‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 44 sur 191 · Religious Musiiujs, v. 10 et suiv · texte numérisé non relu

Religious Musiiujs, v. 10 et suiv

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des esclaves, des criminels et des pamres « qui meurent si lentement ({ue personne n'a le droit de parler de meurtre ». Ceux-là, dit-il, n'ont qu'à attendre quelque temps encore :

L'heure est proche, et voyez, les tiirands et les riches, les puissants, les rois et les grands capitaines du monde, avec tous ceux qui des régions supérieures, comme fixés aux étoiles du ciel, répandaient leur inlluence néfaste, seront jetés à terre, avilis et foulés aux pieds comme le fruit qu'avant son temps secoue du figuier une tempête soudaine.

Le prophète nannonce pas cependant la ruine finale du monde, car, après ces éjireuves qui seront une régénération, c'est le Millennium qui va venir.

Tandis que les Mille Années mènent leur danse mystique, le Désert pousse un cri, le vieil Océan bat des mains. Les grands morts reviendront avec les grands exilés, Milton, ?se\vton et llartley, le plus sage des iiommcs, avec Pricstley, patriote, saint et sage, que des hommes d Etat souillés de sang et des prêtres idolâtres, an'olanl la multitude aveugle aver de noirs mensonges, ont chassé par leur haine folle.

Religion, Science, Philosophie, Idéal humanitaire, tout ce (|ui remplissait Tàme de (loleridge apparaît confusément dans ce poème, document sans pareil sur une âme mystique et révolutionnaire. On peut juger de la noblesse, et en même temps du vague et de l'impuissance de ses conceptions. Dans la forme, l'œuvre rappelle les « poèmes prophétiques » que William lîlake coni[)osait et illustrait hii-mème vers le même temps, et que Coleridge ne connut d'ailleurs que vingt ans plus tard. Blake seul aurait pu illustrer les métaphores bihlitjues et délirantes de Coleridge, le u Désert qui pousse un cri )) et « le Vieil Océan qui bat

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des mains », de quelque figure géante comme il en imaginait dans sa mythologie créatrice.

Mais Coleridge, lui, n'était pas un visionnaire. Tout cela était littérature, et les nombreuses réminiscences philosophiques, bibliques ou miltoniennes de ce poème longuement remanié pendant près de deux ans suffiraient à le prouver. Il était encore trop érudit et «' penseur » pour être un vrai poète, et la lecture des Méditations religieuses est aujourd'hui presque aussi difficile que celle des Visions de la Purelle d'Orléans, écrites pour le poème de Southey sur Jeanne d'Arc, qui, dans le même style apocalyptique, mettent encore en scène la Révolution française, « le soleil de la Liberté qui se leva dans le sang ' ».

Ce qui peut intéresser encore aujourd'hui dans ces poèmes c'est leur naïveté profonde, où l'on sent bien l'âme nouvelle, refaite dans la grande secousse dô^a Révolution et qui n'a plus rien, que le langage, de l'âge précédent. Nous n'avons pas encore là une grande poésie, mais nous avons un poète.

Au milieu de ces pensées, Coleridge avait presque oublié trois choses, TUniversité, son mariage et la Pantisocratie. De l'Université il se débarrassa sans cérémonie, ne retournant pas à Cambridge après décembre 1794, alors qu'il aurait dû y rester au moins un terme de plus en remplacement du temps qu'il avait passé dans son escapade militaire ^

Peut-être aurait-il aussi négligé sa fiancée et la Pantisocratie, si l'austère Southey n'était venu le relancer à Londres pour le ramener à Bristol, en

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