‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 24 sur 191 · I. C.cslre. p. .T · texte numérisé non relu

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sont les Anglais que Burke voulait effrayer. Il se souciait peu de la Révolution française, mais beaucoup des symptômes de Révolution anglaise qu'il croyait apercevoir. Rappelons-nous la date, novembre 1790. Les événements de France devaient justifier ses prophéties, mais ce sont des prophéties et c'est de l'Angleterre qu'il s'agit. Si les Réflexions de Burke ont eu un immense retentissement, des réponses comme les Vindiciae Gallicae de Mackintosh et surtout les Droits de V Homme de Thomas Paine n'en eurent pas moins et vinrent fournir de nouveaux arguments à Burke, avec l'activité toujours plus inquiétante des Sociétés.

En mai 1792, une adresse, rédigée par Paine, fut présentée aux Amis de la Constitution de Paris (les Jacobins) par la Société constitutionnelle de Londres.

(( Ce n'est point, disait-elle, une des moindres révolutions que le temps développe aux yeux du monde étonné que de voir deux nations nourries dans une haine réciproque par un exécrable machiavélisme, briser subitement leur commune chaîne et se précipiter dans l'amitié. »

Toute l'adresse est très curieuse et ce qui ne l'est pas moins c'est qu'elle ne parut pas pouvoir être lue aux Jacobins telle qu'elle avait été écrite par le républicain anglais. Là où il avait écrit l'ami (( religieux des hommes » on supprima religieux^ là où il avait parlé de la liberté, on ajouta ralionnelle. On ajouta cette phrase caractéristique : « Nous n'avons pour ennemis que ceux qui dans tous les pays du monde sont les ennemis de la justice : un vil troupeau de courtisans engraissés des dépouilles publiques ». Surtout quand, à la fin, les Anglais disaient : (( Nous parlons avec la voix de plusieurs milliers d'hommes », on lut

aux Jacobins : « Nous croyons parler au nom de plusieurs millions d'iiommes ' ».

Cette adresse ne fut pas la seule. Le 27 septembre 1792 c'est à la Convention elle-même que diverses sociétés anglaises portèrent leurs félicitations pour le succès de ses armées. Le 28 novembre 1793, enfin, la Société d'information constitutionnelle de I^ondres osait dire, reçue à la barre de la Convention : « Après l'exemple ((ue la France a donné, la science des Révolutions deviendra aisée et les progrès de la raison seront rapides. 11 ne serait pas étrange que, dans un temps bien plus proche que nous n'osons le prédire, des lettres de sollicitation fussent envoyées au delà de la mer à la Convention nationale d'Angleterre " ».

On ne peut donc pas dire exactement que ces Sociétés (( n'avaient jamais eu l'intention dimiter la Révolution française '•' ». Cela n'était vrai que des chefs, de ceux qui se rendaient compte de ce qu'elle était, des changements radicaux qu'elle prétendait apporter à l'élat de la société. Mais les Sociétés qui voyaient de loin tomber une Bastille, se réunir une Convention, étaient toutes prêtes à imiter. Elles imitaient même, en fait, (jiiand elles réunissaient à Edimbourg une Convention des dilTérentes Sociétés. Ce fut ce projet, annoncé dès le commencement de l'année 1793, qui déchaîna la réaction préparée par les i)ublications de

1. CeUe comparaison entre le texte anglais manuscrit, rclronvt' à Londres en 18'JS par le D' Clair J. Grèce, et le texte français imprimé d'après le Patriote /ra«!«/A- de Rrissol, dans Aulard, llistoh-e de In Socictc des Jacobins (l. 111, p. 621), est faite dans l'ouvrage de Moncure Gonway, p. 210-'JI2.

2. Cité par Legouis, p. 229. Cf. A Convention- Ike nnly Means lo savc us /rom Hiiin. liy Joseph Gerrald, Londres, 17'Ji (2(1. édition).

