‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 170 sur 191 · V. C.izaniian, Le roman social · texte numérisé non relu

V. C.izaniian, Le roman social

'2. Seignolios. llisluirc polili(jue de l'Europe au XIX" iù'c7e, cliai». II, p. 20 el suiv.

3. Letters, p. 597 (à SouUiey, 12 mai 1812). Voir plus haut, p. 306 n., el cf. Anima Puelac, p. 174; Gillniann, p. 223.

crate comme Burdett, qu'il avait entendu acclamer. Dans son désir d'action, il croyait être deux fois prophète, en dénonçant la démocratie et en réclamant une protection pour le peuple des usines. En tous cas il sut comprendre, presque seul parmi ses contemporains, la double révolution qui se faisait dans les esprits et sur le sol même de l'Angleterre, transformée de pays agricole, au régime patriarcal, en nation démocratique et industrielle.

Il ne se contenta pas de proclamer un principe, il fit au moins une tentative pour en obtenir l'application sur un point particulier, le travail des enfants dans les usines, « des enfants élevés dans le coton », comme il disait amèrement. A propos du Bill, proposé en 1818 par le père de sir Robert Peel, il fit imprimer et distribuer des circulaires et nous le voyons demander des renseignements sur la possibilité d'une législation ouvrière à son ami Robinson en termes significatifs'.

Pouvez-vous me donner des exemples d'auU^es cas dans lesquels la législation est intervenue directement ou par conséquence immédiate dans ce qu'on appelle ironiquement la liberté du Travail (c'est-à-dire a osé prohiber le meurtre des âmes et l'infanticide du côté des riches, et le suicide du côté des pauvres), quelque décision de nos graves autorités sur le droit, depuis Fortescue jusqu'à Bacon, et de Bacon jusqu'à Kenyon et Eldon.... La seule objection qui puisse produire quelque hésitation à la Chambre des Lords sur le Bill de sir Robert Peel, qui vient de passer à la Chambre des Communes, viendra de ce lord plébéien écossais (Lauderdale) : le dangereux précédent de l'intervention législative, voulant dire par là que le présent Bill constituerait un premier précédent ^.

1. Letters, p. 688-89, n. (à J.-H. Green, 2 mai 1818). Rohinson's Dianj, t. I, p. 314 (Lettre de Goleridge, 3 mai 181S).

2. Il y avait un précédent, la loi de 1802, qui interdisait la

Le bill fut repoussé par la Chambre des Lords sur rintcrvenlion de Laudcrdale, comme Coleridgc l'avait prévu. L'impression que ressentit Coleridge fut si profonde qu'elle alla jusqu'à ébranler ce robuste optimisme national que nous avons vu trôner encore dans la chaire du prédicateur laïque, la foi en la supériorité morale de l'Angleterre sur toutes les autres nations. Il écrivait dans un de ses carnets :

Kn songeant à mes efforls sans succès, mais non sans énergie, en faveur des pauvres petits esclaves blancs des manufactures de coton, je me demande à moi-même: « Mais cependant ne sommes-nous pas meilleurs que les autres nations chrétiennes? » Oui, peut-être. Je ne sais pas. Meilleurs que les I-Yançais, certainement, Mammon comparé à Molocii elHélial. Mais la Suéde, la Norvège, l'Allemagnc, le Tyrol ? Non '.

C'étaitle découragement qui lui venait toujours à la première tentative infructueuse. Il n'en fit plus guère dans cesens et, remontant dans la spéculation tliéologique et morale, ne chercha plus à combattre le mal sur la terre. Mais il garda justju'à la lin la noblesse de n'être pas un satisfait, ((uoiqu'un fatalisme vague lui rendît la résignation plus facile.

Une conversation de 1820, si elle est exactement rapportée, nous le montre bien scepti(iue sur les eiïcts de la législation humaine. L'individu, la société sont entraînés à tous les vents comme la graine du chardon, et toute loi est inq»roi)re à atteindre son but. Mais cette dernière évolution ne s'acheva jamais en

journée de plus de dou/.e heures pour les enfants assistes. Les autres alteudircnl les réformes jusqu'en 183t-t844 (Seignobos, p. oo-.'J6).

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