‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 50 sur 191 · Concioncs ad Vopulum. p · texte numérisé non relu

Concioncs ad Vopulum. p

C'est une belle profession de foi que celle de ce rêveur, tout animé d'un effort naïf pour passer de l'idée à la pratique. Nous allons voir comment il s'efforçait d'appliquer ces principes à la discussion d'une question alors brûlante. Fallait-il continuer la guerre avec la France? L'Angleterre s'en était lassée. La guerre coûtait cher, elle n'y était plus habituée, elle l'aurait voulue au moins glorieuse. A l'intérieur, la suspension de la loi d'Habeas Corpus avait paru peu justifiée, mesure d'état de siège qu'il fallait faire cesser au plus tôt. Sheridan, Fox, Wilberforce aux Communes, Stanhope et Lansdowne aux Lords étaient pour la paix, mais leurs efforts avaient été vains, ils venaient d'être battus dans les deux Chambres sur l'intervention personnelle de Pitt.

L'opinion publique n'avait pas compris la politique de ce dernier, quoiqu'elle fût exclusivement nationale. On le croyait hostile à la Révolution française tandis qu'il n'était hostile qu'à la France. Pourvu qu'elle fût faible, peu lui importait qu'elle fût monarchie ou République. On se doutait peu que, prêt à se retourner quand l'intérêt de son pays le voudrait, au moment même où il déclarait sa résolution de combattre jusqu'à l'extrémité, il essayait de négocier en Suisse avec le parti constitutionnel français '. Coleridge n'était pas mieux informé, et, chose curieuse, le Pitt des Conciones ad Populum, celui qu'il a flétri dans le sonnet flamboyant que nous avons cité, c'est beaucoup plus le Pitt qu'on se figurait en France du temps de (( Pitt et Cobourg », le Pitt du Mémorial de Sainte-Hélène, que celui de l'histoire. Le personnage est resté mystérieux de son vivant et

I. Voir Sorel, l. IV, p. 240 et suiv., et A. Lebon, l'Anf/leterre et l'émigration, chap. i.

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dans l'incertitude on lui attribuait tous les crimes et toutes les fautes. Du reste, les deux conférences où Coleridge apprécie la politique extérieure et intérieure du ministère et dénonce le complot, sont éloquentes et bien raisonnées, étant admise l'ignorance où il était de la marche réelle des événements.

Toute discussion est impossible avec les aristocrates qui s'appuient sur le préjugé. Il faut s'adresser seulement aux hommes qui pensent, et prouver qu'il n'y .a pas de raison valable pour faire la guerre à la France. « La guerre aurait probablement pu être évitée par des négociations. On n'a jamais essayé de négocier. On ne peut donc pas prouver que la guerre était nécessaire, et par conséquent elle n'est pas juste '. » On dit qu'on ne peut pas entamer de négociations honorables avec des criminels atroces, des ennemis avoués de la religion comme les chefs de la Révolution française. Mais les Français ne sont pas plus cruels que les souverains d'Europe, que Catherine de Russie, que le roi de Prusse, et pas plus mécréants que le dey d'Alger, ils ont un gouvernement régulier. Et <|uelle est d'ailleurs cette nation qui se refuse à traiter avec eu.x? Une nation (jui a employé les sauvages en Amérique, contre ses propres citoyens et (lui fait gémir les deux hémisphères par son intolérable iniquité -!

Coleridge a ici quelques pages très hautes en couleur sur la guerre d'Amérique. Est-il vrai que des généraux anglais aient convié des sauvages à se repaître de sang [to banquet on b(ood), que les scalps d'Américains aient été payés, à prix tarifé, aux .Peaux- Rouges? On ne voit pas bien comment il a été si bien

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