Voir l'allusion à Vollaire dans Lectures, p
3. I.cssinf,', Dranuilitrgie (tnrnic édit., t. .\), xi, p. '13; xv. p. "I; Lx.xiii, p. 32'.t; i.xxiv el suiv.
les opinions coïncidant avec ceux que j'ai exprimés dans mes conférences (de 1808) à l'Institut Royal ». Coleridg'e continue en faisant l'éloge des étrangers, qui les premiers ont apprécié le puissant génie de Shakespeare à sa juste valeur. Mais s'il professe n'avoir lu qu'une petite partie du livre de Sclilegel, il y a peut-être là une restriction mentale, car il a lu certainement le chapitre xir, sur Shakespeare, qui l'intéressait particulièrement pour ses conférences, et il a fait deux emprunts manifestes à Schlegel sans le citer. C'est bien à lui qu'il emprunte la comparaison du drame grec avec la sculpture et du drame Shakespearien avec la peinture, et c'est lui aussi sans doute qui a attiré son attention sur le poème anonyme qu'il attribue à Milton et qui se trouve imprimé dans le second folio de Shakespeare. Mais s'il ne cite pas Schlegel, nous croyons que c'est par négligence plutôt qu'avec l'intention de tromper '.
Sur d'autres points de détail on ne penserait même pas que Coleridge a pu emprunter des idées à Schlegel, sans le citer, si on ne savait qu'il venait de le lire, et il avait raison de soutenir qu'il n'avait pas eu besoin de Schlegel pour connaître et comprendre Shakespeare. Son désir de se justifier l'a du reste entraîné trop loin, car il a été, dans son incertitude habituelle sur les dates de sa vie, jusqu'à affirmer qu'il avait exposé toutes les idées de Schlegel deux ans avant la publication de ses leçons de Vienne (1808), ce qui a fait croire à l'existence de conférences publiques de Coleridge, en 1806, qui n'ont jamais été faites ^
\\. Sclilegel, Lecture XII, p. lii-14" (Coll. Kiirschner); Co\(iru\'^e, Lfclures, cd. Ashc, p. 121, d27-'J, 142 v.
2. Voir éd. Ashe, p. 30-32. Cf. noie de Coleridge en tèle des observations sur llamlef, p. 342-3, el encore une autre théorie qui placerait ces lectures imaginaires en 1801-2, p. 127.
Mais nous savons qu'à Malte il était très préoccupé de Slialcespeare, et qu'en 1804 il en avait commencé une étude approfondie, et avait déjà sa théorie sur le caractère d'Hamlet. Mais s'il paraît bien qu'il est arrivé à sa conception indépendamment de Schlegel, il peut avoir connu l'analyse de Gœthe dans 11 illiclm Meister (1796), comme Robinson le remarquait déjà en 1810. Mais pour tout ce qui n'est pas question de fait, comment apprécier s'il y a eu influence ou rencontre des esprits? Du moment qu'on applique au caractère d'Hamlet une méthode d'analyse psychologique et morale, les résultats doivent nécessairement concorder en quelques points.
Et il était bien capable de trouver dans lui-même tout ce qu'il a dit d'J/amlcl, et de le trouver dans son propre caractère '.
D'ailleurs ces questions d'influence et d'imitation qu'on ne peut pas appeler du nom de plagiat, nous intéressent surtout au point de vue psychologique. Quel sentiment pouvait pousser Coleridge à se servir ainsi des travaux de ses prédécesseurs sans leur en attribuer suffisamment le mérite? Il y avait là à la fois de l'insouciance et de l'inconscience, et ce désir de se faire illusion à lui même sur la richesse de son propre esprit, qui est au fond de son éclectisme philosophiffuo. Avec ses habitudes d'improvisation il fallait souvent (( boucher des trous », et Coleridge le faisait tantôt avec des 'répétitions, tantôt avec des digressions, tantôt avec des emprunts faits aux critiques allemands, qu'il aurait signalés peut-être s'il avait publié ses conférences, mais fini lui paraissaient de peu d'importance.
