‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 156 sur 191 · Comparer Arvède Barine, Sév)-osés, p. 120 et suiv · texte numérisé non relu

Comparer Arvède Barine, Sév)-osés, p. 120 et suiv

ridgefùt (( sous rinnuence d'un charme, (|u'uii enchanteur le forçait à être ce qu'il est, tout en lui laissant le pouvoir de montrer ce qu'il pourrait être ». Nous croyons connaître aujourd'luii l'enchanteur. Dans l'intervalle dû ses enchantements. Coleridge était merveilleux et « la pluplart du temps intelligible, quoique profond ». « Comme témoignage d'un splendide talent, d'une pensée originale, et de rares facultés d'expression, et d'imagination (ces conférences) sont tout ce que ses admirateurs peuvent désirer. Mais comme accomplissement de sa tàciie et de son engagement vis-à vis du public, elles causent beaucoup d'embarras à ses amis. » Le fond n'était pour ainsi dire pas traité, et la préparation souvent nulle '. On venait entendre causer Coleridgc. Un moment ce fut une mode, et les conférences de 1812 se terminèrent avec éclat.

Ce fut en somme un grand succès"-. Coleridge ne révéla pas sans doute Shakesi)eareà ses compatriotes. On pourrait même prouver que ses idées sur Shakespeare ne sont pas aussi originales qu'on l'a cru et qu'il le croyait lui-môme.

Avant lui, on avait essayé de montrer la (( structure organique » des caractères et des pièces de Shakespeare. A la fin du wiii"" siècle, en Angleterre même, un inconnu, Morgann, avait appliqué presque la même méthode psychologique (jue Coleridge au caractère de Falstaff et il avait expressément dit que les caractères de Shakespeare ne sont pas composés de l'extérieur, mais se développent comme des créations naturelles de son esjjrit, « des modifications

1. Uoliiiison, t. I, p. 182-;^. Nulc dans (lamphell, liilroil.,

p. I.XXXIV.

■2. liijruns Lrllcrs, lo déci'iulire isli': Ciinplu'll. |t. 2I('>; Robirison, l. 1, p. l'.H. 212.

différentes de la pensée de Shakespeare ». Il avait dit déjà que Shakespeare diffère essentiellement des autres écrivains, que nous sommes « possédés par lui, plutôt que nous ne le possédons », il avait appelé, comme Goleridge, son art une (( magie ». Mais si l'on ne peut prouver que Goleridge l'ait connu, la seule conclusion qu'on puisse tirer de ces rapprochements c'est que la critique du xviii^ siècle était arrivée progressivement à une compréhension de Shakespeare analogue à celle de Goleridge, au point de vue psychologique.

Quant à l'interprétation proprement philosophique, on sait qu'elle fut inaugurée par la critique allemande, qui répondait si bien au tempérament de Goleridge qu'il avait essayé de l'introduire en Angleterre dès 1808, dans la première série de ses conférences et qu'on l'a même accusé d'avoir copié servilement Lessing, Schlegel et Jean Paul '-.

Sans vouloir essayer de faire l'histoire de la critique allemande sur Shakespeare, on peut rappeler que Lessing, tout particulièrement étudié par Goleridge en Allemagne, avait révélé Shakespeare à ses compatriotes dès 1759. Il appelait de ses vœux la traduction des œuvres de Shakespeare « bien plus tragique que Gorneille, même si on les compare tous deux aux modèles- anciens que Shakespeare ne connaissait presque pas et que Gorneille connaissait très bien ». « Gorneille, disait-il encore, se rapproche des anciens par la construction mécanique et Shake-

1. Essay on Llie Dramatic Chararter of Sir John Fatslaff, 1777, réimprimé dans Nichol Siiiilh, Eirjhteenlh Century Essays on Shakespeare (Glasgow, 10031. Voir p 22i et suiv., 246-47, 249-50, 252-53.

2. Voir, pour une plus juste apprécialion, Brandi, p. 334 sq. Herford, Age of Wordsv)orth, p. 84-6.

290 S. T. GOLEUIDGE.

spcare par l'essentiel '. » C'est déjà le l'oiid de la critique de Coleridge, mais on pourrait montrer ({ue c'est aussi le résultai final de la critique anglaise du xv!!!*^ siècle : Sliakesj)eare véritable classifjue et maître des maîtres, et non pas « sauvage de génie-» suiv.ml la conception française. IMus tard, dans la Drmmiturrjk <li' Hambourg^ Lcssing était revenu souvent à Shakespeare, presque toujours pour l'opposer à la tragédie française ^

Mais le point de vue même de Lessing (Hait si différent de celui de Coleridge, qu'on ne voit pas comment il aurait pu avoir sur lui une grande influence. Cette question des règles et des unités était épuisée en Angleterre avant Coleridge, et il ne lui a pas fait beaucoup de place. Quand il parle des principes d'Aristote et de la tragédie en général, c'est sans doute d'après Lessing, mais ce n'est pas pour lui l'important. C'est l'étude de la personnalité de Shakespeare dans son œuvre qui est pour lui l'essentiel et là, Lessing ne pouvait l'inspirer beaucoup.

Mais on ne peut contester l'influence de Jean-1'aul sur les premières conférences, et celle de Schlegel, après que Robinson lui eut fait connaître les Leciurcs sur la poésie dramatique. Dès la i.\' lecture, où Coleridge annonce qu'un ami lui a apporté un ouvrage dont il n'a encore eu le temps de lire qu'une [)arlie, il ajoute : « Mais ce que j'ai lu, je l'ai approuvé, et je serais disposé à applaudir encore plus ouvertement à l'ouvrage, n'était qu'en agissant ainsi je m'ajiplaudirais moi même en quelque manière, les sentiments et

1. L(!>sing ( U>'7i-c, t. VII, cd. Ifnxberger). Hrir/e dw Seiirslc lAtprntur hotn'ffoid, XV, p. "3; .Wll. p. I',l3 sq.

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