse scientifique des Anciens Grecs », cet article dut disparaître du programme définitif -.
Un scrupule plus comique encore, c'estcelui d'exclure l'actualité, « ce qu'on cherche d'ordinaire dans une Revue », dit bravenicnt Coleridge, les personnalités et les événements du jour.
Ce n'est pas un journal, ce n'est même pas un ouvrage destiné à attirer et à amuser la masse des lecteurs ordinaires, c'est un ouvrage destiné à développer des principes. Quoique je me propose d'y écrire avec autant d'éloquence et de splendeur que me le permettra la mesure du génie que je possède, je ne sacrifierai jamais le fond à Y intérêt, pour lequel je compte surtout sur l'ail d'illustrer par des comparaisons, des faits et des anecdotes intéressants ■'.
La Itcvue devait être hebdomadaire, peut-être à
1. Lellcrs, p. 530-7. l.c programme dans Gillinanii, p. 182-15, Lctice Pouls, p. 81-93; The FrU'iid, Buhn's Ed. Appcndix.
2. Lellers, p. b3S-iO. Le litre du Fviend (l'Ami) élail j)robablemenl emprunté aux Quakers. C'est celui qu'ils se (loiiuenl entre eux el Coleridge, sans être des leurs, avait l)caucoup de sympalliie pour leur doctrine. Cf. Coleridr/r; on Quaker priaciples, par J.-D. Campbell, Allienviun (1803; II, 38î).