1. Mernorials of Coleorlon, t. I, p. 44-46 (janvier 180'.); l«ul)ins(.)n, Dumi, l. 1, p. 102; Aslie, p. ■27-28, Tnhie Tnlk, 1;j juin l:s21.
Ce sont les conférences sur Shakespeare qui nous ont été le plus exactement conservées, et ce sont aussi les plus originales, parce que c'était Shakespeare que Coleridge connaissait le mieux de tous les grands poètes, et qu'il pouvait en parler d'abondance. Et la subtilité shakespearienne, où l'on peut tout retrouver, convenait merveilleusement à son esprit.
Les conférences sur les autres grands dramaturges de la Renaissance, Beaumont et Fletcher, Ben Jonson, Massinger, qui sont de 1818, sont moins intéressantes. Goleridge les rabaisse devant Shakespeare d'une façon exagérée et bien souvent ne comprend pas bien leurs qualités particulières, surtout celles de Beaumont et Hetcher. 11 y a du pédantisme dans son désir de trouver de la philosophie dans ces œuvres légères et faciles. L'infériorité de son appréciation des comédies de Shakespeare par rapport à ses tragédies se retrouve ici sous une autre forme. 11 est impossible de ne pas sentir la supériorité de Charles Lamb, à la fois comme goût et comme connaissance de l'époque. S'il avait voulu se laisser guider par les Spécimens des poètes dramal'iques de rà(/e d'Elizabetli, publiés par Lamb en 1808, Coleridge aurait pu mieux saisir l'esprit du temps de Shakespeare qu'il ne l'a fait'. Ainsi il ne parle pas de Ford, de Webster, de Marlowe, de ceux qui nous paraissent aujourd'hui les plus grands. Nous trouvons quel(|ue part cette singulière affirmation que de tous les contemporains de Shakespeare, Ben Jonson est (( le seul qui n'ait pas été directement
]. Goleridge s'élail cependant adressé à Lamb i)oiir avoir communication de son travail même avant la publication. Voir sa lettre de février 1808, dans De Quinceij Meinoriuls, t. 1, p. 138-9.
produit ou modifié par lui ' ». Coleridge, dans toute celte époque, n'a vu que Shakespeare.
Dans sa critique de Cliaucer, deSpenscretdcMilton, Coleridge fut beaucoup plus remarquable. Après Tyrwhitt, Warlon et Godwiii on ne peut pas dire que Cliaucer fût inconnu ou négligé, mais Coleridge l'a admirablement compris. Ce sont ces notes sur Chaucer qui pourraient faire croire qu'un malentendu seulement le séparait de tant d'esprits qu'il détestait. De Spenser, il n'y a pas grand'chose à dire, car Coleridge ne fit que suivre le mouvement qui avait ramené à lui tous les romantiques anglais. Mais il a noté avec* précision l'immatérialité essentielle du grand poète de l'allégorie.
Les lectures sur Millon sont perdues, mais il est évident d'après toutes les notes conservées qu'elles furent des meilleures, 11 y avait dans l'austérité et l'unité de la vie de Milton quelque chose qui séduisait particulièrement Coleridge, parce que c'était l'idéal qu'il aurait voulu réaliser. La simplicité et la largeur d'effets du poème, son langage « exquisement artificiel », la caractéristi(|uo de Milton, musicale et non pittoresque, tout l'essentiel a été dit par Coleridge et parfois avec un bonheur d'expression singulier. Parlant de la personnalité de Milton toujours présente dans son œuvre, il dit« l'égotisme d'un Ici honimcest une révélation de l'Esprit'^ ».
Mais l'auteur (|ue Coleridge contribua le plus à faire connaître ce fut Dante, (|uil lisait souvent depuis son séjour à Malle '. Kn 1811 venait de i>araîlre, après |)lusieurs Iraduclioiis médiocres, ci-lle de il. V. Cary,