:f. Voir Cesire. ouvrage cité, p. ;t7. M. C. le reconnaît, du reste, implicilenient dans son excellent livre sur le réformateur John T/i'.lwall, p. 105.

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Burke et surtout par les événements de France, la condamnation de Louis XVI et le règne de la Terreur, la réaction de la peur.

Elle était venue progressivement. En août-septembre 1789, quand Gouverneur Morris était venu à Londres, il avait trouvé tout le monde, au moins dans les hautes classes, « complètement dans Terreur en ce qui regarde les troubles de France. Tous supposaient, comme on le faisait pendant la révolution d'Amérique, qu'il y a certains meneurs qui sont cause de tout, tandis que dans les deux cas c'est la grande masse du peuple qui a tout fait ' ».

Et quand on se fut convaincu que c'était bien d'un grand mouvement populaire qu'il s'agissait, il fallut longtemps encore pour que dans l'opinion anglaise s'établît la conviction que la Révolution française rendait la France dangereuse, doublement, par l'action et par l'exemple. La première impression avait été que la France resterait longtemps dans un état d'impuissance politique et militaire tout à l'avantage de TAngleterre. Burke lui-même le crut quelque temps (( Il n'en restera sur la carte, écrivait Grimm Catherine, que ce trou noir qu'Edmund Burke et moi ne sommes pas les seuls à avoir aperçu dès le commencement de cette déplorable révolution. » En février 1790, Burke, au Parlement, répondait dédaigneusement à Fox ({ue la France (( n'existait plus politiquement » *. Mais cela ne l'empêchait pas de voir que la Révolution pouvait être contagieuse et détruire

1. Journal de Gouverneur Morris, tr. Pai'isel, p. 72. C'était l'opinion répandue par les émigrés. Voir, par exemple [Sénac de Meilhan], Du Gouverjiemenl, des Mœurs et des Condilions en France, avec le caractère des principaux personnafjes du rèque de Louis XVI. Londres, 1795.

2. Voir Lecky, t. V, p. 456; Sorel, t. II, p. 28 et n. C'était la prédiction de Chesterfield dès 1753 (Lecky, t. V, p. 443).

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rAnglolerre après avoir détruit la France. C'est le point (le vue des Réflexions (novembre 1790) qui s"appli(iuent encore plus, comme nous l'avons dit, à l'état de l'Angleterre qu'à l'état de la France.

En 1793 les événements avaient marché parallèlement en France et en Angleterre. La Convention avait vaincu les armées alliées, elle avait délié l'Europe par l'exécution de Louis XVI, elle s'attaijuait directement à l'Angleterre par sa propagande dans les Pays-Bas. « Les objets principaux de la politique nationale de l'Angleterre : la Belgique, Anvers, la Hollande, devenaient les objets principaux de la politique nationale de la République '. » L'Angleterre, pacifique tant que ses intérêts n'étaient pas en jeu, ne pouvait le rester. Et si l'on était amené presque malgré soi à la guerre extérieure, comment tolérer sur le territoire anglais un mouvinnent qui se mettait ouvertement en communication avec la Révolution française et qui prétendait s'unifier en prenant le nom déjà odieux de Convention?

Les chefs de la Révolution étaient peu nombreux en Angleterre et, nous l'avons vu, singulièrement modérés. Mais ils étaient presque tous considérés, honorables. Ils faisaient du bruit. Il fallait faire cesser ce bruit. Les écrits contre-révolutionnaires se multiplient à partir du commencement de i7î.l2. Le m.inislère sait qu'il donnera satisfaction à l'opinion publique en demandant des poursuites contre Thomas Paine, dont les Droits de l'Homme ont trouvé trop de lecteurs (mai 1792). Il passe en France en toute liàte, est condamné par contumac(>. et cette condamnation est le signal d'une foide de poursuites contre les libraires accusés d'avoii- mis ses leuvres en vente, les

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