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caractéristique de son esprit lui était absolument inconnue, et il avait horreur do se dire qu'il renonçait à une idée, à un projet, il voulait toujours le remettre à plus tard ou le modifier. Il admettrait encore de transporter la Pantisocratie dans le Pays de Galles, mais quand Southey parlera franchement d'y renoncer, il se croira trahi, poussera les hauts cris et... restera tranquillement chez lui.
Pour le moment, il s'agissait de prêcher l'Evangile au peuple de Bristol, un Evangile qui fût à la fois celui du Christ et celui de la Révolution. Les conférences de Coleridge, faites pendant l'hiver de 1795, furent au nombre de onze, mais nous n'en avons conservé que trois, dont le texte plus ou moins remanié parut à la fin de la même année '. Il dut y avoir deux séries, l'une historique, où Coleridge comparaît en détail les événements et les personnages de la Révolution française et ceux des deux Révolutions anglaises du xvii" siècle, et l'autre théologique, sur (( la Religion révélée, les formes bâtardes qu'elle peut revêtir, et ses applications politiques ». Ces conférences étaient destinées « aux croyants et aux incroyants, aux premiers, pour qu'ils puissent se rendre raison de leurs espérances, aux seconds, pour qu'ils ne se déterminent pas contre le Christianisme par des arguments qui n'ont de force que lorsqu'ils s'appliquent aux formes bâtardes du christianisme. » La conférence finale devait révéler la pensée profonde de Coleridge et décrire « l'état probable de la Société, si tous les hommes étaient chrétiens ». Il y eut aussi des conférences séparées, une, entre autres, sur la traite des esclaves, sujet brûlant à Bristol, où per-
1. Lellers, p. 149, Southey dit trois seulement (Cottle, Reminiscenceii, p. 406). Le programme dans Gottle, p. 18, 19.
'.10 s. T. COLERIDGE.
sonno n'ignorait qn'il y avait beaucoup do capitaux engagés dans cette lucrative entreprise '.
On ne peut pas regretter beaucoup la perte de ces conférences. Si Coleridge traita vraiment en une séance « des sectes philosophiques et des superstitions populaires du monde païen depuis les temps les plus reculés jusqu'à la naissance du Christ )),on peut penser qu'il resta assez superficiel. De même, sur la Révolution française, il est certain que Coleridge n'avait pas d'autres sources d'information que les journaux anglais et les pamphlets politiques du jour. Il ne connaissait rien de la France et du peuple français et ses opinions ne pouvaient être que des échos. Ce qui est intéressant historiquement, c'est sa position entre les partisans et les adversaires de la Révolution
F]lle nous est suffisamment connue par les conférences qui ont été publiées. A la première page une é|)igraphe grecque anonyme proclame : « Je m'attache toujours à la liberté, mais parmi les partisans de la liberté il se voit bien des choses ha'issables et contraires à la liberté ». Faisant allusion à une brochure contem[)oraine il écrit : « L'exemple do la France est en vérité (( un avertissement pour l'Angleterre - ». Une Nation qui se fait un chemin vers ses droits à travers le sang et qui marque le chemin suivi par la Lilierté |)ar la Dévastation! Mais ne faisons pas marcher en bataille nos sentiments contre notre liaison. Ne nous laissons pas aller aux passions malignes, sous le masque de l'Humanité. »
Dans les Atuialrs de lu lirvoUilion fntnniisc on
1. A Moral and l'olilical Lecture, Urislol. 1795; ,Co/ir/o/ies ad l'oiniluiii {Inlroductur)/ Address ; On llie Présent War; The Plot Discovered), Brislol, 1795, réimprimé dans Kssays on lus Own Times, l. 1. Nous renvoyons aux pages de celle dernière édition.
•2. The tixcniplc of France a Wnrnhuj lo Britain.
voit inscrit en lettres de sang cette maxime, « la sagesse d'un petit nombre ne peut servir de contrepoids à l'ignorance du grand nombre ». La conclusion naturelle est donc qu'il faut faire l'éducation du peuple avant de faire la Révolution, car (( la lumière de la philosophie, quand elle est confinée à l'usage d'une petite minorité, désigne plutôt les privilégiés comme victimes que comme éclaireurs de la multitude ». C'est ainsi que les patriotes français ont commis (( l'erreur gigantesque de faire de maux certains le moyen d'arriver à un bien seulement possible, ou qu'ils ont été sacrifiés par la multitude ' ». Les Girondins et les Jacobins étaient également impropres à diriger la Révolution française, les uns visionnaires et les autres sanguinaires, les premiers ne gouvernant pas et les seconds ne gouvernant que par la terreur. D'ailleurs, pour Coleridge, l'éducation, non seulement de la démocratie, mais des démocrates, est encore à faire. Ils ne lui paraissent pas posséder en politique plus de connaissances que n'en ont en religion les incroyants. Les Amis de la Liberté sont de toute espèce. Il y a les indécis, les violents et les niveleurs stupides. « En quoi les titres enfantins que se donne l'aristocratie enlèvent-ils quelque chose à mon bonheur domestique, entravent-ils mes progrès intellectuels? » Enfin il y a les vrais patriotes comme Gerrald, comme « l'illustre triumvirat de Muir, Palmer, Margarot » (dont on ne pouvait faire l'éloji'e sans courage puisqu'ils venaient d'être condamnés). Ceux-là n'ont pas ignoré que la Révolution devait être précédée d'une (( illumination générale » des esprits. Et comment y arriver? « Allez et prêchez l'Evangile aux pauvres. Par sa simplicité il sera à la hauteur de