‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 169 sur 191 · I'. iiJo · texte numérisé non relu

I'. iiJo

les usines, et les jeunes gens font ce qu'ils peuvent pour s'échapper vers les villes.

Mais quel peut être enfin le remède à un mal qui s'est établi graduellement et auquel tout le monde a conspiré? C'est l'effort commun de tous. Si nous sommes une nation chrétienne, nous devons apprendre à agir, comme nation et comme individus. En conséquence. Coleridge propose l'abolition de la loterie, la réforme des lois fiscales, la réglementation de l'industrie, il prêche l'action sociale à la noblesse, qui doit faire l'éducation de ses (( clients et dépendants naturels ». Elle doit regarder ses propriétés comme « mises à l'abri de toute immixtion humaine par tous les principes du droit et de la politique, mais constituant des postes de confiance, qui comportent des devoirs envers Dieu et envers le pays ' ».

Devenons un peuple meilleur et la réforme de tous les maux publics réels ou supposés... suivra d'elle-même. En un mot que chacun mesure ses efforts à son pouvoir, à sa sphère d'action et fasse tout ce qu'il peut. Qu'il donne de l'argent quand il ne peut pas agir personnellement, mais qu'il agisse par lui-même, et dans le détail, aussi souvent qu'il lui sera possible. Adoucissons les maux que nous ne pouvons guérir, consolons ceux que nous ne pouvons secourir, et pour le reste comptons sur la promesse du Roi des Rois, par l'intermédiaire de son prophète :

« Bénis soient ceux qui sèment au bord de toutes les eaux. »

On voit assez que Coleridge, tout en prêchant, comme Ruskin, l'intervention de l'Etat, est encore plus conservateur que lui. On a exagéré la portée socialiste du deuxième Sermon, pour l'avoir considéré sans doute séparément. Mais le Manuel de V Homme (TElai en est la préface indispensable, et montre bien

en Coleridge un homme du passé plutôt (ju'un [)récurseur. Son socialisme est, comme tout socialisme, un protectionnisme, mais, de plus, un gouvernement paternel et théocratique. Les deux Sermons laïques sont encore, comme ïAnii, une œuvre d'éducation, et Coleridge est convaincu (jue « la (|uestion sociale est une question morale ». Le remède qu'il propose se réduit en somme à l'application des principes du christianisme. Si on veut y voir du socialisme chrétien, c'est au sens où tout chrétien convaincu est (( social », c'est-à-dire membre d'une société avant d'être individu. Toutes ces conceptions étaient singulièrement originales en 1817. Coleridge, presque en même temps que Wordsworth, fait le premier appel à r (( interventionnisme » social, quinze ans avant les premières réformes '.

11 n'est pas difficile d'expliquer historiquement cette évolution. C'est à la fois la crainte delà démocratie et la pitié pour la misère du peuple qui ont inspiré Coleridge. Les années 181G-1817 marquèrent une crise dans l'histoire du peuple anglais ^. Les écrits contemporains sont pleins dallusions aux révoltes et à la répression, à la misère du peuple industriel apparaissant pour la première fois dans toute son étendue. D'autre part, Coleridge s'était convaincu des progrès du ((jacobinisme » dans le peuple. Il pressait Southey d'écrire quelque chose (( dans sa manière impressionnante » sur ce thème dont personne ne lui paraissait comprendre la (( gigantes(|ue grandeur »^ 11 se faisait de plus en plus aristocrate, pour détester un démo-

Page 1